CHAPITRE III. — DE L'UNION DE L'AME ET DU CORPS
forts selon les règles de la mécanique , se font en nous sans science , sans raisonnement et sans réflexion : au contraire , la réflexion ne ferait ordinairement qu'embarrasser. Nous verrons dans la suite qu'il se fait en nous, sans que nous le sachions ou que nous le sentions , une infinité de mouvements semblables. La prunelle s'élargit et se rétrécit de la manière la plus convenable à nous faire voir de loin ou de près. La trachée-artère s'ouvre et se resserre selon les tons qu'elle doit former. La bouche se dispose , et la langue se remue comme il faut, pour les différentes articulations. Un petit enfant, pour tirer des mamelles de sa nourrice la liqueur dont il se nourrit, ajuste aussi bien ses lèvres et sa langue , que s'il savait l'art des pompes aspirantes; ce qu'il fait même en dormant : tant la nature a voulu nous faire voir que ces choses n'avaient pas besoin de notre attention.
Mais moins il y a d'adresse et d'art, de notre côté , dans des mouvements si proportionnés et si justes , plus il en paraît dans felui qui a si bien disposé toutes les parties de notre corps.
XVL Récapitulation, où sont ramassées les propriétés de l'dme et du corps.
Par les choses qui ont été dites, il est aisé de comprendre la différence de l'àme et du corps, et il n'y a qu'à considérer les diverses propriétés que nous y avons remarquées.
Les propriétés de l'âme sont : voir, ouïr, goûter, sentir ; imaginer, avoir du plaisir ou de la douleur, de l'amour ou de la haine , de la joie ou de la tristesse , de la crainte ou de l'espérance : assurer, nier, douter, raisonner, réfléchir et considérer, comprendre, délibérer, se résoudre ; vouloir ou ne vouloir pas : toutes choses qui dépendent du même principe , et que nous avons entendues très-distinctement sans nommer seulement le corps, si ce n'est comme l'objet que l'âme aperçoit, ou comme l'organe dont elle se sert.
La marque que nous entendons distinctement ces opérations de notre âme , c'est que jamais nous ne prenons l'une pour l'autre. Nous ne prenons point le doute pour l'assurance , ni affirmer pour nier, ni raisonner pour sentir : nous ne confondons pas l'espérance avec le désespoir, ni la crainte avec la colère, ni la volonté de vivre selon la raison avec celle de vivre selon les sens et les passions.
Ainsi nous connaissons distinctement les propriétés de l'âme. Voyons maintenant celles du corps.
Les propriétés du corps et des parties qui le composent sont d'être étendues plus ou moins , d'être agitées plus vite ou plus lentement ; d'être ouvertes ou d'être fermées , dilatées o y pressées , tendues ou relâchées , jointes ou séparées les unes des autres , épaisses ou déliées , capables d'être insinuées en certains endroits plutôt qu'en d'au- ' 1res : choses qui appartiennent au corps et qui en font manifestement la nourriture , l'augmentation, la diminution, le mouvement et le repos.
En voilà asssez pour connaître la nature de l'âme et du corps , et l'extrême différence de l'un et de l'autre. i