PREMIÈRE PARTIE. — ONZIÈME ÉPOQUE
châtia l'infidèle Astolphe qui refusait d'exécuter le traité de paix. L'Eglise romaine ne reçut jamais un plus beau don que celui que lui fit alors ce pieux prince. Il lui donna les villes reconquises sur les Lombards, et se moqua de Copronyme qui les redemandait, lui qui n'avait pu les défendre. Depuis ce temps, les empereurs furent peu reconnus dans Rome : ils y devinrent méprisables par leur faiblesses, et odieux par leurs erreurs. Pépin y fut regardé comme protecteur du peuple romain et de J'Eglise romaine. Cette qualité devint comme héréditaire à sa maison et aux rois de France, Charlemagne, fils de Pépin, la soutint (772) avec autant de courage que de piété. Le pape Adrien eut recours à lui contre Didier, roi des Lombards, qui avait pris plusieurs villes, et menaçait toute l'Italie. Charlemagne passa les Alpes (773). Tout fléchit : Didier fut livré (774); les rois Lombards, ennemis de Rome et des papes , furent détruits ; Charlemagne se fit couronner roi d'Italie, et prit le titre de roi des Français et des Lombards. Eu même temps, il exerça dans Rome même l'autorité souveraine en qualité de patrice , et confirma au Sainl-Siége les donations du roi son père.
Les empereurs avaient peine à résister aux Bulgares , et soutenaient vainement contre Charlemagne les Lombards dépossédés. La querelle des images durait toujours. Léon IV, fils de Copronyme, semblait d'abord s'être adouci ; mais il renouvela la persécution atissitôt qu'il se crut le maître. Il mourut bientôt (780). Son fils Constantin , âgé de dix ans, lui succéda, et régna sous la tutelle de l'impératrice Irène , sa mère. Alors les choses commencèrent à changer de face ("Si). Paul, patriarche de Constantinople , déclara, sur la fin de sa vie , qu'il avait combattu les images contre sa conscience , et se retira dans un monastère , où il déplora en présence de l'impératrice , le malheur de l'Eglise de Constantinople, séparée des quatre sièges patriarcaux , et lui proposa la célébration d'un concile universel comme l'unique remède d'un si grand mal. Taraise, son successeur, soutint que la question n'avait pas été jugée dans l'ordre , parce qu'on avait commencé par une ordonnance de l'empereur, qu'un concile tenu contre les formes avait suivie ; au lieu qu'en matière de religion, c'est au concile à commencer, et aux empereurs à appuyer le jugement de l'Eglise. Fondé sur celte raison, il n'accepta le patriarcat qu'à condition qu'on tiendrait le concile universel (787) : il fut commencé à Constantinople, et continué à Nicée. Le Pape y envoya ses légats , le concile des iconoclastes fut condamné : ils sont délestés comme gens qui, à l'exemple des Sarrasins, accusaient les chrétiens d'idolâtrie. On décida que les images seraient honorées en mémoire et pour l'amour des originaux; ce qui s'appelle, dans le concile, culte relatif, adoration et salutation honoraire, qu'on oppose au culte suprême, et à l'adoration de latrie, ou d'entière sujétion, que le concile réserve à Dieu seul'. Outre les légats du Saint-Siège, et la présence du patriarche de Constantinople , il y parut des légats des autres sièges patriarcaux , opprimés alors par les infidèles. Quelques-uns leur ont contesté leur mission ; mais ce qui n'est pas con-