DE DIEU CREATEUR DE L'AME ET 4)U CORPS
tend , a voulu qu'il y eût parmi ses ouvrages quelque chose qui entendît et son ou\Tage et luimême.
Il a donc fait des natures intelligentes, et je me trouve être de ce nombre. Car j"entends et que je suis, et que Dieu est, et que beaucoup d'autres choses sont, et que moi et les autres choses ne serions pas , si Dieu n'avait voulu que nous fussions.
Dès-là que j'entends les choses comme elles sont, ma pensée leur devient conforme; car je les pense telles qu'elles sont : et elles se trouvent conformes à ma pensée ; car elles sont comme je les pense.
Voflà donc quelle est ma nature : pouvoir être conforme à tout, c'est-à-dire pouvoir recevoir l'impression de la vérité; en un mot, pouvoir l'entendre.
J'ai trouvé cela en Dieu; car il entend touif, il sait tout. Les choses sont comme il les voit ; mais ce n'est pas comme moi, qui, pour bien penser, dois rendre ma pensée conforme aux choses qui sont hors de moi. Dieu ne rend pas sa pensée conforme aux choses qui sont hors de lui : au contraire , il rend les choses qui sont hors de lui , conformes à sa pensée éternelle. Enfin, il est la règle , il ne reçoit pas de dehors l'impression de la vérité ; il est la vérité même; il est la vérité qui s'entend parfaitement elle-même.
En cela donc , je me reconnais fait à son image ; non son image parfaite , car je serais comme lui la vérité même ; mais fait à son image , capable de recevoir l'impression de la vérité.
IX. L'âme qui entend la vérité reçoit en elle-même une impression divine , qui la rend conforme à Dieu.
Et quand je reçois actuellement cette impression, quand j'entends actuellement la vérité que j'étais capable d'entendre , que m'arrive-t-il , sinon d'être actuellement éclairé de Dieu, et rendu conforme à lui"?
D'où me pourrait venir l'impression de la vérité? Me vient-elle des choses mêmes ? Est-ce le soleil qui s'imprime en moi , pour me faire connaître ce qu'il est, lui que je vois si petit, malgré, sa grandeur immense? Que fait-il en moi ce soleil si grand et si vaste , par le prodigieux épanchement de ses rayons? que fait-il , que d'exciter dans mes nerfs quelque léger tremblement, et d'imprimer quelque petite marque dans mon cerveau? N'ai-je pas vu que la sensation qui s'élève ensuite, ne me représente rien de ce qui se fait ni dans le soleil , ni dans mes organes ; et que si j'entends. que le soleil est si grand , que ses rayons sont vifs , et traversent en moins d'un clin-d'œil un espace immense, je vois ces vérités dans une lumière intérieure , c'est-à-dire dans ma raison , par laquelle je juge et des sens , et de leurs organes, et de leurs objets?
Et d'où vient à mon esprit cette impression si pure de la vérité? D'où lui viennent, ces règles immuables qui dirigent le raisonnement, qui forment les mœurs, par lesquelles il découvre les proportions secrètes des figures et des mouvements? d'où lui viennent, en un mol, ces vérités éternelles que j'ai tant considérées? Sont-ce les
triangles et les carrés, et les cercles que je trace grossièrement sur le papier, qui impriment dans mon esprit leurs proportions et leurs rapports? ou bien y en a-t-il d'autres, dont la parfaite justesse fasse cet effet? où les ai-je vus ces cercles et ces triangles si justes , moi qiii ne puis m'assurer d'avoir jamais vu aucune figure parfaitement régulière et qui entends néanmoins si parfaitement cette régularité? Y a-t-il quelque part, ou dans le monde ou hors du monde , des triangles ou des cercles subsistants dans cette parfaite régularité , d'où elle se soit imprimée dans mon esprit? Et ces règles du raisonnement et des mœurs subsistentelles aussi en quelque part, d'où elles me communiquent leur vérité immuable? Ou bien, n'est-ce pas plutôt que celui qui a répandu partout la mesure , la proportion , la vérité même , en imprime en mon esprit l'idée certaine?
Mais qu'est-ce que cette idée. Est-ce lui-même qui me montre en sa vérité tout ce qu'il lui plaît que j'entende, ou quelque impression de luimême, ou les deux ensemble?
Et que serait-ce que cette impression? Quoi, quelque chose de semblable à la marque d'un cachet gravé sur la cire? Grossière imagination, qui ferait l'âme corporelle et la cire intelligente.
11 faut donc entendre que l'âme faite à l'image de Dieu, capable d'entendre la vérité qui est Dieu même , se tourne actuellement vers son original , c'est-à-dire vers Dieu, où la vérité lui paraît autant que Dieu la lui veut faire paraître.
Car il est maître de se montrer autant qu'il veut; et quand il se montre pleinement l'homme est heureux.
C'est une chose étonnante, que l'homme entende tant de vérités , sans entendre en même temps que toute vérité ^ient de Dieu, qu'elle est en Dieu, qu'elle est Dieu même. Mais c'est qu'il est enchanté par ses sens et par ses passions trompeuses; et il ressemble à celui qui, renfermé dans son cabinet, où il s'occupe de ses affaires, se sert de la lumière sans se mettre en peine d'où elle lui vient.
Enfin donc, il est certain qu'en Dieu est la raison primitive de tout ce qui est , et de tout ce qui s'entend dans l'univers; qu'il est la vérité originale , et que tout est vrai par rapport à son idée éternelle ; que cherchant la vérité nous le cherchons; que la trouvant, nous le trouvons, et lui devenons conformes.