‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 318 sur 609 · Uiotl. liai.., 1. II, c. i · texte numérisé non relu

Uiotl. liai.., 1. II, c. i

les pères, qui avaient été les auteurs de la liberté , n'abandonnèrent pas leurs prérogatives. Mais la jalousie se mit bientôt entre les deux ordres. Car je n'ai pas besoin de parler ici des chevaliers romains , troisième ordre comme mitoyen entre les patriciens et le simple peuple , qui prenait tantôt un parti et tantôt l'autre. Ce fut donc entre ces deux ordres que se mit la jalousie : elle se réveillait en diverses occasions; mais la cause profonde qui l'entretenait était l'amour de la liberté.

La maxime fondamentale de la république était de regarder la liberté comme une chose inséparable du nom romain. Un peuple nourri dans cet esprit, disons plus, un peuple qui se croyait né pour commander aux autres peuples et que Virgile pour cette raison appelle si noblement un peuple-roi, ne voulait recevoir de loi que de luimême.

L'autorité du sénat était jugée nécessaire pour modérer les conseils publics , qui , sans ce tempérament, eussent été trop tumultueux. Mais, au fond c'était au peuple à donner les commandements, à établir les lois, à décider de la paix et de la guerre. Un peuple qui jouissait des droits les plus essentiels de la royauté , entrait en quelque sorte dans l'humeur des rois. Il voulait bien être conseillé, mais non pas forcé par le sénat. Tout ce qui paraissait trop impérieux, tout ce qui s'élevait au-dessus des autres ; en un mot, tout ce qui blessait ou semblait blesser l'égalité que demande un Etat libre, devenait suspect à ce peuple délicat. L'amour de la liberté , celui de la gloire et des conquêtes rendait de tels esprits difficiles à manier; et cette audace, qui leur faisait tout entreprendre au dehors , ne pouvait manquer de porter la division au dedans.

Ainsi Rome, si jalouse de sa liberté, par cet amour de la liberté qui était le fondement de son Etat, a vu la division se jeter entre tous les ordres dont elle était composée. De là ces jalousies furieuses entre le sénat et le peuple, entre les patriciens et les plébéiens ; les uns alléguant toujours que la liberté excessive se détruit enfin elle-même ; et les autres craignant au contraire que l'autorité, qui de sa nature croît toujours, ne dégénérât enfin en tyrannie.

Entre ces deux extrémités, un peuple d'ailleurs si sage ne put trouver le milieu. L'intérêt particulier, qui fait que de part ou d'autre on pousse plus loin qu'il ne faut même ce qu'on a commencé pour le bien public , ne permettait pas qu'on demeurât dans les conseils modérés. Les esprits ambitieux et remuants excitaient les jalousies pour s'en prévaloir ; et ces jalousies tantôt plus couvertes, et tantôt plus déclarées , selon les temps , mais toujours vivantes dans le fond des cœurs, ont enfin causé ce grand changement qui arriva du temps de César, et les autres qui ont suivi.

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