‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 225 sur 609 · NEUVIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME ÉPOQUE

le gouvernement de Juda, et la gloire du sacerdoce rétablie' ; la mort d"Antiochus, digne de son impiété et de son orgueil; sa fausse conversion durant sa dernière maladie, et l'implacable colère de Dieu sur ce roi superbe.

Son fils Antiochus Eupator, encore en bas âge , lui succéda, sous la tutelle de Lysias, son gouverveur. Durant cette minorité, Démétrius Soter, qui était en otage à Rome, crut se pouvoir rétablir; mais il ne put obtenir du sénat d'être renvoyé dans son royaume : la politique romaine aimait mieux un roi enfant. Sous Antiochus Eupator^, la persécution du peuple de Dieu et les victoires de Judas le Machabée continuent. La division' se met dans le royaume de Syrie. Démétrius s'échappe de Rome; les peuples le reconnaissent; le jeune Antiochus est tué avec Lysias , son tuteur. Mais les Juifs ue sont pas mieux traités sous Démétrius que sous ses prédécesseurs ; il éprouve le même sort : ses généraux sont battus par Judas le Machabée ; et la main du superbe Nicanor, dont il avait si souvent menacé le temple, y est attachée. Mais un peu après. Judas, accablé par lu multitude, fut tué en combattant avec une valeur étonnante '. Son frère Jonathas succède à sa charge , et soutient sa réputation. Réduit à l'extrémité, son courage ne l'aiiandonna pas. Les Romains, ravis d'humilier les rois de Syrie , accordèrent aux Juifs leur protection ; et l'alliance que Judas avait envoyé leur demander fut accordée , sans aucun secours toutefois; mais la gloire du nom romain ne laissait pas d'être un grand support au peuple affligé. Les troubles de la Syrie croissaient tous les jours. Alexandre Bala, qui se vantait d'être fils d'Antiochus l'Illustre, fut mis sur le trône" par ceuxd'Antioche. Les rois d'Egypte, perpétuels ennemis de la Syrie, se mêlaient dans ses divisions pour en profiter. Ptolémée Philométor soutint Bala. ï^ guerre fut sanglante' : Démétrius Soter y fut tué, et ne laissa, pour venger sa mort, que deux jeujies princes encore en bas âge. Dépiétrius Nicator et Antiochus Sidétès. Ainsi l'usurpateur demeura paisible , et le roi d'Egypte lui donna sa fille Cléopâtre en mariage. Bala, qui se crut au-dessus de tout , se plongea dans la débauche , et s'attira le mépris de tous ses sujets.

En ce temps Philométor'' jugea le fameux procès que les Samaritains firent aux Juifs. Ces schismatiques toujours opposés au peuple de Dieu , ne manquaient point de se joindre à leurs ennemis , et pour plaire à Antiochus l'Illustre leur persécuteur', ils avaient consacré leur temple de Garizim à Jupiter Hospitalier". Malgré cette profanation, ces impies ne laissèrent pas de soutenir quelque temps après, à Alexandrie, devant Ptolémée Philométor, que ce temple devait l'emporter sur celui de Jérusalem. Les parties contestèrent devant le roi et s'engagèrent de part et d'autre , à peine de la vie, à justifier leurs prétentions par les termes de la loi de Moïse '°. Les Juifs gagnèrent leur cause, et les Samaritains furent punis do mort, selon la

1. An de Rome 590; dev. J.-C. 164. — 2. An de Rome 591 ; dev. J.-C. 103. - 3. An de Rome .î92; dev. J.-C. 162. — i. An de Rome .Vj;)- dev. J.-C. 161. — 5. An de Rome (iÛO, dev. J.-C. 15i. — 6. An de Rome 601; dev. J.-C. 150. — 1. Idem. — 8. An de Rome 587; dev. J.-C. 16". — 9. ;/. Machab., vi, 2 ; Joseph., Anliq.. lib. XU, c. 7, al. 5. — M. Idem c. 6, al. 3.

convention. Le même roi permit à Onias , de la race sacerdotale , de bâtir en Egypte le temple d'Héliopolis , sur le modèle de celui de Jérusalem ' : entreprise qui fut condamnée par tout le conseil des Juifs, et jugée contraire à la loi.

Cependant Carthage remuait, et souffrait avec peine les lois que Scipion l'Africain lui avait imposées. Les Romains résolurent sa perte totale, et la troisième guerre punique fut entreprise^. Le jeune Démétrius Nicator, sorti de l'enfance, songeait à se rétablir sur le trône de ses ancêtres, et la mollesse de l'usurpateur lui faisait tout espérera A son approche Bala se troubla : son beaupère Philométor se déclara contre lui , parce que Bala ne voulut pas lui laisser prendre son royaume; l'ambitieuse Cléopàtre, sa femme, le quitta pour épouser son ennemi; et il périt enfin de la main des siens, après la perte d'une bataille. Philométor mourut peu de jours après, des blessures qu'il y reçut, et la Syrie fut délivrée de deux ennemis. On vit tomber en ce même temps deux grandes villes. Carthage fut prise et réduite en cendres par Scipion Emilien, qui confirma par cette victoire, le nom d'Africain dans sa maison, et se montra digne héritier du grand Scipion son a'ieul. Corinthe eut la même destinée, et la république ou la ligue des Achéens périt avec elle. Le consul Mummius ruina de fond en comble cette ville , la plus voluptueuse de la Grèce, et la plus ornée. Il en transporta à Rome les incomparables statues , sans en connaître le prix. Les Romains ignoraient les arts de la Grèce , et se contentaient de savoir la guerre, la politique et l'agriculture.

Dans les troubles de Syrie , les Juifs se fortifièrent : Jonathas se vit recherché des deux partis , et Nicator victorieux Je traita de frère. Il en fut bientôt récompensé". Dans une sédition, les Juifs accourus le tirèrent d'entre les mains des rebelles. Jonathas fut comblé d'honneurs ; mais quand le roi se crut assuré , il reprit les desseins de ses ancêtres, et les Juifs furent tourmentés comme auparavant. Les troubles de Syrie recommencèrent : Diodote, surnommé Tryphon , éleva un fils de Bala, qu'il nomma Antiochus le Dieu, 'et lui servit de tuteur pendant son bas âge. L'orgueil de Démétrius souleva les peuples : toute la Syrie était en feu°. Jonathas sut profiter de la conjoncture, et renouvela l'alliance avec les Romains. Tout lui succédait, quand Tryphon , par un manquement de parole, le fit périr avec ses enfants. Son frère Simon , le plus prudent et le plus heureux des Machabées , lui succéda; et les Romains le favorisèrent comme ils avaient fait de ses prédécesseurs. Tryphon ne fut pas moins infidèle à son pupille Antiochus, qu'il l'avait été à Jonathas. 11 fit mourir cet enfant par le moyen des médecins, sous prétexte de le faire tailler de la pierre qu'il n'avait pas, et se rendit maître d'une partie du royaume. Simon prit le parti de Démétrius Nicator, roi légitime ; et après avoir obtenu de lui la liberté de son pays , il la soutint par les armes contre le rebelle Tryphon'^. Les Syriens furent chassés de la citadelle qu'ils tenaient dans Jéru-

1. .roseph., .Intiq., lib. XU. c. 6, al. 3. — 2. An de Rome 606; dev. J.-C. 148. — 3. An de Rome 608; dev. J.-C. 116. — 4. .\n de Rome 010 ; dev. J.-C. lil. — 5. An de Rome 611 ; dev. J.-C. U3. — 6. An de Rome 612 ; dev. J.-C. U2.

DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE

ralem , et ensuite de toutes les places de la Judée. Ainsi les Juifs, affranchis du joug des Gentils par la valeur de Simon, accordèrent les droits royaux à lui et à sa famille; et Démétrius Nicator consentit à ce nouvel établissement. Là commence le nouveau royaume du peuple de Dieu, et la principauté des Asmonéens toujours jointe au souverain sacerdoce.

En ces temps, l'empire des Parthes s'étendit sur la Bactriane et sur les Indes , par les victoires de Mithridate, le plus vaillant des Arsacides. Pendant qu'il s'avançait vers l'Euphrate', Démétrius Nicator, appelé par les peuples de cette contrée que Mithridate venait de soumettre, espérait de réduire à l'obéissance les Parthes que les Syriens traitaient toujours de rebelles. Il remporta plusieurs victoires ; et prêt à retourner dans la Syrie pour y accabler Tryphon , il tomba dans un piège qu'un général de Mithridate lui avait tendu : ainsi il demeura prisonnier des Parthes. Tryphon, qui se croyait assuré par le malheur de ce prince, se vit tout d'un coup abandonné des siens'. Ils ne pouvaient plus souffrir son orgueil. Durant la prison de Démétrius, leur roi légitime,' ils se donnèrent à sa femme Cléopàtre et à ses enfants ; mais il fallut chercher un défenseur à ces princes encore en bas âge. Ce soin regardait naturellement Antiochus Sidétès, frère de Démétrius : Cléopàtre le fit connaître dans tout le royaume. Elle fit plus : Phraate , frère et successeur de Mithridate, traita Nicator en roi, et lui donna sa fille Rodogune en mariage. En haine de cette rivale, Cléopàtre, à qui elle ôtait la couronne avec son mari , épousa Antiochus Sidétès , et se résolut à régner par toutes sortes de crimes. Le nouveau roi attaqua Tryphon^ : Simon se joignit à lui dans cette entreprise , et le tyran forcé dans toutes ses places finit comme il le méritait. Antiochus, maître du royaume, oublia bientôt les services que Simon lui avait rendus dans cette guerre , et le fit périr*. Pendant qu'il ramassait contre les Juifs toutes les forces de la Syrie, Jean Hyrcan, fils de Simon , succéda au pontificat de son père, et tout le peuple se soumit à lui. 11 soutint le siège dans Jérusalem avec beaucoup de valeur; et la guerre qu'Antiochus méditait contre les Parthes, pour délivrer son frère captif, lui fit accorder aux Juifs des conditions supportables.

En même temps que cette paix se conclut, les Romains, qui commençaient à être trop riches, trouvèrent de redoutables ennemis dans la 'lUiltitude effroyable de leurs esclaves. Eunus , esclave lui-même , les souleva en Sicile ; et il fallut em- • ployer à les réduire toute la puissance romaine. Un peu après, la succession d'Attalus, roi de Pergame% qui fit par son testament le peuple romain son héritier, mit la division dans la ville. Les troubles des Gracques commencèrent. Le séditieux tribunat de Tibérius Gracchus, un des premiers hommes de Rome, le fit périr; tout le sénat le tua par la main de Scipion Nasica , et ne vit que ce moyen d'empêcher la dangereuse distribution d'argent dont cet élégant tribun flattait le peuple. Sci-

i.Ande Konic r>13; dev. J.-C. Ul. — 2. An deRotnc fiii; dev. J.-C. 140. — 3. An de Home 615; dey. J.-C. 139. — i. An de Rome 019; dev. J.-C. 135. — 5. An de Rome 621 ; dev. J.-C. 133.

pion Emilien rétablissait la discipline militaire ; et ce grand homme, qui avait détruit Carthage, ruina encore en Espagne Numance , la seconde terreur des Romains.

Les Parthes se trouvèrent faibles contre Sidétès' : ses troupes, quoique corrompues par un luxe prodigieux , eurent un succès surprenant. Jean Hyrcan, qui l'avait suivi dans cette guerre avec ses Juifs, y signala sa valeur, et fit respecter la religion judaïque, lorsque l'armée s'arrêta pour lui donner le loisir de célébrer un jour de fête-. Tout cédait, et Phraate vit son empire réduit à ses anciennes limites; mais loin de désespérer de ses affaires, il crut que son prisonnier lui servirait à les rétablir, et à envahir la Syrie. Dans cette conjoncture, Démétrius éprouva un sort bizarre. Il fut souvent relâché, et autant de fois retenu , suivant que l'espérance ou la crainte prévalait dans l'esprit de son beau-père. Enfin un moment heureux, où Phraate ne vit de ressource que dans la diversion qu'il voulait faire en Syrie par son moyen, le mit tout à fait en liberté. A ce moment le sort tourna^ : Sidétès, qui ne pouvait soutenir ses effroyables dépenses que par des rapines insupportables, fut accablé tout d'un coup par un soulèvement général des peuples , et périt avec son armée tant de fois victorieuse. Ce fut en vain que Phraate fit courir après Démétrius : il n'était plus temps; ce prince était rentré dans son royaume. Sa femme, Cléopàtre, qui ne voulait que régner, retourna bientôt avec lui, et Rodogune fut oubliée.

Hyrcan profita du temps ; il prit Sichem aux Samaritains, et renversa de fond en comble le temple de Garizim , deux cents ans après qu'il avait été bâti par Sanaballat. Sa ruine n'empêcha pas les Samaritains de continuer leur culte sur cette montagne; et les deux peuples demeurèrent irréconciliables. L'année d'après*, toute ridumée,unie par les victoires d'Hyrcan au royaume de Judée, reçut la loi de Moïse avec la circoncision. Les Romains continuèrent leur protection à Hyrcan, et lui firent rendre les villes que les Syriens lui avaient ôtées^ L'orgueil et les violences de Démétrius Nicator ne laissèrent pas la Syrie longtemps tranquille. Les peuples se révoltèrent. Pour entretenir leur révolte, l'Egypte ennemie leur donna un roi" : ce fut Alexandre Zébina , fils de Bala. Démétrius fut battu; et Cléopàtre, qui crut régner plus absolument sous ses enfants que sous son mari, le fit périr. Elle ne traita pas mieux son fils aîné Séleucus, qui voulait régner malgré elle''. Son second fils, Antiochus appelé Grypus, avait défait les rebelles, et revenait victorieux : Cléopàtre lui présenta en cérémonie la coupe empoisonnée", que son fils, averti de ses desseins pernicieux, lui fit avaler. Elle laissa en mourant une semence éternelle de divisions, entre les enfants qu'elle avait eus des deux frères, Démétrius Nicator et Antiochus Sidétès. La Syrie ainsi agitée ne fut plus en état de troubler les Juifs. Jean Hyrcan prit Samarie", et ne put convertir les Samaritains.

1. An de Rome ()22; dev. J.-C. 132. — 2. Nie. Damasc. apud Josep., Mit., lib. xm , cap. l(i, ab. S. — 3. An de Rome 62i ; dev. J.-C. 130. — i. An deRome()25; dev. J.-C. 129. — 5. An de Rome 626; dev. ,].-C 128. — fi. An de Rome 629; dev. J.-C. 125. — 7. An de Rome 030; dev. J.-C. 12i. — 8. An de Rome 633; dev. J.-C. 121. — 9. An de Rome 845; dev. J.-C. 109.

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