PREMIERE PARTIE. — SEPTIÈME EPOQUE
guerres, il jeta les fondements de la religion et des lois. Une longue paix donna moyen à Numa son successeur' d'achever l'ouvrage. 11 forma la religion, et adoucitles mœurs farouches des Romains. De son temps, les colonies venues de Corinthe, et de quelques autres villes de Grèce , fondèrent Syracuse en Sicile, Crotone, Tarente et peut-être quelques autres villes dans cette partie de l'Italie , à qui de plus anciennes colonies grecques répandues dans tout le pays, avaient déjà donné le nom de Grande- Grèce. Cependant Ezéchias , le plus pieux et le plus juste de tous les rois après David, régnait en Judée^ Sennachérib, fds et successeur de Salmanasar, l'assiégea dans Jérusalem avec une armée immense : elle périt en une nuit par la main d'un ange. Ezéchias , délivré d'une manière si admirable , servit Dieu , avec tout son peuple , plus fidèlement que jamais. Maisaprès la mort de ce prince^ et sous son fds Manassès , le peuple ingrat oublia Dieu , et les désordres s'y multiplièrent. L'Etat populaire se formait alors parmi les Athéniens*, et ils commencèrent à choisir les archontes annuels, dont le premier fut Créon.
Pendant que l'impiété s'augmentait dans le royaume de Juda, la puissance des rois d'Assyrie, qui devaient en être les vengeurs, s'accrut sous Asaraddon , fils de Sennachérib. II réunit le royaume de Babylone à celui' de Ninive^, et égala dans la grande Asie la puissance des premiers Assyriens. Les Mèdes commençaient aussi à se rendre considérables. Déjocès , leur premier roi , que quelques-uns prennent pour l'Arphaxad nommé dans le livre de Judith, fonda la superbe ville d'Ecbatanes, et jeta les fondements d'un grand empire. Ils l'avaient mis sur le trône pour couronner ses vertus , et mettre fin aux désordres que l'anarchie causait parmi eux^ Conduits par un si grand roi, ils se soutenaient contre leurs voisins; mais ils ne' s'étendaient pas. Rome s'accroissait, mais faiblement. S&us TuUus Hostilius , son troisième roi'', et par le fameux combat des Horaces et des Curiaces, Albe fut vaincue et ruinée; ses citoyens incorporés à la ville victorieuse l'agrandirent et la fortifièrent. Romulus avait pratiqué le premier ce moyen d'augmenter la ville, où il reçut les Sabins et les autres peuples vaincus. Ils oubliaient leur défaite et devenaient des sujets affectionnés. Rome en étendant ses conquêtes réglait sa milice; et ce fut sous TuUus Hostilius qu'elle commença à apprendre cette belle discipline , qui la rendit dans la suite maîtresse de l'univers. Le royaume d'Egypte affaibli par ses longues divisions*, se rétablissait sous Psammétique. Ce prmce, qui devait son salut aux Ioniens et aux Cariens , les établit dans l'Egypte, fermée jusqu'alors aux étrangers. A cette occasion les Egyptiens entrèrent en commerce avec les Grecs ; et depuis ce temps aussi l'histoire d'Egypte, jusque-là mêlée de fables pompeuses par l'artifice des prêtres, commence, selon Hérodote', à avoir de la certitude.
Cependant les rois d'Assyrie devenaient de plus en plus redoutables à tout l'Orient. Saosduchin, fils
i. An de Rome 40; dev. J.-C. Tii. — 2. An de Rome 44; dev. J.-C. 710. — 3. An de Rome 56; dev. J.-C. 698. — 4. An de Rome 67; dev. J.-C. 687. — 5. \n de Rome 73; dev. J.-C. 681. — 6. Herod., I. I, c. 96. — 7 An de Rome 83 ; dev. J.-C. 671. — 8. An de Rome 84 ; dev. J.-C. 670. — 9. Herod., lib. il, .-. 154.
d'Asaraddon', qu'on croit être le Nabuchodonosor du livre de Judith, défit en bataille rangée- Arphaxad , roi des Mèdes, quel qu'il soit. Si ce n'est pas Déjocès lui-même, premier fondateur d'Ecbatanes, ce peut être Phraorte ou Aphaarte son fils, qui en éleva les murailles. Enflé de sa victoire, le superbe roi d'Assyrie entreprit de conquérir toute la terre. Dans ce dessein , il passa l'Euphrate , et ravagea tout jusqu'en Judée. Les Juifs avaient irrité Dieu et s'étaient abandonnés à l'idolâtrie à l'exemple de Manassès : mais ils avaient fait pénitence avec ce prince ; Dieu les prit aussi en sa protection. Les conquêtes de Nabuchodonosor et d'Holopherne son généra! furent tout à coup arrêtées par la main d'une femme. Déjocès , quoique battu par les Assyriens , laissa son royaume en état de s'accroître sous ses successeurs. Pendant que Phraorte son fils, el Cyaxare, fils de Phraorte, subjuguaient la Perse, et poussaient leurs conquêtes dans l'Asie Mineure jusques aux bords de l'Halys, la Judée vit passer le règne détestable d'Amon , fils de Manassès^ ; et Josias , fils d'Amon, sage dès l'enfance, travaillait à réparer* les désordres causés par l'impiété des rois ses prédécesseurs. Rome, qui avait pour roi Ancus Martius, domptait quelques Latins sous sa conduite , et continuant à se faire des citoyens de ses ennemis , elle les renfermait dans ses murailles. Ceux de Veies , déjà affaiblis par Romulus, firent de nouvelles pertes. Ancus poussa ses conquêtes jusqu'à la mer voisine % et bâtit la ville d'Ostie à l'embouchure du Tibre.
En ce temps , le royaume de Babylone fut envahi par Nabopolassar. Ce traître , que Chinaladan , autrement Sarac, avait fait général de ses armées contre Cyaxare , roi des Mèdes , se joignit avec Astyage , fils de Cyaxare , prit Chinaladan dans Ninive, détruisit cette grande ville si longtemps maîtres'se de l'Orient, et se mit sur le trône de son maître. Sous un prince si ambitieux, Babylone s'enorgueillit. La Judée , dont l'impiété croissait sans mesure, avait tout à craindre. Le saint roi Josias'^ suspendit pour un peu de temps, par son humiiné profonde , le châtiment que son peuple avait mérité : mais le mal s'augmenta sous ses enfants''. Nabuchodonosor II, plus terrible que son père Nabopolassar, lui succéda*. Ce prince nourri dans l'orgueil, et toujours exercé à la guerre , fit des conquêtes prodigieuses en Orient et en Occident ; et B.abylone menaçait toute la terre de la mettre en servitude. Ses menaces eurent bientôt leur effet à l'égard du peuple de Dieu. Jérusalem fut abandonnée à ce superbe vainqueur, qui la prit par trois fois : la première au commencement de son règne et à la quatrième année du règne de Joakim, d'où commencent les soixante-dix ans de la captivité de Babylone , marqués par le prophète Jérémie"; la seconde, sous Jéchonias , ou Joachin filsde Joakim'"; et la dernière, sous Sédécias", où la ville fut renversée de fond en comble , le temple réduit en cendres et le roi mené captif à Babylone,
1. .\n de Rome 97; dev. J.-C. 657. — 2. An de Rome 98 ; dev. J.-C. 656. — 3. An de Rome 111 ; dev. J.-C. 643. — 4. An de Rome 113 ; dev. J.-C. 641. — 5. ka de Rome 158; dev. J.-C 626. — 6. An de Rome 13U; dev. J.-C. 624. — 7. An de Rome 144; dev. J.-C. 610. — 8. An de Rome 147 ; dev. J.-C. 607. — 9. Jet-., xxv, U, 12 ; xxix, 10. — 10. An de Rome l.'iS ; d"v. J.-C. 599.- 11. An de Rome 156 ; dev. J.-C. 598.
DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE
avec Saraïa, souverain pontife, el la meilleure partie du peuple. Les plus illustres de ces captifs furent les prophètes Ezéchiel et Daniel. On compte aussi parmi eux les trois jeunes hommes que Nabuchodonosor ne put forcer à adorer sa statue, ni les consumer par les flammes.
La Grèce était florissante, et ses sept sages se rendaient illustres. Quelque temps devant la dernière désolation de Jérusalem', Selon, l'un de ces sept sages , donnait des lois aux Athéniens, établissait la liberté sur la justice.: les Phocéens d'Ionie^ menaient à Marseille leur première colonie. Tarquin l'ancien, roi de Rome, après avoir siibjugué une partie de la Toscane , et orné la ville de Rome par des ouvrages magnifiques, acheva son règne. De son temps, les Gaulois, conduits par Bellovése% occupèrent dans l'Italie tous les environs du Pô , pendant que Ségovèse son frère mena bien avant dans la Germanie un autre essaim de la nation. Servius Tullius, successeur de Tarquin, établit le cens, ou le dénombrement des citoyens distribués en certaines classes, par oii cette grande ville se trouva réglée comme une famille particulière. Nabuchodonosor embellissait Babylone, qui s'était enrichie des dépouilles de Jérusalem et de l'Orient. Elle n'en jouit pas longtemps. Ce roi, qui l'avait ornée avec tant de magnificence , vit en mourant la perle prochaine de celle superbe ville*. Son fils Evilmerodac°, que ses débauches rendaient odieux , ne dura guère, et fut lue' par Nériglissor, son beau-frère , qui usurpa le royaume. Pisistrale usurpa aussi dans Athènes l'autorité souveraine, qu'il sut conserver trente ans durant, parmi beaucoup de vicissitudes, et qu'il laissa même à ses enfants. Nériglissor ne put souffrir la puissance des Mèdes , qui s'agrandissaient en Orient, et leur déclara la guerre. Pendant qu'Astyage, fils de Cyaxare I , se préparait à la résistance, il mourut el laissa cette guerre à soutenir à Cyaxare II son fils, appelé par Daniel Darius le Mède.
Celui-ci nomma pour général de son armée', Cyrus, fils de Mandane, sa sœur, et deCambyse, roi de Perse, sujet à l'empire des Mèdes. La" réputation de Cyrus, qui s'était signalé en diverses guerres sous Aslyage , son grand -père , réunifia plupart des rois d'Orient sous les étendards de Cyaxare. Il prit, dans sa ville capitale, Crésus, roi de Lydie*, et jouit de ses richesses immenses; il dompta les autres alliés des rois de Bi\bylone% et étendit sa domination non-seulement sur la Syrie, mais encore bien avant dans l'Asie Mineure'". Enfin il marcha contre Babylone ; il la prit et la soumit à Cyaxare, son oncle, qui, n'étant pas moins touché de sa fidélité que de ses exploits, lui donna sa fille unique et son héritière en mariage. Dans le règne de Cyaxare, Daniel", déjà honoré, sous ' les règnes précédents, de plusieurs célestes yi- | sions, où il vit passer devant lui en figures si manifestes tant de rois et tant d'empires, apprit, par une nouvelle révélation, ces septante fameuses se-
i. An (le P.omc IflO; dcv. J.-C. 51H. — 2. An de Home Hli ; dev. J.-C. 5"S. - a. Aïi Ile Hume 1N8; dev. J.-C. .Wlî. — 4 Al/yd.. njiîirf. Kiiscb., l'rœjt. Ev., I. IX, c. 41. - 5. An de Borne liB; dcv. J.-C. 50-2. — i!. An de Rumc l'Jt; dcv. J.-C. 500. — •;. An de Rumc llir.; dev. J.-C. 53U. — 8. An de Rome iw\\ dcv. J. G. -548. — 9. An de Rome i!il; dev. J.-C. ri4:f. — 10. AndeRome2Ui; dcv. J.-C. 5:)8. — H. An de Rome 217; dev. J.-C. Vil.
maines, oi^i les temps du Christ et la destinée du peuple juif sont expliqués. C'était des semaines d'années si bien qu'elles contenaient quatre cent quatre-vingt-dix ans; el cette manière de compter était ordinaire aux Juifs, qui observaient la septième année aussi bien que le septième jour avec un repos religieux. Quelque temps après cette vision, Cyaxare mourut', aussi bien que Cambyse, père de Cyrus; el ce grand homme, qui leur succéda, joignit le royaume de Perse, obscurjusqu'alors, au royaume des Mèdes, si fort augmenté par ses conquêtes.' Ainsi il fut maître paisible de tout l'Orient, el fonda le plus grand empire qui eût été dans le monde. Mais ce qu'il faut le plus remarquer, pour la suite de nos Epoques, c'est que ce grand conquérant, dès la première année de son règne , donna son décret pour rétablir le temple de Dieu en Jérusalem, et les Juifs dans la Judée.
Il faut un peu s'arrêter en cet endroit, qui est le plus embrouillé de toute la chronologie ancienne , par la difficulté de concilier l'histoire profane avec l'histoire sainte. Vous aurez sans doute. Monseigneur, déjà remarqué que ce que je raconte de Cyrus est fort difi'érent de ce que vous en avez lu dans Justin ; qu'il ne parle point de ce second royaume des Assyriens, ni de ces fameux rois d'Assyrie et de Babylone, si célèbres dans l'histoire sainte; et qu'enfin mon récit ne s'accorde guère avec ce que nous raconte cet auteur, des trois premières monarchies, de celle des Assyriens finie en la personne de Sardanapale, de celle des Mèdes finie en la personne d'Astyage, grand-père de Cyrus, et de celle des Perses, commencée par Cyrus el détruite par Alexandre.
'Vous pouvez joindre à Justin , Diodore avec la plupart des auteurs grecs et latins, dont les écrits nous sont restés, qui racontent ces histoires d'une autre manière que celle que j'ai suivie, comme plus conforme à l'Ecriture.
Mais ceux qui s'étonnent de trouver l'histoire profane en quelques endroits peu conforme à l'Histoire sainte, devraient. remarquer en même temps qu'elle s'accorde encore moins avec elle-même. Les Grecs nous ont raconté les actions de Cyrus en plusieurs manières différentes. Hérodote en remarque trois , outre celle qu'il a suivie^ et il ne dit pas qu'elle soit écrite -par des auteurs plus anciens ni plus recevables que les autres. Il remarque encore lui-même^ que la mort de Cyrus est racontée diversement, et qu'il a choisi la manière qui lui a paru la plus vraisemblable, sans l'autoriser davantage. Xénophon , qui a été en Perse au service du jeune Cyrus, frère d'Arlaxerxès-, nommé Mnémon, a pu s'instruire de plus près, de la vie et de la mort de l'ancien Cyrus , dans les annales des Perses et dans la tradition de ce pays ; et pour peu qu'on soit instruit de l'antiquilé, on n'hésitera pas à préférer, avec saint Jérôme*, Xénophon, un si sage philosophe, aussi bien qu'un si habile capitaine, à Clésias, auteur fabuleux, que la plupart des Grecs ont copié, comme Justin el les Latins ont fait les Grecs; et plutôt même qu'Hérodole, quoiqu'il soit -très-judicieux. Ce qui me détermine à ce choix, c'est que l'histoire de Xénophon , plus suivie et
1. An de Rome 218; dev. J.-C. 53G. — S 3. Ucm. c. 114. — 4. Hier., in Dan., c. v.
Ikrod., lib. 1, c. 95.