‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 235 sur 609 · PREMIÈRE PARTIE. — ONZIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — ONZIÈME ÉPOQUE

et appuya les hérétiques (492). Par là il aliéna les esprits des peuples et ne put jamais les gagner, même en étant des impôts fâcheux. L'Italie obéissait à Théodoric ; Odoacre , pressé dans Ravenne , tâcha de se sauver par un traité que Théodoric n'observa pas ; et les Hérules furent contraints de tout abandonner. Théodoric , outre l'Italie, tenait encore la Provence (494). De son temps, saint Benoît, retiré en Italie dans un désert, commençait dès ses plus tendres années à pratiquer les saintes maximes, dont il composa depuis cette belle règle que tous les moines d'Occident reçurent avec le même respect que les moines d'Orient ont pour celle de saint Basile. ■

Les Romains achevèrent de perdre les Gaules par les victoires de Clovis, fils de Childéric (495), Il gagna aussi sur les Allemands la bataille de Tolbiac, par le vœu qu'il fit d'embrasser la religion chrétienne , à laquelle Clotilde sa femme ne cessait de le porter. Elle était de la maison des rois de Bourgogne , et catholique zélée , encore que sa famille et sa nation fût arienne. Clovis , instruit par saint Vast, fut baptisé à Reims, avec ses Français, par saint Rémi, évèque de cette ancienne métropole. Seul de tous les princes du monde , il soutint la foi catholique, et mérita le titre de trêschrétien à ses successeurs. Par la bataille où il tua de sa propre main Alaric , roi des Yisigolhs (506), Tolose' et l'Aquitaine furent jointes à son royaume (507). Mais la victoire des O'strogoths l'empêcha de tout prendre jusqu'aux Pyrénées (508), et à la fin de son règne ternit la gloire des commencements (510). Ses quatre enfants partagèrent le royaume-, et ne cessèrent d'entreprendre les uns sur les autres.

Anastase mourut frappé du foudre (518). Justin , de basse naissance , mais habile et très-catholique, fut fait empereur par le sénat. Il se soumit avec son peuple aux décrets du pape saint Hormisdas , et mit fin aux troubles de l'Eglise d'Orient (526). De son temps Boëce, homme célèbre par sa doctrine aussi bien que par sa naissance , et Symmaque, son beau-père, tous deux élevés aux charges les plus éminentes , furent immolés aux jalousies de Théodoric, qui les soupçonna sans sujet de conspirer contre l'Etat. Le roi , troublé de son crime , crut voir la tête de Symmaque dans un plat qu'on lui servait, et mourut quelque temps après. Amalasonte sa fille et mère d'Atalaric, qui devenait roi par la mort de son aïeul , est empêchée par les Goths de faire instruire le jeune prince comme méritait sa naissance , et contrainte de l'abandonner aux gens de son âge, elle voit qu'il se perd sans pouvoir y apporter de remède. L'année d'après, Justin mourut (527) après avoir associé à l'empire son neveu Justinien, dont le long règne est célèbre par les travaux de Tribonien, compilateur du Droit romain , et par les exploits de Bélisaire et de l'eunuque Narsés. Ces deux fameux capitaines réprimèrent les Parses, défirent les Ostrogoths et les Vandales, rendirent à leur maître l'Afrique, l'Italie et Rome (529, 530, etc.); mais l'empereur, jaloux de leur gloire (533, 5341, sans vouloir prendre part à leurs travaux, les embarrassait ^552, 553) toujours plus qu'il ne leur donnait d'assistance.

Page 1