DE DIEU CREATEUR DE L'AME ET DU CORPS
ainsi qu'il a été dit, une nature intelligente unie à un corps, il lui faut autre chose : il lui faut les sens. Et cela se déduit du même principe : car puisqu'elle est unie à un corps , le bon état de ce corps doit faire une partie de son bonheur; et pour achever l'union, il faut que la partie intelligente pourvoie au corps qui lui est uni , la principale à l'inférieure. Ainsi, une des vérités que doit connaître l'àme unie à un corps , est ce qui regarde les besoins du corps , et les moyens d'y pourvoir. C'est à quoi servent les sensations , comme nous venons de le dire , et comme nous l'avons établi ailleurs. Et notre âme étant de telle nature, que ses idées intellectuelles sont universelles , abstraites, séparées de toutes matières particulières; elle avait besoin d'être avertie par quelque autre chose, de ce qui regarde ce corps particulier à qui elle est unie , et les autres corps qui peuvent ou le secourir ou lui nuire : et nous avons vu que les sensations lui sont données pour cela. Par la vue, par l'ouïe, par les autres sens, elle discerne, parmi les objets, ce qui est propre ou contraire au corps : le plaisir et la douleur la rendent attentive à ses besoins, et ne l'invitent pas seulement, mais la forcent à y pourvoir.
Voilà quelle devait être l'âme : et de là il est aisé de déterminer quel devait être le corps.
Il fallait premièrement qu'il fût capable de servir aux sensations , et par conséquent qu'il pîil recevoir des impressions de tous côtés ; puisque c'était à ces impressions que les sensations devaient être unies.
Mais si le corps n'était en état de prêter ses mouvements aux desseins de l'àme , en vain apprendrait-elle , par les sensations , ce qui est à rechercher et à fuir.
Il a donc fallu que ce corps, si propre à l'ecevoir les impressions , le fût aussi à exercer mille mouvements divers.
Pour tout cela il fallait le composer d'une infinité de parties délicates , et de plus les unir ensemble, en sorte qu'elles pussent agir en concours pour le bien commun.
En un mot , il fallait à l'àme un corps organique; et Dieu lui en a fait un capable des mouvements les plus forts , aussi bien que des plus délicats et des plus industrieux.
Ainsi , tout l'homme est construit avec un dessein suivi, et avec un art admirable. Mais si la sagesse de son Auteur éclate dans le tout , elle ne paraît pas moins dans chaque partie.