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gouverne à la manière d'un pilote. Il en serait ainsi si elle n'était simplement qu'intellectuelle; mais parce qu'elle est sensitive, elle est forcée de s'intéresser d'une façon plus particulière à ce qui le touche , et de le gouverner non comme une chose étrangère , mais comme une chose naturelle et intimement unie.
En un mot, l'âme et le corps ne font ensemble qu'un tout naturel, et il y a entre les parties une parfaite et nécessaire communication.
Aussi avons-nous trouvé, dans toutes les opérations animales , quelque chose de l'âme et quelque chose du corps : de sorte que , pour se connaître soi-même j il faut savoir distinguer, dans chaque action, ce qui 'appartient à l'une, d'avec ce qui appartient à l'autre, et remarquer tout ensemble comment deux parties de si dilTèrente nature s'entr'aident mutuellement.
XXI. Pour se bien connaître soi-même, il faut s'accoutumer, par de fréquentes réflexions, à discerner en chaque action ce qu'il y a du corps avec ce qu'il y a de l'âme.
Pour ce qui regarde le discernement, on se le rend facile par de fréquentes réflexions. Et comme on ne saurait trop s'exercer dans une méditation si importante , ni trop distinguer son àme d'avec son corps, il sera bon de parcourir dans ce dessein, toutes les opérations que nous avons considérées.
Ce qu'il y a du corps quand nous nous mouvons, c'est un premier branle dans le cerveau, suivi du mouvement et des esprits et des muscles , et enfin du transport ou de tout le corps, ou de quelqu'une de ses parties ; par exemple , du bras ou de la main. Ce qu'il y a du côté de l'âme , c'est la volonté de se mouvoir, et le dessein d'aller d'un côté plutôt que d'un autre.
Dans la parole , ce qu'il y a du côté du corps , outre l'action du cerveau qui commence tout, c'est le mouvement du poumon et de la trachée-artère pour pousser l'air, et le battement du même air par la langue et par les lèvres. Et ce qu'il y a du côté de l'àme, c'est l'intention de parler et d'exprimer sa pensée.
Tous ces mouvements, si l'on n'y prend garde, quoiqu'ils se fassent au commandement de la volonté humaine , pourraient absolument se faire sans elle ; de même que la respiration , qui dépend d'elle en quelque sorte , se fait tout à fait sans elle quand nous dormons. Et il nous arrive souvent de proférer en dormant certaines paroles , ou de faire d'autres mouvements qu'on peut regarder comme un pur effet de l'agitation du cerveau, sans que la volonté y ait part. On peut aussi concevoir qu'il se forme certaines paroles par le battement seul de l'air, comme on voit dans les échos; et c'est ainsi que le poète faisait parler ce fantôme : Dat inania verba, dat sine mente sonum^.
Cette considération nous peut servir à observer ■ dans les mouvements , et surtout dans la parole , ce qui appartient à l'âme et ce qui appartient au corps. Mais continuons à marquer cette différence dans les autres opérations.
Dans la vue , ce qu'il y a du côté du corps, c'est