PREMIERE PARTIE. — NEUVIEME EPOQUE
Cinq ans après, il mourut : la Judée demeura paisible ' à ses deux enfants Aristobiile et Alexandre Jannée-, qui régnèrent l'un après l'autre sans être incommodés des rois de Syrie.
Les Romains laissaient ce riche royaume se consumer par lui-même , et s'étendaient du côté de l'Occident. Durant les guerres de Démétriu'-jNicator et de Zébina^ ils commencèrent à s'étendre au delà des Alpes ; et Sextius, vainqueur des Gaulois nommés Saliens , établit dans la ville d'Aix' une colonie qui porte encore son nom. Les Gaulois se défendaient mal'. Fabius dompta les AUobroges et tous les peuples voisins, et la même année % que Grypus fit iDoire à sa mère le poison qu'elle lui avait préparé, la Gaule narbonnaise, réduite en province , reçut le nom de province romaine. Ainsi l'empire romain s'agrandissait, et .occupait peu à peu toutes les terres et toutes les mers du monde connu.
Mais autant que la face de la république paraissait belle au dehors par les conquêtes, autant étaitelle défigurée par l'ambition désordonnée de ses citoyens , et par ses guerres intestines. Les plus illustres des Romains devinrent les plus pernicieux au bien public. Les deux Gracques, en flattant le peuple, commencèrent des divisions qui ne finirent qu'avec la république. Caïus, frère de Tibérius, ne peut souffrir qu'on eût fait mourir un si grand homme d'une manière si tragique. Animé à la vengeance par des mouvements qu'on crut inspirés par l'ombre de Tibérius, il arma tous les citoyens les uns contre les autres ; et à la veille de tout détruire, il périt d'une mort semblable à celle qu'il voulait venger L'argent faisait tout à Rome'. Jugurtha, roi de Numidie , souillé du meurtre de ses frères, que le peuple romain protégeait, se défendit plus longtemps par ses largesses que par ses armes; et Marins, qui acheva de le vaincre^ ne put parvenir au commandement , qu'en animant le peuple contre la noblesse'. Les esclaves armèrent encore une fois dans la Sicile, et leur seconde révolte ne coûta pas moins de sang aux Romains que la première. Marins battit les Teutons, les Cimbres et les autres peuples du Nord'", qui pénétraient dans les Gaules, dans l'Espagne et dans l'Italie. Les victoires qu'il en remporta furent une occasion" de proposer de nouveaux partages de terre : Métellus, qui s'y opposait, fut contraint de céder au temps : et les divisions ne furent éteintes que par le sang de Saturuinus , tribun du peuple'-. Pendant que Rome protégeait la Cappadoce contre Mithridate, roi de Pont'^ et qu'un si grand ennemi cédait aux forces romaines, avec la Grèce qui était entrée dans ses intérêts'*, l'Italie exercée aux armes par tant de guerres '° soutenues ou contre les Romains , ou avec eux , mit leur empire en péril par une révolte universelle.
Rome se vit déchirée dans les mêmes temps par les fureurs de Marius et de Sylla'^ dont l'un
i. An de Rome 650; dev. J.-C. lOi. — 2. An de Rome 651 ; dev. J.-C. (03. — 3. An de Rome 629 ; dev. J.-C. 125. — \. An de Rome 630 ; dev. J.-C. 121. — 5. An de Rome 031 ; dev. J.-C. 123. —6. An de Rome 633; ilev. J.-C. 12t. — ". Au de Rome 635, 640, 641 —8. An de Rome 648ilev. J.-C. 106. — 9. An Je Rome 651 ; dev. J.-C. 103. — 10. An de Rome 652; dev. J.-C. 102. — 11. An de Rome 051; dev. J.-C. 100. — 12. An de Rome 660; dev. J.-C. 04. — 13. An de Rome 066; dev. J.-C. 88. — 14. An de Rome 668 ; dev. J.-C. 86. — 15. An de Rome 663 ; dev. J.-C. '.n. — 10. An de Rome 666, 667 et suiv.
avait fait trembler le Midi et le Nord , et l'autre était le vafnqueur de la Grèce et de l'Asie. Sylla, qu'on nommait l'Heureux, le fut trop contre sa patrie', que sa dictature tyrannique mit en servitude. 11 put bien quitter volontairement^ la souveraine puissance ; mais il ne put empêcher l'effet du mauvais exemple. Chacun voulut dominer. Sertorius, zélé partisan de Marius ^ se cantonna dans l'Espagne, et se ligua avec Mithridate*. Contre un si grand capitaine, la force fut inutile ; et Pompée ne put réduire ce parti qu'en y mettant la division. 11 n'y eut pas jusqu'à Spartacus, gladiateur, qui ne crut pouvoir aspirer au commandement. Cet esclave ne fil pas moins de peine aux prêteurs et aux consuls^ que Mithridate en faisait à Lucullus. La guerre des gladiateurs devint redoutable à la puissance romaine ; Crassus avait peine à la finir, et il fallut envoyer contre eux le grand Pompée". Lucullus prenait le dessus en Orient. Les Romains passèrent l'Euphrate ; mais leur général , invincible contre l'ennemi , ne put tenir dans le devoir ses propres soldats. Mithridate souvent battu, sans jamais perdre courage, se relevait; et le bonheur de Pompée semblait nécessaire à terminer cette guerre'. Il venait de purger les mers des pirates qui les infestaient, de- ! puis la Syrie jusqu'aux Colonnes d'Hercule, quand il fut envoyé contre Mithridate. Sa gloire parut alors élevée au comble. 11 achevait de soumettre ce vaillant roi; l'Arménie, où il s'était réfugié'; ribérie et l'Albanie, qui le soutenaient; la Syrie déchirée par ses factions ; la Judée, où la division des Asmonéens' ne laissa à Hyrcan II, fils d'Alexandre Jannée, qu'une ombre de puissance ; et enfin tout l'Orient : mais il n'eût pas eu où triompher de tant d'ennemis, sans le consul Cicéron qui sauvait la ville des feux que lui préparait Catilina suivi de la plus illustre noblesse de Rome. Ce redoutable parti fut ruiné par l'éloquence de Cicéron , plutôt que par les armes de C. Antonius son collègue. La liberté du peuple romain n'en fut pas plus assurée.
Pompée régnait dans le sénat , et son grand nom le rendait maître absolu de toutes les délibérations. Jules César, en domptant les Gaules'", fit à sa patrie la plus utile conquête qu'elle eût jamais faite. Un si grand service le mit en état d'établir sa domination dans son pays. Il voulut premièrement é'galer, et ensuite surpasser Pompée. Les immenses richesses de Crassus lui firent croire qu'il pourrait partager la gloire de ces deux grands hommes, comme il partageait leur autorité". Il entreprit témérairement la guerre contre les Parthes'-, funeste à lui et à sa patrie. Les Arsacides vainqueurs insultèrent par de cruelles railleries à l'ambition des Romains , et à l'avarice insatiable de leur général. Mais la honte du nom romain ne fut pas le plus mauvais effet de la défaite de Crassus. Sa puissance contrebalançait celle de Pompée etde César, qu'il tenait unis comme malgré eux '^ Par sa mort, la digue qui les retenait fut rompue.
1. An de Rome G';2 ; dev. J.-C. 82. — 2. An de Rome 675; dev. J.-C. "9. — 3. An de Rome 680 ; dev. J.-C. "S. — 4. An de Rome 681 ; dev. J.-C. 73. — 5. An de Rome 683. dev. J.-C. 71. — 6. An de Rome 686; dev. J.-C. 68. — 7. An de Rome 68"; dev. J.-C. 67. — 8. An de Rome 689 ; dev. J.-C. 65. — 9. An de Rome 691 ; dev. J.-C. 63. — 10. Au de Rome 696 el suiv.; dev. J.-C. 38. —11. An de Rome 700; dev. J.-C. 54.— 12. .\n de Rome 701; dev. J.-C. 53. — 13. An de Rome 705; dev. J.-C. 49.
DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE
Les deux rivaux qui avaient en main toutes les forces de la république, décidèrent leur querelle à Pharsale' par une bataille sanglante. César victorieux parut en un moment partout l'univers, en Egypte, en Asie, en Mauritanie, en Espagne^ : vainqueur de tous côtés, il fut reconnu^ comme maître à Rome et dans tout l'empire*. Brutus et Cassius' crurent affranchir leurs citoyens en le tuant comme un tyran'', malgré sa clémence.
Rome retomba" entre les mains de Marc-Antoine, de Lépide et du jeune César Octavien, petitneveu de Jules César et son fils par adoption, trois insupportables tyrans, dont le triumvirat et les proscriptions'' font encore horreur en les lisant. Mais elles furent trop violentes pour durer longtemps. Ces trois hommes partagèrent l'empire. César garde l'Italie ; et changeant incontinent en douceur ses premières cruautés, il faut croire qu'il y a été entraîné par ses collègues. Les restes de la république périssent avec Brutus et Cassius. Antoine et César, après avoir ruiné Lépide', se tournent l'un contre l'autre. Toute la puissance romaine ' se met sur la mer. César '" gagne la bataille Actiaque : les forces de l'Egypte et de l'Orient, qu'Antoine menait avec lui sont dissipées; tous ses amis l'abandonnent, et même sa Cléopâtra pour laquelle il s'était perdu". Hérode Iduméen, qui lui devait tout, est contraint de se donner au vainqueur, et se maintient par ce moyen dans la possession du royaume de Judée , que la faiblesse du vieux Hyrcan avait fait perdre entièrement aux Asmonéens. Tout cède à la fortune ae César : Alexandrie lui ouvre ses portes; l'Egypte devient une province romaine ; Cléopâtre , qui désespère de la pouvoir conserver, se tue elle-même après Antoine; Rome tend les bras à César'^, qui demeure, sous le nom d'Auguste et sous le titre d'empereur, seul maître de tout l'empire. Il dompte, vers les Pyrénées '■', les Cantabres et les Asturiens révoltés : l'Ethiopie'* lui demande la paix; les Parthes épouvantés'" lui renvoient les étendards pris sur Crassus , avec tous les prisonniers romains , les Indes recherchent son alliance ; ses armes se font sentir aux Rhètes ou Grisons '^ que- leurs montagnes ne peuvent défendre ; la Pannonie le reconnaît'''; la Germanie le redoute, et le 'Véser reçoit ses lois'*. "Victorieux par mer et par terre", il ferme le temple de Janus. Tout l'univers vit en paix sous sa puissance , et Jésus-Christ vient au monde^".