‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 99 sur 631 · I. Epist. ad Aux. — 2. Hier, adv. LuCy c · texte numérisé non relu

I. Epist. ad Aux. — 2. Hier, adv. LuCy c

liberté, ils avaient si bien enseigné la foi de Nicée, à laquelle aussi ils revinrent aussitôt après, que les peuples savaient à quoi s'en tenir, et que la foi de leurs évèques leur était connue. Je pourrais en confirmation vous alléguer d'autres faits aussi constants; et je suis certain que personne n'osera soutenir que je raconte autre chose que ce qu'on trouve dans saint Atbanase, dans saint Hilaire, dans saint Jérôme , dans saint Augustin et dans tous les auteurs du temps, sans en excepter un seul.

CXIII. Le ministre oppose à saint Augustin, saint Athanase , saint Hilaire et saint Grégoire de JXazianze. — Mais voici le dernier effort des objections du ministre. La maxime (que l'Eglise ne peut jamais perdre sa visibilité ni son étendue) est de saint Augustin ; ce sont ses paroles, et de son aveu nous avons déjà pour nous un si grand homme; mais, ajoule-t-il , elle est évidemment fausse , à cause qu'elle est contraire à saint Grégoire de Nazianze; ce qu'il appuie en ces termes : Que messieurs les prélats se déterminent entre ces deux Pères, ils seront assez embarrassés. Il nomme dans la même cause saint Hilaire et saint Athayiase ' .

CXI\'. Que les passages des Pères n'ont rien de contraire. — Vous le voyez, mes chers frères : toute l'adresse de vos ministres n'est qu'à mettre aux mains les saints docteurs les uns contre les autres sur des articles capitaux. Ils ne veulent trouver dans leur doctrine que doutes et incertitudes, notamment sur les promesses de Jésus-Christ. C'est aussi ce que doivent faire ceux qui n'y croient pas, et qui veulent en éluder l'évidence. Mais il n'y a là aucun embarras; car que dit saint Augustin, et que disent ces autres Pères? Saint Augustin dit que si la visibilité et l'étendue de l'Eglise était éteinte par toute la terre avant saint Cyprien et Donat , il n'y aurait plus eu d'Eglise qui eut pu enfanter saint Cyprien, et de qui Donat eut pu naître : Donatus unde ortus est? Cyprianum quœ peperit? el encore, pour faire voir que la succession n'a pu manquer, il y avait, dit-il, sans doute une Eglise qui pût enfanter saint Cyprien : erat Ecclesia quœ pareret Cyprianum-, et ainsi du reste. Si celte doctrine est douteuse, ce n'est pas au seul saint Augustin qu'il s'en faut prendre : saint Jérôme disait comme lui aux lucifériens avec tous les orthodoxes : « Si l'E- » glise n'est plus qu'en Sardaigne, d'où espérez- » vous, comme un nouveau Deucalion , retirer le » monde abiraé^? » Tous les Pères grecs et latins ont raisonné de la même sorte; et on a pu voir dans l'Instruction précédente* leur doctrine que le ministre laisse en son entier, sans même songer à y répondre. Voyons si saint Athanase , si saint Grégoire de Nazianze, si saint Hilaire ont dit ou pu dire que la succession ait manqué de leur temps. Mais au contraire nous venons d'ouïr saint Athanase, qui, trois ans après l'afiaire de Rimini, nous fait voir l'Eglise étendue par toute la terre, et les ariens toujours réduits au petit nombre.

Mais il a blâmé les ariens, qui se vantaient de la multitude de leurs peuples, de leurs évoques et de leurs temples. Oui, dans quelques endroits de l'Orient il a vu des peuples entièrement oppressés, des

1. T. II, p. 667, 66S , 671 , 672. - 2. EpisC. xciii ad Vinc, n. 37, etc., col 246. — 3. Hieron., Dinl. adv. Luc, c. 1. — 4. /. înst. past., n. 20.

SECONDE INSTRUCTION PASTORALE

évùiiues intrus, des leinplos ul des Eglises arrachés par force aux calholiques, dont les fondateurs ténioignaicnl la loi dos ancêtres. Il ne veut point qu'on se vante de tels temples; des trous, des cavernes leur sont préférables, et il vaut mieux être seul, comme un Noé, comme un Lot, que d'ôtrc avec une telle multitude. C'est ce que dit saint Athanase; c'est ce que dit saint Hilaire; c'est ce que dit saint Grégoire de Nazianze. Veulent-ils dire par là, qu'on etVet on demeure seul? et qu'a tout cela de contraire ;\ la doctrine de saint Augustin sur la perpétuité et l'étendue de l'Eglise?

Il ne faut pas croire pour cela, que les saints évéques abandonnassent les Eglises, ni qu'ils en tinssent la possession pour indilTérente; au contraire, ils la regardaient comme des titres do l'antiquité de la foi. On sait les combats de saint Ambroise, pour ne point livrer les catholiques que les ariens voulaient lui ôler par l'autorité de l'impératrice Justine. « Qu'on nous les enlève par force, » répondait-il'; je ne résisterai pas; mais je ne les » livrerai jamais; je ne livrerai pas l'héritage de » Jésus-Christ;... je ne livrerai pas l'héritage de » nos pères; l'héritage de Denis qui est mort en 1) exil pour la cause de la foi; l'héritage d'Eus- 11 torge le confesseur ; l'héritage de Myrocles et des » autres évéques lidèles mes prédécesseurs. » Ils conservaient donc autant qu'ils pouvaient les temples sacres que leurs prédécesseurs avaient bâtis; et comme nous ils i)rouvaient par ces monuments l'antiquité de la foi catholi(|ue. Quand ils leur étaient ravis par force, ils se contentaient de garder la foi, qui ne laissait pas néanmoins de demeurer établie par ces temples mêmes, quoiqu'entre les mains des hérétiques; parce que tout le monde savait qu'ils n'avaient point -été dressés pour eux. C'est ce que nous disons encore, et nous employons ces témoignages dans le même esprit que les Pères.

CXV. Inutilité des faits historiques qu'on oppose à la promesse, et que la seule foi su/fU. — J'ai donc achevé l'ouvrage que la charité m'imposait pour le salut de nos frères réunis, et il ne me reste qu'il prier Dieu, comme j'ai fait au commencement, qu'il leur donne des yeux qui voient, et des oreilles qui écoutent. Pour peu qu'ils les ouvrent et qu'ils se rendent attentifs à la vérité, elle ne leur sera pas longtemps cachée. Les promesses de l'Evangile, que je les prie de considérer, sont courtes, claires, précises : on a vu qu'elles ne demandent aucun examen pénible; et si j'ai voulu entrer dans quelques faits qui dépendent de l'histoire ecclésiastique, comme ils sont connus, incontestables, et dans le fond avoués par le ministre, ils ne peuvent plus causer aucun embarras.

En effet, considérons encore une fois devant Dieu, et en éloignant l'esprit de dispute, ce qu'on a prouvé par tant de faits, tirés par exemple de l'histoire de l'arianisme. Quoi? qu'il y aura eu des tentations, des scandales, des chutes ad'reuses, do longues persécutions, sous ]irétcxte de jiiété, et par de faux frères soutenus de l'autorité de quelques rois chrétiens? Nous le savons; nous avons été avertis que nous avions tout à craindre, môme de nos pères, de nos mères, de nos frères, et des domestiques de la foi^. C'est pourquoi, s'il s'est trouvé

1 . Amb., Kp., lih. 1 , ep. xxi , n. IS. — 2. Mall/i., x. 35, 30.

parmi les persécuteurs, des Néron, des Domitien ouvertement inlidèles; s'il s'y est trouvé des apostats et des déserteurs de la foi; il s'y est aussi trouvé et bientôt après, des Constance, des Valons, des Anastase, qui ont affligé l'Eglise sous l'apparence d'un christianisme trompeur; et nous avons déjà remarqué que nous attendions encore à la fin des siècles i.iuel(|ue chose de plus séduisant. Mais que l'on puisse perdre pour cela la trace de la succession apostolique, loin de nous l'avoir |irédit, Jésus-Christ nous a promis le contraire, et l'expérience du temps passé aide encore à nous confirmer pour l'avenir.

Ainsi l'on n'est pas morne obligé à savoir ces faits, qu'on exagère si fort; les promesses fondamentales de l'Evangile sur la durée de l'Eglise , étant, comme on a vu, très-intelligibles par ellesmêmes, il ne faut pour toute réponse à ceux qui cherchent des difficultés dans leur accomplissement, que l'exemple d'Abraham , qui , comme disait saint Paul', « n'a point vacillé dans la foi, )i mais au contraire s'y est affermi, donnant gloire » à Dieu, et demeurant pleinement persuadé qu'il •1 était assez puissant pour accomplir (à la lettre) » tout ce qu'il avait promis. »

Si donc on a peine à croire , qu'au milieu de tant de traverses, et des changements qui arrivent sous le soleil. Dieu conserve sans interruption la succession des apôtres et la suite du ministère ecclésiastique, en sorte que toute rupture et toute innovation soit une conviction d'erreur et de schisme, sans môme avoir besoin de remonter jamais plus haut : si, dis-je, on a peine à croire que cela se puisse exécuter, et qu'on y cherche des difficultés ou des embarras , il n'y a qu'à se souvenir que Jésus-Christ nous a donné sa toute-puissance pour garant d'une promesse si merveilleuse, et conclure avec Abraham, selon saint Paul, qu'il est puissant pour accomplir ce qu'il a promis.

CXVI. Maxime trompeuse du ministre, que les promesses s'eiplicjuent par l événement. — Pour éluder un raisonnement si pressant, votre ministre propose cette trompeuse maxime : l'événement est interprète de la promesse^. On voit bien où ces messieurs en veulent venir. C'est à éluder l'effet évident et le sens certain de la promesse de Jésus- Christ, en alléguant des interruptions telles qu'on voudra, en inventant des innovations sur la doctrine, et en attrilmant à l'Eglise des idolâtries qu'elle n'eut jamais. Mais si l'on veut, par exemple , lui imijutcr à idolâtrie l'honneur qu'elle rend aux saints, à leurs reliques et à leurs images, il faudra comprendre non-seulement l'Eglise romaine, mais encore l'Eglise grecque, dans cette accusation; puisque c'est elle qui a céléljré avec Rome môme, et qui compte encore aujourd'hui parmi ses conciles le concile de Nicée, oii tout cela est contenu. Qu'était donc devenue alors la promesse de Jésus-Christ? Pour soutenir ces idolâtries |)rétendues universelles dans l'Eglise, il faudrait dire de deux choses l'une, ou que Jésus-Christ avait été tous les jours nxcc une Eglise idolâtre, ou que ce mol , tous les jours, n'exclut pas toute interruption , et que Jésus-Christ, ce (|u'à Dieu ne jilaise, a jeté en l'air de grands mots qui n'ont point de sens.

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