‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 178 sur 609 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DE L'UNION DE L'AME ET DU CORPS

l'àme, sur le corps, sur leur union, nous pouvons maintenant nous bien connaître.

Car si nous ne voyons pas dans le fond de l'âme ce qui lui fait comme demander naturellement d'être unie à un corps, il ne faut pas s'en étonner, puisque nous connaissons si peu le fond des substances. Mais si cette union ne nous est pas connue dans son fond , nous la connaissons suffisamment par les deux effets que nous venons d'expliquer, et par le bel ordre qui en résulte.

Car, premièrement , nous voyons la parfaite société de l'àme et du corps.

Nous voyons , secondement , que dans cette société , la partie principale , c'est-à-dire l'àme , est aussi celle qui préside , et que le corps lui est soumis. Les bras , les jambes , tous les autres membres, et enfin tout le corps est remué et transporté d'un lieu à un autre au commandement de l'àme ; les yeux et les oreilles se tournent où il lui plaît ; les mains exécutent ce qu'elle ordonne ; la langue explique ce qu'elle pense et ce qu'elle veut; les sens lui présentent les objets dont elle doit juger et se servir; les parties qui digèrent et distribuent la nourriture , celles qui forment les esprits et qui les envoient où il faut, tiennent les membres extérieurs et tout le corps en état pour lui obéir.

C'est en cela que consiste la bonne disposition du corps. En effet, nous trouvons le corps sain, quand il peut exécuter ce que l'àme lui prescrit; au contraire, nous sommes malades, lorsque le corps faible et abattu ne peut plus se tenir debout, ni se mouvoir comme nous le souhaitons.

Ainsi , on peut dire que le corps est un instrument dont l'àuie se sert à sa volonté ; et c'est pourquoi Platon définissait l'homme en cette sorte : L'homme, dit-il', est une àme se servant du corps.

C'est de là qu'il concluait l'extrême différence du corps et de l'àme ; parce qu'il n'y a rien de plus différent de celui qui se sert de quelque chose, que la chose même dont il se sert.

L'àme donc , qui se sert du bras et de la main comme il lui plaît , qui se sert de tout le corps qu'elle transporte où elle trouve bon , qui l'expose à tels périls qu'il lui plaît, et à sa ruine certaine, est sans doute d'une nature de beaucoup supérieure à ce corps, qu'elle fait servir en tant de manières et si impérieusement à ses desseins.

Ainsi, on ne se trompe pas, quand on dit que le corps est comme l'iustrumeut de l'àme ; et il ne se faut pas étonner si le corps étant mal disposé, l'àme en fait moins bien ses fonctions. La meilleure main du monde, avec une mauvaise plume, écrira mal. Si vous ôtez à un ouvrier ses instruments, son adresse naturelle ou acquise ne lui servira de rien.

Il y a pourtant une extrême différence entre les instruments ordinaires et le corps humain. Qu'on brise le pinceau d'un peintre, ou le ciseau d'un sculpteur, il ne sent point les coups dont ils ont été frappés : mais l'àme sent tous ceux qui blessent le corps; et au contraire, elle" a du plaisir quand on lui donne ce qu'il lui faut pour s'entretenir.

Le corps n'est donc pas un simple instrument appliqué par le dehors , ni im vaisseau que l'àme

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