lîic, II, 3-2. —i.Joa»., r
feste, que les évangélistes , qui dans le dénombrement qu'ils font des apôtres, ne gardent aucun ordre certain , s'accordent à nommer saint Pierre devant tous les autres, comme le premier'. Jésus-Christ parcourut toute la Judée, qu'il remplit de ses bienfaits; secourable aux malades, miséricordieux envers les pécheurs dont il se montre le vrai médecin par l'accès qu'il leur donne auprès de lui , faisant ressentir aux hommes une autorité et une douceur qui n'avait jamais paru qu'en sa personne. Il annonce de hauts mystères , mais il les confirme par de grands miracles; il commande de grandes vertus , mais il donne en même temps de grandes lumières, de grands exemples, et de grandes grâces. C'est par là aussi qu'il paraît « plein de grâce et » de vérité , et nous recevons tout de sa pléni- » tude-. »
Tout se soutient en sa personne : sa vie, sa doctrine, ses miracles. La même vérité y reluit partout : tout concourt à y faire voir le Maître du genre humain et le Modèle de la perfection.
Lui seul vivant au milieu des hommes, et à la vue de tout le monde , a pu dire sans craindre d'être démenti : « Qui de vous me reprendra de » péché ^? » et encore : « Je suis la lumière du » monde ; ma nourriture est de faire la volonté de » mon Père : celui qui m'a envoyé est avec moi , » et ne me laisse pas seul, parce que je fais tou- » jours ce qui lui plaît'. »
Ses miracles sont d'un ordre particulier et d'un caractère nouveau. Ce ne sont point des signes dans le ciel, tels que les Juifs les demandaient" : il les fait presque tous sur les hommes mêmes , et pour guérir leurs infirmités. Tous ces miracles tiennent plus de la bonté que de la puissance, et ne surprennent pas tant les spectateurs, qu'ils les touchent dans le fond du cœur. Il les fait avec empire; les démons et les maladies lui obéissent; à sa parole les aveugles-nés reçoivent la vue , les morts sortent du tombeau , et les péchés sont remis. Le principe en est en lui-même, ils coulent de source : « Je sens, dil-iP, qu'une vertu est » sortie de moi. » Aussi personne n'en avait-il fait de si grands, ni en si grand nombre; et toutefois il promet que ses disciples feront en son nom encore de plus grandes choses' : tant est féconde et inépuisable la vertu qu'il porte en lui-mème.>
Qui n'admirera la condescendance avec laquelle il tempère la hauteur de sa doctrine? C'est du lait pour les enfants, et tout ensemble du pain pour les forts. On le voit plein des secrets de Dieu ; mais on voit qu'il n'en est pas étonné, comme les autres mortels à qui Dieu se communique ; il en parle naturellement, comme étant né dans ce secret et dans cette gloire; et ce qu'il a sans mesure', il le répand avec mesure , afin que notre faiblesse le puisse porter.
Quoiqu'il soit envoyé pour tout le monde, il ne s'adresse d'abord qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël, auxquelles il était aussi principalement envoyé ; mais il prépare la voie à la conver • sion des Samaritains et des Gentils. Une femme samaritaine le reconnaît pour le Christ, que sa
1. \eX., I. 13; Matlh., xvi, 18. — °.]ottn., i. 11, 15, IG. — 3. Idem, vm, llî. — .1. Ibid., 12, 29; v, 34. — 5. Malth., xvi , 1. — G. Luc, VI , Kl; viii , 4G. — 7. .han., xiv, 12. — 8. Idem, m, 3i.
SECONDE PARTIE. — DE LA SUITE DE LA RELIGION
nation attendait aussi bien que celle des Juifs , et apprend de lui le mystère du culte nouveau qui ne serait plus attaché à un certain lieu'. Une femme chananéenne et idolâtre lui arrache, pour ainsi dire , quoique rebutée , la guérison de sa fille-. Il reconnaît en divers endroits les enfants dWbraham dans les Gentils^ et parle de sa doctrine comme devant être préchée , contredite et reçue par toute la terre. Le monde n'avait jamais rien vu de semblable , et ses apôtres en sont étonnés. Il ne cache point aux siens les tristes épreuves par lesquelles ils devaient passer. Il leur fait voir les violences et la séduction employées contre eux, les persécutions et les fausses doctrines , les faux frères , la guerre au dedans et au dehors , la foi épurée par toutes ces épreuves ; à la fin des temps, l'affaiblissement de cette foi', et le refroidissement de la charité parmi ses disciples^ ; au milieu de tant de périls, son Eghse et la vérité toujours invincibles''.
Voici donc une nouvelle conduite , et un nouvel ordre de choses : on ne parle plus aux enfants de Dieu de récompenses temporelles , Jésus-Christ leur montre une vie future ; et les tenant suspendus dans cette attente , il leur apprend à se détacher de toutes choses sensibles. La croix et la patience deviennent leur partage sur la terre , et le ciel leur est proposé comme devant être emporte lie force'. Jésus-Christ, qui montre aux hommes celte nouvelle voie , y entre le premier : il prêche des vérités pures qui étourdissent les hommes grossiers, et néanmoins superbes : il découvre l'orgueil caché et l'hypocrisie des pharisiens et des docteurs de la loi qui la corrompaient par leurs interprétations. Au milieu de ces reproches, il honore leur ministère , et la chaire de Moïse oit ils sont assis'^. Il fréquente le temple, dont il fait respecter la sainteté, et renvoie aux prêtres les lépreux qu'il a guéris. Par là il apprend aux hommes comment ils doivent reprendre et réprimer les abus, sans préjudice du ministère établi de Dieu , et montre que le corps de la Synagogue subsistait malgré la corruption des particuliers. Mais elle penchait visiblement à sa ruine. Les pontifes et les pharisiens animaient contre Jésus-Christ le peuple Juif, dont la religion se tournait en superstition. Ce peuple ne peut souffrir le Sauveur du monde, qui l'appelle à des pratiques solides mais difficiles. Le plus saint et le meilleur de tous les hommes, la sainteté et la bonté même, devient le plus envié et le plus haï. Il ne se rebute pas, et ne cesse de faire du bien à ses citoyens ; mais il voit leur ingratitude : il en prédit le châtiment avec larmes, et dénonce â Jérusalem sa chute prochaine. Il prédit aussi que les Juifs, ennemis de la vérité qu'il leur annonçait, seraient livrés à l'erreur, et deviendraient le jouet des faux prophètes.
Cependant la jalousie des pharisiens et des prêtres le mène à un supplice infâme : ses disciples l'abandonnent; un d'eux le trahit; le premier et le plus zélé de tous le renie trois fois. Accusé devant le conseil, il honore jusqu'à la fin le ministère des prêtres, et répond en termes précis au pontife qui
1. .fonn., iv.21,2.î. —2. ,Va«ft., xv, 22, elc. —3. /dem.viii, 10, 11. —4. Lue., XVIII, 8. —5. ilalth., xxiv, 12. — 6. Idem, xvi, 18. — ". [bid., XI, 12. —8. Ibid.,\\ui,i.
l'interrogeaitjuridiquement. Mais le moment était arrivé, où la Synagogue devait être réprouvée. Le pontife et tout le conseil condamne Jésus-Christ , parce qu'il se disait le Christ Fils de Dieu. Il est livré à Ponce-Pilate, président romain : son innocence est reconnue par son juge, que la politique et l'intérêt font agir contre sa conscience : le juste est condamné à mort : le plus grand de tous les crimes donne lieu à la plus parfaite obéissance qui fut jamais : Jésus, maître de sa vie et de toutes choses , s'abandonne volontairement à la fureur des méchants , et offre le sacrifice qui devait être l'expiation du genre humain. A la croix, il regarde dans les prophéties ce qui lui restait à faire : il l'achève, et dit enfin : Tout est consomme'^. A ce mot, tout change dans le monde : la loi cesse, ses figures passent , ses sacrifices sont abolis par une oblation plus parfaite. Cela fait, Jésus-Christ expire avec un grand cri : toute la nature s'émeut : le centurion qui le gardait, étonné d'une telle mort, s'écrie qu'il est vraiment le Fils de Dieu; et les spectateurs s'en retournent frappant leur poitrine. Au troisième jour il ressuscite ; il paraît au.x siens qui l'avaient abandonné , et qui s'obstinaient à ne pas croire à sa résurrection. Ils le voient , ils lui parlent, ils le touchent, ils sont convaincus. Pour confirmer la loi de sa résurrection , il se montre à diverses fois et en diverses circonstances. Ses disciples le voient en particulier, et le voient aussi tous ensemble : il paraît une fois à plus de cinq cents hommes assemblés-. Un apôtre, qui l'a écrit, assure que la plupart d'eux vivaient encore dans le temps qu'il l'écrivait. Jésus-Christ ressuscité donne à ses apôtres tout le temps qu'ils veulent pour le bien considérer : et après s'être mis entre leurs mains en toutes les manières qu'ils le souhaitaient, en sorte qu'ils ne puissent plus leur rester le moindre doute, il leur ordonne de porter témoignage de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont oui, et de ce qu'ils ont louché. Afin qu'on ne puisse douter de leur bonne foi , non plus que de leur persuasion, il les oblige à sceller leur témoignage de leur sang. Ainsi leur prédication est inébranlable; le fondement en est un fait positif, attesté unanimement par ceux qui l'ont vu. Leur sincérité est justifiée par la plus forte épreuve qu'on puisse imaginer, qui est celle des tourments et de la mort même. Telles sont les instructions que reçurent les apôtres. Sur ce fondement, douze pêcheurs entreprennent de convertir le monde entier, qu'ils voyaient si opposé aux lois qu'ils avaient à leur prescrire , et aux vérités qu'ils avaient à leur annoncer. Ils ont ordre de commencer par Jérusalem ^ et de là de se répandre par toute la terre pour « instruire toutes les nations , et les baptiser » au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit'. » Jésus-Christ leur promet « d'être avec eux tous » les jours jusqu'à la consommation des siècles, » et assure, par cette parole, la perpétuelle durée du ministère ecclésiastique. Cela dit, il monte aux cieux en leur présence.
Les promesses vont être accomplies : les prophéties vont avoir leur dernier éclaircissement. Les Gentils sont appelés à la connaissance de Dieu par
1. .loan., XIX, 30. — 2. I. Cor., xv , 6. — 3. Luc, xxiv, 47; .Ici., I, 8. - 4. Matth., xxviii, 19, 20.
DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE
les ordres de Jésus-Christ ressuscité ; une nouvelle cérémonie est instituée pour la régénération du nouveau peuple : et les fidèles apprennent que le vrai Dieu , le Dieu d'Israël , ce Dieu un et indivisible auquel ils sont consacrés par le baptême , est tout ensemble Père, Fils, et Saint-Esprit.
Là donc nous sont proposées les profondeurs incompréhensibles de l'Etre divin, la grandeur inefîable de son unité, et les richesses infinies de cette nature, plus féconde encore au dedans qu'au dehors , capable de se communiquer sans division à trois personnes égales.
Là sont expliqués les mystères qui étaient enveloppés, et comme scellés dans les anciennes Ecritures. Nous entendons le secret de cette parole : « Faisons l'homme à notre image ' ; » et la Trinité, marquée dans la création de l'homme , est expressément déclarée dans sa régénération.
Nous apprenons ce que c'est que cette Sagesse couçue, selon Salomon-, devant tous les temps dans le sein de Dieu, Sagesse qui fait toutes ses délices, et par qui sont ordonnés tous ses ouvrages. Nous savons qui est celui que David a vu engendré devant l'aurore^ ; et le Nouveau Testament nous enseigne que c'est le Verbe , la parole intérieure de Dieu , et sa pensée éternelle qui est toujours dans son sein; et par qui toutes choses ont été faites.
Par là nous répondons à la mystérieuse question qui est proposée dans les Proverbes'" : « Di- 1) tes-moi le nom de Dieu, et le nom de son Fils , " si vous le savez. » Car nous savons que ce nom de Dieu, si mystérieux et si caché, est le nom de Père , entendu en ce sens profond qui le fait concevoir dans l'éternité. Père d'un Fils égal à lui, et que le nom de son Fils est le nom de Verbe, Verbe qu'il engendre éternellement en se contemplant lui-même , qui est l'expression parfaite de sa vérité , son image , son Fils unique , l'éclat de sa clarté, et l'empreinte de sa substance °.
Avec le Père et le Fils nous connaissons aussi le Saint-Esprit, l'amour de l'un et de l'autre et leur éternelle union. C'est cet Esprit qui fait les prophètes , et qui est en eux pour leur découvrir les conseils de Dieu, et les secrets de l'avenir; Esprit dont il est écrit '' : « Le Seigneur m'a envoyé, et » son Esprit, » qui est distingué du Seigneur, et qui est aussi le Seigneur même, puisqu'il envoie les prophètes , et qu'il leur découvre les choses futures. Cet esprit qui parle aux prophètes, et qui parle par les prophètes, est uni au Père et au Fils, et intervient avec eux dans la consécration du nouvel homme.
Ainsi le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, un seul Dieu en trois personnes, montré plus obscurément à nos pères, est clairement révélé dans la nouvelle alliance. Instruits d'un si haut mystère, et étonnés de sa profondeur incompréhensible, nous couvrons notre face devant Dieu avec les séraphins que vit Isaïe', et nous adorons avec eux celui qui est trois fois saint.
C'était au Fils unique r/iii était dans le sein du Pèi'e" , et qui sans en sortir venait à nous , c'était à lui à nous découvrir pleinement ces admirables
i. Cen., I. 2i; - XXX, i. — Ti. Ilebr.