Cœs., de Dell. Cal.. I. VI, cap
DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE
pratiquaient avec beaucoup d'autres peuples ; et les Indiens, marques par les auteurs païens parmi les premiers défenseurs de l'immortalité de l'âme, ont aussi été les premiers à introduire sur la terre, sous prétexte de religion , ces meurtres abominables. Les. mêmes Indiens se tuaient eux-mêmes pour avancer la félicité de la vie future; et ce déplorable aveuglement dure encore aujourd'hui parmi ces peuples : tant il est dangereux d'enseigner la vérité dans un autre ordre que celui que Dieu a suivi, et d'expliquer clairement à l'homme tout ce qu'il est, avant qu'il ait connu Dieu parfaitement.
C'était faute de connaître Dieu que la phqjart des philosophes n'ont pu croire l'âme immortelle sans la croire une portion de la divinité, une divinité elle-même, un être éternel, incréé aussi bien qu'incorruptible , et qui n'avait non plus de commencement que de fin. Que dirai-je de ceux qui croyaient la transmigration des âmes ; qui les faisaient rouler des cieux à la terre , et puis de la terre aux cieux; des animaux dans les hommes, et des hommes dans les animaux ; de la félicité à la misère, et de la misère à la félicité, sans que ces révolutions eussent jamais ni de terme ni d'ordre certain? Combien était obscurcie la justice, la providence, la bonté divine parmi tant d'erreurs! Et qu'il était nécessaire de connaître Dieu et les règles de sa sagesse , avant que de connaître l'âme et sa nature immortelle!
C'est pourquoi la loi de Moïse ne donnait à l'homme qu'une première notion de la nature de l'âme et de sa félicité. l\ous avons vu l'âme au commencement faite par la puissance de Dieu aussi bien que les autres créatures ; mais avec ce caractère particulier qu'elle était faite à son image et par son souffle; afin qu'elle entendît à qui elle tient par son fond , et qu'elle ne se crût jamais de même nature que les corps , ni formée de leur concours. Mais les suites de cette doctrine, et les merveilles de la vie future ne furent pas alors universellement développées; et c'était au jour du Messie que cette grande lumière devait paraître à découvert.
Dieu en avait répandu quelques étincelles dans les anciennes Ecritures. Salomon avait dit que « comme le corps retourne à la terre d'où il est " sorti, l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné'. » Les patriarches et les prophètes ont vécu dans cette espérance; et Daniel avait prédit qu'il viendrait un temps « où ceux qui dorment dans la poussière » s'éveilleraient , les uns pour la vie éternelle , et » les autres pour une éternelle confusion , afin de » voir toujours^ >> Mais en même temps que ces choses lui sont révélées, il lui est ordonné de « sceller le livre et de le tenir fermé jusqu'au » temps ordonné de Dieu ^ ; » afin de nous faire entendre que la pleine découverte de ces vérités était d'une autre saison et d'un autre siècle.
Encore donc que les Juifs eussent dans leurs Ecritures quelques promesses de félicités éternelles, et que vers les temps du Messie , où elles devaient être déclarées, ils en parlassent beaucoup davantage , comme il paraît par les livres de la Sagesse et des Machabées; toutefois cette vérité