rt., XV, 7. — 2. Idem . xvr
DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE
de quatre-vingt-dix ans, et joignit la qualité d'évangélisle à celle d'apôtre et de prophète.' Depuis ce temps les chrétiens furent toujours persécutés , tant sous les bons que sous les mauvais empereurs. Ces persécutions se faisaient tantôt par les ordres des empereurs et par la haine particulière des magistrats, tantôt par le soulèvement des peuples, et tantôt par des décréta prononcés aulhentiquement dans le sénat sur le rescrit des princes, ou en leur présence. Alors la persécution était plus universelle et plus sanglante; et ainsi la haine des infidèles, toujours obstinée à perdre l'Eglise, s'excitait de temps en temps elle-même à de nouvelles fureurs. C'est par ces renouvellements de violence, que les historiens ecclésiastiques comptent dix persécutions sous dix empereurs. Dans de si longues souffrances , les chrétiens ne firent jamais la moindre sédition. Parmi tous les fidèles, - les évèques étaient toujours les plus attaqués. Parmi toutes les églises, l'église de Rome fut persécutée avec plus de violence; et les Papes confirmèrent souvent par leur sang l'Evangile qu'ils annonçaient à toute la terre.
Domitien est tué : l'empire commence à respirer sous Nerva (96). Son grand âge ne lui permet pas de rétablir les affaires; mais, pour faire durer le repos public, il choisit Trajgn pour son successeur (97). L'empire tranquille au dedans (98), et triomphant au dehors , ne cesse d'admirer un si bon prince. Aussi avait-il pour maxime , qu'il fallait que ses citoyens le trouvassent tel qu'il eût voulu trouver l'empereur s'il eût été simple citoyen. Ce prince dompta les Daces et Décébale leur roi (102); étendit ses conquêtes en Orient (106); donna un roi auxParthes, et leur fit craindre la puissance romaine (113, 116) : heureux que l'ivrognerie et ses infâmes amours , vices si déplorables dans un si grand prince, ne lui aient rien fait entreprendre contre la justice. A des temps si avantageux pour la république, succédèrent ceux d'Adrien (117), mêlés de bien et de mal. Ce prince maintint la discipline militaire (120), vécut lui-même militairement (123) et avec beaucoup de frugalité, soulagea les provinces (125), fil fleurir les arts et la Grèce qui en était la mère (126). Les barbares furent tenus en crainte par ses armes et par son autorité. 11 rebâtit Jérusalem (130) à qui il donna son nom; et c'est de là que lui vient le nom d'^Elia; mais il en bannit les Juifs, toujours rebelles à l'empire (135). Ces opiniâtres trouvèrent en lui un impitoyable vengeur. Il déshonora par ses cruautés, et par ses amours monstrueuses, un règne si éclatant (136). Son infâme Antinoiis, dont il fit un Dieu, couvre de honte toute sa vie.
L'empereur sembla réparer ses fautes, et rétablir sa gloire effacée en adoptant Antonin le Pieux (138), qui adopta Marc-Aurèle le Sage etie Philosophe. En ces deux princes (139, 161) paraissent deux beaux caractères. Le père, toujours en paix, est toujours prêt dans le besoin à faire la guerre : le fils est toujours en guerre, toujours prêt à donner la paix à ses ennemis et à l'empire. Son père Antonin lui avait appris qu'il valait mieux sauver un seul citoyen , que de défaire mille ennemis (162). Les Parthes et les Marcomans (169) éprouvèrent la valeur de Marc-Aurèle : les derniers
étaient des Germains que cet empereur achevait de dompter (180) quand il mourut. Par la vertu des deux Antonin , ce nom devint les délices des Romains.
La gloire d'un si beau nom ne fut effacée ni par la mollesse de Lucius Verus , frère de Marc-Aurèle et son collègue dans l'empire , ni par les brutalités de Commode, son fils et son successeur. Celui-ci, indigne d'avoir un tel père, en oublia les enseignements et les exemples. Le sénat et les peuples le détestèrent; ses plus assidus courtisans et sa maîtresse le firent mourir (192). Son successeur Pertinax, vigoureux défenseur de la discipline militaire (193), se vit immolé à la fureur des soldats licencieux qui l'avaient un peu auparavant élevé malgré lui à la souveraine puissance. L'empire, mis à l'encan par l'armée, trouva un acheteur. Le jurisconsulte Didius Julianus hasarda ce hardi marché; if lui en coûta la vie (194, 195, 198, etc.). Sévère, africain, le fil mourir, vengea Pertinax, passa de l'Orient en Occident (207, 209), triompha en Syrie , en Gaule et dans la Grande- Bretagne. Rapide conquérant, il égala César par ses victoires; mais il n'imita pas sa clémence. Il ne put mettre la paix parmi ses enfants. Bassien ou Caracalla , son fils aîné (218), faux imitateur d'Alexandre , aussitôt après la mort de son père (211, 212), tua son frère Gela, empereur comme lui, clans le sein de Julie, leur mère commune, passa sa vie dans la cruauté et dans le carnage, et s'attira à lui-même une mort tragique. Sévère lui avait gagné le cœur des soldats et des peuples, en lui donnant le nom d'Anlonin; mais il n'en sut pas soutenir la gloire (218). Le syrien Héliogabale, ou plutôt Alagabale, son fils, ou du moins réputé pour tel , quoique le nom d'Antonin lui eût donné d'abord le cœur des soldats et la victoire sur Macrin, devint aussitôt après, par ses infamies, l'horreur du genre humain, et se perdit lui-même. Alexandre Sévère , fils de Marnée (222) , son parent et son successeur, vécut trop peu pour le bien du monde. Il se plaignit d'avoir plus de peine à contenir ses soldats qu'à vaincre ses ennemis. Sa mère, qui le gouvernait, fut cause de sa perte, comme elle l'avait été de sa gloire (235). Sous lui Artaxerxe, persien, tua son maître Art»ban (233), dernier roi des Parthes, et rétablit l'empire des Perses en Orient.
En ces temps, l'Eglise encore naissante -remplissait toute la terre'; et non-seulement l'Orient, où elle avait commencé, c'est-à-dire la Palestine, la Syrie , l'Egypte , l'Asie Mineure et la Grèce ; mais encore dans l'Occident, outre l'Italie, les diverses nations des Gaules, toutes les provinces d'Espagne, l'Afrique, la Germanie, la Grande- Bretagne dans les endroits impénétrables aux armes romaines; et encore hors de l'empire, l'Arménie, la Perse, les Indes, les peuples les plus barbares , les Sarmates , les Daces , les Scythes , les Maures, les Gétuliens, et jusqu'aux îles les plus inconnues. Le sang de ses martyrs la rendait féconde. Sous Trajan (107), saint Ignace, évèque d'Antioche, fut exposé aux bêtes farouches. Marc- Aurèle, malheureusement prévenu des calomnies dont on chargeait le christianisme, fit mourir saint