K.roi!., m. Il
ressemblance de Dieu", en ce seul mot m'a mieux appris quelle est ma nature , que ne peuvent faire tous les livres et tous les discours des philosophes.
J'entends, et Dieu entend : Dieu entend qu'il est, j'entends que Dieu est, et j'entends que je suis. Voilà déjà un trait de cette divine ressemblance. Mais il faut ici considérer ce que c'est qu'entendre à Di«u, et ce que c'est qu'entendre à rnoi.
Dieu est la vérité même et l'intelligence même : vérité infinie, intelligence infinie. Ainsi, dans le rapport mutuel qu'ont ensemble la vérité et l'intelligence, l'une et l'autre trouvent en Dieu leur perfection, puisque l'intelligence, qui est infinie, comprend la vérité tout entière , et que la vérité infinie trouve une intelligence égale à elle.
Par là donc la vérité et l'intelligence ne font qu'un ; et il se trouve une intelligence, c'^st-à-dire Dieu , qui étant aussi la vérité même , est ellemême son unique objet.
Il n'en est pas ainsi des autres choses qui entendent. Car, quand j'entends cette vérité Dieu est; cette vérité n'est pas mon intelligence. Ainsi l'intelligence et l'objet, en moi peuvent être deux; en Dieu, ce n'est jamais qu'un. Car il n'entend que lui-même , et il entend tout en lui-même , parce que tout ce qui est, et n'est pas lui, est en luimême comme dans sa cause.
Mais c'est une cause intelligente qui fait tout par raison et par art, qui par conséquent a en ellemême, ou plutôt qui est elle-même l'idée et la raison primitive de tout ce qui est.
Et les choses qui sont hors de lui n'ont leur être ni leur vérité , que par rapport à cette idée éternelle et primitive.
Car les ouvrages de l'art n'ont leur être et leur vérité parfaite , que par le rapport qu'ils ont avec l'idée de l'artisan.
L'architecte a dessiné dans son esprit un palais ou un temple, avant que d'en avoir mis le plan sur le papier; et cette idée intérieure de l'architecte est le vrai plan et le vrai modèle de ce palais ou de ce temple.
Ce palais ou ce temple seront le vrai palais ou le vrai temple que l'architecte a voula faire, quand ils répondront parfaitement à cette idée intérieure qu'il en a formée.
S'ils n'y répondent pas , l'architecte dira : Ce n'est pas là l'ouvrage que j'ai médité. Si la chose est parfaitement exécutée selon son projet, il dira : Voilà mon dessein au vrai, voilà le vrai temple que je voulais construire.
Ainsi, tout est vrai dans les créatures de Dieu, parce que tout répond à l'idée de cet Architecte éternel, qui fait tout ce qu'il veut, et comme il veut.
C'est pourquoi Moïse l'introduit dans le monde qu'il venait de faire ; et il dit qu'après avoir vu son ouvrage, il le trouva bon-, c'est-à-dire qu'il le trouva conforme à son dessein; et il le vit bon, vrai et parfait, où il avait vu qu'il le fallait faire tel, c'est-à-dire dans son idée éternelle.
Mais ce Dieu, qui avait fait un ouvrage si bien entendu , et si capable de satisfaire tout ce qui en-
\. Gènes., i, 20, 27. — 2. Mem.ia. 12, 18, 21,25, 31.