‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 238 sur 609 · PREMIÈRE PARTIE. — ONZIÈME EPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — ONZIÈME EPOQUE

leur préféra la gloire d'être chrétien. Les Merciens furent converties (635) par le roi de Northumberland 0.swin : leurs voisins et leurs successeurs suivirent leurs pas ; et leurs bonnes œuvres furent immenses.

Tout périssait en Orient. Pendant que les empereurs se consument dans des disputes de religion, et inventent des hérésies (63 i, 63o"i, les Sarrasins pénètrent l'empire : ils occupent la Syrie et la Palestine (636) ; la sainte Cité leur est assujettie ; la Perse (637) leur est ouverte par ses divisions, et ils prennent ce grand royaume sans résistance. Ils entrent en Afrique (647), en état d'en faire bientôt une de leurs provinces ; l'île de Chypre leur obéit (648), et ils joignent, en moins de trente ans, toutes ses conquêtes à celles de MahSmet. L'Italie, toujours malheureuse et abandonnée, gémissait sous les armes des Lombards. Constant désespéra de les chasser, et se résolut à ravager ce qu'il ne put défendre. Plus cruel que les Lombards mêmes, il ne vint à Rome (663) que pour en piller les trésors; les églises ne s'en sauvèrent pas : il ruina la Sardaigne et la Sicile; et, devenu odieux à tout le monde, il périt de la main des siens (668). Sous son fds Constantin Pogonat, c'est-à-dire le Barbu , les Sarrasins s'emparèrent de la Cilicie et de la Lycie i671). Constantinople assiégée ne fut sauvée que par un miracle (672). Les Bulgares , peuples venus de l'embouchure du Volga, se joignirent à tant d'ennemis dont l'empire était accablé (678), et occupèrent cette partie de la Thrace appelée depuis Bulgarie, qui était l'ancienne Mysie.

L'Eglise anglicane enfantait de nouvelles églises, et saint Wilfrid , évêque d'York, chassé de son siège, convertit la Frise. Toute l'Eglise reçut une. nouvelle lumière par le concile de Constantinople (680), sixième général, où le pape saint Agathon présida par ses légats, et expliqua la foi catholique par une lettre admirable. Le concile frappa d'anathème un évêque célèbre par sa doctrine , un patriarche d'Alexandrie , quatre patriarches de Constantinople , c'est-à-dire tous les auteurs de la secte des monothélites , sans épargner le pape Honorius , qui les avait ménagés. Après la mort d'Agathon , qui arriva durant le concile , le pape saint Léon II en confirmâtes décisions, et en reçut tous les anathèmes. Constantin Pogonat, imitateur du grand Constantin et de Marcien , entra au concile à leur exemple ; et comme il y rendit les mêmes soumissions, il y fut honoré des mêmes titres d'orthodoxe , de religieux , de pacifique empereur, et de restaurateur de la religion (685). Son fils Justinien II lui succéda encore enfant. De son temps (686) la foi s'étendait et éclatait vers le Nord. Saint Kilion, envoyé par le pape Conon, prêcha l'Evangile dans la Franconie. Du temps du pape Serge (689), Céadual, un des rois d'Angleterre, vint reconnaître en personne l'Eglise romaine d'oii la foi avait passé en son île , et après avoir reçu le baptême par les mains du Pape, il mourut selon qu'il l'avait lui-même désiré.

La maison de Clovis était tombée dans une faiblesse déplorable : de fréquentes minorités avaient donné occasion de jeter des princes dans une mollesse dont ils ne sortaient point étant majeurs. De !

là sort une longue suite de rois fainéants qui n'avaient que le' nom de roi , et laissaient tout le pouvoir aux maires du palais (693). Sous ce titre. Pépin Héristal gouverna tout (695), et éleva sa maison à de plus hautes espérances. Par son autorité, et après le martyre de saint Vigbert, la foi s'établit dans la Frise, que la France venait d'ajouter à ses conquêtes. Saint Swibert , saint Willibrod , et d'autres hommes apostoliques répandirent l'Evangile dans les provinces voisines. Cependant la minorité de Justinien s'était heureusement passée : les victoires de Léonce avaient abattu les Sarrasins, et rétabli la gloire de l'empire en Orient (694'). Mais ce vaillant capitaine, arrêté injustement, et relâché mal à propos , coupa le nez à son maître , et le chassa. Ce rebelle souffrit (696) un pareil traitement de Tibère, nommé Absimare, qui lui-même ne dura guère. Justinien rétabli fut ingrat envers ses amis (702) ; et en se vengeant de ses ennemis, il s'en fit de plus redoutables qui le tuèrent. Les images de Philippique, son successeur, ne furent pas reçues dans Rome (711), à cause -qu'il favorisait les monothélites , et se déclarait ennemi du concile sixième. On élut à Constantinople Anastase II, prince catholique (713), et on creva les yeux à Philippique.

En ce temps , les débauches du roi Roderic ou Rodrigue firent livrer l'Espagne aux Maures : c'est ainsi qu'on appelait les Sarrasins d'Afrique. Le comte Julien , pour venger sa fille, dont Roderic abusait, appela ces infidèles. Ils viennent avec des troupes immenses : ce roi péril : l'Espagne est soumise, et l'empire des Goths y est éteint. L'Eglise d'Espagne fut mise alors à une nouvelle épreuve; mais comme elle s'était conservée sous les ariçns, les mahométans ne purent l'abattre. Ils la laissèrent d'abord avec assez de liberté : mais dans les siècles suivants il fallut soutenir de grands combats; et la chasteté eut ses martyrs, aussi bien que la foi , sous la tyrannie d'une nation aussi brutale qu'infidèle. L'empereur .\nastase ne dura guère. L'armée força Théodose III à prendre la pourpre (715). Il fallut combattre : le nouvel empereur gagna la bataille, et Anastase fut mis dans un monastère. Les Maures, maîtres de l'Espagne, espéraient s'étendre bientôt au delà des Pyrénées; mais Charles Martel , destiné à les réprimer, s'était élevé en France, et avait succédé, quoique bâtard, au pouvoir de son père Pépin Héristal, qui laissa l'Austrasie à sa maison comme une espèce de principauté souveraine, et le commandement en Neustrie par la charge de maire du palais. Charles réunit tout par sa valeur.

Les affaires d'Orient étaient brouillées (716). Léon Isaurien, préfet d'Orient, ne reconnut pas Théodose, qui quitta sans répugnance l'empire qu'il n'avait accepté que par force ; et retiré à Ephèse, ne s'occupa plus que des véritables grandeurs. Les Sarrasins reçurent de grands coups durant l'empire de Léon. Ils levèrent honteusement le siège de Constantinople (718). Pelage, qui se cantonna dans les montagnes d'Asturio (719), avec ce qu'il avait de plus résolu parmi les Goths, après une victoire signalée, opposa à ces infidèles un nouveau royaume , par lequel ils devaient un jour être chassés de l'Espagne. Malgré

DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE

les efforts et l'arniée immense d'Abdérame leur général (725), Charles Martel gagna sur eux la fameuse bataille do Tours. Il y périt un nombre infini de ces infidèles; et Abdérame lui-même y demeura sur la place. Cette victoire fut suivie d'autres avantages, par lesquels Charles arrêta les Maures, et étendit le royaume jusqu'aux Pyrénées. Alors les Gaules n'eurent presque rien qui n'obéit aux Français ; et tous reconnaissaient Charles Martel. Puissant en paix, en guerre, et maître absolu du royaume , il régna sous plusieurs rois , qu'il fit et défit à sa fantaisie, sans oser prendre ce grand titre. La jalousie des seigneurs français voulait être ainsi trompée. La religion s'établissait en Allemagne (723). Le prêtre saint Boniface convertit ces peuples, et en fut fait évêque par le pape Grégoire 11, qui l'y avait envoyé.

L'empire était alors assez paisible ; mais Léon y mit le trouble pour longtemps. Il entreprit (726) de renverser, comme des idoles, les images de Jésus-Christ et de ses saints. Comme il ne put attirer à ses sentiments saint Germain , patriarche de Constantinople, il agit de son autorité, et après une ordonnance du sénat, on lui vit d'abord briser une image de Jésus-Christ, qui était posée sur la grande porte de l'église de Constantinople. Ce fut par là que commencèrent les violences des iconoclastes , c'est-à-dire des brise-images. Les autres images , que les empereurs , les évêques , et tous les fidèles avaient érigées depuis la paix de l'Eglise, dans les lieux publics et particuliers , furent aussi abattues. A ce spectacle le peuple s'émut. Les statues de l'empereur furent renversées en divers endroits. Il se crut outragé en sa personne : on lui reprocha un semblable outrage qu'il faisait à Jésus-Christ et à ses saints, et que, de son aveu propre, l'injure faite à l'image retombait sur l'ori- • ginal. L'Italie passa encore plus avant : l'impiété de l'empereur fut cause qu'on lui refusa les tributs ordinaires. Luitprand, roi des Lombards, se servit du même prétexte pour prendre Ravenne , résidence des exarques. On nommait ainsi les gouverneurs que les empereurs envoyaient en Italie. Le pape Grégoire II s'opposa au renversement des images, mais en même temps il s'opposait aux ennemis de l'empire, et lâchait de retenir les peuples dans l'obéissance. La paix se fit avec les Lombards (730), et l'empereur exécuta son décret contre les images plus violemment que jamais. Mais le célèbre Jean de Damas lui déclara qu'en matière de religion il ne connaissait de décrets que ceux de l'Eglise, et souffrit beaucoup. L'empereur chassa de son siège le patriarche saint Germain , qui mourut en exil âgé de quatre-vingt-dix ans.

Un peu après (739, 74-0), les Lombards reprirent les armes , et dans les maux qu'ils faisaient souffrir au peuple romain , ils ne furent retenus que par l'autorité de Charles Martel, dont le pape Grégoire II avait imploré l'assistance. Le nouveau royaume d'Espagne , qu'on appelait dans ces premiers temps le royaume d'Oviède, s'augmentait par les victoires et par la conduite d'Alphonse , gendre de Pelage, qui, à l'exemple de Récarède dont il était descendu , prit le nom de Catholique. Léon mourut (741), et laissa l'empire aussi bien que l'Eglise dans une grande agitation. Artabaze,

préleur d'Arménie, se fit proclamer empereur, au lieu de Constantin Copronyme, fils de Léon, et rétablit les images. Après la mort de Charles Martel, Luitprand menaça Rome de nouveau : l'exarchat de Ravenne fut en péril, et l'Italie dut son salut à la prudence du pape saint Zacharie. Constantin, embarrassé dans l'Orient (742), ne songeait qu'à s'établir; il hMxi Artabaze (7-43) , prit Constantinople, et la remplit de supplices.

Les deux enfants de Charles Martel , Carloman et Pépin (747) , avaient succédé à la puissance de leur père : mais Carloman dégoûté du siècle , au milieu de sa grandeur et de ses victoires, embrassa la vie monastique. Par ce moyen, son frère Pépin réunit en sa personne toute la puissance. Il sut la soutenir par un grand mérite, et prit le dessein de s'élever à la royauté (752). Childéric, le plus misérable de tous les princes, lui en ouvrit le chemin, et joignit à la qualité de fainéant celle d'insensé. Les Français , dégoûtés de leurs fainéants , et accoutumés depuis tant de temps à la maison de Charles Martel, féconde en grands hommes, n'étaient plus embarrassés que du serment qu'ils avaient prêté à Childéric. Sur la réponse du pape Zacharie, ils se crurent libres, et d'autant plus dégagés du serment qu'ils avaient prêté à leur roi , que lui et ses devanciers semblaient depuis cent ans avoir renoncé aux droits qu'ils avaient de leur commander, en laissant attacher tout le pouvoir à la charge de maire du palais. Ainsi Pépin fut mis sur le trône, et le nom de roi fut réuni avec l'autorité. Le pape Etienne II (753) trouva dans le nouveau roi le même zèle que Charles Martel avait eu pour le Saint-Siège contre les Lombards. Après avoir vainement imploré le secours de l'empereur, il se jeta entre les bras des Français. Le roi le reçut en France avec respect (754), et voulut être sacré et couronné de sa main. En môme temps, il passâtes Alpes, délivra Rome et l'exarchat de Ravenne, et réduisit Astolphe , roi des- Lombards , à une paix équitable.

Cependan.t l'empereur faisait la guerre aux images. Pour s'appuyer de l'autorité ecclésiastique, il assembla un nombreux concile à Constantinople. On n'y vit pourtant point paraître , selon la coutume, ni les légats du Saint-Siège, ni les évêques, ou les légats des autres sièges patriarcaux'. Dans ce concile, noij-seulement on condamna comme idolâtrie tout l'honneur rendu aux images en mémoire des originaux , mais encore on y condamna la sculpture et la peinture comme des arts détestables^ C'était l'opinion des Sarrasins, dont on disait que Léon avait suivi les conseils quand il renversa les images. Il ne parut pourtant rien contre les reliques. Le concile de Copronyme ne défendait pas de les honorer, et il frappa d'anathème ceux qui refusaient d'avoir recours aux prières de la sainte Vierge et des saints ^ Les catholiques , ])ersécutés pour l'honneur qu'ils rendaient aux images , répondaient à l'empereur qu'ils aimaient mieux endurer toutes sortes d'extrémités, que de ne pas honorer Jésus-Christjusque dans son ombre.

Cependant ^Pepin repassa les Alpes (755), et

\. Conc.Nic. U.act.vi, tom. VII, COTiciî.,col.395.— 2. Hetii.flc /in. Pscudo-siin- C. P., col. Ui8, 507. - 3. Conc. Nie. Il, ad. vi, Conc, col. 39.Î, Pseùilo-stin. G. P., can. x et xi, col. 523, .527.

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