‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 319 sur 609 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

LES EMPIRES

temps assez éloignés, ont une liaison manifeste. Les voici ramassés ensemble pour une plus grande facilité.

Romulus , nourri dans la guerre , et réputé fils de Mars, hàtit Rome, qu'il peupla de gens ramassés , bergers , esclaves , voleurs , qui étaient venus chercher la franchise et l'impunité dans l'asile qu'il avait ouvert à tous venants : il en vint aussi quelques-uns plus qualifiés et plus honnêtes.

Il nourrit ce peuple farouche dans l'esprit de tout entreprendre par la force , et ils eurent par ce moyen jusqu'aux femmes qu'ils épousèrent.

Peu à peu il établit l'ordre , et réprima les esprits par des lois très-saintes. Il commença par la religion, qu'il regarda comme le fondement des Etats'. Il la fit aussi sérieuse, aussi grave, et aussi modeste que les ténèbres de l'idolâtrie le pouvaient permettre. Les religions étrangères et les sacrifices , qui n'étaient pas établis par les coutumes romaines, furent défendus. Dans la suite, on se dispensa de cette loi ; mais c'était l'intention de Romulus qu'elle fût gardée , et on en retint toujours quelque chose.

Il choisit parmi tout le peuple tout ce qu'il y avait de meilleur, pour en former le conseil public , qu'il appela le sénat. Il le composa de deux ou trois cents sénateurs , dont le nombre fut encore après augmenté ; et de là sortirent les familles nobles, qu'on appelait patriciennes. Les autres s'appelaient les plébéiens, c'est-à-dire le commun peuple.

Le sénat devait digérer et proposer toutes les affaires : il en réglait quelques-unes souverainement avec le roi ; mais les plus générales étaient rapportées au peuple , qui en décidait.

Romulus , dans une assemblée oii il survint tout à coup un grand orage , fut mis en pièces par les sénateurs , qui le trouvaient trop impérieux ; et l'esprit d'indépendance commença dès lors à paraître dans cet ordre.

Pour apaiser le peuple, qui aimait sou prince, et donner une grande idée du fondateur de la ville, les sénateurs publièrent que les dieux l'avaient enlevé au ciel , et lui firent dresser des autels.

Niima Pompilius , second roi , dans une longue et profonde paix , acheva de former les mœurs, et de régler la religion sur les mêmes fondements que Romulus avait posés.

TuUus Hostilius établit par de sévères règlements la discipline militaire , et les ordres de la guerre , que son successeur Ancus-Marlius accompagna de cérémonies sacrées , afin de rendre la milice sainte et religieuse.

Après lui , Tarquin l'Ancien , pour se faire des créatures, augmenta le nombre des sénateurs jusqu'au nombre de trois cents , où ils demeurèrent fixés durant plusieurs siècles, et commença les grands ouvrages qui devaient servir à la commodité publique.

Servius Tullius projeta l'établissement d'une république , sous le commandement de deux magistrats annuels qui seraient choisis par le peuple.

En haine de Tarquin le Superbe, la royauté fut abolie, avet des exécrations horribles contre tous ceux qui entreprendraient de la rétablir ; et

i. Dion. Ilal.J. U, c. l(i.

Brutus fit jurer au peuple qu'il se maintiendrait éternellement dans sa liberté.

Les mémoires de Servius Tullius furent suivis dans ce changement. Les consuls , élus par le peuple entre les patriciens , étaient égalés aux rois , à la réserve qu'ils étaient deux qui avaient entre eux un tour réglé pour commander, et qu'ils changeaient tous les ans.

Collatin, nommé consul avec Brutus, comme ayant été avec lui l'auteur de la liberté , quoique mari de Lucrèce , dont la mort avait donné lieu au changement , et intéressé plus que tous les autres à la vengeance de l'outrage qu'elle avait reçu , devint suspect, parce qu'il était de la famille royale, et fut chassé.

Valère substitué à sa place au retour d'une expédition où il avait délivré sa patrie des Véientes et des Etruriens , fut soupçonné par le peuple d'affecter la tyrannie , à cause d'une maison qu'il faisait bâtir sur une éminence. Non-seulement il cessa de bâtir ; mais devenu populaire , quoique patricien , il établit la loi qui permet d'appeler au peuple , et lui attribue , en certains cas , le jugement en dernier ressort.

Par cette nouvelle loi , la puissance consulaire fut affaiblie dans son origine , et le peuple étendit ses droits.

A l'occasion des contraintes qui s'exécutaient pour dettes par les riches contre les pauvres , le peuple , soulevé contre la puissance des consuls et du sénat, fît cette retraite fameuse au mont Aventin.

11 ne se parlait que de liberté dans ces assemblées ; et le peuple romain ne se crut pas libre s'il n'avait des voies légitimes pour résister au sénat'. On fut contraint de lui accorder des magistrats particuliers, appelés tribuns du peuple, qui pussent l'assembler, et le secourir contre l'autorité des consuls , par opposition ou par appel.

Ces magistrats , pour s'autoriser, nourrissaient la division entre les deux ordres , et ne cessaient de flatter le peuple , en proposant que les terres des pays vaincus , ou le prix qui proviendrait de leur vente, fût partagé entre les citoyens.

Le sénat s'opposait toujours constamment à ces lois ruineuses à l'Etat, et voulait que le prix des terres fût adjugé au trésor public.

Le peuple se laissait conduire à ses magistrats séditieux, et conservait néanmoins assez d'équité pour admirer la vertu des grands hommes qui lui résistaient.

Contre ces dissensions domestiques, le sénat ne trouvait point de meilleur remède , que de faire naître continuellement des occasions de guerres étrangères. Elles empêchaient les divisions d'être poussées à l'extrémité , et réunissaient les ordres dans la défense de la patrie.

Pendant que les guerres réunissent , et que les conquêtes s'augmentent, les jalousies se réveillent.

Les deux partis, fatigués de tant de divisions qui menaçaient l'Etat de sa ruine , conviennent de faire des lois , pour donner le repos aux uns et aux autres, et établir l'égalité qui doit être dans une ville libre.

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