‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 14 sur 609 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De l'entendement.

Il faut examiner avant toutes choses, ce que c'est que l'entendement.

Entendre, c'est connaître le vrai et le faux, et » discerner l'un d'avec l'autre. » C'est ce qui fait la différence entre cet acte et tous les autres.

Par les sens l'âme reçoit des objets certaines impressions qui s'appellent sensations. Par l'imagination elle reçoit simplement, et conserve ce qui lui est apporté par les sens. Par l'entendement elle juge de tout , et connaît ce qu'il faut penser, tant des objets que des sensations.

Elle fait quelque chose de plus; elle s'élève audessus des sens , et entend certains objets oij les sens ne trouvent aucune prise; par exemple, Dieu, elle-même, les autres âmes semblables à elle, et certaines vérités universelles.

Voilà ce qui s'appelle entendement. 11 nous apprend à corriger les illusions des sens et de l'imagination , par un juste discernement du vrai et du faux. Je vois un bâton dans l'eau, comme rompu; tous les objets me paraissent jaunes; je. m'imagine, dans l'obscurité, voir un fantôme : la lumière de l'entendement vient au-dessus , et me fait connaître ce qui en est.

Il juge , non-seulement des sensations , mais de ses propres jugements, qu'il redresse ou qu'il confirme , après une plus exacte perquisition de la vérité , parce que la faculté de réfléchir, qui lui est propre, s'étend sur tous les objets , sur toutes les facultés , et sur lui-même.

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