XV. Les sciences cl les arts
Toutes les sciences sont comprises dans la philosophie. Ce mot signifie l'amour de la sagesse, à laquelle l'homme parvient en cultivant son esprit par les sciences.
Parmi les sciences, les unes s'attachent à la seule contemplation de la vérité, et pour cela sont appelées .spéculatives; les autres tendent à l'action, et sont appelées pratiques.
Les sciences spéculatives sont la métaphysique , qui traite des choses les plus immatérielles, comme de l'être en général et en particulier, de Dieu et des êtres intellectuels faits à son image : la physiqiie, qui étudie la nature. : la géoméfrie , qui démontre l'essence et les propriétés des grandeurs , comme l'arithmétique celles des nombres : l'astronomie , qui apprend le cours des astres, et par là le système universel du monde , c'est-à-dire la disposition de ses principales parties, chose qui peut être aussi rapportée à la physique.
Les sciences pratiques sont la logique et la morale, dont l'une nous enseigne à bien raisonner, et l'autre à bien vouloir.
Des sciences sont nés les arts , qui ont apporté tant d'ornements et tant d'utilité à la vie humaine. Les arts diffèrent d'avec les sciences , en ce que, premièrement , ils nous font produire quelque ouvrage sensible ; au lieu que les sciences exercent seulement , ou règlent les opérations intellectuelles; et secondement, que les arts travaillent en matière contingente. La rhétorique s'accommode aux passions et aux affaires présentes : la grammaire au génie des langues, et à leur usage variable : l'architecture aux diverses situations : mais les sciences s'occupent d'un objet éternel et invariable, ainsi qu'il a été dit.
Quelques-uns mettent la logique et la morale parmi les arts , parce qu'elles tendent à l'action. Mais leur action est purement intellectuelle; et il semble que ce doit être quelque chose de plus qu'un art, qui nous apprenne par où le raisonnement et la volonté est droite : chose immuable , et supérieure à tous les changements de la nature et de l'usage.
Il est pourtant vrai qu'à prendre le mot d'art pour industrie et pour méthode, on peut dire qu'il y a beaucoup d'art dans les moyens qu'emploient la logique et la morale, à nous faire bien raisonner et bien vivre; joint aussi que dans l'application, il peut y avoir certains préceptes qui changent selon les personnes.
Les principaux arts sont : la grammaire, qui fait parler correctement : la rhétorique, qui fait parler éloquomment; la poétique, qui fait parler divinement , et comme si on était inspiré ; la musique, qui, par la juste proportion des tons, donne à la voix une force secrète pour délecter et pour émouvoir : la médecine et ses dépendances, qui tiennent le corps humain en bon état; l'arithmétique pratique : qui apprend à calculer sûrement et facilement, l'architecture, qui donne la commodité et la beauté aux édifices publics et particuliers , qui orne les villes et les fortifie , qui bâtit des palais aux rois et des temples à Dieu : la mécanique , qui fait jouer les ressorts et transporter aisément les corps pesants , comme les pierres pour élever les édifices, et les eaux pour le plaisir ou pour la commodité de la vie ; la sculpture et la peinture, qui, en imitant le naturel, reconnaissent qu'ils demeurent beaucoup au-dessous, et autres semblables.
Ces arts sont appelés libéraux, parce qu'ils sont dignes d'un homme libre , à la différence des arts qui ont quelque chose de servilc, que notre langue appelle métiers, et arts mécaniques, quoique le