‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 316 sur 609 · Arist., l'olil., 1. Il, c. )1. — 2. rolub., I. 1 , c · texte numérisé non relu

Arist., l'olil., 1. Il, c. )1. — 2. rolub., I. 1 , c

I Ainsi les Gi'ecs avaient tort de s'imaginer, du temps de Polybe , que Rome s'agrandissait plutôt par hasard que par conduite'. Ils étaient trop passionnés pour leur nation , et trop jaloux des peuples qu'ils voyaient s'élever au-dessus d'eux; ou peut-être que voyant de loin l'empire romain s'avancer si vite , sans pénétrer les conseils qui faisaient mouvoir ce graud corps , ils attribuaient au hasard, selon la coutume des hommes, les effets dont les causes ne leur étaient pas connues. Mais Polybe, que son étroite familiarité avec les Romains faisait entrer si avant dans le secret des affaires , et qui observait de si près la politique romaine durant les guerres puniques , a été plus équitable que les autres Grecs , et a vu que les conquêtes de Rome étaient la suite d'un dessein bien entendu. Car il voyait les Romains , du milieu de la mer Méditerranée , porter leurs regards partout aux environs jusqu'aux Espagnes et jusqu'en Syrie ; observer ce qui s'y passait ; s'avancer régulièrement et de proche en proche ; s'affermir avant que de s'étendre; ne se point charger de trop d'affaires; dissimuler quelque temps, et se déclarer à propos ; attendre qu'Annibal fût vaincu pour désarmer Philippe , roi de Macédoine , qui l'avait favorisé; après avoir commencé l'affaire, n'être jamais las ni contents jusqu'à ce que tout fût fait; ne laisser aux Macédoniens aucun moment pour se reconnaître ; et après les avoir vaincus, rendre par un décret public , à la Grèce si longtemps captive, la liberté à laquelle elle ne pensait plus ; par ce moyen répandre d'un côté la terreur, et de l'autre la vénération de leur nom : c'en était assez pour conclure que les Romains ne s'avançaient pas à la conquête du monde par hasard , mais par conduite.

C'est ce qu'a vu Polybe dans le temps des progrès de Rome. Denys d'Halicarnasse, qui a écrit après l'établissement de l'empire , et du temps d'Auguste, a conclu la même chose^, en reprenant dès leur origine les anciennes institutions de la république romaine, si propres de leur nature à former un peuple invincible et dominant. Vous en avez assez vu pour entrer dans les sentiments de ces sages historiens, et pour condamner Plutarque qui, toujours passionné pour les Grecs, attribue à la seule fortune la grandeur'romaine, et à la seule vertu celle d'Alexandre ^

Mais plus ces historiens font voir de dessein dans les conquêtes de Rome , plus ils y montrent d'injustice. Ce vice est inséparable du désir de dominer, qui aussi pour celte raison, est justement condamné par les règles de l'Evangile. Mais la seule philosophie suffit pour nous faire entendre que la force nous est donnée pour conserver notre bien , et non pas pour usurper celui d'autrui. Cicéron l'a reconnu; et les règles qu'il adonnées pour faire la guerre* sont une manifeste condamnation de la conduite des Romains.

Il est vrai qu'ils parurent assez équitables au commencement de leur république. Il semblait qu'ils voulaient eux-mêmes modérer leur humeur guerrière en la resserrant dans les bornes que l'é-

1. Paluli., 1. i, c. 03. — 3. Uion. liai.. Ant. Rom., I. I, II. — S. riiit.. lib. de fort. Me.t., et de fort. Ilom. — i. Cic. , de O/f., 1. I. i . 1 1 , 12 ; I. III; c. i5.

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