‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 221 sur 609 · PREMIÈRE PARTIE. — HUITIÈME EPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — HUITIÈME EPOQUE

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réveilla le peuple romain , et les décemvirs furent chassés.

Pendant que les lois romaines se formaient sous les décemvirs, Esdras, docteur de la loi, et Néhémias, gouverneur du peuple de Dieu nouvellement rétabli dans la Judée, réformaient les abus, et faisaient observer la loi de Moïse qu'ils observaient les premiers'. Un des principaux articles de leur réformation fut d'obliger tout le peuple, et principalement les prêtres , à quitter les femmes étrangères qu'ils avaient épousées contre la défense de la loi. Esdras mit en ordre les Livres saints, dont il fit une exacte révision, et ramassa les anciens mémoires du peuple de Dieu pour en composer les deux livres des Paralipomènes ou Chroniques, auxquelles il ajouta l'histoire de son temps, qui fut achevée par Néhémias. C'est par leurs livres que se termine cette longue histoire que Mo'ise avait commencée, et que les auteurs suivants continuèrent sans interruption jusqu'au rétablissement de Jérusalem. Le reste de l'Histoire sainte n'est pas écrit dans la même suite. Pendant qu'Esdras et Néhémias faisaient la dernière partie de ce grand ouvrage, Hérodote, que les auteurs profanes appellent le père de l'histoire, commençait à écrire. Ainsi les derniers auteurs de l'Histoire sainte se rencontrent avec le premier auteur de l'histoire grecque; et quand elle commence, celle du peuple de Dieu, à la prendre seulement depuis Abraham, enfermait déjà quinze siècles. Hérodote n'avait garde de parier des Juifs dans l'histoire qu'il nous a laissée; et les Grecs n'avaient besoin d'être informés que des peuples que la guerre, le commerce , ou un grand éclat leur faisait connaître. La Judée, qui commençait à peine à se relever de sa ruine , n'attirait pas les regards.

Ce fut dans des temps si malheureux que la langue hébraïque commença à se mêler de langage chaldaïque , qui était celui de Babylone durant le temps que le peuple y fut captif; mais elle était encore entendue du temps d'Esdras, de la plus grande partie du peuple , comme il paraît par la lecture qu'il fit faire des livres de la loi << haute- » ment et intelligiblement en présence de tout le » peuple , hommes et femmes en grand nombre , » et de tous ceux qui pouvaient entendre ; et tout » le monde entendait pendant la lecture-.,» Depuis ce temps, peu à peu elle cessa d'être vulgaire. Durant la captivité, et ensuite par le commerce qu'il fallut avoir avec les Chaldéens, les Juifs apprirent la langue chaldaïque , assez approchante de la leur, et qui avait presque le même génie. Celte raison leur fit changer l'ancienne figure des lettres hébraïques , et ils écrivirent l'hébreu avec les lettres des Chaldéens , plus usitées parmi eux , et plus aisées à former. Ce changement fut aisé ■ entre deux langues voisines dont les lettres étaient de même valeur, et ne différaient que dans la figure. Depuis ce temps, on ne trouve l'Ecriture sainte parmi les Juifs qu'en caractères chaldaïques.

J'ai dit que l'Ecriture ne se trouve parmi les Juifs qu'en ces caractères. Mais on a trouvé de nos jours, entre les mains des Samaritains, un Penta-

1. /. Esdr., IX, 10 ; //. Esdr., xiii; Dent., xxfii, 3. — 2. Esdras., vm , 5, 6, 8. ■ '

teuque en anciens caractères hébra'ïques, tels qu'on les voit dans les médailles et dans tous les monu* ments des siècles passés. Ce Pentateuque ne diffère en rien de celui des Juifs , si ce n'est qu'il y a un endroit falsifié en faveur du culte public , que les Samaritains soutenaient que Dieu avait établi sur la montagne de Garizim , près de Samarie , comme les Juifs soutenaient que c'était dans Jérusalem. Il y a encore quelque différence, mais légères. Il est constant que les anciens Pères, et entre autres Eusèbe et saint Jérôme, ont ^^l cet ancien Pentateuque Samaritain ; et qu'on trouve , dans celui que nous avons , tous les caractères de celui dont ils ont parlé.

Pour entendre parfaitement les antiquités du peuple de Dieu , il faut ici en peu de mots , faire l'histoire des Samaritains et de leur Pentateuque. Il faut pour cela se souvenir qu'après Salomon', et en punition de ses excès sous Roboam son fils , Jéroboam sépara dix tribus du royaume de Juda, et forma le royaume d'Israël, dont la capitale fut Samarie ^

Ce royaume, ainsi séparé , ne sacrifia plus dans le temple de Jérusalem, et rejeta toutes les Ecritures faites depuis David et Salomon , sans se soucier non plus des ordonnances de ces deux rois, dont l'un avait préparé le temple , et l'autre l'avait construit et dédié.

Rome fut fondée l'an du monde 3230; et trentetrois ans après , c'est-à-dire l'an du monde 3283 , les dix tribus schismatiques furent transportées à Ninive , et dispersées parmi les Gentils.

Sous Asaraddon , roi d'Assyrie , les Cuthéens furent envoyés^ pour habiter Samarie*. C'étaient des peuples d'Assyrie, qui furent depuis appelés Samaritains. Ceux-ci joignirent le culte de Dieu avec celui des idoles, et obtinrent d'Asaraddon un prêtre Israélite qui leur apprit le service du Dieu du pays , c'est-à-dire les observances de la loi de Moïse. Mais leur prêtre ne leur donna que les livres de Mo'ïse dont les dix tribus révoltées avaient conservé la vénération , sans y joindre d'autres Livres saints, pour les raisons que l'on vient devoir.

Ces peuples ainsi* instruits ont toujours persisté dans la haine que les dix tribus avaient contre les Juifs; et lorsque Cyrus permit aux Juifs" de rétablir le temple de Jérusalem , les Samaritains traversèrent aulant qu'ils purent leur dessein^, en faisant semblant néanmoins d'y vouloir prendre part, 'sous prétexte qu'ils adoraient le Dieu d'Israël, quoiqu'ils en joignissent le culte avec celui de leurs fausses divinités.

Ils persistèrent toujours à traverser les desseins des Juifs lorsqu'ils rebâtissaient leur ville sous la conduite de Néhémias ; et les deux nations furent toujours ennemies.

On voit ici la raison pourquoi ils ne changèrent pas avec les Juifs les caractères hébreux en caractères chaldaïques. Ils n'avaient garde d'imiter les Juifs, non plus qu'Esdras leur grand docteur, puisqu'ils les avaient en exécration ; c'est pourquoi leur Pentateuque se trouve écrit en anciens caractères hébraïques , ainsi qu'il a été dit.

1. Au du monde, 3029 ; dev. J.-C. 975. — 2. .\n du monde 3080 ; dev. J.-C. 92i. — 3. An de Rome 77 ; dev. J.-C. 677. — 4. IV. Reg., xvii , 24; /. Esdr., iv, 2. —5. An de Rome 219 ; dev. J.-C. 535. —6. 1. Esdr.. IV, 2, 3.

DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE

Alexandre leur permit' de bâtir le temple de fiarizim. Manassès , frère de Jaddus , souverain pontife des Juifs, qui embrassa le schisme des Samaritains , obtint la permission de bâtir ce temple ; et c'est apparemment sous lui qu'ils commencèrent à quitter le cuite des faux dieux, ne dilTéraul d'avec les Juifs qu'en ce qu'ils le voulaient servir, non point dans Jérusalem, comme Dieu l'avait ordonné, mais sur le mont Garizim. On voit ici la raison pourquoi ils ont falsifié , dans leur Pentateuque, l'endroit où il est parlé de la montagne de Garizim, dans le dessein de montrer que cette montagne était bénite de Dieu et consacrée à son culte, et non pas Jérusalern.

La haine entre les deux peuples subsista toujours : les Samaritains soutenaient que leur temple de Garizim devait être préféré à celui de Jérusalem. La contestation fut émue devant Ptolomée Philométor, roi d'Egypte. Les Juifs, qui avaient pour eux la succession et la tradition manifeste , gagnèrent leur cause par un jugement solennel^

Les Samaritains' qui, durant la persécution d'Antiochus et des rois de Syrie, se joignirent toujours à eux contre les Juifs, furent subjugués par Jean Hircan*, fils de Simon, qui renversa leur temple de Garizim, mais qui ne les put empêcher de continuer leur service sur la montagne où il était bâti, ni réduire ce peuple opiniâtre à venir adorer dans le temple de Jérusalem.

De là vient que du temps de Jésus-Christ, on voit encore les Samaritains attachés au même culte et condamnés par Jésus-Christs

Ce peuple a toujours subsisté depuis ce tempslà en deux ou trois endroits de l'Orient. Un de nos voyageurs l'a connu , et nous en a rapporté le texte du Pentateuque qu'on appelle Samaritain, dont on voit à présent l'antiquité ; et on entend parfaitement toutes les raisons pour lesquelles il est demeuré en l'état où nous le voyons.

Quant apx Juifs que nous avons vus répandus dans les villes grecques, ils oublièrent non-seulement leur ancienne langue , qui était l'hébreu , mais encore le chaldéen, que la captivité leur avait appris. Ils se firent un grec mêlé d'hébra'isme , qu'on appelle le langage hellénistique , dans lequel les Septante et tout le Nouveau Testament sont écrits ; et ce langage s'étendait non-seulement dans la Grèce proprement dite , mais encore dans l'Egypte et dans la Syrie, et généralement dans tous les pays où les successeurs d'Alexandre avUient établi la langue grecque.

Les Juifs vivaient avec douceur sous l'autorité d'Artaxerxe. Ce prince réduit par Cimon , fils de Miltiade , général des Athéniens , à faire une paix honteuse , désespéra de vaincre les Grecs par la force, et ne songea plus qu'à profiter de leurs divisions. Il en arriva de grandes entre les Athéniens et les Lacédémoniens. Ces deux peuples , jaloux l'un de l'autre , pai'tagèrent toute la Grèce. Périclès, athénien*^, commença la guerre du Péloponèse, durant laquelle Théramène, Thrasybule et Alcibiade, athéniens, se rendent célèbres. Brasidas et Myûdare , lacédémoniens, y meurent en com-

1. An de Rome -421 ; dev. J.-C. 333. — 2. .los.. Mit , lil). XIII. cap. 6, ■A. 3. — 3. An de Rome 587; dev. J.-C. 1G7. — 4. An de Rome 624 ; dev. .I.-C. 130. — 5. loan., iv, 23. — G. An de Rome 323 ; dev. J.-C. 431.

battant pour Jeur pays. Cette guerre dura vingtsepl ans, et finit à l'avantage de Lacédémone, qui avait mis dans son parti Darius nommé le Bâtard, fils et successeur d'Artaxerxe. Lysandre, général de l'armée navale des Lacédémoniens, prit Athènes', et en changea le gouvernement. Mais la Perse s'aperçut bientôt qu'elle avait rendu les Lacédémoniens trop puissants. Ils soutinrent le jeune Cyrus- dans sa révolte contre Arlaxerxe , son aîné, appelé Mnémon à cause de son excellente mémoire , fils et successeur de Darius. Ce jeune prince , sauvé de la prison et de la mort par sa mère Parysatis , songe à la vengeance , gagne les Satrapes par ses agréments infinis, traverse l'Asie Mineure, va présenter la bataille au roi, son frère, dans le cœur de son empire, le blesse de sa propre main, et, se croyant trop tôt vainqueur, périt par sa témérité. Les dix mille Grecs qui le servaient font cette retraite étonnante , où commandait à la finXénophon, grand .philosophe et grand capitaine, qui en a écrit l'histoire. Les Lacédémoniens continuaient à attaquer l'empire des Perses % qu'Agésilas, roi de Sparte, fil trembler dans l'Asie Mineure ; mais les divisions de la Grèce le rappelèrent en son pays.

En ce tertips la ville de Veies , qui égalait presque la gloire de Rome , après un siège de dix ans et beaucoup de divers succès , fut prise par les Romains sous la conduite de Camille. Sa générosité lui fit encore une autre conquête. Les Falisques qu'il assiégeait* se donnèrent à lui touchés de ce qu'il leur avait renvoyé leurs enfants qu'un maître d'école lui avait "livrés. Rome ne voulait pas vaincre par les trahisons , ni profiter de la perfidie d'un lâche, qui abusait de l'obéissance d'un âge innocent. Un peu après% les Gaulois Sénonais e4itrèrent en Italie, et assiégèrent Clusium. Les Romains perdirent contre eux la fameuse bataille d'.^llia. Leur ville fut prise et brûlée". Pendant qu'ils se défendaient dans le Capilole , leurs affaires furent rétablies par Camille qu'ils avaient banni. Les Gaulois demeurèrent sept mois maîtres de Rome ; et appelés ailleurs par d'autres affaires , ils se retirèrent chargés de butin'.

Durant les brouilleries de la Grèce , Epaminondas , thébain', se signala par son équité et par sa modération , autant que par ses victoires. On remarque qu'il avait pour règle de ne mentir jamais, même en riant. Ses grandes actions éclatent dans les dernières années de Mnémon , et dans les premières d'Ochus. Sous un si grand capitaine, les Tliébains sont victorieux, et la puissance de Lacédémone est abattue. Celle des rois de Macédoine commença avec Philippe, père d'Alexandre le Grand'. Malgré les oppositions d'Ochus et d'Arsès son fils, roi de Perse, et malgré les difficultés plus grandes encore que lui suscitait dans .Athènes l'éloquence de Démosthène , puissant défenseur de la liberté, ce prince victorieux durant vingt ans l'ssujeltit toute la Grèce, où la bataille de Chéronée'", qu'il gagna sur les Athéniens et sur leurs

1. An de Rome 350; dev. J.-C. 404. — 2. An de Rome 353; dev. J.-C. 401 . — 3. An de Rome 358; dev. J.-C. 31IH. — 4. An de Rome 3(10 ; dev. J. C. 3'.tl. — 5. An de Rome 303; dev. J.-C. 301. — 6. An de Rome 304; dev. J.-C. 300. - 7. Pol^b., 1. I, c. 6; I. II, c. 18, 23. — 8. An de Rome 303; dev. J.-C. 371. — 9. An de Rome 395; dev. J.-C. 3159. — 10. An de RomeilC; dev. J.-C. 338.

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