XI" SIÈCLE
On publie la fin du monde mille ans après Jésus- Christ, et à cause de la dépravation des mœurs (1001).
L'empereur Othon III , averti par saint Romuald de se faire religieux, comme il l'avait promis (1002), est empoisonné dans des gants parfumés [lar une femme dont il avait abusé sous espérance de mariage.
Il est le dernier empereur de la première maison de Saxe. Henri , duc de Bavière, est élu roi d'Allemagne, et ensuite empereur.
Saint Etienne, roi de Hongrie, chasse les Bulgares qui enxahissaient son royaume.
Quarante gentilshommes normands, qui, au retour de Jérusalem, passaient vers Salerne que les Sarrasins tenaient assiégée, les mettent en fuite.
Sylvestre meurt après avoir publié la première croisade (1003). C'est ainsi qu'on appela une sainte ligue contre les infidèles pour le recouvrement des saints Lieux.
Jean XVI , et aussitôt après Jean XVII , lui succèdent. Le compte des Jean se brouille ici à cause des antipapes qui avaient pris ce nom sous les Papes précédents.
Robert fait la guerre en Bourgogne, dont la succession lui était venue par la mort de son oncle paternel. Il |)rend Auxerre et Avallon, et recouvre son héritage, avec le secours do Richard, duc de Normandie.
Il réprime Leuthéric, archevêque de Sens, qui ajoutait des paroles en donnant l'Eucharistie (1004).
Bérenger, jeune alors, commence à disputer sur cette matière, et il est souvent repris par son maître Fulbert de Chartres.
Henri, roi d'.Allemagne, réprime Harduic qui se di.sait roi de Lombardie (1005), et, par la prise de Pavie et de Cluse, il se fait proclamer roi des Lombards.
Les victoires qu'il remporte en .\llemagne sur Vonceslas, duc de Pologne, le font redouter.
Othon, fils de Charles, duc de Lorraine, meurt en bas-âge, et avec lui s'éteint l'empire de Charlemagne.
Une peste horrible par tout l'univers fit croire que le genre humain allait périr (1000). Odilon, abbé de Cluni , et ses religieux, signalent leur charité.
Le siège épiscopal de Bamberg est fondé par Henri-. i. Il ne laissa point d'enfants, et n'avait pas même été, marié, suiv.int Pagi et Muralori, qui traitent di' fable son prétendu mariage avec Marie d'.\ragon (.\H de véritici- les dates, tom. ii , pag. 14).
2. G'est-â-dirc que l'empereur saint Henri destine les biens du comté de lîamberg, devenu vacant, pour la dotation d'un évèclié dont la ville de liam-
ONZIÈME SIECLE
La basse Lorraine est disputée par plusieurs qui prétendent y avoir plus de droit que GodetVoi III , investi par l'empereur. Ils entrent en guerre. Godefroi prévaut. Les deux rois' se voient sur la Meuse, et l'amitié se rétablit.
Le patriarche de Conslantinople reconnaît le Pape qui meurt peu de temps après (I008J.
Pierre, ëvèque d'Albe, est élu. Par respect pour saint Pierre, il cliange son nom comme avait déjà fait Pierre de Pavie , et prend celui de Serge IV.
Les Sarrasins se brouillent entre eux flOIOl. Les chrétiens, et même les évéques, prennent parti dans ces guerres , et se font tuer dans les combats. Les mariages entre chrétiens et Sarrasins sont fréquents.
Les Normands se rendent maîtres de la Pouille. Mélo, citoyen puissant de Bari , avec leurs secours et une armée'de Lombards, fait la guerre en Italie aux Grecs occupés d'un autre côté par les Bulgares.
Henri défait Arduic et Boleslas fÏ0l3\ duc de Pologne, qui le secourait. Le pape Benoît VIII, qu'il soutient contre un anti|iape, le reçoit dans Rome et lui présente une pomme d'or avec une croix dessus , figure du monde chrétien. Ce saint empereur l'envoie à Cluni avec sa couronne , que saint Odilon vend pour les pauvres.
Benoît le couronne empereur (1014'. Le nouvel empereur confirme les donations des rois de France et des empereurs, et laisse l'élection du Pape au clergé et au peuple romain.
Les Sarrasins troublent en Italie (1016), et sont battus par une armée de Benoit.
L'.\ngleterre , brouillée par la mort d'Etelrède , reçoit un étranger Ce fut Canut, danois, roi de Danemarck et d'Angleterre, prince très-religieux.
Une femme manichéenne est réprimée à Orléans^ par le roi Robert (1017).
Boleslas, roi de Pologne, se signale par sa piété (1050).
La musique est réformée et réduite par Guy Arétin à une méthode plus facile (1021).
L'empereur et le roi Robert (1023)', après une seconde entrevue , vont voir le Pape à Pavie pour y confirmer leur accord.
Mort de l'empereur (1024', mis au rang des saints aussi bien que sa femme Cunégonde, avec qui il vécut en perpétuelle virginité.
Conrad , fils de Henri , fils d'Othon , duc de 'W'^ornis, est fait roi d'.\llemagne (1026).
Il défait les Lombards avec le secours que lui mena le pape Jean XX, de qui il reçoit à Rome la couronne impériale au milieu de Canut 1027, roi des .anglais et des Danois, et de Rodolphe, duc de Bourgogne.
Hugues, fils aîné du roi Robert, meurt (1028). Le roi désigne pour successeur son fils Henri . malgré sa femme Constance, qui portait Robert son cadet.
Fulbert en mourant repousse avec tout l'effort qu'il peut Bérenger qui s'approchait.
Saint Olaiis, roi de Norwége, est tué par les magiciens qu'il faisait révéremment châtier.
Jean XX, chassé par les Romains (1033\ et bientôt rétabli par Conrad, ne survécut pas longtemps à son rétablissement. Albéric, comte de Tivoli, tout-puissant à Rome, fait élire Théophylacte son fils extrêmement jeune.
berg sorail le siège, ce «lai fut confirmé par un concile de Francfort , en 100", et par le pape Jean XVIII (Voy. l'Art de vérifier tes dates , tom. ii , pag. a, et le» conciles de Labbe, tom. ix. col. 787j.
1. Bossuet veut probablement parler de Ventrevue que saint Henri , roi de Germanie et empereur, et le roi Roliert. eurent, l'an 1023, à Yvoi sur la Meuse rlaus le Luxembourg, où ils renouvelèrent leur traité d'alliance.
i. L'ne douzaine de personnes à peu près (juc celle femme étrangère avait séduites, furent brûlées vives par ordre du roi Robert , à l'issue du concile tenu à Orléans . non en 101", mais en lOJi (Voyez le détail de celle histoire dans M. l'abbé Fleury, tnm. mi. pag. 427 et suiv.").
3. Ce voyage des deux princes à i',->vie est rejeté par les meilleurs auteurs , parce qu'tl est ccctaiD que depuis l'an 1022 l'empereur n'esl plus retourné en Italie.
Henri déjà couronné, règne après la mort de Robert, et donne la Bourgogne à Robert son frère.
A Conslantinople (1034;, l'impératrice Zoé fait mourir son mari , et oblige le patriarche à couronner Michel , qu'elle épouse aussitôt après la mort de son mari.
Guillaume le Bâtard succède à Richard, duc de Normandie, malgré les seigneurs.
Casimir, roi de Pologne , chassé par ses sujets se fait moine à Cluni.
Bérenger nie la vérité du corps et du sang de Jésus- Christ dans l'Eucharistie, et il est condamné par divers conciles.
Sanche, roi de Navarre et de Castille, prince religieux, laisse ses royaumes à Ferdinand le Grand, son fils , qui , ayant battu et tué Vérémond , roi de Léon , unit ce royaume avec la Castille et la Navarre (1037;. Ainsi devenu puissant, il ôte plusieurs villes, et, entre autres, Conimbre, aux Sarrasins.
Saint Etienne, roi de Hongrie, meurt.
Grégoire le Maniaque (1038,, envoyé par l'empereur "MicheT au secours du prince de Salerne et des Normands , chasse de Sicile les Sarrasins.
Conrad , mort à L'trecht. laisse le royaume à son fils Henri déjà couronné du vivant de son père (1036;. Mais l'empire vaque.
Grégoire est rappelé de Sicile (1040''.
L'empereur Michel, appelé le Paphlagonien, meurt en vrai pénitent (1040). Il s'élève de grands troubtes à Conslantinople.
Casimir, rendu aux Polonais par Benoît IX, a permission de se marier pour conserver la maison royale. En reconnaissance de cette grâce, les Polonais sont tondus comme des moines, et les nobles paient le tribut appelé l'écu de saint Pierre. Le roi rétabli bat les ennemis du royaume.
Les Norrnands qui défendaient l'Italie occupent la Pouille, et la partagent entre eux pour la cultiver.
Saint Edouard II" roi d'.\ngleterre '1043), vit avec sa femme dans le mariage, en perpétuelle continence.
Les Romains chassent Benoît IX (1044! pour ses crimes'. D'autres Papes sont mis à sa place fl04o) ; luimême est souvent chassé et souvent rétabli (1046). A la fin Léon IX , évêque de Toul , est élevé à la chaire de saint Pierre et la remplit dignement (1047, 1048, 1049).
Bérenger est de nou\eau condamné (1030'.
Les Normands (10o3). rebelles contre le Saint-Siège, offrent à Léon de lui faire hommage de ce qu'ils tenaient. Appuvé sur les Allemands, il refuse la proposition. Il se donne une bataille où les Allemands d'abord vainqueurs sont battus parla lâcheté des Italiens.
Le Pape , assiégé dans un château , se rend , et reçoit à Bénévent, où il est mené, les mêmes honneurs que s'il eût été vainqueur.
Michel Cérularius, patriarche de Conslantinople, et Léon, archevêque d'.\cridie, métropolitain des Bulgares, rompent a\ec l'Eglise d'Occident sur les azymes et autres choses de peu d'importance. Le cardinal Humbert, évêque de la Forèt-Blanche. tourne en latin un discours qu'ils avaient fait sur ce sujet, et le Pape y répond doctement dans sa prison.
Il envoie pour légats en Orient les cardinaux Humbert et Fridéric;lOo4\ qui excommunient Michel et Léon dans l'église de Sainte-Sophie à Constantinople, et retournent par la protection de l'empereur Constantin.
Léon meurt. Il est mis parmi les saints, et ce siège vaque près d'un an.
Concile à Mayence, d'où l'empereur Henri, à qui Rome iTianquant'de sujets capables demanda un Pape, nommé Gebeart, évêque d'Ast.
Il est élu et prend le nom de Victor II (1035). Le car-
1 . Benoît n'avait que douze ans lorsque l'empereur Conrad . tout-puissant à Rome , lui vendil la chaire de saint Pierre. 11 mourut âgé d'environ vingtquatre ans.
SUITE DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE
dinal Hildebrand, liomme de basse naissance, mais de grand sa\oir el de grand courage, est envoyé en France où il réprime Hérengcr qui se di><iit.
L'emjiereur Henri II meurt ;10.j6). Son fils Henri III, âgé de cinq ans, est recommandé h l'Eglise par son père, et bien élevé par sa mère Agnès.
Victor II meurt en revenant d'Allemagne (10.37). Le diacre Fridéric qui , après son ambassade de Constantinople s'était fait moine à Mont-Cassin, est élu Pape le jour de Saint-Etienne et prend le nom d'Etienne X.
Le cardinal Pierre Damien, célèbre par sa sainteté et par son savoir, est fait malgré lui évèque d'Ostie par le Pape. Il vit avec une austérité prodigieuse, et on l'appelle ['ermite empourpré.
Michel Gérularius veut prendre les ornements impériaux (1058). Il fatigue l'empereur Isaac Comnène de demandes impertinentes, le menace, et est chassé.
Etienne X meurt saintement. Les tyrans de Rome, contre sa défense, mettent à sa place par force Jean , évêque de Yelletri.
Hildebrand fait casser cette élection violente , et procure l'élection de Gérard, approuvée par l'impératrice. Isaac Comnène, frappé de foudre, se fait moine dans le célèbre monastère de Studium (lOoO), et choisit pour son successeur Constantin Ducas , qu'il préfère à tous ses parents, comme le plus digne.
Gérard , arrivé à Rome , prend le nom de Nicolas II , l'antipape se soumet. Le Pape empêche Pierre Damien de se retirer.
Concile romain où Bérenger, condamné , fait cette célèbre confession de foi qui commence par Ego Beren- G.\Rius, où il confesse la réalité du Corps et du Sang. Les écrits de Jean Scot, sou\ent condamnés, sont brûlés dans ce concile.
Lanfranc, Guimond et Alger, célèbres écrivains de ce temps, combattent les erreurs de Bérenger.
Ce concile accorde à l'empereur la confirmation des Papes élus , pour empêcher les intrusions et les violences.
Le pape Nicolas accorde aux Normands la Pouille et la Calabre, excepté Béné\ent, comme fief de l'Eglise, et la Sicile, comme duché, à la même condition. Il reçoit leur serment et leur tribut.
Assemblée à Paris, où Philippe, âgé de sept ans, est reconnu roi par ordre de Henri , son père, et ensuite sacré à Reims,
Henri meurt (1060) et laisse son fils sous la tutelle de Baudoin , comte de Flandre, son parent.
Le pape Nicolas II meurt à Florence ,1061), plein de bonnes œuvres. Après sa mort , les seigneurs de Rome qu'il avait su retenir ne songent qu'à relever leur puissance attaquée. Ils engagent l'empereur dans leurs intérêts. Il se fait deux papes : l'un élu légitimement par le clergé et le peuple, nommé Alexandre II; l'autre, nommé Cadaloiis ou Cadalus , est appelé de Parme , d'où il était évèque, par l'aulorilé de l'empereur et contre toutes les formes.
Le faux pape vient camper auprès de Rome (1062). Il bat les Romains; mais Godefroi , duc de Lorraine de son chef, et de Toscane par sa femme Béatrix, le met en fuite.
Annon , archevêque de Cologne, tire le jeune empereur Henri des mains de sa mère Agnès , dont la conduife était mauvaise. Elle vient à Rome, où elle se consacre à la piété et à la pénitence.
En ce temps-là le fameux pèlerinage de sept mille Occidentaux à Jérusalem , conduits par quatre évêques , qui , souvent attaqués par les Arabes et les autres infidèles, retournent victorieux (1064).
L'empereur Constantin Ducas (1065), plus pieux que \ aillant , se défend à peine contre les Turcs; qui, en ce temps , s'iHablissaient dans l'.Vsie Mineure. Mais il remporte, par les jeunes et par les prières qu'il fait avec tout le peuple, une \ictoire miraculeuse .sur les Zuriens,
peuple scythiquf , qui périssent après avoir passé le Danube au nombre de six cent mille hommes.
Ferdinand le Grand, roi de Gastille el de Léon, après avoir saintement vécu, averti de sa mort prochaine, se dépouille de ses ornements royaux dans l'église; et là, le jour de Noël, il reçoit la pénitence et l'extrème-onction des mains des évêques. Il meurt trois jours après. Jean Xiphilin, abréviateur de Dion (1066), est fait patriarche de Constantinople, où il fait paraître plus de savoir que de piété.
Godefroi, duc de Toscane, continue à se signaler, et défait Richard, duc des Normands, qui venait à Rome obliger le Pape à le couronner empereur.
Le faux [lape s'échappe du "château Saint-.\nge, où il avait été reçu après s'y être défendu deux ans, et meurt malheureux.
Saint Edouard, roi d'Angleterre, meurt après avoir nommé pour successeur Guillaume le Bâtard , duc de Normanuie.
Le comte de Haralde le prévient, et se fait couronner. L'aS'aire est décidée par une seule bataille où Guillaume est victorieux , et ensuite se fait sacrer le jour do Noël.
Le jeune Henri méprise Annon qui l'élevait sagement, et se livre à .Adalbert, évèque de Brème et de Hambourg, qu'il est contraint d'abandonner à cause des révoltes que la mauvaise conduite de ce prélat excitait.
Constantin Ducas laisse ses enfants en bas âge sous la tutelle d'Eudoxe leur mère (1067). Les Turcs ravagent la Cappadoce et Césarée, où ils pillent l'église de Saint- Basile , la plus riche de l'Orient, sans toucher au sépulcre de ce grand saint.
L'empire attaqué a besoin d'un homme. Eudoxe (1068), qui avait fait \œu de demeurer veuve, en est dispensée par le patriarche Jean Xiphilin à qui elle faisait espérer d'épouser son frère; mais elle épouse Romain Diogène , du consentement de ses enfants.
Saint Lanfranc, abbé de Gaën, est fait archevêque de Cantorbéry par le moyen de Guillaume, qui remplit de Normands les grands sièges et les grandes charges du royaume.
Godefroi laisse son fils Godefroi , nommé le Bossu , héritier de la Lorraine. Sa femme Béatrix demeure maîtresse du duché de Toscane , et marie sa fille Mathilde, qu'elle avait d'un premier mari , avec 'Welphe , duc de Bavière.
L'empereur Romain Diogène refuse la paix que lui offrait Asan, sultan des Turcs, il est pris dans une bataille où son arrière-garde, croyant qu'il fuyait, met toute l'armée en désordre. Au bruit de cette défaite, Michel Ducas, fils de Constantin Ducas, est fait empereur. Romain, bien traité et renvoyé par Azan, trou\e Michel impitoyable et souffre la mort a\ec une patience merveilleuse.
.Annon, archevêque de Cologne (1073\ quitte la cour de Henri, pleine de méchants et de simoniaques.
L'empereur appelé à Rome pour rendre compte de ses simonies et de ses violences (1074), à l'âge de vingtdeux ans , donne commencement à une longue querelle entre les Papes et les empereurs.
.\lexandre H, célèbre pour sa piété, meurt en ce temps, et Hildebrand, qui prend le nom de Grégoire Vil, lui succède.
Le nouveau Pape écrit rudement à Philippe, roi de France, sur la simonie qui se répandait dans sa cour, et l'ébranie par ses menaces.
Il empêche les grands de déposer Henri , et en même temps, pour le réconcilier avec le Saint-Siège, il lui envoie une célèbre légation où était .Agnès, mère de ce prince.
Il tient un concile à Rome contre les prêtres mariés, qui répandent par toute l'Eglise des calomnies contre lui et la comtesse Mathilde , zélée pour le Saint-Siège. Robert Guiscard, noiinand, duc de la Pouille, de Ga-
ONZIEME SIECLE
labre et de Sicile , est réprimé par le Pape contre qui il s"était révolté.
Henri , après avoir dissimulé longtemps, éclate contre le Pape et assemble un concile à Worms, où il le fait déposer 1076). 11 est excommunié par un concile de Rome (1077 . Les révoltes survenues contre lui l'obligent à se soumettre au Pape en apparence, et à venir en Itiilie, où il reçoit l'absolution. |
Roger, comte de Sicile, sous l'autorité de son frère Robert Guiscard , se prépare à faire la guerre aux Sarrasins.
Malhilde ofTre la Ligurie et la Toscane à saint Pierre, de peur que Henri ne les lui ôlàl.
Ce prince entreprend contre la vie du Pape' et de Malhilde. Sa perfidie, détestée parles Saxons, les porte à lui substituer Rodolphe , duc de Souabe, sans consulter le Pape.
Nicéphore Botoniate met Michel Ducas et sa femme dans un monastère v1078), et se fait couronner par le patriarche ; mais il est excommunié par le Pape que Michel reconnaissait.
Bérenger. âgé de quatre-vingts ans (1079 , abjure dans un concile de Rome son hérésie souvent détestée et souvent reprise.
Boleslas, roi de Pologne , fait mourir saint Stanislas, évêque de Cracovie , qui le reprenait de ses désordres , et il est excommunié par le Pape qui, en même temps, absout ses sujets du serment de fidélité.
Nicéphore Botoniate, vainqueur de plusieurs tyrans (1080', est vaincu et mis dans un monastère par Alexis Comnène.
Michel Ducas, sorti du monastère où il avait été renfermé , et devenu évêque d'Ephèse, vient demander secours au Pape et à Robert Guiscard, qui, sollicité par le Pape, l'assiste et défait les Grecs.
Un concile que Henri tient en Allemagne dépose de nouveau le Pape et crée à sa place l'antipape Guibert, qui prend le nom de Clément.
Robert Guiscard rentre tout à fait dans les bonnes grâces du Pape, et s'offre à lui contre Henri, dont il abat la puissance en Italie.
Rodolphe cependant, confirmé roi des Teutons par le Pape, bat Henri en Allemagne; mais il périt lui-même dans la bataille.
Guiscard, avec dix-huit mille Normands, défait Alexis Comnène (1081), qui avait soixante-dix mille-hommes.
Henri, vainqueur des Saxons, va en Italie avec peu de monde, mais avec une hardiesse étonnante; et il assiège Rome où était le Pape.
Guillaume le Conquérant reçoit des plaintes du mauvais gouvernement de son fils Robert, à qui il avait laissé la. Normandie ; 1082:, et il revient pour y donner ordre. Son fils prend les armes, et, dans un combat, il porte par terre son père, qu'il ne connaissait pas. Enfin, l'ayant reconnu , il se jette à ses pieds , et , re\ enu de sa '| révolte, il en obtient le pardon.
La ville Léonine est prise par Henri , qui fait sacrer ' son faux Clément III. !
Pendant que Guiscard ravage la Thrace, Alexis donne ' beaucoup d'argent à Henri pour l'attaquer; mais Henri s'en sert contre Rome, qu'il prend. Le Pape demeure maître des ponts et des lieux forts, et se retire au château Saint-.\nge , d'où il appelle Guiscard , qui laissant en Grèce son fils Boéraond avec une partie de l'armée , revient avec l'autre, bat Henri, que Guibert avait couronné empereur dans Rome . et le contraint à retourner en .Vlleniagne. Le parti du Pape reprend le dessus en Italie, et remporte des victoires étonnantes.
Le Pape meurt à Salerne (lOSo), et Robert Guiscard à Corfou.
1. Ces entreprises sur la vie da Pape et de la comtesse Matliitde ne soat pas biea prouvées ; ce qui'est certain, c'est que les seigneurs allemands proc^èreiu X l'éleciiùn de Rodolphe . sur l'ordre qu'ils avaient reçu du Pajw de pourvoir au gouvernement , attendu l'excommunication et la déposition qu'il , avait prononcée contre l'empereur Henri. |
Saint Bruno, natif de Cologne, et chanoine de Reims, fonde l'ordre des Chartreux dans le désert de Chartreuse, qui lui est donné par saint Hugues, é^êque de Grenoble.
Didier, abbé de Mont'Cassin, est fait Pape malgré lui, et prend le nom de Victor III. Guibert se conserve quelque partie de Rome, où il demeure.
Henri est battu en Allemagne par le parti du Pape, à qui une grande victoire ne coûte que trois hommes.
Le saint pape Victor remporte en .\frique une \ ictoire signalée sur les Sarrasins, et, devenu malade, il va mourir dans son monastère.
Guillaume le Conquérant meurt , après avoir donné les lois des Normands à r.A.ngleterre. Son fils Guillaume le Roux règne en sa place.
Le cardinal Othon, moine de Cluni, évêque d'Ostie, est élu Pape à Terracine lOSS, de l'avis du pape Victor, et prend le nom d'Urbain IL
Bérenger meurt nonagénaire dans la foi catholique; mais en grande crainte pour les maux que son hérésie avait causés à l'Eglise.
Guibert est chassé de Rome (1089), et jure de n'y revenir jamais.
La comtesse Mathilde épouse Velfond, duc de Bavière, pour être puissante contre les ennemis du Saint- Siège, et demeure en perpétuelle virginité.
Ecbert, que les Saxons et le parti du Saint-Siég» avaient fait roi en Allemagne, défait Henri, et prend Lieinard, arche\êque de Brème, auteur du schisme.
Le parti de Henri se relève par la mort d'Ecbert (1090), et l'Italie est de nouveau attaquée. . Guibert revient à Rome ;1091). Henri prend Rlantoue par inlelligence , après onze mois de siège.
Alphonse VI, roi de Gastille, épouse la fille du roi maure de Séville, après qu'elle se fût conxertie. Son beau-père, .sous prétexte de le secourir dans une guerre, se tourne contre lui, et fait périr beaucoup de noblesse chrétienne, mais il est tué dans le combat, .\lphonse, contraint de se retirer auprès de Raimond, duc de Toulouse, triomphe des Sarrasins par son secours, et plus encore par celui de Henri , prince de la maison de France, à qui il donne en reconnaissance sa fille Thérèse, avec une partie du royaume de Galice, prise sur les^NIaures, dont Henri fonde le royaume de Portugal.
Henri , chassé de toutes parts en Italie par la révolte de la Lombardie et de son fils Conrad, se renferme dans un château (1093).
Saint Anselme est fait archevêque de Gantorbéry.
Urbain reprend le château Saint-Ange , et retourne à Rome.
Grands troubles en France, au sujet de Bertrade (1094), que le roi Philippe avait enlevée à Foulcon, comte d'.\njou, et qu'il avait épousée en répudiant Berthe sa femme Le roi méprise un concile et les anathèmesdu Pape. Des évêques flatteurs ne lui manquent pas.
Urbain II vient en France , où il assemble à Clermont un concile de treize archevêques et de plus de deux cents évêques (1095). Le roi est excommunié. On traite dans le concile de la délivrance des Lieux saints. Pierre l'Ermite apporte au concile des lettres du patriarche de Jérusalem. .Alexis Comnène écrit aussi, et fait de grandes promesses. La guerre sainte est résolue , et Pierre est nommé légat (1096).
Le roi Philippe, pénitent, reçoit l'absolution. Le Pape retourne à Rome (1097;.
La guerre sainte commence sous la conduite de Gauthier et de Pierre l'Ermite, méchants capitaines. Godefroi de Bouillon vend son duché, et se croise. L'armée chrétienne s'augmente jusqu'au nombre de trois cent mille hommes.
Les Latins passent l'HelIespont malgré Alexis Comnène qu'ils repoussent.
Godefroi de Bouillon est fait général, et marche à la tête de cent mille chevaux et soixante mille hommes de
SUITE DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE
pied, soldats ou pèlerins. Soliman, sultan des Turcs, est battu; Nicco, i)rise sur ce sultan, est rendue, selon le traite, à l'empereur de Constantinople. Soliman est encore défait en Syrie avec trois cent mille chevaux. Antioche, assiégée et prise par intelligence, est donnée à Boémond , dont l'adresse l'avait fait prendre. L'armée chrétienne, réduite à quarante mille hommes, marche à Jérusalem.
L'abbé saint Robert fonde l'ordre de Cîteaux (1099).
Jérusalem est prise de force. Dans l'assaut, Rambo de Creton, gentilhomme picard, est le premier sur la muraille; tons les Sarrasins sont égorgés; Godefroi de Bouillon est fait roi, refuse la couronne d'or, et se rend plus admirable par sa piété que par sa valeur.
Urbain II meurt. Rainier, abbé de Saint-Laurent et de Saint-Etienne, élevé par saint Hugues, abbé de Cluni, est élu, et prend le nom de Pascal II.
Guibert meurt. Henri lui fait nommer trois successeurs l'un après l'autre.
Le Pape réprime les petits tyrans d'Italie.
Il excommunie le roi Philippe, qui avait repris Bertrade.
Guillaume le Roux, roi d'Angleterre , injuste et violent, meurt. Henri 1er, son frère, lui succède.
La mort de Godefroi de Bouillon afflige les chrétiens. Baudouin son frère , comte d'Edesse, est élu, et marche vers Jérusalem avec quatorze cents chevaux ; défait les Sarrasins sur son passage; mais les contestations entre lui et le patriarche latin mettent la division dans le nouveau royaume de Jérusalem.
xn° SIÈCLE.
Hugues , frère de Philippe, se met à la tête d'une seconde croisade (MOI). Guillaume, comte d'Aquitaine, y mène seul soixante mille chevaux et autant d'hommes âe pied. L'armée chrétienne, de trois cent mille hommes, en perd cinquante mille par la trahison d'Alexis; mais les Grecs s'excusent sur les désordres que les Latins faisaient partout. La mort de Hugues, et les pertes de l'armée chrétienne, n'empêchent pas qu'elle n'arrive à Jérusalem. Baudouin, avec ce secours, fait périr un nombre infini de Sarrasins. La flotte de Gènes arrive, et aide les chri'tiens à prendre quelques places maritimes.
La Palestine reçoit un secours de dix mille Anglais, Danois et Flamands (110-5). Le roi de Norwége y mène aussi dix mille hommes, dont la valeur et la piété se font admirer.
Le fils de Henri, nommé Henri comme lui, se soulève contre son père, et refuse de lui obéir jusqu'à ce qu'il se soit lui-même soumis au Pape.
Henri le père traite sa paix , et puis abdique.
Il se sau\e à Cologne, et de là à Liège (1106). Vernier, une de ses créatures, fait un antipape à Rome, qui en est bientôt chassé.
Henri meurt au milieu des prome.sses trompeuses qu'il faisait au Pape pour gagner du temps.
Philippe, roi de France, meurt. Son fils, Louis VI, appelé le Gros , est sacré à Orléans par l'archevêque de Sens, dont l'archevêque de Reims se plaint.
Le nouveau roi , en ap|)uyanl les ecclésiastiques et les peuples contre les seigneurs, affaiblit leur excessive puissance, et commence à relever l'autorité royale.
Henri, firemier roi d'Angleterre, ôto la Normandie à son frère Robert (1107).
Les contestations entre les patriarches de Jérusalem et d'Antioche, mal apaisées parle Pape, troublent les affaires des chrétiens (1108i.
Henri IV, fils de Henri III, est reconnu pour empereur en Italie , et traite avec le Pape avant que d'entrer dans Rome (1110).
Baudouin [irend Béryte et Sidon par le secours des Danois et des Norwégiens (1111).
Henri , reçu à Rome, ne veut plus tenir les traités,
et prétend les investitures, c'est-à-dire le droit de mettre en pos.session les évèques, qui lui est accordé par le Pape et les cardinaux qu'il tient prisonniers.
Il est couronné empereur les portes fermées, par le Pape qui n'ose rien dire. Après être délivré, il vent rétablir les choses, mais il va doucement; sa prudence est ini prouvée par les cardinaux trop zélés, et la division se met dans son parti.
A la faveur des guerres ouvertes entre le Pape et les empereurs, Alexis Comnène espère de se faire couronner empereur à Rome, où il envoie ses ambassadeurs (1112) ; mais l'affaire manque- Le Pape tient un concile à Latran, où le privilège accordé par force à l'empereur est brûlé, et ses fauteurs sont excommuniés. Paschal. retenu, et, selon quelquesuns, trop mou, épargne la personne de l'empereur et diffère de prononcer contre lui (1113). Les Turcs sont repoussés de devant Jérusalem; mais les affaires des chrétiens déchoient par les désordres de la vie de Baudouin, et la lâche connivence du patriarche, qui approuve le mariage incestueux qu'il contracta, sa femme vivante.
Saint Bernard, gentilhomme bourguignon, né à Fontaine, auprès de Dijon, âgé de vingt-deux ans, entre dans Citeaux, et devient le modèle des religieux.
Grisolas, archevêque de Milan, est envoyé par le Pape à Constantinople, où il soutient que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils (1116). Nicolas, évoque de Métnne , Blemmide et le moine Jean disputent contre lui.
Le pape Paschal reconnaît son erreur dans le concile de Latran , casse le privilège, condamne sous peine d'anathème les investitures données et reçues; mais il ne peut se résoudre, quoique pressé par le concile', à excommunier Henri.
Henri IV, feignant de vouloir traiter amiablement avec le Pape, l'attire à Bénévent, et fait cependant installer, dans l'église de Saint-Pierre, Bourdin, évéque de Prague (1117).
L'institution de l'ordre hospitalier de Saint-Jean-de- Jérusalem , à présent de Malte , commence. L'hôpital est dédié à saint Jean-Baptiste.
L'ordre des Templiers, ainsi appelés parce que Baudouin leur donne une partie de son palais près du temple, est établi , et fait sentir l'unité de cette institution en tenant les chemins libres (1118).
Baudoui'n donne, sur la fin de sa \ie, de grandes marques de pénitence. Un autre Baudouin, son allié, vaillant et pieux, lui succède. Eudes, comte de Boulogne, frère du défunt, élu par quelques-uns, aime mieux céder que de brouiller.
Mort d'Alexis Comnène qui avait combattu les hérétiques ; mais sa haine extrême contre les Latins donne lieu au schisme fomenté par son fils Calo Joannès qui lui succède.
Paschal meurt à Rome, et^Gélase II, moine du Mont- Cassin , lui est substitué malgré lui. Maltraité avec les cardinaux par Sextius Frangipany, il est promptement secouru; mais l'empereur survient, le Pape se sauve à Ostie, poursuivi par les Allemands; un cardinal l'emporte sur ses épaules et le cache. L'antipape Bourdin, appelé Grégoire , est laissé à Rome par Henri. Le Pape se réfugie en France et meurt à Cluni.
Guy, archevêque de Vienne, est élu par le conseil de son prédécesseur, et s'appelle Calixte H. Son élection est reçue à Rome. Il assemble un concile à Reims, où Henri déjà condamné par les Allemands, promet de venir. Le roi Louis assiste au concile, où se trouvent plus de quatre cents évèques. L'empereur y envoie ses ambassadeurs qui no satisfont pas le concile. Il est excommunié.
1. I.c ]i.irli que prit le l\i|in il'i'par^'ner la pnr.-ionne île l'emperctir. lui fui suggi'ri! par Gérard , éM^ipie .rAuiinuiéuie . el il e.sl ilil que l'avis de ce prélat fut reçu avec des applaudissements extraordinaire.^.
DOUZIEME SIÈCLE
Baudouin défait les Turcs , qui ne se relâchent pas pour leur perte (1 120).
Calixte retourne à Rome, et prend l'antipape Bourdin par le secours des Normands.
Saint Norbert fonde l'ordre des Prémontrés.
Adalberl, autrefois chancelier de Henri, et depuis archevêque de Mayence, quitte le parti de l'empereur, et l'oblige de se soumettre au concile (1121).
Premier concile général de Latran, où s'assemblent plus de trois cents é\éques avec le pape Calixte (1122). Il envoie des légats en Allemagne, qui tiennent un concile à Worms, où l'empereur se soumet, et renonce aux investitures , à condition que les élections se feraient en sa présence, et que les élus recevraient de lui les droits temporels qu'on appelait regalia, par le bâton ou sceptre qu'il leur mettrait en main; cela dans tout son royaume et dans tout l'empire , excepté les sujets du Pape.
Baudouin, surpris dans une embuscade des Turcs, est dix -huit mois en prison, et ne se sauve qu'en épuisant les finances du royaume par sa rançon (1123). La (lotte vénitienne survenue prend Tyr, jugée imprenable.
Durant la prison de Baudouin, trois mille Latins défont quarante mille Turcs sans perdre un seul homme (1121). — Calixte II meurt. Honoré II lui succède, homme de basse naissance, mais de grand mérite.
Saint Malachie , fait évèque , rétablit la discipline ecclésiastique en Hibernie.
L'empereur Henri IV veut ruiner Reims , où il avait été excommunié , et marche contre Louis le Gros , qui prend à Saint-Denis l'étendard nommé oriflamme (112.5). Henri est mis en déroute, et, retourné en Allemagne, meurt sans enfants mâles.
Lolhaire, duc de Saxe, est élu à Mayence, et l'empire est mis avec le royaume dans la maison de Saxe.
Pierre le Vénérable, gentilhomme auvergnat, passe de la milice à la vie religieuse qu'il apprend à Cluni , d'où ensuite il est fait abbé.
Saint Bernard s'oppose aux hérétiques (1127). Il agit puissamment auprès du roi de France pour les évêques qui , commençant à se souvenir de leurs charges , se retiraient de la guerre et de la cour.
Les chrétiens sont contraints par le mauvais temps à lever le siège de Damas (1130).
Le Pape meurt. Innocent II est mis à sa place. Roger, comte de Sicile et duc de la Pouille, appuie l'antipape Pierre de Léon , autrefois moine de Cluni , qui prend le nom d'.\naclet.
Innocent vient en France, où saint Bernard soutient sa cause. Il est reconnu par tous les rois.
Baudouin II meurt après avoir fait lever le siège d'Antioclie (1131). Foulques, comte de Tours, du Mans et d'Angers, son gendre, aussi vaillant que lui, mais moins heureux, lui succède.
Louis le Gros fait couronner son fils Louis VII, appelé le Jcime, dont le frère aine, nommé Philippe, venaitde mourir en tombant de cheval.
Innocent passe de Reims à Liège, où Lothaire, roi d'Allemagne, vient au-devant de lui en grand respect, et lui sert d'écuyer.
Innocent repasse en Italie , où Roger faisait la guerre pour son antipape (1 132 .
Lothaire rétablit le Pape à Rome, où il est couronnéempereur dans l'église de Latran. L'antipape tenait Saint-Pierre (1133;.
Le parti d'.\naclet se relève; Innocent est obligé d'aller à Pise.
Il s'y tient un concile, où saint Bernard, par son éloquence et par ses miracles, persuade aux Milanais, qui avaient fait Conrad roi d'Italie^ de se soumettre à Innocent et à Lothaire (1134).
Le môme saint Bernard , le Saint-Sacrement à Ja main, ramène Guillaume, duc d'Aquitaine, à l'obéissance d'Innocent (1 13i)).
Louis le Gros meurt, et Louis le Jeune, son fils, commence à régner (1 136).
Guillaume, duc d'Aquitaine, meurt dans le pèlerinage de Saint-Jacques, et laisse sa fille Eléonore, avec ses pays, au roi de France.
L'empereur, accompagné de son gendre, Henri de Bavière, va en Italie réprimer Roger, qui renouvelle ses violences après leur retraite, sans vouloir écouter saint Bernard, envoyé par Innocent (1137).
Le faux pape meurt dans l'impénitcnce. L'antipape Victor est créé par les cardinaux schismatiques et par Roger (1138); mais il se soumet aussitôt, et Roger persiste dans la rébellion.
L'empereur Lothaire nomme , en mourant, son gendre Henri pour son successeur.
Il est déposé à Ratisbonne, parce qu'il avait été fait sans les électeurs (1139). Conrad son beau-frère est élu roi des Romains, et sacré par un légat à Aix-la-Chapelle.
Second concile de Latran tenu par Innocent II où les fauteurs de l'antipape sont excommuniés, nommément Roger.
Innocent, pris traîtreusement par le fils de Roger, est traité en Pape par le pèie et par le fils , qui lui demandent pardon. Roger obtient du Pape la Sicile comme royaume, avec le duché de la Pouille et la principauté de Capoue , le tout comme fief du Saint-Siège, et commence à vivre religieusement.
Pierre Abeilard (1 1 40), enflé par les sciences humaines et par la philosophie, enseigne beaucoup d'erreurs. Il est confondu par saint Bernard dans le concile de Reims, qui le condamne. Le Pape approuve la sentence; il se soumet, et reçoit l'absolution.
Héloïse, qui l'avait passionnément aimé, et qui, devenue abbesse de Paraclet sans quitter son amour, n'en avait réprimé que les effets les f)lus scandaleux', fait écrire en mourant, sur son tombeau, l'absolution d'Abeilard.
Ceux de Tivoli résistent au Pape, et ravagent le pays romain (1141). Le sénat et le peuple, qui leur déclarent la guerre, sont battus par les habitants de cette petite ville. Elle se soumet pourtant ; mais les Romains ne veulent pas leur pardonner, et veulent les obliger à ruiner leur ville. Le Pape s'y oppose. Les Romains veulent rétablir l'ancienne république, et s'étant divisés en tribus, ils se révoltent.
Foulques, roi de Jérusalem, tombe de cheval et meurt (1142). Son fils Baudouin III, âgé de trois ans, est reconnu roi, et sa mère Mélésente, sage et heureuse, a la régence.
Saint Bernard est regardé comme arbitre dans les différends qui surviennent' entre les Papes et les rois.
Calo Joannès, ou Jean Comnène, meurt des flèches empoisonnées qu'il portait à la chasse (1143). Son fils Manuel épouse la sœur de Conrad, empereur latin.
Le Pape meurt de chagrin des révoltes des Romains (1144). Célestin II lui succède ; il meurt; Lucius II est mis à sa place. Alphonse, roi de Portugal, se rend tributaire du Saint-Siège.
Révolte ouverte des Romains contre le Pape, à qui ils ne veulent payer que les oblations et les décimes. Ils se font un patrice à qui ils donnent toute la puissance séculière.
Le Pape meurt, Bernard, abbé du monastère de Saint- Anatolf ou des Trois-Fontaines, établi auprès de Rome par saint Bernard, est élu et prend le nom d'Eugène III, et se sauve de Rome, de peur que les Romains ne l'obligent à leur accorder des choses injustes.
Les Arméniens se soumettent au Pape.
Les Romains, battus par l'armée du Pape avec leur patrice , se soumettent. Le Pape est reçu à Rome avec applaudissement par le patrice qu'il fait préfet de Rome, et il est pressé par les Romains de ruiner Tivoli.
i. Héloïse s'ctail enfin donnée à Dieu sans réserve (Voyez l'Histoire lit- Uraire de la Fi'ance , loni. xii, pag. fi40 et suiv.).
SUITE DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE
Saint Bernard prêche la croisade demandée par les chrétiens de Syrie 1 146). Conrad , roi des Romains, el Louis VII, roj'de France, se préparent à y aller en personne.
Conrad , trahi par les Grecs , est presque absolument défait par les Turcs. Les Grecs mêlent de la chaux dans la farine qu'ils fournissent pour son armée.
Louis VII prend l'oriflamme à Saint-Denis, et après avoir donné la régence à Suger, abbé de Saint-Denis, il part un peu après Conrad, qui est contraint de se retirer, et est bien reçu à Constanlinople.
Bataille où Louis, presque battu, à la fin remporte la victoire; mais il est défait près de Laodicée, parce q'ue le porte-enseigne, invité par le grand jour, ne s'arrête pas au lieu où il lui était ordonné, et engage l'armée mal à propos. Le roi presque pris, arrive en Pamphylie où il se rétablit et .se rend redoutable à l'ennemi, il arrive à Antioche; et Conrad, après avoir ramassé ses forces, est reçu à Ptolémaîde par le jeune Baudouin.
Les Latins vivent sans ordre, et justifient presque par leurs pilleries les trahisons des Grecs.
Les rois assiègent Damas, où, après quelques bons succès, à la fin ils lèvent le siège, trahis par les Orientaux.
Louis soupçonne la fidélité de la reine Eléonore sa femme, dont le commerce' avec Raymond, prince d'Antioche, allié de cette princesse, luidéplait.
Roger, roi de Sicile , avance peu dans la guerre qu'il fait à Manuel pour venger les Latins.
Gilbert de la Poirée. évêque de Poitiers, enseigne quelque mau\aise doctrine, et se laisse persuader par les raisons de saint Bernard.
Conrad revient sans armée. Louis, pris en passant par les vaisseaux turcs que les Grecs favorisaient , est délivré par la flotte de Roger \ 149 .
Le mauvais succès de la croisade, au lieu de faire craindre les justes jugements de Dieu , fait faire de grands cris contre saint Bernard et son ordre. Ce grand saint et ses religieux les souffrent avec une patience admirable.
Le roi de France , jaloux , rompt son mariage avec Eléonore pour des raisons approuvées au concile de Beaugenci. Elle i-pouse Henri, duc de Normandie, héritier du royaume d'Angleterre , à qui elle porte en dot r.\quitaine,' que Louis lui rend.
Saint Bernard adresse au pape Eugène son disciple, le livre admirable de la Considération (1152), où il reprend les abus de la cour de Rome sans déroger au respect qui est du à l'autorité du Saint-Siège.
Conrad meurt . et n'ayant qu'un fils en bas âge , il laisse l'empire à Fridéric Barberousse, duc de Souabe, fils de son frère.
Eugène meurt (1 133). Anastase TV, chanoine régulier, lui succède. Saint Bernard meurt, et l'odeur de sa sainteté se répand dans tout l'univers.
Le Pape meurt. Adrien IV est mis à sa place f11o4).
Etienne, roi d'.\ngleterre, meurt, et Henri II, fils de Geoffroi Plantagenet , comte d'.\njou , lui succède.
Fridéric, roi des Romains, va à Rome où il est couronné par le Pape à qui il sert décuyer. et lui rend les respects qu'avaient accoutumé ses prédécesseurs.
Guillaume , roi de Sicile , fils de Roger, se rebelle contre le Saint-Siège; mais les révoltes de ses sujets, et l'argent que Manuel envoie au Pape contre lui fait qu'il se soumet. Fridéric empêche la paix par les cardinaux de sa faction.
Baudouin manque de foi aux Sarrasins qui le battent (1156;.
Guillaume, roi de Sicile, assiège le Pape à Bénévent. Il est contraint de se rendre à de dures conditions; mais les malheurs qui arrivent continuellement à Guillaume le font regarder comme un homme puni de Dieu.
Fridéric répudie, injistement sa femme, et prend .\gnè5, fille du duc de Bourgogne. Ce nouveau mariage cause un grand schisme.
L' évêque de Lauden, légat du Pape, est maltraité en Allemagne , où il porte des lettres qu'on y trouve trop hautes "(1 157).
Des lettres plus douces et des légats plus prudents semblent disposer les choses à l'accommodement (1 1.58).
L'empereur'fait une assemblée de jurisconsultes ', qui attribuent des droits immenses à l'autorité impériale. Le docteur Martin se signale dans cette assemblée par ses décisions extravagantes.
La querelle entre le Pape et l'empereur éclate malgré la prudence du Pape qui fait tout pour l'apaiser (1159), et ne prononce rien contre Fridéric. Il meurt et laisse ses parents dans la pauvreté où il les avait trouvés.
Alexandre III lui succède. Quelques cardinaux de la faction de l'empereur lui opposent un antipape nommé Victor.
L'empereur ne peut attirer au parti de l'antipape les rois de France et d'Angleterre 1 160), et fait une guerre malheureuse aux Vénitiens, aux Véronais, et aux Lombards qui lui résistent.
Guillaume, roi de Sicile, amène en France le Pape mal assuré en Italie il 161'.
Il se fait une assemblée à Avignon entre Fridéric et Louis^ pour décider du vrai Pape. Fridéric amène Victor, et se sentant le plus fort, il menace Louis de prison s'il ne représente Alexandre, qui n'était présent que par ses légats. Le roi d'.\ngleterre survient , et l'empereur s'en retourne avec son antipape. Le Pape entre dans la ville entre les deux rois qui lui servent d'écuyers '1162).
Henri II fait archevècjue de Canlorbéry 'Thomas son chancelier, qui lui prédit que la défense des droits de l'Eglise l'engagera dans de grands démêlés aveclui, et est contraint d'accepter l'archevêché.
Baudouin II meurt (1 163). Son frère .Ainauri lui succède.
Le Pape tient à Tours un concile célèbre.
Saint Thomas se brouille avec Henri pour les droits de l'Eglise (1164;. Le principal sujet de ses plaintes était que le roi laissait usurper les biens de l'Eglise aux laïques , et de ce qu'on ne faisait point d'évèque , parce que les revenus étaient portés au trésor royal pendant la vacance.
Saint Thomas se relâche, et puisse repent (1164;. II accuse lui-même sa mollesse devant le roi d'Angleterre, el vient trou\er Alexandre pour se déposer. Il est rétabli par le Pape, qui condamne les constitutions de Henri. Saint Thomas se retire à Pontigriy, abbaye de l'ordre d< Saint-Bernard ou de Citeaux.
Un antipape nommé Paschal est substitué par l'empereur à Victor, qui meurt.
Le Pape est rappelé à Rome.
Pierre Lombard, natif de Xovare, meurt évêque de Paris. Il est connu dans toute l'Eglise par son livre de? Sentences, célèbre par les commentaires des ihéologienscolasliques, qui suivent longtemps sa méthode, en enseignant la théologie'.
Le Pape est reçu à Rome, du sénat et du peuple, comme saint Pierre (1165).
Les archevêques de ^layence et de Saltzbourg s'op-
1. C'est apparemment celle des plos Tameiu docteurs en droit, qn'il lit venir à Roncaille en Italie , l'an 1158, i>our déterminer quels étaient, selon eax , les droits n'-galiens appartenant à l'empereur. La réponse des docteurs est rapportée dans Fleury, tom, xv, pa?. 53.
3. 11 n'y eut iK)int d'assemblée à .\Yi;^'non eutre Fridéric et Louis ; il y eut seulement un projet d'assemblée entre ces deux princes à Saint-Jean-d-.'- Ix^sne , formé par le comte de Champagne. L'histoire de ce projet el des incidents qui le firent manquer est curieuse et intéressante (Voyez Flain,, lom. XV, lajr. 13ii et suiv.).
Dans ie temps qu'on s'assemblait à Saint-Jean-de-l.osne, le pape .Alexandre était à l'abbaye du Bourg-Dieu en Berri. C'est là que le roi d'.Angletorre et le roi de France se virent à Coucy-sur-Loire. C'est là, et non à Avignon . qu'ils reçurent le |iape Alexandre, et lui senireul d'écuyers iFleury, tom. x\ , pag. 1«).
3. Les théologiens scolastiqucs , ont plutôt suivi l'ordre que la méthode de Pierre lombard. Le livre des Sfntfnces n'est à peu près qu'un lis^ de passages des Pères sur chaque question , et les commentaires des scolastiques ne consistent qu'en raisonnements déduits des grands princi|<es de la révélation. (K. B.)
DOUZIEME SIECLE
posent seuls à la réception de l'antipape dans le faux concile de Worms.
Fridéric vient en Italie pour soutenir l'antipape, et assiège Ancône. que les Grecs venaient de prendre.
Manuel offre au Pape des sommes immenses, pourvu qu'il le reconnaisse empereur d'Occident : ce que le Pape ne rejette pas , pour tenir Fridéric en crainte.
A Guillaume, roi de Sicile, nommé le Mauvais, succède son fils, appelé Guillaume le Bon, quoiqu'il ne le fût guère; mais il le fut au Pape, qu'il assista d'argent dans son besoin extrême.
Les Romains perdent une grande bataille contre Raimond , prince de Frescati-Tusculum. secouru des troupes de l'empereur, qui en même temps quitte Ancône pour venir à Rome; mais il est repoussé de devant le château Saint-Ange, et empêché de s'emparer de l'église de Saint-Pierre. Le méchant empereur ordonne qu'on y mette le feu. Pour l'empêcher, la garnison qui la défendait se rend, .^^lesandre est contraint de prendre la fuite. La peste oblige l'empereur à en faire autant. Il se sauve à peine par des chemins inaccessibles , toujours harcelé par les Lombards.
Philippe, appelé Dieu-Donné, naît à Louis, qui n'espérait plus a\oir d'enfants. Son père croit le devoir aux prières, et voit en songe des présages de ses victoires.
Louis soutient saint Thomas contre les persécutions de Henri (1168).
Fridéric. revenu en Italie, est battu et pris devant Milan. Il fait la paix pour se sauver ; il la rompt étant délivré , et se moque des médiateurs ; il est battu de nouveau , et contraint de se retirer en habit de valet.
Alexandrie est bâtie, à l'honneur du Pape, entre trois rivières , par les habitants de Milan , de Crémone et de Plaisance, qui la font servir de rempart contre ceux de Pavie, et contre le marquis de Montferrat, partisans de l'empereur.
Manuel augmente ses offres pour obtenir l'empire d'Occident (1 170;. Le Pape ne les accepte pas.
Une parole emportée du roi Henri contre saint Thomas fait attaquer ce saint arche\êque dans son église, au milieu de son clergé. Il fait ouvrir les portes, et présente la tète aux assassins.
Louis et plusieurs princes se rendent à Rome accusateurs de Henri. La mémoire de saint Thomas est rendue illustre par un nombre infini de miracles éclatants, attestés par tous les historiens du temps et de toutes les nations : il est mis au nombre des martyrs.
Toute la maison de Henri se révolte contre lui, et se retire auprès d'Alexandre , qui condamne leur rébellion.
Henri satisfait le Pape, et fait pénitence publique devant le tombeau de saint Thomas 1174). Tous les troubles s'apaisent au dedans et au dehors du royaume.
Fridéric assiège inutilement Alexandrie sans murailles, et n'échappe que par adresse aux Lombards ^l 173:.
Les Albigeois, race de manichéens (1 176 , selon les auteurs du temps, commencent à enseigner leurs erreurs.
Fridéric perd de nouveau une sanglante bataille contre ceux de Milan; il est cru mort pendant quelques jours, et sa femme prend le deuil.
La paix se fait entre le Pape et l'empereur (1177). C'est en ce temps qu'on rapporte le conte fameux de cet empereur, à qui le Pape tenant le pied sur la gorge tient des propos indignes du vicaire de Jésus-Christ; mais la véritable histoire ne connaît pas cette fable.
Les rois de France et d'Angleterre châtient les Albigeois qui remplissEiicnt la Guienne et le Languedoc
Concile troisième de Latran (1 179), où le Pape assemble trois cents évêques qui condamnent les Albigeois. On attendait les ambassadeurs de l'empereur Manuel pour la réconciliation des deux Eglises; mais l'empereur la révoque.
Louis VU passe en Angleterre, visite le tombeau de
saint Thomas, pour obtenir la santé de son fils Philippe, qu'il fait ensuite sacrer à Reims.
.-Vlphonse, duc de Portugal, après plusieurs victoires sur les Sarrasins, reçoit pour récompense le titre de roi par le Pape, et rend son royaume tributaire du Saint- Siège.
J Le célèbre Saladin , turc , après avoir pris plusieurs places sur les Francs, marche contre Jérusalem ;l 180).
Alexandre III publie la croisade. Philippe et Henri se croisent', plus redoutés de Manuel que Saladin même.
Manuel et Louis VII meurent. Ce dernier est appelé Pieux.
Philippe réprime les Juifs , usuriers insupportables.
LepapeAlexandre meurt ;i 18 Ij.Lucius III lui succède.
Les ?ilaronites-, peuples du mont Liban, convertis du monothélisme par Enneric, patriarche latin d'.\ntioche , se rendent redoutables aux Turcs et demeurent depuis ce temps toujours unis à l'Eglise romaine.
Andronic, tuteur d'Alexis Comnène, fils de Manuel (M 83), défait tous les ennemis de son pupille, et puis se fait empereur en égorgeant cet enfant.
! Andronic, est dépossédé par IsaacAnge, et meurt dans d'extrêmes tourments, en disant toujours kyrie ELEISON ; Seigneur, ayez pitié de nous.
Lucius III a pour successeur Urbain III, archevêque de Milan.
Guillaume . roi de Sicile , prend Dyrrachium et Thessalonique sur les Grecs, et pille les églises, comme polluées par les Grecs. Les Grecs le rendent bientôt aux Siciliens, et la haine entre les Grecs et les Latins devient irréconciliable.
La prise de Jérusalem (1187). que Saladin force après avoir gagné deux batailles, fait mourir de regret le pape Urbain III, à qui Grégoire VIII succède. Il ordonne des jeûnes et des prières : les cardinaux se résolvent d'aller à pied et en mendiant prêcher la croisade par toute la chrétienté, et le Pape charge d'anathèmes les princes qui ne demeureront pas en paix durant sept ans , pour songer au recouvrement de la Terre-Sainte , perdue en punition des crimes des chrétiens.
Il meurt ^1 188;, et Clément III est mis à sa place. Les rois de France et d'Angleterre se croisent avec Philippe, comte de Flandre, et tous leurs seigneurs.
Fridéric se croise aussi, lui et Saladin s'écrivent des lettres menaçantes.
Philippe et Henri, qui étaient en guerre (1189), se voient pour faire la paix avant que d'aller à la Terre- Sainte. Henri la refuse, et Philippe l'y force par les armes.
Henri meurt , et son fils Richard renouvelle la guerre contre Philippe.
Fridéric passe en Orient avec cent cinquante mille hommes , qu'il envoie par mer et par terre.
Guillaume, roi de Sicile, meurt et laisse pour héritière Constance, femme de Henri, fils de Fridéric. Mais le Pape, à qui l'empereur avait fait de nouvelles insultes, établit en Sicile Tancrède , parent du dernier roi.
Philippe et Richard s'accordent, et marchent à la Terre-Sainte (1190;.
I Fridéric , retardé par Isaac Ange , arrive en Thrace. Il souffre des Grecs et les fait souffrir. Il s'ouvre le chemin à Coni par plusieurs victoires, et avec six cents chevaux il en défait quatre cent mille du sultan de Coni. Cette ville est prise par Conrad , duc de Souabe. L'empereur défait encore deux cent mille chevaux, et, comblé de gloire par tant de victoires étonnantes, il se noie en se baignant après le diné dans un fleuve de l'Arménie mineure. Le duc de Souabe prend le commandement de l'armée, et il est tué au siège de Ptolémaîde, nommée Acre en ce temps, ou Saint-Jean d'.\cre.
1. Philippe-.Vngnsle ne se croisa que dix ans après ; ce ne fnl point avec Henri , roi d'Anglelene . ce fui avec Ricliard ; son fils Philippe el Henri promirent, en 1181, d'envoyer un prompl secours à la Terre-Sainle , mais ils ne se crois'èrenl pas. Philippe n'avail alors que quinze ou seize ans.
2. Les auteurs maronites soutiennent qu'ils n'ont jamais été monolhéliles.
SUITE DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE
Henri, fils de Fridéric, s'avance vers Rome, et fait les promesses ordinaires à ses préd('ccsseurs pour obtenir la couronne impériale. Sur ces entrefaites Clément IiT meurt, et Célestin HI , son successeur, couronne Henri, qui làclie de recouvrer le royaume de Sicile ; mais sa femme Constance l'abandonne pour épouser Tancrède, et l'armée de l'empereur périt par la pesle.
Philippe et Richard s'embarquent à Messine. Le premier arrive en Palestine, et le second est jeté par la lempèle dans l'ile de Chypre, d'où il chasse le tyran Isaac.
Ptolémaïde est réduite à l'extrémité par Philippe qui attend Richard pour achever de la forcer. Les deu.x rois se brouillent. F'hilippo quille trop tôt et passe à Rome. Richard se rend redoutable par ses victoires. Les divisions des chrétiens l'obligent à une trêve de trois ans avec Saladin. Il part après avoir donné le royaume de Jérusalem à Henri son neveu , et celui de Chypre à Guy, dont il craignait le crédit dans la Palestine. Battu par la lenipéle, il traverse l'Allemagne, mais déguisé, parce qu'il y avait beaucoup d'ennemis. Léopoid, duc d'Autriche, qui était l'un des principaux, le découvre et l'envoie prisonnier à l'empereur.
Théodore Balsamon (1195), savant canoniste grec et grand ennemi des Latins fleurit.
Henri, à qui le Pape avait fait rendre sa femme Constance, attaque la Sicile. Tancrède et son fils Roger meurt. Henri se rend maître, et crève les yeux à un fils de Tancrède encore enfant.
Richard , retenu en prison par l'empereur, et à ce qu'on tient, à la prière de Philippe, est relâché par l'autorité et les menaces du Pape.
Henri pille la Sicile et en emporte les trésors en Allemagne (1194).
Après la mort de Saladin, la division se met entre ses enfants (119.5) ; mais les chrétiens, encore plus divisés, n'en profilent pas.
Alexis Ange empoisonne Isaac Ange, et se fait empereur à Gonstanlinople.
Henri, sous prétexte d'aller à la Terre-Sainte, vient en Sicile, où il traite cruellement les Normands (1196). Sa femme Constance, sortie des princes de celte nation, prend leur défense, arme, chasse son mari (1197), le renlerme dans une place où il est contraint de se soumettre aux conditions que sa femme lui impose, et meurt inconlinent après. Sa flotte, ariivée à Acre, se retire sur cette nouvelle.
L'ordre teulonique, établi par l'empereur Henri pour être employé contre les infidèles (1198), est confirmé par le Pape, qui, peu après, se sentant mourir, veut se di'poser pour faire élire à sa place le cardinal Jean de Saint-Paul , homme d'un rare mérite. Les électeurs appréhendent la conséquence , et le propre jour de sa mort élisent le cardinal Lolhaire , de la famille Colonne, âgé de trente-sept ans, qui est appelé Innocent III.
Philippe est excommunié à cause qu'il avait répudié sa femme Engelberle, pour épouser Agnès que quelques-uns appellent Marie , et le royaume est mis en interdit.
Il est battu par Richard auprès de Gisors.
Les Vaudois, ou les pauvres de Lyon , hérétiques sortis des Albigeois, s'élèvent sous Pierre Waldo, et se divisent en plusieurs sectes.
Richard meurt pour avoir négligé une légère blessure reçue à un petit château du Limousin , où il croyait trouver un trésor (1199). Son frère, nommé Jean-sans- Terre , parce (|ue son père ne lui avait laissé aucun domaine, se rend maître du royaume ; mais il lui est contesté par son neveu Arlhus , fils de Godefroi , aîné de Jean, que Philippe favorise.
L'empire est contesié entre Philippe de Souabe, Olhon de Saxe, et Fridénc (1200), fils de Henri. Innocent l'adjuge à Othon, qui est reconnu.
Xlir SIECLE.
Philippe reçoit Engelberte et éloigne Agnès, dont les enfants, Philippe et Jeanne (1:201), sont reconnus comme h'gitimes, parce que le second mariage avait élé fait par l'autorité de quelques évoques, l'interdit est levé; mais Engelberte, toujours haïe, n'a que le nom de reine, et Agnès rejetée meurt do chagrin. La croisade, très-bien écrite par Geoffroi de Willehardouin, maréchal de Champagne, commence. Boniface, marquis de Montferrat, et Baudouin, comte de Flandre, en sont les chefs. Henri d'Andole, duc de Venise, à qui l'empereur Manuel avait fait crever les yeux, donne des vaisseaux gratuitement, à condition qu'ils aideraient les Vénitiens à reprendre Zara sur les Hongrois.
Le jeune Alexis, fils d'Isaac Ange, âgé de quinze ans, vient à eux avec des recommandations de Philippe de Souabe. Il leur promet secours dans leurs entreprises, et de faire la réunion des deux Eglises; ce qui leur fait entreprendre de le réiablir.
Jean , roi d'Angleterre, est condamné par la cour des pairs, pour avoir fait mourir son neveu Arthus (1202). Le roi récuse le jugement et remporte de grands avantages sur les Anglais.
Les Tarlares commencent à se faire craindre.
Les croisés, assistés des Vénitiens et du bon duc Henri d'Andole (1203), forcent Constantinople en huit jours. Le tyran Alexis prend la fuite; Isaac, tiré des prisons, et proclamé empereur avec son fils Alexis, promet tout aux croisés.
Philippe prend la Normandie et l'Aquitaine, et mérite le nom de Conquérant, depuis changé en celui d'Auguste'.
Alexis Ducas appelé Murzuple, excite secrètement une sédition contre les croisés, sous prétexte de l'argent qu'ils exigeaient, et conire les empereurs qui, se liant à lui comme à leur parent, l'envoient pour réprimer Nicolas Canabe, que le peuple voulait faire empereur. Pendant que l'empereur meurt soudainement empoisonné, à ce qu'on croit, il met en prison Alexis, en faisant semblant de l'arracher des mains des séditieux , et après avoir pris Canabe, il étrangle lui-même le jeune Alexis. Les Latins assiègent Conslantinople, et la prennent encore de force après un siège de soixanle jours, durant lesquels elle fut battue nuit et jour. Murzuple prend la fuite. Baudouin, comte de Flandre, âgé de trente-deux ans, est fait empereur par les Latins, et Thomas Mauroce, né Vénitien , est élu leur patriarche. Les iles de la mer Egée sont données aux Vénitiens.
Boniface, marquis de Montferrat, outre la Grêle que le jeune Alexis lui avait donnée, reçoit de Baudouin le Péioponèse et la Thcssaiie avec le titre de roi. Les Grecs fugitifs se font des principautés en divers endroits. Théodore Lascaris se fait appeler empereur à Nici'e. Trois Comnènes occupent quelques provinces principales de l'empire Michel se fait prince d'Epire; Davida d'Héraclée, et de Pont en Cap[)adoce; Alexis, son frère, à Trébisondefqui s'étendit depuis sur la Cappadoce, la Paphiagonie, le Pont et la Colchide. Murzuple est livré aux Latins par le tyran Alexis Ange, son gendre et frère d'Isaac. Il est précipité du haut d'une colonne où se voyait gravé en bas- relief un empereur traité de même. Pour le tyran Alexis Ange, qui s'était réfugié chez le sultan de Coni . il est battu et pris piar Théodore Lascaris, qui l'enferme à Nicée dans un monastère où il meurt.
Calo Joannès, couronné roi des Bulgares et des Valaipies par le li'gat (120-3;, fait une guerre cruelle aux Latms, qui espéraient de lui du secours.
Les livres d'Aristolc, apportés de Constantinople à Paris, y sont brûlés, à la poursuite de l'Lniversi'té , comme favorisant les hérétiques.
i . Selon VAH de vérifier les dates, le nom d'Auj^uste lui fui donuc ij;irce qu'il était né au mois d'août.
TREIZIÈME SIÈCLE
Calo Joannès avec ses Valaques attaque les Latins de\ant Andi-inople. Ils résistent; mais Baudouin est pris dans une embuscade, et l'armée latine quitte le siège en désordre. Le duc d'Andole meurt, et on ne sait ce que devient Baudouin.
Amauri , roi de Chypre et de Jérusalem , meurt à Acre. Son fils, du même nom, ne lui sur\it guère, et sa fille Marie est donnée par le roi Philippe à Jacques, comte de Brienne, avec le titre de roi de Jérusalem.
Henri, frère do Baudouin, élu empereur (120()), chasse les Yalaques et les Scythes qui attaquaient Andrinople.
Saint Domini(iue se rend illustre par sa piété et par sa doctrine , et jette les fondements de son ordre.
Saint François d'Assise renouce aux biens de son père en présence de son évèque, et se réjouit de pouvoir appeler Dieu son père plus librement.
Un traite de paix entre les deux empereurs, Philip[)e et Othon ('1207). Philippe est assassiné; Othon IV demeure empereur (I208>.
Il est couronné à Rome par le Pape (1209), à qui il rend les honneurs ordinaires.
Il prend quelques vdles en Sicile sur Fridéric.
La croisade est publiée et exécutée contre les Albigeois, qui perdent leurs principales villes. Le duc de Bouigogne en est le chef. Simon, comte de IMontfort, qui s'était déjà signalé dans la croisade d'Orient, y augmente sa gloire.
Olhon , souvent averti de ses crimes par le Pape , est excommunié et déposé (1210).
Fridi'ric II, roi de Sicile, est élu.
Montfort continue ses conquêtes sur les Albigeois.
Jean, roi d'Angleterre (1211), est dépouillé de son royaume par ses sujets maltraités qui se donnent au roi de France.
Raimond, comte de Toulouse, protecteur des Albigeois, est assiégé dans sa capitale par Simon, comte de Montfort, qui, assiégé lui-même par cent mille hommes, se dégage, et ne laisse au comte que Toulouse et Montauban.
Les Tartares, sujets du roi des Indes, s'emparent de son royaume (I2l2j,et ravagent l'Europe et l'Asie.
Fridéric II fait alliance avec le roi de France. Othon se réfugie auprès de Jean-sans-Terre aussi malheureux que lui.
Les Maures font un effort pour achever la conquête des Espagnes, et joignent à une infanterie innombrable cent quatre-vinoi mille chevaux. Alphonse, roi de Caslille, Pierre, roi d'Aragon, et Sanche, roi de Navarre, secours des rois de Léon et de Portugal , implorent le secours do Dieu , et après avoir reçu le Saint-Sacrement , ils les taillent en pièces sans perdre plus de cent hommes.
Philippe-Auguste reprend sa femme après vingt ans de séftaration. Le roi d'Angleterre tâche d'éviter un grand armement do I-'hilippe en remettant sa couronne au Pape. Philippe tourne d'abord ses armes contre Ferdinand, comte de Flandre, partisan du roi d'Angleterre, et assujétilson comté. Montfort, avec huit cents chevaux, bat le comte de Toulouse, et Pierre, roi d'A'ragon, son allié, qui péril dans cette bataille avec quinze â vingt mille hommes.
Ollion, joint avec le roi d'Angleterre (-1214), Henri , duc de Brabant . et Ferdinand , comte de Flandre, marche contre Philippe-Auguste avec cent mille hommes : il se donne à Bouvines une sanglante bataille, où Phi- Iip|ie, abattu et presque foulé aux pieds, se relè\e, gagne la \ictoire et prend Ferdinand. Othon échappe à peine, et son parti demeure abattu en Allemagne. Notre-Dame de la Victoire est bâtie par le roi , en actions de grâces et pour monument de sa victoire.
Louis, fils de Philippe, marche contre les .Albigeois (12)3). Les .Anglais l'appellent pour le faire roi , et considèrent sa femme Blanche nièce du roi Jean.
Fridéric est couronné à Aix-la-Chapelle.
Le Pape tient un quatrième concile général de Latran, où sept archevêques et trois cent quarante évêques définissent la transsubstantiation, et condamnent les erreurs de l'abbé Joachim. L'ordre de Saint-Dominique y est confirmée.
La naissance de saint Louis, fils de Louis et de Blanche , arrive en ce temps.
Henri, empereur latin d'Orient, grand homme en paix et en guerre, meurt à Thessalonique. Pierre de Gourtenay, comte d'Auxerre, descendu de Louis le Gros, lui succède en épousant sa sœur, et se montre par sa vertu digne d'un empire moins troublé.
Louis, fils de Philippe, passe en Angleterre. Jean meurt : la haine des Anglais s'éteint avec lui. Henri son fils est reconnu. Louis n'échappe qu'à peine et à de dures conditions.
Philippe donne à Montfort le comté de Toulouse, comme confisqué par l'hérésie et la réljellion de Raimond.
Le Pape meurt. Honoré III, de l'ordre des Frères- Prêcheurs, et maitre du sacré palais, lui succède. Il confirme l'ordre de Saint-François.
Pierre, empereur de Constantinople, pris par l'artifice de Théodore Comnène, est tué (12 17".
Henri, roi de Castille, est tué par accident dans son enfance. Sa sœur Bérangère est reconnue reine au préî judice de Blanche qui était l'aînée, et donne le royaume à son fils Ferdinand III. âgé de douze ans.
Damiette est assiégée par les chrétiens (1218), qui prennent la forte tour du milieu du Nil.
Simon, comte de Montfort, est tué d'un coup de pierre devant Toulouse , que Raimond avait reprise. Son fils Amauri lui succède.
Damiette est prise par escalade (1219) ; quatre-vingtdix mille des ennemis y périssent.
Fridéric H, sacré empereur dans l'église de Saint- Pierre par le Pape (1220), se croise contre les Sarrasins. Robert, empereur latin de Constantinople, et Henri, roi d'Angleterre, sont sacrés.
Le légat du Pape marche au Caire malgré Jean , roi de Jérusalem (1221), avec soixante-dix mille hommes qui périssent par le débordement de la rivière Laschée : ce qui fait perdre Damiette aux chrétiens.
La religion, troublée en Bohême par les divisions survenues entre le roi et ré\êque de Prague, fleurit en Danemarck et en Suède , et encore plus en Pologne sous le roi Lescus le Blanc.
Théodore Lascaris , empereur des Grecs , par qui ils ont conservé l'empire, meurt sans enfants (1222) et choisit pour successeur Jean Ducas, appelé Vatace ou Balace , son gendre , qui est couronné par le patriarche Manuel.
Il réprime les frères de ses prédécesseurs qui s'élaienl unis aux Latins, et s'allie avec les Bulgares et les Turcs.
Le traître Théodore occupe, sur l'empereur Pierre, Thessalonique et la Thessalie, avec quelques pays voisins, et se fait sacrer par l'archexêque dos Bulgares.
Fridéric II se rebelle contre le Pape, à l'exemple des rois de Sicile ses prédécesseurs, et pressé par le Pape d'exécuter la croisade qu'il avait jurée, il élude par finesse.
Les deux Raimond, celui de Toulouse et celui de Foix, protecteurs des Albigeois, meurent presque en même temps, et le premier impénitent (1223).
Jean, roi de Jérusalem, vient à Rome avec le patriarche et le grand -maitre du Temple de Saint-Jean. Fridéric est réconcilié par leur moyen avec le Pape, et, parla mort de sa femme Constance, il ('pouse lole Rolande, ou Isabelle, fille de Jean, héritière par sa mère du royaume de Jérusalem.
Phili|)pe-Augusle meurt à Mantes, âgé de cinquantehuit ans, et Te quarante-troisième de son règne. Sa femme Engelberte survit treize ans, qu'elle passe dans les bonnes œuvres.
SUITE DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE
Louis son fils , appelé Gœur-de-Lion , lui succède à li'enlo-six ans.
Il défait en .Vquilaine Savaric (1224), gouverneur pour les Anglais, et prend la Rochelle, par où ils abordaient dans le pays.
Aniauri , fils de Simon do Monlf'orl, lui cède tout ce que son père tenait dans l'Aquitaine et dans la Gaule Narbonnaise a\ec le comté de Toulouse, désespérant de pouvoir les défendre , et il est fait connétable en récompense.
Fridéric, après avoir épousé lolande, fille de .Jean, roi de Jérusalem, contraint son beau-père à renoncer au royaume, et diU'ère pourtant la croisade (1225).
Un Champenois, qui se dit l'empereur Baudouin, convaincu par ses réponses, est confessé et pendu.
La ligue lombarde se renouvelle contre Fridéric (1226). Le duc de Bavière, les rois de Bohème, de Pologne, de Hongrie et de Danemarck se liguent contre lui.
Louis marche contre les Albigeois, et prend Avignon, qui les favorise. La peste se met en son camp. Il ne laisse pas de continuer ses conquêtes ; mais il meurt en retournant de la guerre. Prince vaillant , pieux, chaste et digne d'avoir pour fils saint Louis, qu'il laissa âgé de onze ans sous la régence de Blanche, qu'il nomma en mourant.
La guerre d'Allemagne est bientôt terminée (1227). Fridéric, embarqué pour la guerre sainte, renvoie quarante mille croisés, et re\ientchez lui. On soupçonne qu'il était d'accord a\ec le sultan , qui lui promettait le royaume de Jérusalem. Il est excommunié , et devient par sa retraite la risée des siens et des ennemis.
Le Pape meurt. Grégoire IX , homme saint , lui succède.
La reine Blanche dissipe par sa constance et par sa sagesse, les guerres civiles élevées en France. Pierre de Bretagne, appelé Mauclerc , qui demeure le dernier à la reconnaître, est contraint par la force à obéir et à rendre l'hommage qu'il devait au roi.
Fridéric tâche de chasser Grégoire de Rome (1228) , et envahit les biens de l'Eglise. Le Pape lui oppose son beau-père, dont Fridéric avait fait mourir la (ille, qui le reprenait d'avoir aimé et corrompu sa propre nièce. Fridéric va en Orient avec peu de monde, après avoir laissé en Sicile Renaud , duc de Spolette , pour tourmenter l'Eglise. Les noms de Guelfes et de Gibelins, nés sous Frjdéric Barborousse, pour exprimer le parti du Pape et celui de l'empereur, se renomellent en ce temps avec une telle fureur, que non-seulement les villes, mais encore les familles, étaient divisées.
Le honteux traité de Fridéric avec le sultan le fait soupçonner de s'être entendu avec les infidèles. On lui rend Jérusalem, mais sans murailles, et les Sarrasins retiennent le temple du saint Sépulcre.
Fridéric envoie au sultan les armes qui étaient à Accre , et revient détesté de tout le monde.
Raimond se soumet à toutes les conditions que Louis et Blanche lui ordonnent. L'hérésie albigeoise est détruite.
Robert, empereur de Constantinople, meurt revenant de Rome en Achaïe (1229).
Baudouin II lui succède. On ne sait si c'est son fils ou son frère'. On lui donne i\Iarthe, fille de Jean de Brienne , plutôt que la fille de Gomnène, empereur de Trébisonde, que son père lui offrait. L'administration de l'empire est donnée à Jean qui, de\enu beau-père des empereurs d'Occident et d'Orient, se dit césar et non empereur, quoique digne de tous ces honneurs par sa vertu.
Les empereurs grecs se joignent ensemble par alliance. Celui de Trébisonde donne "sa fille à Théodore, fils de ■Vatace, et ôlo beaucoup de places aux Vénitiens et aux Français. Théodore Ange, dans la Thessalie, est pris par .^san, roi des Bulgares, qui lui crè\ e les yeux. Ange
I C'tlail son frère {.Irt de vérifier les dntes , lom. I, ji. .445).
Michel , frère de Théodore, épouse la fille d'Asan , et ne laisse pas d'être dépossi'dé ])ar son beau-père et son frère.
Le pape Grégoire demande secours à tous les princes contre Krid('ric , pire que les Sarrasins.
Jacques, roi d'Aragon, prend les Baléares sur les Maures , dont le roi se fait chrétien a\ec son fils.
Fridéric fait sa paix avec le Pape (1230), et ne devient pas plus sage ni plus modéré.
Les Sarrasins sont défaits par Alphonse, roi de Léon. Il meurt. Ferdinand, son fils, roi de Castille par sa femme, lui succède.
La sédition arrivée dans l'université de Paris, et les huissiers envoyés par la reine Blanche pour réprimer les écoliers, les obligent à se disperser à Angers, et à Oxfort en Angleterre. L'université, bientôt rétablie, est louée par Grégoire IX.
Il se fait une nouvelle croisade sur ce que le roi de Perse menaçait la Syrie (1231). Fridéric y envoie si peu de monde, qu'il fait juger qu'il ne le faisait que pour sauver les apparences.
Louis de Bavière est tué par un meurtrier du prince des assassins, appelé le Vieux de la Montagne. On crut qu'il avait été sollicité par Fridéric son ami. Ce prince s'était rendu redoulable par les assassins qu'il envoyait de tous cotés, prêt, à tout souffrir et à tout entreprendre, par l'espérance de la vie éternellement heureuse dont ce prince leur faisait croire qu'il leur donnait un avantgoût dans la vie sensuelle et délicieuse dont il les faisait jouir.
Fridéric , toujours en grande amitié avec les Sarrasins, célèbre leur Pâque ' le jour de la Madeleine (1232), en présence de plusieurs évoques et de plusieurs princes.
L'inquisition trop sévère des Dominicains cause des révoltes en Languedoc, et on est obligé de la modérer (1233).
Saint Louis épouse Marguerite, fille du comte de Pro vence , enrichie par l'économie de Ronce, pèlerin de Compostelle , homme inconnu qui , étant depuis injusiement soupçonné, rend ses comptes si nettement, qu'il fait taire l'envie, et se retire aussi pauvre qu'il était venu, sans qu'on sache d'oii il était, ni où il se retira.
Sanche, roi de Navarre meurt. Thibaut, comte de Cham|iagne, son plus proche parent, lui succède.
Henri, fils de Fridéric, soulevé contre lui, est mis en prison , où il est tourmenté cinq ans.
Venceslas, roi de Bohême, successeur d'Olhocarus , prisonnier de Fridéric, le trouve seul, et le menace de mort s'il ne le délivre. Il le fait, et devient son ami. • Saint Louis est |)resque tué par les assassins (1236).
Ferdinand, roi de Castille et de Léon, prend Courdoue et Bintia sur les Maures.
Jean de Brienne meurt (1237). Baudouin II, son gendre, vient demander du secours en Occident.
Grande victoire de Fridéric sur les Lombards. Dix mille périssent dans le combat. Il prend tant de prisonniers, que Crémone n'est pas assez grande pour les contenir. Il les traite inhumainement, et étrangle le gouverneur de ]\Iilan , fils de Jacques, duc ,de Venise.
Jacques, roi d'Aragon, prend Valence avec le secours des Français, et en chasse cinquante mille Sarrasins.
En Pologne, le duc Miecislaus, oppresseur du peuple, est dévoré par les rats 2, qui le poursuivent jusqu'au milieu des eaux.
Constantinople, assiégée par les Grecs, est délivrée par les Vénitiens (1238), qui emportent en récompense la lance, l'éponge et le saint suaire, avec une partie de la croix, reliques précieuses que saint Louis rachète d'eux; et reçoit de Baudouin, roi de Jérusalem, la couronne d'épines qu'il met dans sa sainte Clia|ielle.
1. Pi le fait est vrai , il i^sl lîtonnant que les Papes l'aienl omis dans 1rs re]iroclies qu'ils font à plusieurs reprises ii cet empereur, notamment dans le concile de Lyon , oii le Paj)e le di^'posa de l'empire.
2. Ce genre de mort ne se trouve ni dans \'.\rt de vérifier les dates, ni dans Moréri . à l'article de ce prince , qu'on nomme aussi Miesko , et dont la mort est rapiwrttjo i\ l'an Î202.
TREIZIEME SIECLE
L'enii>ereur ISaudouin II marche à Constantinople avec soixante mille Français; il est bien reçu des Hongrois et des Bulgares, mais ayant pris une ville voisine sur les Grecs , la jalousie d'Asan fait qu'il se joint avec eux.
Thibaut , roi de Navarre, passe en Syrie, où il est réduit à \\ dernière nécessité.
Guillaume III, auvergnat, évèque de Paris, est célèbre par sa piété et par sa doctrine.
L'Angleterre est cruellement agitée de troubles domestiques , et le roi é\ite à peine les mains d'un assassin qui faisait le furieux.
Thibaut et Pierre, comtes de Bretagne, battent les Sarrasins (1239J. On accuse Thibaut d'avoir fui dans ce combat.
Les sultans de Damas et de Babylone se divisent. Les Hospitaliers sont pour le dernier, et les Templiers pour l'autre, axec les seigneurs du royaume.
Thibaut et Pierre se retirent.
Fridéric ôte la Sardaigne au Pape, et fait roi de cette île son fils bâtard Henri , autrement appelé Ence. Il est excommunié. L'empire est offert à saint Louis pour son frère Robert; mais il refuse celte offre.
Les royaumes de Grenade et de Murcie sont érigés par les Maures.
Ferrare est ôtée au Pape par les impériaux (1240), et puis étant recouvrée par les ligués, elle est confiée à Azon , marquis d'Esté, d'où sort cette illustre famille. L'empereur prend par l^amine Faenza en sept mois de siège et dans sa nécessité, fait faire de la monnaie de cuir.
Victoires signalées des Espagnols sur les Maures, quoique ceux-ci fussent vingt contre un.
L'université de Salamanque est fondée par les docteurs de Paris.
Les Tartares se répandent en Pologne, en Hongrie, en Silésie; ils brûlent tout en Pologne (1241) ; Gracovie ne se peut sauver de leurs mains. Le roi Boleslas se retire pour laisser passer la tempête.
Les divisions de Hongrie mettent toutes les villes en proie, excepté Albe-Royale, Strigon et la citadelle Saint- Martin. Les Tartares ne se relire"iit qu'entendant la mort de leur grand khan. Bêla , roi de Hongrie , qui avait irrité les peuples, et qui pour cela se défendait mal, retourne en son royaume devenu un désert par tant de ravages.
La flotte génoise , armée pour la défense du Pape, est battue par les impériaux. Les évêques de France qui allaient dessus au concile convoqué par le Pape sont rendus à saint Louis, que l'empereur n'osait fâcher. Le Pape meurt de regret. Célestin IV, son successeur, meurt le jour de son élection. Fridéric retient les cardinaux, et le siège vaque vingt mois.
Vaudemare, roi de Danemarck, et Haquin, roi de Norwége , qui avaient régné en paix, laissent de grands troubles à leurs successeurs.
Fridéric, excommunié, empêche qu'on n'élise un Pape (1242). Saint Louis aurait fait faire l'élection ; mais la révolte du comte de La Marche, excitée par sa femme ambitieuse, veuve du roi d'Angleterre, et les Anglais joints à eux, l'occupent et empêchent l'effet de son zèle.
Victoire de Taillebourg, où saint Louis signale sa valeur. Les Anglais sont battus. Le comte, sa femme et ses enfants se jettent aux pieds du roi , et perdent une partie de leur pays. Les Anglais battus partout obtiennent une trè\e de cinq ans.
Saint Louis réduit à l'obéissance Raimond, comte de Toulouse, qui réveille le parti des Albigeois , et fait pendre des ecclésiastiques.
Fridéric renvoie les cardinaux (1243) , forcé par saint Louis et l'empereur Baudouin.
Innocent IV, autrefois ami de Fridéric, est élu. La légation honorable qu'il envoie à l'empereur ne fait que l'effaroucher.
B. — T. VIII
Jean, surnommé depuis Bonaventure , entre, à l'âge de trente-deux ans, dans l'ordre de Saint-François, et rétablit l'ordre qui se relâchait.
Blanche empêche que Baudouin ne donne sa fille au sultan de Coni.
Ferdinand , roi de Caslille , réprime les Grenadois.
Les Khorasmins arabes, chassés par les Tartares, et refusés comme trop méchants par les Sarrasins leurs compatriotes, se jettent sur la Palestine et assiègent la sainte cité (1244). Gauthier de Brienne, comte de Joppé, leur prisonnier, est présenté à la ville pour la faire rendre par l'horreur des tourments qu'on lui faisait endurer; mais lui-même les anime et se laisse mettre en pièces par les Barbares.
Jérusalem ne laisse pas d'être livrée aux plus méchants des Sarrasins.
Fridéric fait la pais , et aussitôt après il recommence la guerre.
Saint Louis, malade à Pontoise, se croise.
Concile général , premier de Lyon, où le pape Innocent IV est en personne (124.5). Fridéric, cité, fait semblant de venir ; il se retire ; il est déposé , et le concile finit en trois sessions. Fridéric fait des violences incroyables. Il est battu par ceux de Milan , et son fils bâtard Entius est pris. Henri, landgrave de Hesse et de Thuringe, est élu empereur, et reconnu par peu de monde.
La pais se fait à Cluni entre la France et l'Angleterre. Le Pape et saint Louis s'y trouvent. Charles, frère de saint Louis, comte du Mans et d'Anjou, est fait comte de Provence et épouse Béatrix, fille de Raimond Béranger.
Rodrigue Ximénès, archevêque de Tolède, grand personnage, meurt, allant défendre les droits de son Eglise devant le pape Innocent.
Alexandre de Halès, Anglais, auteur de la scolastique . meurt aussi.
Henri bat Conrad, fils de Fridéric (1246\ et l'eût chassé d'Allemagne sans Olhon, duc de Bavière , qui le secourut.
il meurt après sa victoire (1247). Guillaume, comte de Hollande, âgé de vingt ans, est mis à sa place.
Ence, fils deFridéric, perd Parme. Fridéric lève le siège de Lyon', où il pensait opprimer Innocent. Pour la reprendre, son camp est une nouvelle ville qu'il appelle Victoire. Il y bâtit une basilique dédiée à saint Victor. Il affame ceux de Parme , tourmente les prisonniers à leurs yeus , et les réduit au désespoir.
Saint Louis, allant à la guerre sainte, fait prêcher par tout son royaume qu'il fera justice à tous ceux à qui il aura fait tort sans y penser.
Pendant que Fridéric se divertit à la chasse, ceux de Parme prennent son camp et y pillent jusqu'à sa couronne impériale (1248). Il fuit à Crémone : il revient au siège; les Guelfes reprennent cœur; il est honteusement chassé.
Guillaume, comte de Hollande, prend Aix-la-Chapelle, où, revenant des eaus, il est couronné. Conrad, battu, ne trouve plus de refuge qu'auprès de son [lôre.
Saint Louis s'embarque à Aigues-Mortes. Séville, entourée d'une nouvelle ville, se rend à Ferdinand, roi de Castille, après seize mois de siège. Cent mille habitants de cette ville sont dispersés par toute l'Espagne ou repassent en Afrique.
Saint Louis prend terre à Damiette (1249). Sa valeur fait abandonner le rivage à l'ennemi. La place est brûlée. Pendant qu'on la rélablit, les chrétiens se débauchent.
1. On ne Irouve ni dans Fleury, ni dans r.4r( de vérifier les dates , que Fridéric II ail formé le siège de Lyon ; on sait seulement qu'il avait dessein d'aller en cette ville pour se justifier devant le concile; mais comme il se mettait en chemin, il retourna sur ses pas pour aller à Parme, qui avait quille son parli (Fleury. tom. xvii, pag. 3ti3).
Sa ville de Victoria fut prise, et tout son camp pillé dans une sortie des Parmesans (/(i«m, pag. 8y5).
SUITE DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE
Ence, fils bâtard de Fi-idéric, est battu et pris par ceux de Bologne, qui résolvent do ne le relâcher jamais, et refusent un cercle d'or capable d'entourer leur ville, que son père olfrait pour sa rançon. Il demeure vingttrois ans dans une cage de fer.
L'armée chrétienne est ruinée par la famine et les maladies (1260). Robert, frère de saint Louis, est tué en poursuivant les Sarrasins jusque dans leur camp de Massore. Saint Louis paraît au-dessus de l'iiommo par sa valeur, et, accablé par la multitude, il est pris avec Alphonse, comte de Poitiers, et Charles d'Anjou, ses frères. Damiette, presque abandonnée, n'est sauvée que par la reine, qui y accouche d'un fils nommé Tristan.
Saint Louis, souvent en péril, et toujours maltraité dans sa prison, fait admirer sa vertu. Il traite de la délivrance des Français,- et donne pour lui Damiette.
Après qu'il fût délivré, il demeura dans la Palestine, où il rétablit plusieurs villes et lit des libéralités immenses.
Fridéric, âgé de cinquante-sept ans, meurt, on ne sait oii ni comment' ; homme de grande vigueur, mais incapable de se modérer.
Innocent conhrme Guillaume, roi des Romains, excommunie Conrad, passe de Lyon en Italie (1231); mais il est empêché d'entrer à Rome par les Romains séditieux. Conrad, venu en Italie sur les vaisseaux des Vénitiens , recouvre son Etat , excepté Naples , Capoue et Aquin, qui demeurent dans l'obéissance du Pape.
Rodolphe, comte de Habsbourg, rend honneur au Saint-Sacrement (12.32) : le prêtre qui le portait lui promet une récompense éclatante de sa piété.
Conrad, après huit mois de siège, prend Naples, qu'il pille contre la foi. Eclin ne fait pas de moindres ravages dans la Marche. Les Vénitiens étaient pour Conrad; les Génois s'étaient épuisés de soldats dans la Syrie; les Lombards étaient accablés par Eclin : dans cette nécessité. Innocent donne le royaume à Charles d'Anjou, frère de saint Louis; mais on attend le retour du roi pour l'exécution.
Ferdinand, roi de Castille, meurt après une sainte vie, qui lui mérite rang parmi les saints. Son lils aîné Alphonse, grand astrologue et grand philosophe, fait les supputations dites alpfwnsines.
La reine Blanche meurt en odeur de sainteté (1252); et choisit sa sépulture à Maubuisson, abbaye qu'elle avait fondée.
Innocent apaise à Rome la sédition. Les rois de Castille et de Portugal se soumettent à son jugement pour les Algarves.
La Soibonne est fondée par Robert Sorbon , confesseur do saint Louis.
Thibaut I, roi de Navarre, meurt (12-54). Thibaut, son lils, lui succède sous la régence de Marguerite sa mère.
Conrad fait mourir son frère Henri, âgé de douze ans, roi de Sicile, pour avoir son royaume et ses trésors.
Il est lui-même empoisonné par Mainfroi le Bâtard , son frère.
Innocent est reçu à Naples par Mainfroi , qui se sert ensuite de Sarrasins, que son père avait établis à Lucrèce pour défaire ses armées.
Innocent, docte et saint pontife, meurt et a pour successeur Alexandre IV.
Saint Louis est rappelé de Syrie par la mort de sa mère.
Il est visité par le roi d'Angleterre, qui l'appelle son seigneur, ^oi des rois du monde, et refuse partout la première place; cl par Thibaut II, roi de Navarre.
Les Maures sont chassés d'Aragon, au nombre de
1. n mourut dans la Pouillc, en un Vim aommé FlorenMla. On le trouva
V. ?iÀ''° " " "' ""• *''°» ''■'''« '^^ vériller les dates, le t décembre 1250.
soixante mille, par le roi Jacques, pour s'être révoltés durant une guerre.
L'empereur Jean Ducas (12o.3), homme courageux et prudent, mais débauché, laisse l'empire à Théodore Lascaris Ducas, son fils.
Alexandre, pressé par Mainfroi, donne le royaume de Sicile à Edmond, fils de Henri, roi d'Angleter"re.
Olhoacre, roi de Bohème, pousse ses conquêtes jusqu'à la mer Baltique, et établit partout la foi chrétienne. Les villes du Rhin se liguent durant l'extrême faiblesse des empereurs.
Les 'Vénitiens et les Génois entrent en querelle sur le monastère de Saint-Sabas d'Acre (12-j6). .\lexandre le déclare commun; mais sa sentence n'empêche pas un sanglant combat auprès de Tyr, oii les Vénitiens, victorieux par le secours des Pisans, occupent le monastère et toute la ville. Les Génois, auparavant battus, s'emparent de Tyr. Les Sarrasins profitent de celte division.
Guillaume, roi des Romains, fait la guerre aux Frisions. Los Hollandais, qu'il tourmentait, le voient à cheval enfoncé dans de la glace, et le percent de traits.
Prodigieux enfantement de sa sœur Mathilde', comtesse de Hemberg, qui , à ce qu'on dit, accouche ensemble de trois cent soixante-cinq enfants.
Eclin continue à tourmenter la Marche Tarnisienne, et assiège Mantoue. Il perd Padoue, et s'en venge par la mort de douze mille Padouans. Ses perles le rendent furieux.
On élit deux empereurs au lieu de Guillaume ; Richard Cornouaille, frère du roi d'Angleterre, et Alphonse, roi de Castille.
Le Pape empêche que Conrad ou Conradin , fils de Conrad, ne soit élu (12.57).
La guerre se prépare entre les deux empereurs, Richard est couronné à Aix-la-Chapelle (125sj.
Eclin défait le légat du Pape (1259).
Théodore Lascaris Ducas meurt à Nicée. Jean, son fijs, âgé de six ans, règne sous la tutelle du patriarche A'rsène et de George Musalon, homme de rare mérite. Mais Michel Paléologue le fait tuer par le peuple, qu'il trompe par de fausses prophéties, et se fait donner la régence.
Eclin croit prendre Milan par intelligence; mais il trouve les confédérés en état de lui résister, et il meurt des blessures qu'il reçoit en les enfonçant.
Suint Louis fait la paix avec Henri, roi d'Angleterre, s'assure la Normandie, et rend aux Anglais, à condition de l'hommage, l'Aquitaine, que l'humeur des peuples, trop attachés aux Anglais, ne lui permettait pas de garder en ce temps.
Michel Paléologue renferme son pupille (1260). Arsène se mot dans un monastère.
Les Tartares otent Alep, Damas et d'autres villes aux Sarrasins-. Les chrétiens de Palestine ne s'y fient pas. D'autres Tartares ravagent la Pologne. Boleslas et sa femme sont contraints de se réfugier en Hongrie. Gracovie et Sardomir sont prises.
Mainfroi bal les Florentins, partisans du Pape, et les contraint de lui obéir. La ville est occupée par les Gibelins.
Constantinople, après avoir obéi aux Latins durant cinquante-six ans, est surprise par Alexis César, à qui quelques paysans découvrent le vieux aqueduc par où il entre dans la ville (1261). Baudouin, fort etfrayé, s'enfuit avec le patriarche Pantaléon Juslinien. Michel Paléologue entre dans la ville et y rétablit l'empire.
L'empereur Jean, à (pii il avait fait crever les yeux, le lui dispute. Dissension elfroyable où les plus fadjles se donnaient aux Turcs. Michel demeure le plus fort.
1 . L'Art de vérifier les dates l'appelle Marguerite. Le nombre des enfants dont on la fait accoucher est de 305 . autant c|u'il y a de jours dans l'année. La vérité est que le 20 mars , qui était alors le second jour de l'année , cette princesse accoucha de deux jumeaux , nombre égal à celui des jours de l'.innée commencée. C'est la conjecture apportée dans l'ouvrage cité.
TREIZIÈME SIECLE
Les Grecs accordent aux artisans vénitiens , pisans et génois, de demeurer à Galata ou Péra, et point dans la ville. On leur permet d'avoir des bailes, podestats et consuls pour leur rendre la justice. On leur donne toutes sortes d'immunités pour leurs marchandises. La jalousie des Génois empêche la flotte vénitienne de prendre Constantinople.
Aie.xandre IV meurt de chagrin des victoires des Tartaros, des Gibelins et des Grecs. Urbain IV, Français, élu par son mérite au patriarcat de Jérusalem . est encore élevé à la chaire de saint Pierre, qu'il remplit aussi dignement que son prédécesseur.
Il ôte à Mainfroi laLombardie, le pays de Spolette,' et la Campanie (1262] ; mais l'argent lui manquant pour payer ses troupes , ^Nlainfroi reprend le dessus. Urbain et les cardinaux se retirent à Orviette.
Mainfroi donne Constance, sa tille unique, à Pierre , fils de Jacques, roi d'Aragon. Le Pape s'oppose en vain à ce mariage.
Michel Paléologue , dans la division qu'il trouve chez lui. craint les Latins, et parle de la concorde entre les Eglises ;I263'. Ce désir s'évanouit avec sa crainte.
L'Angleterre, agitée depuis plusieurs années par des divisions continuelles, est menacée d'une guerre civile. Saint Louis, arbitre choisi entre le roi et les seigneurs, prononce en faveur du roi. Les seigneurs persistent dans leurs sentiments et leur rébellion les fait excommunier par le Pape, sans en être émus.
Urbain IV offre le royaume de Sicile à Charles d'Anjou. Il l'accepte, pressé par sa femme Béatrix, qui ne veut pas céder à ses sœurs, qui avaient toutes épousé des rois.
Michel Paléologue, faisant laçuerre à Michel, despote d'Epire, qui prétendait à l'empire, est détourné par une comète (1264). En retournant il est presque pris par le roi des Bulgares, et se sauve par les montagnes. Il marie son fils avec Anne, fille du roi de Hongrie, et tire serment de lui qu'il ne songerait à l'empire qu'après sa mort.
Urbain IV institue la fête du Saint-Sacrement , et choisit saint Thomas, pour faire l'office que l'Eglise chante en ce jour. Ce grand homme mérite le nom de docteur angélique par ses écrits, et principalement par sa Somme.
Les seigneurs d'Angleterre donnent la bataille à leur -roi, qui est battu et pris avec son frère Richard. Edouard, son fils, poursuivant ceux de Londres avec trop de haine, cause la défaite. Lui et son frère Henri se donnent en otage, pour obliger les vainqueurs à mieux traiter leur père.
Urbain IV meurt après une vie glorieuse et sainte.
Guy le Gros, Français, nommé Clément IV, grand jurisconsulte, est élu absent (1263); homme d'uneintégrité admirable, qui n'élève point sa famille, et ne met aucun de ses parents dans les dignités ecclésiastiques.
Charles d'Anjou arrive à Ostie. Proclamé à Rome roi de Sicile, et fait sénateur, il se prépare à la guerre.
Edouard s'échappe de prison. Il se donne'un combat où le chef des rebelles est tué, et Edouard est victorieux.
Charles, sacré avec sa femme, aidée de l'argent de Clément, combat Mainfroi qui est battu et tué dans la bataille de Bénévent (1266:. Sa femme et ses enfants meurent en prison. Bénévent est pris; tout le pavs en deçà le Phare se rend à Charles. Cpnradin . neveu de Mainfroi, prend le titre des deux royaumes.
Le Pape diffère de prononcer entre Alphonse et Richard, qui disputaient l'empire donl'il fait Charles vicaire ;<267).
Conradin approche de Vérone avec Frjdéric, duc d'.Vutriclie, son parent. Les menaces de Clément l'empéchont de passer plus avant. Son armée se débande.
Bendocar, sultan d'Egypte, implacable persécuteur des chrétiens, prend Anlioche durant leurs divisions, et en fait un effroyable carnage (1268). Les religieuses à
l'exemple de leur abbesse, pour éviter d'être violées, se coupent le nez. Les barbares les tuent.
Conradin bat en Toscane la cavalerie de Charles, qui a sa revanche au lac de Fucin, où Charles de Vaillerac, gentilhomme français, se signale, et donne la victoire à son parti : Conradin et Fridéric, déguisés, sont reconnus par une bague, et livrés à Charles.
Saint Louis fait sa Pragmatique , où il maintient les libertés de l'Eglise gallicane contre les entreprises de la cour de Rome.
Clément IV meurt.
Saint Louis se croise avec ses trois enfants (1269). Edouard, fils aîné du roi d'Angleterre, en fait autant. Les .\nglais devaient attaquer les infidèles du côté de la Syrie, et les Français par l'.\friqiie, où le secours et les vivres leur viendraient par la Sicile.
Les Sarrasins de Lucere se rendent, la corde au cou. Charles, prêt à suivre saint Louis, pour éviter les troubles, fait inhumainement couper la tète à Conradin de Souabe et à Fridéric, duc d'Autriche. Conradin déclare en mourant le roi d'Aragon son héritier.
Edouard, en Syrie, défend à peine Ptolémalde (4-270) ; mais il excite les Tartares de Perse contre les Sarrasins.
Les rois de Chypre et de Jérusalem font mal à propos une trêve avec le tyran Bendocar.
Saint Louis prend Carthage et assiège Tunis; la dyssenlerie se met dans l'armée. Le roi même en est attaqué. Il instruit son fils et meurt saintement, comme il avait vécu. Il laisse trois fils : Philippe III, âgé de vingtsix ans, appelé le Hardi, ou Cœur-de-Lion ■ Pierre, comte d'.^lençon, et Robert, d'où sont sortis les Bourbons.
Charles, roi de Sicile, arrive au camp le jour de sa mort.
La maladie continue , et oblige à faire une paix plus utile que glorieuse.
Philippe, roi de France, imite la piété de son père, et gouverne sagement à son exemple (1271). Il réunit le comté de Toulouse par la mort de son oncle Alphonse , et prend le comté de Fois , que l'on voulait empêcher. Le prince de Béarn, qui se joignait à ce dessein, est contraint de lui demander pardon.
Après trente mois de vacance, les cardinaux élisent, par compromis, Thibaut, archidiacre de Liège, le plus digne prélat de l'Eglise, qui était alors à Acre, pour y promouvoir les affaires des chrétiens.
Il est couronné sur la fin de mars, et appelé Grégoire X (1 272) . En partant de Syrie il avait promis, par un beau verset d'un psaume, de n'oublier jamais Jérusalem, pour procurer sa délivrance. Aussitôt après son exaltation , il résolut de tenir un concile , où il invita les Grecs.
Henri, roi d'Angleterre, meurt. Son fils Edouard était à Acre, grièvement blessé par un assassin.
Grégoire X désigne Lyon pour le lieu du concile (1 273), Il tâche de réconcilier, à Florence, les Guelfes et les Gibelins, et, par la résistance qu'il trouve à ses bons desseins, il interdit la ville. Il est visité à Lyon par le roi Philippe.
Richard , qui prétendait à l'empire, étant mort, et le droit d'.\lphonse paraissant douteux, les électeurs s'assemblent à Francfort, et pressés par le Pape, ils élisent Rodolphe, comte d'Habsbourg, chef de la maison d'Autriche. Comme le serment lui est refusé par les électeurs, à cause qu'il n'avait point le sceptre de l'empire, il prend la croix au lieu de sceptre, et la baise ; tout le monde en fait autant, et il reçoit le serment des princes.
Concile général deuxième de Lyon , tenu par Grégoire X en personne, accompagné de quinze cardinaux, de cinq cent soixante évoques, et de quinze cents autres prélats (1274). Saint Thomas, que le Pape y axait appelé, meurt en chemin. Saint Bonaventure, cardinal et ' évèque d'.\lbe, est nommé docteur séraphique , à cause ; de la dévotion ardente qui parait dans ses écrits.
SUITE DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE
Le concile est (Grminë en sLx sessions; l'accord des Eglises s'y l'ait solennellement, et les Grecs reconnaissent le KiLioQUE a\ec les Latins.
A Gonstantinople , l'empereur Michel confirme l'accord dont le patriarche Joseph détourne Ifi peuple, et l'empereur ne peut rien gagner. Il fait patriarche Jean BeCj généreux défenseur de l'union.
Bendocar, sultan d'Egypte, ravage l'Arménie (1275). Boémond, prince d'Antioche, laisse un fils de son nom, dont la tutelle est disputée par l'évoque de Tortose, et Hugues do Lusignan, roi de Chypre.
Les Templiers, les Hospitaliers, les villes d'Acre, de Tyr et de Tripoli, se partagent dans ce démêlé, et achèvent de ruiner les aflaires des chrétiens.
Les Maures remportent deux victoires.
Jeanne, tille de Henri, roi de Navarre, prétendue par les rois d'Aragon et de Castille, fut confiée à Philippe.
Le Pape retourne en Italie. Rodolphe le voit à Lausanne.
Michel Paléologue confirme ce que ses ambassadeurs avaient fait au second concile de Lyon (1276) ; son fils Andronic souscrit ; mais cela se fait moins par piété , que par le besoin qu'ils avaient des Latins contre les Turcs qui axaient occupé la Natolie, et s'étaient rendus maîtres depuis le Pont-Euxin jusqu'à la mer de Lycie.
Le Pape meurt. Pierre de Tarenlaise , dominicain, homme docte, ne tient le siège que cinq mois. Othobon deFiesque, Génois, appelé Adrien V, ne de tient que trente-sept jours. Jean Pierre, Portugais, appelé Jean XX, XXI et XXII , plus docte que politique , est élevé au siège de saint Pierre. Il avait fait en faveur des pauvres, un livre de médecine qui le faisait paraître aussi docte que charitable.
Jacques, roi d'Aragon, appelé le Batailleur, et non moins pieux que vaillant, après avoir gagné trente batailles contre les Maures , meurt de regret de celle que ses lieutenants perdirent.
Pierre IH, son fils, appelé le Grand, exécute le testament de son père, et laisse les Baléares à Jacques, son frère , avec les principautés de Roussillon et de Montpellier. La haine entre les frères n'en est pas moins grande. Alphonse, roi de Castille, laisse régner Sanche, son cadet, au lieu des enfants de son aine.
La Brosse, natif de Tours, barbier de saint Louis et de Philippe, et trop puissant auprès du dernier, avait accusé Marie, femme de Philippe, d'avoir empoisonné Louis, fils aîné de son mari. Les paquets qu'il reçoit du roi de Castille font connaître les intelligences qu'il avait avec l'étranger, et le font pendre.
Bendocar, sultan de Babylone (1277), blessé par les Tartares, et empoisonné par dessus meurt.
La division se met parmi les Arabes; mais l'empereur néglige cette occasion, et songeant à agrandir sa maison, il tourne à d'autres usages l'argent des décimes que le Pape lui avait accordés [)our la guerre sainte.
Jean XXI meurt à Viterbe, accablé de la chute de sa chambre.
Nicolas III, de l'ordre de Saint-François, lui succède.
Rodolphe se fait céder adroitement l'Autriche par Odoacre, roi de Bohême, qui n'avait point d'enfants.
Marie, reine de Jérusalem, cède ses droits à Charles, roi de Sicile.
Il quitte la charge de sénateur, et le vicariat d'Etrurie (1278), de peur d'y être contraint par Nicolas, qui songeait à abaisser Charles, peu favorable à son ambili(m.
Odoacre est e.xcité par sa femme à faire la guerre à Rodolphe pour rentrer dans l'Autriche. Il est tué dans une bataille au grand contentement de Ladislas, roi de Hongrie, souvent battu par ce roi. La Moravie est conquise (lar Rodolphe victorieux, et indignement ravagée.
Le Pape ménage l'accord entre Marguerite, veuve de saint Louis (1279), et Charles, roi de Sicile, pour les comtés de Provence cl de Forcalquier.
Alphonse III, roi de Portugal, meurt, et laisse le royaume à Denis, son fils, aussi vicieux que lui, qui épouse sainte Elisabeth, fille ainée du roi d'Aragon.
Boleslas le Pudique meurt, et laisse vierge sainte Cunégonde, sa femme.
Jean de Prochyte (12S0), dépouillé par Charles, unit Pierre, roi d'Aragon, l'empereur Paléologue, et Nicolas 111 , et trame en Sicile la conjuration contre les Français. La dissolution des Français, trop libres avec les femmes dos Siciliens jaloux , y donne lieu , et leur attire la haine publique.
Nicolas meurt et ternit sa réputation par l'attachement qu'il eut à sa parenté.
Un marchand génois, ignorant, convainc et convertit grand nombre de Juifs à Majorque, et les plus doctes rabbins venus d'Aragon. ,
Les Ursins ennemis de Charles , troublent le conclave; mais Charles prévaut, et fait élire un Français, qui prend le nom de Martini! (1281).
Martin II, rend le vicariat à Charles, puissent par mer et par terre, ce qui oblige Pierre et Paléologue à hâter la conjuration en grand secret.
Les vêpres siciliennes arrivent le jour de Pâques. Les cloches des vêpres servent de signal. Huit mille Français sont tués en deux heures. On ouvre le ventre à deux siciliennes dont les maris étaient Français. Charles reçoit de grands secours de ses pays, et du roi son neveu.
Pierre , roi d'Aragon , conduit en Sicile la flotte destinée contre les Sarrasins. Il trompe Charles par adresse, en lui proposant un duel, et lui fait perdre Messine , seule place qui lui restât.
Sanche, non content d^avoir occupé la Castille au préjudice de ses neveux, en chasse Alphonse, son père. Séville seule reste au malheureux roi qui n'a de secours que du roi de Maroc , son ennemi. ,
Michel Paléologue (1283) meurt dans un combat contre Jean Sébastocrator auprès de Lysimachie. Son fils Andronic lui succède à vingt-trois ans, et commence son règne en cassant l'accord de Lyon. Il persécute les catholiques, prêt à déterrer son père, auteur de l'accord. Jean Bec se retire , et Joseph est rétabli.
Charles attend jusqu'à la nuit au lieu arrêté avec cent cavaliers. Pierre arri\e après, et s'en retourne en poste en Aragon ; sa femme cependant régnait en Sicile.
Sanche, appuyé du Pape et des Sarrasins, se soutient contre son père Alphonse.
Mort de Hugues de Lusignan, roi de Chypre et de Jérusalem. Ses deux fils, Jean et Henri, lui succèdent l'un après l'autre. Les affaires des chrétiens se ruinent en Orient par les divisions et les jalousies.
Acre était tenue tout ensemble par le roi, par le Jégat, par le patriarche de Jérusalem, par les lieutenants de, tous les rois et de tous les princes voisins, par diverses nations, même par les Arméniens et les Tartares, par les chevaliers; chacun avait son canton, chacun sa justice, et la division était partout.
Alphonse, roi de Castille, meurt à Séville, après avoir déclaré ses héritiers Alphonse et Ferdinand, ses petitsfils, l'un après l'autre, et après eux Philippe, comme fils de Blanche; mais Sanche succède par la force , déclare héritière sa fille bâtarde, et puis son fils Ferdinand, et règne sans résistance.
Charles le Boiteux, prince de Salerne, fils de Charles, roi de Sicile, se presse de donner une bataille navale aux Aragonais contre les ordres de son père qui lui donnait avis qu'il l'allait joindre. Il est battu et pris. Charles arrive trois jours après. Son fils, condamné à mort pour venger Conradin, est sauvé, contre son attente, par Constance.
Philippe le Bel, âgé de quinze ans, épouse Jeanne, reine de Navarre, qui en avait treize.
Charles, roi de Sicile, meurt (1285),
Un légat du Pape et Robert, comte d'Artois, sont en-
TREIZIEME SIÈCLE
voyés pour gouverner le royaume avec Marguerite de Hongrie, femme de Cliarles.
Martin IV meurt à Pérouse en réputation de sainteté. Honoré IV lui succède.
Pierre d'Aragon est défait par trois cents chevaux français, et Raoul de Nesle , connétable, qui était allé en petit nombre, afin que l'ennemi n'é\ilàt pas le comiiat. Le roi est blessé à mort dans le combat. Les Français prennent Gironne, et enflés de leurs victoires , ils renvoient trop tôt leur flotte. Chassés de tous les ports par Robert Lauria , ils reviennent par terre. Philippe , malade, vient mourir en Roussillon, toujours pieux et vaillant.
Marguerite, veuve de saint Louis, vraie mère des pauvres, meurt aux Cordelières de Saint-Marcel en odeur de sainteté.
Pierre, roi d'Aragon, marchant contre son frère Jacques, roi~des Baléares, ami des Français, meurt des blessures du dernier combat.
La Bohème, après de grands maux, respire sous le règne de Venceslas qui, après avoir épouse- Judith, fille de l'empereur, est fait électeur, et vit dans la royauté avec toute la modestie et l'austérité d'un religieux.
Henri, roi de Chypre, est couronné roi de Jéi'usalem à Acre, au préjudice de Charles, roi de Sicile.
Rodolphe, invité par Honoré IV, vient recevoir la couronne impériale, et rend la liberté aux villes d'Italie, et leur donne lieu de se former en républiques.
Lcscus , prince de Pologne , et tous les seigneurs du royaume, sont contraints de se réfugier en Hongrie contre la cruelle et iné\itable irruption des Tarlares.
Honoré IV meurt.
Les Français tentent vainement de délivrer Charles le Boiteux. Roger Lauria les bat plusieurs fois par mer, avec Henriquin, Génois, leur amiral, plus habile que courageux, qu'ils lui avaient préféré.
Nicolas IV (1288), cordelier, est fait Pape, et procure la liberté de Charles le Boiteux à de dures conditions.
EIsi ou Melecmeser (1289), Soudan d'Egypte et de Babylone, fait semblant de lever le siège de Tripoli, et revenu tout à coup , il prend dedans sept mille chrétiens, qu'il fait égorger. Le secours du pape Nicolas n'arrive que pour voir la ^ille rasée.
Charles le Boiteux est couronné roi de Sicile, résolu de ne rien tenir de ce qu'il avait accordé par force pour se tirer de prison.
Jacques , frère de Pierre d'Aragon, et son successeur dans le royaume de Sicile , ôte à Charles par intelligence, Catauzane', place importante de Caiabre, qu'il fortifie; mais le comte d'Artois assiège la place, et, attaqué par Lauria, lui fait sentir que la terre ne lui était pas si faxorable que la mer. Il se fait une trêve de deux ans, et la place est rendue à Charles, qui règne avec beaucoup de sagesse et d'équité.
Constantin Porphyrogénèle (1:290), frère de l'empereur Andronic , prince agréable en tout, et non moins vaillant, est calomnié et mis en prison avec Michel son intime ami, l'un des premiers hommes de son siècle. Les Turcs profitent de la prison de ces deux grands capitaines, et la Grèce demeure affaiblie.
Acre, devenue une retraite de scélérats et de voleurs, est assiégée par Melecmeser, avec cent soixante mille chevaux. Trente mille soldats et plus de quarante mille habitants la défendaient courageusement, sous la conduite du grand-maitre des Templiers; mais il fut tué , et la \iile abandonnée par une grande partie de ses habitants, fut prise d'assaut et rasée. Henri, roi de Chypre, se sauve. Les religieuses de Sainte-Claire se délivrent comme avaient fait autrefois leurs sœurs, de la brutalité des vainqueurs, en se coupant le nez, et sont égorgées. Les chrétiens de Sidon, de Béryte et de Tyr se sauvent. La Syrie est perdue sans ressource, et après
1. \,'Art (le vérifier les dates met CantaMro, ainsi qu^ le Dictionnaire géographique de \osQien,
avoir obéi cent quatre-vingt-dix ans aux chrétiens, que leurs crimes rendirent indignes de la posséder.
A la veille d'une grande guerre, il se fait un accord entre les Français et les .\ragonais; mais il demeure sans exécution par la mort d'Alphonse, roi d'Aragon.
Jacques , roi de Sicile , va recueillir la succession du royaume d'Aragon, qui lui vient par cette mort, et laisse son frère Fridéric vice-roi dans la Sicile , qu'il usurpe.
Rodolphe, roi des Romains, meurt à l'âge de soixantetreize ans, après en avoir régné dix-huit, durant lesquels il éleva sa maison et contenta l'Allemagne par son sage gouvernement.
Adolphe, comte de Nassau (1292), est fait roi des Romains au refus de Venceslas, roi de Bohème.
Nicolas IV meurt.
Deux particuliers, l'un Normand et l'autre Anglais, se font la guerre. Insensiblement les deux rois y entrent. Edouard est condamné par la cour des pairs , et privé de l'Aquitaine. Robert de Nesle prend Bordeaux (1293).
Charles s'avance à Pérouse pour tâcher de mettre d'accord les cardinaux assemblés pour élire un Pape.
Il se fait un nouvel accord entre lui et Jacques.
L'.Arménie est troublée par deux frères qui prétendaient le royaume (1294).
Cassan, roi des Tarlares, est fait chrétien par le moyen de sa femme , fille du roi d'Arménie , et fait fortement la guerre aux mahométans.
Après de longues contestations parmi les cardinaux, saint Pierre, fondateur des Célestins, est élevé à la papauté qu'il fuyait, et prend le nom de Célestin Y. Il se juge incapable d'un si grand fardeau. Bénédict , cardinal Cajetan , son principal conseiller, homme de savoir et de mérite, mais ambitieux et arrêté à son sens, le pousse à quitter la papauté ; ce qu'il fait contre l'avis de Charles et tout le iieuple réclamant. Bénédict, qui lui succède , prend le nom de Boniface VIII.
Edouard, trop faible pour Philippe, attire par argent dans son parti l'empereui- Adolphe, qui redemande le royaume d'Arles, et de l'argent d'.Angleterre achète la Thuringe et la Misnie. Le roi Philippe châtie Philippe, comte de Flandre, qui s'attachait aux Anglais contre son devoir.
Alplionse Pérez Gusman défend Tariff contre les Maures, qui prennent son fils, et menacent de l'égorger si le père ne se rend. Alphonse leur jette son épée, retourne à sa femme, et achève son dîner sans être ému. Sa contenance étonne les Maures, qui lèvent le siège.
Boniface, voyant son pontificat révoqué en doute, enferme son prédécesseur, de peur que son nom ne dopne lieu à un schisme, et est bientôt rassuré par sa mort (129.5).
Othon Visconti , archevêque de Milan, meurt après avoir fait créer duc par le peuple, et confirmer par l'empereur, Mathieu , son neveu. Il reçut cette récompense de ses longs travaux et de sa sage administration.
Le Pape, mal content des Siciliens et de Jacques, roi d'.Aragon, qu'il avait fait gonfalonier de l'Eglise, leur oppose Charles de Valois, qu'il voulait faire empereur (1296). Pour exécuter de si gi-ands desseins, il commande d'abord une trêve aux rois de France et d'Anglete-re. Philippe, roi de France, répond qu'il ne connaît point de supérieur dans le temporel , et une grande querelle s'émeut.
Il se fait pourtant une trêve entre les deux rois, pendant laquelle Edouard, roi d'Angleterre, prend Jean, roi d'Ecosse, assujettit le royaume, et emporte la pierre sur laquelle on sacrait les rois.
Les Colonne, Gibelins, sont persécutés par Boniface, avec l'évêque de Gènes qui leur avait donné retraite.
Le Pape publie une croisade contre les Colonne, qui se réfugient en France (1297).
SUITE DE L'HISTUIRE UiNIVERSELLE.
Il canonise saint Louis, ot fait plusieurs sermons à sa louange.
Jean de Prochyte, auteur des vêpres siciliennes, se réconcilie avec les Français et la maison d'Anjou, aussi bien que l'amiral Roger Lauria, qui aussitôt se tourne contre Fridéric.
Edouard , prêt à venir en Flandre pour secourir le comte Guy, que Robert d'Artois venait d'abattre malgré le secours d'Adolphe, n'ose quitter son ile, él.onnë de la déposition d'Adolphe, à la |)lace duquel Albert, duc d'Autriche, est élu empereur.
Albert bat Adol|)he (1 298) , qui est tué dans le combat où il s'était engagé témérairement.
Albert quitte Tempire pour se faire élire de nouveau, et est confirmé par Boniface.
Les Vénitiens, souvent battus par les Génois dans la mer Adriatique et dans l'HelIcspont, font la paix.
La haine entre le Pape et le roi se déclare ouvertement (1299).
Le roi envoie en Flandre Robert, comte d'Artois, qui, contre sa parole, retient en prison le comte et ses enfants.
Edouard délivre le roi d'I-lcosse à la prière de Boniface , à condition qu'il abandonnât pour jamais son royaume; mais la guerre se renouvelle entre l'Ecosse et l'Angleterre, et l'Ecosse est enfin subjuguée.
Lauria gagne une bataille navale sur Fridéric, que les Français battent par terre en même tGm|)S.
Jean iLauria, neveu de Roger, pris par les Aragonais, est exécuté à mort. Son oncle s'en venge sur ses prisonniers, et la guerre devient cruelle.
Charles Martel , fils aîné de Charles , roi de Sicile , appelé en Hongrie contre le roi André, est élu roi en sa place , fait couronner son fils Carobert ou Charles Robert , et soutient de grandes guerres contre André.
Cassan , roi des Tartares chrétiens , entre avec deux cent raille hommes dans la Syrie et la Terre-Sainte pour en chasser les Sarrasins; il bat le Soudan d'Egypte Haman, et défait cent mille hommes à Melecmeser, qui commandait en Syrie (13001. Il est rappelé dans son royaume par la révolte d'un de ses parents, et rend Damas au sultan, à condition de la rendre aux chrétiens qui venaient en Syrie; mais ils vinrent trop lentement, et perdirent l'occasion de la recouvrer.
Olhoman , appelé Osman parles Grecs, à qui la Bithynie étaitéchue dans le partage qui fut fait de la Natolie entre les Turcs, homme bien fait de corps et d'esprit, prend, après un long siège, Pruse, capitale de ce royaume ; et adopté par Aladin ou Asatin , sultan de Coni, il chassa le visir Sahib , qui lui disputait sa succession, et se fit appeler Khan, c'est-à-dire roi, et fonda l'empire des Turcs.
Le jubilé est établi, ou plutôt renouvelé par Boniface. Les rues de Rome ne suffisent pas à recevoir les chrétiens qui y abordaient de tous côtés, et l'ordre fut si bon que les vivres y furent toujours à bon marché.
Xiv" SIÈCLE.
Nicéphore Calixte écrit son histoire (1301).
Charles de Valois, créé par le Pape vicaire de l'empire en Italie, ne peut accorder les Guelfes et les Gibelins dans Florence , qui s'appelaient les noirs et les blancs. Les derniers sont chassés par Charles. Le poète Dante, qui était au nombre des bannis, s'en venge en décriant la maison de France, respectée dès lors par tout l'univers.
Bernard, évêque de Pamiers, envoyé au roi pour l'exciter à la guerre sainte, le menace do déposition , et il est mis par son ordre dans les prisons de l'archevêché de Narbonne, son nK'tropolitain, pour lui faire son procès avec ses comprovinciaux. Le Pape fulmine, le roi empêche qu'on ne transporte de l'argent à Rome : on s'em|)orte de part et d'autre à des excès préjudiciables à l'Eglise.
Les rois André et Charles Martel meurent. Venceslas, roi de Bohème, opposé à Charles Robert par le parti d'André, refuse. Ladislas, son fils, âgé de treize ans, est nommé par quelques-uns que le Pape excommunie (1302).
La société catalanique ou de Remanie, entre les Catalans et les Italiens, principalement les Génois, se forme en ce temps. Ils équipent vingt galères ipii exercent la piraterie jus()u'aux faubourgs de Constantinople. Ils pillent la Macédoine, et, après a\oir tué le comte de Brienne, ils occupent le pays d'.\tliènes, qu'il possédait avec le Péloponèse, où ils s'établissent, tuanl les maris et épousant les femmes.
La boussole est trouvée par Flavius d'Amalphi. Quelques-uns donnent la gloire de cette invention à Jean Goia, de même pays.
L'Ile d'Ischia, appelée Inarirae' par les anciens, est tout embrasée par de soudaines irruptions de feu qui consument les hommes et les animaux. La mer est couverte de pierres , et les cendres sont jetées à deux cents milles.
Charles de Valois attaque la Sicile avec une puissante flotte , et renferme Fridéric dans les places fortes. La maladie se met dans l'armée de France, et la paix se fait.
Les Français perdent la bataille de Courtrai au commencement de juillet, pour s'être témérairement jetés dans les profonds retranchements des Flamands, qui en font un horrible carnage.
Philippe rentre en Flandre avec une nouvelle armée que les pluies arrêtent.
Boniface lui suscite des ennemis de tous côtés, et fait armer les Anglais.
Albert, roi des Romains, soutient les droits de l'empire contre les princes et les prélats qui les usurpaient.
Boniface, pour donner un nouvel ennemi à Philippe, confirme son élection souvent rejetée (1303).
Le cardinal Jean Le Moine , Picard , fait à Philippe , de la part du Pape (Jusieurs propositions, toutes refusées. Le Pape prononce l'anathême contre le roi, et appelle à Rome, sous la même peine, les évoques et les docteurs. Celui qui portait la bulle est mis en prison. Il se fait à Paris une assemblée de prélats et de seigneurs, où Boniface, accusé par un gentilhomme, nommé du Plessis, de la mort de Célestin, son prédécesseur, de simonie, de magie et de toutes sortes de crimes, l'assemblée appelle des décrets de Boniface au concile général et au Saint-Siège , quand il sera rempli d'un Pape légitime. Le Pape se purge à Rome par serment, confirme les sentences , interdit le royaume , défend aux universités d'enseigner, absout les Français du serment de fidélité, et donne la France à Albert, qu'il lâche contre Philippe avec les Anglais et les Flamands. ■
Guillaume Nogarelde Saint-Félix , gentilhomme d'Aquitaine, et du Plessis, vont en Italie pour dénoncer au Pape ce qui axait ("té résolu dans cette assemblée, et, avec un petit nombre de braves gens que Sciara Colonne leur fournit, ils se rendent maîtres d'Anagni où était le Pape. Ils le trouvent re\ètu de ses habits pontificaux. Sciara lui donne un soiilllet avec le gantelet; Nogaret l'enlève jiour le mettre en lieu de sûreté. Il est délivré par le peuple qui le mène à Rome, où il mourut d'une fièvre ardente et l'esprit troublé.
Charles, roi de Sicile, vient au secours du Saint- Siège avec quinze cents chevaux et huit mille hommes de pied. Les cardinaux, sous sa protection, élisent pape Benoît XI , homme d'une singulière modération , qui ne reconnaît sa mère que sous ses habits de paysanne. Philippe lui envoie une ambassade soumise, et reçoit l'absolution.
Cassan meurt (1304), et son successeur abandonne le christianisme.
Le Pape meurt empoisonné. Les cardinaux se par-