‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 237 sur 609 · IC · texte numérisé non relu

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DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE

Pierr$. Ce grand pape apaise la peste par ses prières; instruit les empereurs, et tout ensemble leur fait rendre l'obéissance qui leur est due; console l'Afrique et la fortifie ; confirme en Espagne les Visigoths convertis de l'arianisme , et Récarède le Catholique , qui venait de rentrer au sein de l'Eglise; convertit l'Angleterre; réforme la discipline dans la France, dont il exalte les rois, toujours orthodoxes , au-dessus de tous les rois de la terre ; fléchit les Lombards; sauve Rome et l'Italie , que les empereurs ne pouvaient aider ; réprime l'orgueil naissant des patriarches de Constantinople; éclaire toute l'Eglise par sa doctrine, gouverne l'Orient et l'Occident avec autant de vigueur que d'humilité ; et donne au monde un parfait modèle du gouvernement ecclésiastique. L'histoire de l'Eglise n'a rien de plus beau que l'entrée (S!)7) du saint moine Augustin dans le royaume de Kent avec quarante de ses compagnons qui ,' précédés de la croix et de l'image du grand roi Notre Seigneur Jésus-Christ , faisaient des vœux solennels pour la conversion de l'Angleterre'. Saint Grégoire, qui les avait envoyés, les instruisait par des lettres véritablement apostoliques, et apprenait à saint Augustin à trembler parmi les mil actes continuels que Dieu faisait par son ministère ^ Berthe , princesse de France , attira au christianisme le roi Edhilbert son mari. Les rois de France, la reine Brunehaut protégèrent la nouvelle mission. Les évèques de France entrèrent dans cette bonne œuvre ; et ce furent eux qui, par l'ordre du Pape, sacrèrent saint Augustin (601). Le renfort que saint Grégoire envoya au nouvel évêque produisit de nouveaux fruits ; et l'Eglise angljcane prit sa forme (60i).

L'empereur Maurice , ayant éprouvé la fidélité du saint pontife , se corrigea par ses avis , et reçut de lui cette louange si digne d'un prince chrétien , que la bouche des hérétiques n'osait s'ouvrir de son temps. Un si pieux empereur fit pourtant une grande faute (601). Un nombre infini de Romains périrent entre les mains des barbares, faute d'être rachetés à "un écu par tète. On voit incontinent après les remords du bon empereur; la prière qu'il fait à Dieu de le punir en ce monde plutôt qu'en l'autre; la révolte de Phocas (602), qui égorge à ses yeux toute sa famille, Maurice tué le dernier et ne disant autre chose parmi tous ses maux que ce verset du Psalmiste : « Vous êtes juste, ô Seigneur, et tous » vos jugements sont droits^ » Phocas, élevé à l'empire par une action si détestable , tâcha de gagner les peuples , en honorant le Saint-Siège , dont il confirma les privilèges (fi06). Mais sa sentence était prononcée. Héraclius (6IÔ), proclamé empereur par l'armée d'Afrique , marcha contre lui. Alors Phocas éprouva que souvent les débauches nuisent plus aux princes que les cruautés , et Photin , dont il avait débauché la femme , le livra à Héraclius, qui le fit tuer. La France vit un peu après une tragédie bien plus étrange. La reine Brunehaut, livrée à Clotaire II, fut immolée à l'ambition de ce prince (614) : sa mémoire fut dé-

I. lleda.. Hist. Ant/l., lib. I, c. 25. — 2. Creg., lih. IX , en. Lvnr; nunr lib. XI, ind. t, ep. xxviii; Labb., Coiic, t. XI, col. fHO. — 3. I>3., nxviii, 137.

chirée ; et sa vertu, tant louée par le pape saint Grégoire, a peine encore à se défendre. L'empire cependant était désolé. Le roi de Perse Chosroès II, sous prétexte de venger Maurice, avait entrepris do perdre Phocas. Il poussa ses conquêtes sous Héraclius. On vit l'empereur battu, et la vraie croix enlevée par les infidèles ; puis (620, 621 , 622, 623, 625, 626), par un retour admirable, Héraîlius cinq fois vainqueur, la Perse pénétrée par les Romains , Chosroès tué par son fils , et la sainte croix reconquise.

Pendant que là puissance des Perses était si bien réprimée , un plus grand mal s'éleva contre l'empire et contre* toute la chrétienté. Mahomet s'érigea en prophète parmi les Sarrasins (622) : il fut-cTiassè cle la Mecque par les siens. A sa fuite commence la fameuse Hégire , d'où les Mahométans comptent leurs années. Le faux prophète donna ses victoires pour toute marque de sa mission. Il soumit en neuf ans toute l'Arabie de gré ou de force, et jeta les fondements de l'empire des Califes. A ces maux se joignit l'hérésie des monothélites (629) qui , par une bizarrerie presque inconcevable, en reconnaissant deux natures en Notre Seigneur, n'y voulaient reconnaître qu'une seule volont4- L'homme, selon eux, n'y voulait rien , et il n'y avait en Jésus-Christ que la seule volonté du Verbe. Ces hérétiques cachaient leur venin sous des paroles ambiguës : un Taux amour de la paix leur fit proposer qu'on ne parlât ni d'une ni de deux volontés (633). Ils imposèrent par ces artifices au pape Honorius I , qui entra avec eux dans un dangereux ménagement, et consentit au silence, où le mensonge et la vérité furent également supprimés. Pour comble de malheur, quelque temps après (639), l'empereur Héraclius entreprit de décider la question de son autorité , et proposa son Eclhèse ou exposition , favoraljle aux monothélites ; mais les artifices des hérétiques furent enfin découverts. Le pape Jean IV condamna VEdlièse (640). Constant, petit- fils d'Héraclius (648), soutint l'éditde son aïeul par le sien appelé Type. Le Saint-Siège (649) et le pape Théodore s'opposent à cette entreprise : le pape saint Martin 1 assemble le concile de Latran , où il anathèmathise le Type et les chefs des monothélites. Saint Maxime, célèbre par tout l'Orient pour sa piété et pour sa doctrine, quitte la Cour infectée de la nouvelle hérésie , reprend ouvertement les empereurs qui avaient osé prononcer sur les questions de la foi, et souffre des maux infinis pour la religion. catholique (6S0). Le Pape, trahie d'exil en exil , et toujours durement traité par l'empereur (654) , meurt enfin parmi les soatfrances sans se plaindre, ni se relâcher de ce qu'il doit à son ministère.

Cependant la nouvelle Eglise anglicane, fortifiée par les soins des papes Boniface V et Honorius , se rendait illustre par toute la terre. Les miracles y abondaient avec les vertus, comme dans le temps des apôtres ; et il n'y avait rien de plus éclatant que la sainteté de ses rois. Edwin embrassa avec tout son peuple (627) la foi qui lui avait donné la victoire sur ses ennemis , et convertit ses voisins (634). Oswald servit d'interprète aux prédicateurs de l'Evangile ; et , renommé par ses conquêtes , il

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