‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 150 sur 609 · XVII. Verfection de l'intelligence au-dessus du sens · texte numérisé non relu

XVII. Verfection de l'intelligence au-dessus du sens

Par les choses qui ont été dites , il se voit de combien l'entendement est élevé au-dessus du sens. Premièrement , le sens est forcé à se tromper à la manière qu'il le peut être. La vue ne peut pas voir un bâton, quelque droit qu'il soit, à travers de l'eau, qu'elle ne le voie tordu, ou plutôt brisé. Et elle a beau s'attacher à cet objet, jamais par ellemême elle ne découvrira son illusion. L'entendement, au contraire, n'est jamais forcé à errer; ja-mais il n'erre que faute d'attention ; et s'il juge mal en suivant trop vite le sens ou les passions qui en naissent, il redressera son jugement, pourvu qu'une droite volonté le rende attentif à son objet et à lui-même.

Secondement , le sens est blessé et affaibli par les objets les plus sensibles : le bruit, à force de devenir grand, étourdit et assourdit les oreilles. L'aigre et le doux extrêmes offensent le goût , que le seul mélange de l'un et de l'autre satisfait. Les odeurs ont besoin aussi d'une certaine médiocrité pour être agréables ; et les meilleures , portées à l'excès, choquent autant ou plus que les mauvaises. Plus le chaud et le froid sont sensibles, plus ils incommodent nos sens. Tout ce qui nous touche trop violemment, nous blesse. Les yeux trop fixement arrêtés sur le soleil , c'est-à-dire sur le plus visible de tous les objets, et par qui les autres se voient, y souffrent beaucoup, et à la fin s'y aveugleraient. Au contraire , plus un objet est clair et intelligible, plus il est certain, plus il est connu comme vrai, plus il contente l'entendement et plus il le fortifie. La recherche en peut être laborieuse, mais la contemplation en est toujours douce. C'est ce qui a fait dire àAristote, que le sensible le plus

'fort offense le sens, mais que,le parfait intelligible récrée l'entendement et le fortifie. D'où ce philosophe conclut que l'entendement, de soi, n'est point attaché à un organe corporel , et qu'il est , par sa nature, séparable du corps; ce que nous considérerons dans la suite.

Troisièmement, le sens n'est jamais touché que de ce qui se passe, c'est-à-dire de ce qui se fait et se défait journellement : et ces choses mêmes qui passent, dans le peu de temps qu'elles demeurent, il ne les sent pas toujours de même. La même chose, qui chatouille aujourd'hui mon goût, ou ne

I lui plaît pas toujours, ou lui pLiît moins. Les

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