‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 228 sur 609 · PREMIÈRE PARTIE. — DIXIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DIXIÈME ÉPOQUE

se trouve, de cette sorte, justement coupée au milieu par cette mort.

Ainsi le compte des semaines est aisé à faire ou plutôt il est tout fait. Il n'y a qu'à ajouter à quatre cent cinquante-trois ans , qui se trouveront depuis l'an 300 de Rome, et le vingtième d'Artaxerxe, jusqu'au commencement de l'ère vulgaire, les trente ans de cette ère qu'on voit aboutir à la quinzième année de Tibère, et au baptême de Notre Seigneur ; il se fera de ces deux sommes quatre "cent quatre-vingt-trois ans : des sept ans qui restent encore pour en achever quatre cent quatrevingt-dix , le quatrième, qui fait le milieu, est celui où Jésus-Christ est mort ; et tout ce que Daniel a prophétisé est visiblement renfermé dans le terme qu'il s'est prescrit. On n'aurait pas même besoin de tant de justesse ; et rien ne force à prendre dans cette extrême rigueur le milieu marqué par Daniel. Les plus difficiles se contenteraient de le trouver en quelque point que ce fût entre les deux extrémités : ce que je dis , afin que ceux qui croiraient avoir des raisons pour mettre un peu plus haut ou un peu plus bas le commencement d'Artaxerxe , ou la mort de Notre Seigneur ; ne se gênent pas dans leur calcul ; et que ceux qui voudraient tenter d'embarrasser une chose claire, par des chicanes de chronologie, se défassent de leur inutile subtilité.

Voilà ce qu'il faut savoir pour ne se point embarrasser des auteurs profanes , et pour entendre , autant qu'on en a besoin, les antiquités judaïques. Les autres discussions de chronologie sont ici fort peu nécessaires. Qu'il faille mettre de quelques années plus tôt ou plus tard la naissance de Notre Seigneur, et ensuite prolonger sa vie un peu plus ! ou un peu moins, c'est une diversité qui provient autant des incertitudes des années du monde que de celles de Jésus-Christ. Et quoi qu'il en soit, un lecteur attentif aura déjà pu reconnaître qu'elle ne fait rien à la suite ni à l'accomplissement des conseils de Dieu. Il faut éviter les anachronismes qui brouillent l'ordre des affaires, et laisser les savants disputer des autres.

Quant à ceux qui veulent absolument trouver dans les histoires profanes les merveilles de la vie de Jésus -Christ et de ses apôtres, auxquels le monde ne voulait pas croire, et qu'au contraire il entreprenait de combattre de toutes ses forces, comme une chose qui le condamnait, nous parlerons ailleurs de leur injustice, nous verrons aussi • qu'il se trouve dans les auteurs profanes plus de vérités qu'on ne croit, favorables au christianisme ; et je donnerai seulement ici pour exemple l'éclipsé arrivée au crucifiement de Notre Seigneur.

Les ténèbres qui couvrirent toute la face de la terre en plein midi, et au moment que Jésus-Christ fut crucifié ', sont prises pour une éclipse ordinaire par les auteurs païens , qui ont remarqué ce mémorable événement-. Mais les premiers chrétiens, qui en ont parlé aux Romains comme d'un prodige marqué non-seulement par les auteurs , mais encore par les registres publics\ ont fait voir que ni au temps de la pleine lune où Jésus-Christ était |

1. Matlh.. XXVII. 45. — 2. Phleg., xiii. Olijmp.; Thalh. Hist. 3. — 3. TertiM.. Apoll., c 21; Orig. Ctrnt. Cets., Iib. Il, n.33, l. I, p. il4; et Ti'act. XXXV m Matlh., a. -134, t. UI, p. 9-23; Euseb. et Hieron. in Chron. Jul. Afric. Uid.

mort, ni dans toute l'année où cette éclipse est observée, il île pouvait en être arrivé aucune qui ne fût surnaturelle. Nous avons les propres paroles de Phlégon , affranchi d'Adrien, citées dans un temps où son livre était entre les mains de tout le monde, aussi bien que les histoires syriaques de Thallus qui l'a suivi ; et la quatrième année de la 202= olympiade, marquée dans les Annales de Phlégon , est constamment celle de la mort de Notre Seigneur.

Pour achever les mystères, Jésus-Christ sort du tombeau le troisième jour; il apparaît à ses disciples; il monte aux cieux en leur présence; il leur envoie le Saint-Esprit; l'Eglise se forme; la persécution commence, saint Etienne est lapidé; saint Paul est converti. Un peu après, Tibère meurt (37). Caligula, son petit-neveu , son fils par adoption , et son successeur, étonne l'univers par sa folie cruelle et brutale : il se fait adorer, et ordonne (40) que sa statuette soit placée dans le temple de Jérusalem. Chéréas délivre le monde de ce monstre (41). Claudius règne, malgré sa stupidité. Il est déshonoré par Messaline sa femme (48), qu'il redemande après l'avoir fait mourir. On le remarie avec Agrippine, fille de Germanicus (49). Les apôtres tiennent (50) le concile de Jérusalem', où saint Pierre parle. le premier, comme il fait partout ailleurs. Les Gentils convertis y sont affranchis des cérémonies de la loi. La sentence en est prononcée au nom du Saint-Esprit et de l'Eglise. Saint Paul et saint Barnabe portent le décret du concile aux églises, et enseignent aux fidèles à s'y soumettre-. Telle fut la forme du premier concile.

Le stnpide empereur déshérita son fils Britannicus, et adopta Néron, fils d'Agrippine (S4). En récompense, elle empoisonna ce trop facile mari. Mais l'empire de son fils ne lui fut pas moins funeste à elle-même, qu'à tout le reste de la république (58 , 60, 62, 63, etc.). Corbulon fit tout l'honneur de ce règne, par les victoires qu'il remporta sur les Parthes et sur les Arméniens (66). Néron commença dans le même temps la guerre contre les Juifs , et la persécution contre les chrétiens. C'est le premier empereur qui ait persécuté l'Eglise (67). Il fit mourir à Rome saint Pierre et saint Paul. Mais comme dans le même temps il persécutait tout le genre humain, on se révolta contre lui de tous côtés : il apprit que le sénat l'avait condamné (68), et se tua lui-même. Chaque armée fit un efnpereur (69) : la querelle se décida auprès de Rome, et dans Rome même, par d'effroyables combats. Galba, Othon et Vitellius y périrent : l'empire affligé se reposa sous Vespasien (70). Mais les Juifs furent réduits à l'extrémité : Jérusalem fut prise et brûlée (79). Tite, fils et successeur de "Vespasien , donna au monde une courte joie ; et ses jours qu'il croyait perdus quand ils n'étaient pas marqués de quelque bienfait , se précipitèrent trop vite. On vit revivre Néron en la personne de Domitien. La persécution se renouvela (93).

Saint Jean sorti de l'huile bouillante fut relégué dans l'île de Pathmos, où il écrivit son Apocalypse (95). Un peu après, îl écrivit son Evangile, âgé

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