CHAPITRE XXI
De l'exemple ou induction.
« L'induction est un argument par lequel , en » parcourant toutes les faces particulières , on éta- » blit une proposition universelle , » par exemple : en parcourant les hommes particuliers , on les trouve tous capables de rire.
Mais , dira-t on , avex-vous vu tous les particuliers , pour tirer cette conse'quence ? Non , sans doute. Aussi , n'est-il pas nécessaire; il suffit que ni moi , ni aucun autre que j'aie vu, ni qui que ce soit au monde , n'ait jamais ni vu ni ouï dire qu'on ait ^11 des hommes faits autrement. Comme donc on sait d'ailleurs que la nature va toujours un même train , je suis assuré par l'induction , que non-seulement tous les hommes qui sont aujourd'hui sont capables de rire , mais que jamais il n'y en a eu et n'y en aura d'une autre façon.
Il faut cependant supposer, pour faire une induction valable el démonstrative , que la chose soit exposée et vue.
On prouve , par induction , toutes les choses qui ne sont constantes que par expérience , c'est-à-dire la plupart des choses de physique.
Cet argument est propre à faire connaître la nature et l'usage des choses , par exemple : on dit que la clavicule sert à écarter les bras ; et voici comme on le prouverait par induction : « Non-seulement » les hommes qui écartent beaucoup les bras , ont » une clavicule , mais encore les oiseaux , oii nous » voyons un mouvement étendu dans les ailes qui » représentent les bras. Les singes ont aussi cette » partie , parce qu'ils étendent leurs bras à la ma- » nière des hommes ; et les taupes de même , parce » qu'elles ont à écarter la terre avec leurs pieds de » devant ; au lieu que les autres animaux , qui n'ont » point cette étendue de mouvement , n'ont point » aussi de clavicule. »
A linduction se rapporte l'exemple , qui regarde les choses morales ; ainsi , pour faire voir à quels désordres l'amour porte les hommes , on représente ce qu'il a fait faire à Samson , à David et à Salomon , comme il a pensé faire périr César dans Alexandrie , comme il a fait périr Antoine , et mille autres événements semblables.
Au reste , les inductions peuvent être très-aisément réduites en syllogismes parfaits. Dans celleque nous avons faite , on peut former ce raisonnement : « Le vrai usage de la clavicule est celui » qu'on voit dans les animaux où se trouve cette » partie ; or , est-il que l'usage de la clavicule s'y » trouve tel que nous l'avons dit ; donc tel est en » effet le\Tai usage de la clavicule. »
La majeure est certaine ; la difficulté est donc dans la mineure ; et la preuve se fait par l'induction.
De même , dans l'argument que nous avons fait sur l'amour, on peut dire ainsi : « La passion qui » fait tomber les plus grands hommes dans de » grands inconvénients , est d'un extrême désor- » dre, cela est constant : or, l'amour opère ces » mauvais effets ; » c'est ce qui se prouve par les exemples.
LOGIQUE. — LIVRE TROISIEME