Joan., I
l'rov.
vin, 22.— 3. Ps.,vi\, 3. - i. Prov-, I). /s., xi.viii , 16. — 7. Idem, vi. —
secrets de la nature divine , que Moïse et les prophètes n'avaient qu'effleurés.
C'était à lui à nous faire entendre d'oii vient que le Messie promis comme un homme qui devait sauver les autres hommes , était en même temps montré comme Dieu en nombre singulier, et absolument à la manière dont le Créateur nous est désigné : et c'est aussi ce qu'il a fait, en nous enseignant que, quoique fils d'Abraham il était devant qu'Abraham fût fait^ ; qu'il est descendu du ciel et toutefois qu'il est au ciel-, qu'il est Dieu, Fils de Dieu, et tout ensemble homme, fils de ' l'homme; le vrai Emmanuel, Dieu avec nous; en ' un mot , le Verbe fait chair, unissant en sa personne la nature humaine avec la divine , afin de concilier toutes choses en lui-même.
Ainsi nous sont révélés les deux principaux mystères, celui de la Trinité, et celui de l'Incarnation. Mais celui qui nous les a révélés, nous en fait trouver l'image en nous-mêmes, afin qu'ils nous soient toujours présents, et que nous reconnaissions la dignité de notre nature.
En effet, si nous imposons silence à nos sens, et que nous nous renfermions pour un peu de temps au fond de notre âme, c'est-à-dire dans cette partie où la vérité se fait entendre , nous y verrons quelque image de la Trinité que nous adorons. La pensée, que nous sentons naître comme le germe de notre esprit , comme le fils de notre intelligence, nous donne quoique idée du Fils do Dieu conçu éternellement dans l'intelligence du Père céleste. C'est pourquoi ce Fils de Dieu prend le nom de Verbe , afin que nous entendions qu'il naît dans le sein du Père, non comme naissent les corps , mais comme naît dans notre âme cette parole intérieure que nous y sentons quand nous y contemplons la vérité ^
Mais la fécondité de notre esprit ne se termine pas à celte parole intérieure , à cette pensée intellectuelle , à cette image de la vérité qui se forme en nous. Nous aimons et cette parole intérieure et l'esprit où elle naît; et en l'aimant nous sentons en nous quelque chose qui ne nous est pas moins précieux que notre esprit et notre pensée , qui est le fruit de l'un et de l'autre, qui les unit, qui s'unit à eux, et ne fait avec eux qu'une même vie.
Ainsi, autant qu'il se peut trouver de rapport entre Dieu et l'homme, ainsi, dis-je, se produit en Dieu l'amour éternel qui sort du Père qui pense , et du Fils qui est sa pensée, pour faire avec lui et sa pensée une même nature également heureuse et parfaite.
En un mot, Dieu est parfait; et son Verbe, image vivante d'une vérité infinie, n'est pas moins parfait que lui ; et son amour, qui sortant de la source inépuisable du bien en a toute la plénitude, ne peut manquer d'avoir une perfection infinie; et puisque nous n'avons point d'autre idée de Dieu que celle de la perfection , chacune de ces trois choses considérée en elle-même mérite d'être appelée Dieu : mais parce que ces trois choses conviennent nécessairement à une même nature , ces trois choses ne sont qu'un seul Dieu.
1. Joan., VIII, 58. — 2. Idem, m, 13. — 3. Greg. Nas,., Ornt. XXXVI, nvnc xxx, n. 20 , t. 1 , p. 554; et Bened., Aug., de Trinil ., I. IX, cap. IV, et seq., tom. VII; et in Joan., Evang., Tract. 1, 1- Ul. p. 2; de Civ. Dei, 1. XI, c. 26, 27, 28.
SECONDE PARTIE. — DE LA SUITE DE LA RELIGION
Il ne faut donc rien concevoir d'inégal ni de» séparé dans celte Trinité adorable ; et quelque incompréhensible que soit celte égalité, notre àme , si nous l'écoutons , nous en dira quelque chose.
Elle est ; et quand elle sait parfaitement ce qu'elle est, son intelligence répond à la vérité de son être ; et quand elle aime son être avec son intelligence autant qu'ils méritent d'être aimés , son amour égale la perfection de l'un et de l'autre'. Ces trois choses ne se séparent jamais, et s'enferment l'une l'autre : nous entendons que nous sommes, et que nous aimons ; et nous aimons à èlre, et à entendre. Qui le peut nier, s'il s'entend lui-même? El non-seulement une de ces choses n'est pas meilleure que l'autre , mais les trois ensemble ne sont pas meilleures qu'une d'elles en particulier, puisque chacune enferme le tout , et que dans les trois consiste la félicité et la dignité de la nature raisonnable. Ainsi, et infiniment audessus est parfaite, inséparable, une en son essence, et enfin égale en tout sens, la Trinité que nous servons, el à laquelle nous sommes consacrés par notre baptême.
Mais nous-mêmes , qui sommes l'image de la Trinité , nous-mêmes à un autre égard , nous sommes encore l'image de l'Incarnation.
Notre àme, d'une nature spirituelle el incorruptible , a un corps corruptible qui lui est uni - ; el de l'union de l'un et de l'autre résulte un tout, qui est l'homme , esprit el corps tout ensemble , incorruptible et corruptible, intelligent el purement brute. Ces attributs conviennent au tout par rapport à chacune de ses deux parties : ainsi le Verbe divin , dont la vertu soutient tout , s'unit d'une façon particulière, ou plutôt il devient lui-même, par une parfaite union, ce Jésus-Christ fils de Marie : ce qui fait qu'il est Dieu et homme tout ensemble , engendré dans l'éternité , et engendré dans le temps ; toujours vivant dans le sein du Père , el mort sur la croix pour nous sauver.
-Mais où Dieu se trouve mêlé, jamais les comparaisons tirées des choses humaines ne sont qu'imparfaites. Notre àme n'est pas devant notre corps, et quelque chose lui manque lorsqu'elle en est séparée. Le Verbe parfait en lui-même dès l'éternité , ne s'unit à notre nature que pour l'honorer. Cette àme qui préside au corps, el y fait divers changements , elle-même en souffre à son tour. Si le corps est mù au commandement et selon la volonté de l'àme , l'âme est troublée, l'âme est affligée et agitée en mille manières , ou fâcheuses ou agréables , suivant les dispositions du corps ; en sorte que comme l'âme élève le corps à elle en le gouvernant , elle est abaissée au-dessous de lui par les choses qu'elle en souffre. Mais , en Jésus-Christ , le Verbe préside à tout, le Verbe tient tout sous sa main, .\iusi l'homme est élevé, el le Verbe ne se rabaisse par aucun endroit : immuable el inaltérable, il domine en tout el partout la nature qui lui est unie.
De là vient qu'en Jésus-Christ , l'homme , absolument soumis à la direction intime du Verbe qui l'élève à soi , n'a que des pensées el des mouve-
i. Aug., loc. cit. —2. Aug., Ep. ni, ad Vohis. nitnc cxx.wii, cap. m, a. 11 ; lom. U, c. 405; de Civil. Dei, lib. \, cap. xxix, t. VU; Cyrill., Ep. ad Valerian., part, m; Concil. Ephes., t. III, Coticil. Symb. Ath., etc.
ments divins. Tout ce qu'il pense, tout ce qu'il veut, tout ce 'qu'il dit, tout ce qu'il cache au dedans , tout ce qu'il montre au dehors est animé par le Verbe, conduit par le Verbe, digne du Verbe , c'est-à-dire digne de la raison même , de la sagesse même , el de la vérité même. C'est pourquoi tout est lumière en Jésus-Christ, sa conduite est une règle ; ses miracles sont des instructions, ses paroles sont esprit et vie.
Il n'est pas donné à tous de bien entendre ces sublimes vérités , ni de voir parfaitement en luimême cette merveilleuse image des choses divines , que saint Augustin et les autres Pères ont crue si certaine. Les sens nous gouvernent trop ; et notre imagination , qui se veut mêler dans toutes nos pensées, ne nous permet pas toujours de nous arrêter sur une lumière si pure. Nous ne nous connaissons pas nous-mêmes ; nous ignorons les richesses que nous portons dans le fond de noire nature ; el il n'y a que les yeux les plus épurés qui les puissent apercevoir. Mais si peu que nous entrions dans ce secret , el que nous sachions remarquer en nous l'image des deux mystères qui font le fondement de noire foi , c'en est assez pour nous élever au-dessus de tout, el rien de mortel ne nous pourra plus toucher.
Aussi Jésus-Christ nous appelle-l-il à une gloire immortelle , et c'est le fruit de la foi que nous avons pour les mystères.
Ce Dieu-Homme, celle vérité et cette sagesse incarnée , qui nous fait croire de si grandes choses sur sa seule autorité, nous en promel dans l'éternité la claire et bienheureuse vision , comme la récompense certaine de notre foi.
De celte sorte, la mission de Jésus-Christ est relevée infiniment au-dessus de celle de Moise.
Moïse était envoyé pour réveiller par des récompenses temporelles les hommes sensuels el abrutis. Puisqu'ils étaient devenus tout corps el tout chair, il les fallait d'abord prendre par les sens , leur inculquer par ce moyen la connaissance de Dieu , et l'horreur de l'idolâtrie à laquelle le genre humain avait une inclination si prodigieuse.
Tel était le ministère de Moïse : il était réservé à Jésus-Christ d'inspirer à l'homme des pensées plus hautes, el de lui faire connaître dans une pleine évidence, la dignité, l'immortalité, et la félicité éternelle de son âme.
Durant les temps d'ignorance , c'est-â-dire , durant les temps qui ont précédé Jésus-Christ, ce que l'àme connaissait de sa dignité el de son immortalité l'induisait le plus souvent à erreur. Le culle des hommes morts faisait presque tout le fond de l'idolâtrie; presque tous les hommes sacrifiaient aux mânes, c'est-à-dire aux âmes des morts. De si anciennes erreurs nous font voir à la vérité combien était ancienne la croyance de l'immortalité de l'âme , el nous montrent qu'elle doit être rangée parmi les premières traditions du genre humain. Mais l'homme qui gâtait tout, en avait étrangement abusé, puisqu'elle le portait à sacrifier aux morts. On allait même jusqu'à cet excès , de leur sacrifier des hommes vivants : on tuait leurs esclaves , et même leurs femmes , pour les aller servir dans l'autre monde. Les Gaulois' le