‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 329 sur 609 · XV' SIÈCLE · texte numérisé non relu

XV' SIÈCLE

Tamerlan fait de grandes conquêtes en Syrie (1401), bat le sultan d'Egypte , et marche contre Bajazet.

Robert, roi des Romains, appelé par le Pape et les Florentins contre Galéas, est repoussé en Allemagne.

Sigismond est emprisonné dans son royaume. Ladislas appelé vient à Zara pour observer ce qui se passe.

QUINZIÈME SIECLE

Sigismond , délivré, va en Bohême , d'où il ramène une armée et reprend la Hongrie. Ladislas rond Zara ans Vénitiens, fait sa paix avec Sigismond, en recommandant les perfidies des Hongrois à sa justice, et s'en retourne à Naples.

Tamerlan , deux fois plus fort que Bajazet , le bat et le prend auprès d'Ancyre (1402), au même champ de bataille où Pompée avait défait Milhridale.

Bajazel meurt en prison. Ses quatre enfants se font la guerre douze ans durant pour l'empire. Tamerlan prend Smyrne et la détruit. Les Génois do I\'ra qui se soumettent à lui se sauvent, et Constantinoplc avec eux. Le vainciueur s'en retourne content de la gloire qu'il avait acquise , et fait de grandes conquêtes dans les Indes; mais ses enfants dégénèrent.

Les chrétiens ne profitent point de la division des Turcs, et Manuel se sauve à peine.

Les querelles de la maison d'Orléans et de celle de Bourgogne commencent.

Jean Gaiéas, après avoir remporté de grandes victoires, médite de se faire roi d'Italie, et meurt de peste à Bologne dans ce dessein. Il laisse le duchéde Milan à son lils .Jean-Marie, et quelques villes à son autre fils Philippe-Marie, ce qui divise son état et sa maison.

Les chevaliers de Rhodes réduisent Saladin, sultan d'Egypte, à une paix honteuse, et se font rendre toutes les places que le sultan leur avait prises en Syrie et en Egypte.

La guerre se rallume entre Gènes et Venise pendant que le maréchal de Boucicaut , gouverneur de Gènes pour le roi de France, est envoyé pour délivrer Famagouste, que Jean, roi de Chypre, assiégeait.

Benoit XUI fuit de son palais d'Avignon. L'obédience lui est rendue par la France. Il la perd de nouveau par sa rigueur et le refus qu'il fit de confirmer les élections faites pendant la soustra;;tion.

Le royaume d'Angleterre est troublé par la guerre que ceux de la maison de Persi et le comte Duglas font au roi Henri, qu'ils regardent comme usurpateur, et que cette guerre met en péril de perdre la vie.

En ce temps la fameuse histoire de la sirène de Harlem , qui apprend à filer, vit de pain et de lait , adore la croix, mais demeure toujours muette. Tous les auteurs contemporains attestent cette histoire, et disent qu'on l'enterra en terre sainte comme chrétienne.

Phili()pe, duc de Bourgogne , meurt (1404), et sa femme renonce à sa succession à cause de ses dettes. Jean son fils, nommé le Hardi, dont la fille avait épousé le dau[)hin Louis, tous deux fort jeunes, lui succède. La mort de Philippe qui tenait les affaires en état , et l'humeur violente de son fils mettent tout en péril.

Le roi d'Angleterre veut dépouiller les églises. Un autre Thomas, archevêque de Gantorbéry, s'oppose à ses desseins avec toute la vigueur que méritait la cause qu'il soutenait et tout le respect qui est dû à l'autorité royale.

Boniface meurt. Les cardinaux ne peuvent être empêchés de faire une élection. Ils élisent Innocent VIT, homme de mérite.

Ladislas , sous prétexte de garder Rome, y tient une armée, et relève le parti des Gibelins.

Innocent se retire à Viterbe ,l40.jl. Les Romains chassent Ladislas et se mettent en liberté.

Benoit, appelé à Gênes par Boucicaut , bien reçu de l'archevêque; mais ses troupes chassées, veut traiter avec Innocent, qui refuse.

Les Fran(;ais, les Anglais et les Flamands se pillent les uns les autres sans qu'il y ait guerre déclarée.

La frénésie de Charles augmente. Le duc d'Orléans veut être maître et se joint à la reine pour avoir de son côté le dauphin, qu'il enlève de Paris. Le duc de Bourgogne, qui prétend aussi au gouvernement, gagne le peuple, et ramène à Paris le dauphin son gendre. La naine entre les deux maisons devient irréconciliable, et cause des guerres terribles.

B. — T. Vin.

Les troubles d'.\ngleterre continuent sous d'autres chefs. Ceux de Galles, qui, dans la révolte contre Richard lui étaient toujours demeurés fidèles en mémoire du prince de Galles son père, refusent de reconnaître Henri , qui perd contre eux son royaume et sa couronne.

Innocent est reçu à Rome, et excommunie Ladislas qui avait occupé le château Saint-.\nge (1406). Il le rend, et la paix se fait; mais Innocent meurt, et les Français tâchent d'empêcher une nouvelle élection, en promettant d'obtenir de Benoit une cession, et de procurer une élection où les deux collèges concourussent. Les longueurs qui se trouvèrent dans un dessein si salutaire les déterminent à élire Grégoire XII, homme docte, modeste et pieux, sous promesse d'abdiquer si son (Tompétileur en faisait autant.

Les propositions d'accommodement continuent entre les deux Papes, avec dissimulation de part et d'autre (1407), et seulement pour contenter les princes et les peuples par de belles ap[iarences.

Le duc d'Orléans est assassiné dans Paris par ordre du duc de Bourgogne, qui avoue son crime à son oncle le duc de Berri et à son cousin Louis II, duc d'.\njou, roi de Sicile, et s'enfuit par leur conseil.

Il apprend que le peuple n'a pas perdu l'amour qu'il avait pour lui 1408), et revenu de la guerre de Liège avec une armée victorieuse, il défend hautement son crime par la détestable proposition du docteur Jean le Petit, qui soutient devant le dauphin et toute la cour, qu'on pouvait tuer un tyran, et que le duc d'Orléans en était un.

Il se fait, par l'autorité absolue du roi, une paix plâtrée entre les deux maisons.

La soustraction d'obédience se fait par la France aux deux contondants. Les cardinaux de Grc'goire l'abandonnent et viennent à Pise ; Grégoire les excommunie. Il est visité par Ladislas , qui , sous prétexte de le protéger, se rend maître à Rome; mais son orgueil et son imprudence, qui approchait de la folie, lui fait bientôt perdre cette ville.

Benoît prévient par la fuite les ordres que Boucicaut avait de l'arrêter, et se retire en Aragon.

La doctrine de Jean Hus, prêtre, est condamnée à Prague par l'université. Il ne garde plus de mesures. Ses disciples, entre autres Jérôme de Prague, se déclarent hautement. Il se cache dans un village, d'où il répand des écrits furieux qui animent tout le peuple.

Les deux obédiences tiennent un concile général où les deux Papes sont déposés (1409). Pierre Piiilargieou Philarète , Cretois , homme de basse naissance , mais de grand mérite, est élu d'un commun accord, et se fait appeler Alexandre V

Les deux prétendants persistent à retenir la papauté malgré le concile.

Grégoire, qui tenait à Aquilée un concile d'un petit reste des siens, craint le patriarche Antoine, et, laissant son confesseur en habit de Pape, se sauve à Rimini, où la seule autorité de Ladislas empêche qu'il ne soit tout à fait abandonné.

Benoît se retire de Barcelone.

Il est reçu par Martin, qui avait usurpé le royaume d'.iVragon sur ses nièces , filles de Jean , son frère aîné.

Martin d'Aragon , roi de Sicile, par sa femme Blanche, fille et héritière de Fridéric III, après de grandes victoires sur la Sardaigne rebelle , meurt de débauches. Le rovaume est donné à son frère , qui meurt sans enfants un peu après. Blanche , sa femme , gouverne le royaume, en attendant qu'on fût convenu d'un nouveau roi.

Le maréchal de Boucicaut et les Français sont chassés de Gênes. La sage conduite du maréchal ne put empêcher que le désordre des Français et la légèreté des Génois ne produisissent ce mauvais effet.

Alexandre meurt (1410). Il se disait riche évêque,

SUITE DE r/IIISTOIRE UNIVERSELLE.

paiivro cardinal, pape mendiant. Jean XXIII, plus guerrier qu'ecc'li'siasli(|ue, est élu à sa place par le crédit de Louis II, duc d'Anjou, roi de Xaplcs, qui s'approche a\ec une llolte.

Robert, roi des Romains, meurt, et se fait enterrer à Heidelberg, où il a\ail l'onde une université.

Le Pape t;khe de faire élire Sigismond, roi de Hongrie. Josse, marquis de Moravie, tpà lui est pn'l'c-ré, meurt bientôt, et Sigismond est élu, s'étant donné à lui-même son suffrage, comme marquis de Brandebourg. Il dit en riant qu'il se connaissait, et non jias les autres. Son frère Venceslas s'avise alors de contester sa déposition, ce qui fait différer de quatre ans le couronnement de Sigismond.

Après la mort de iMartin , roi d'Aragon , sans en^nts , sa succession est disputée. Trois électeurs choisis, le premier par le royaume d'Aragon, le second par celui de 'Valence, et le troisième par la Catalogne, élisent, en présence de Benoit, Ferdinand, appelé le Juste, fils puiné de Jean I, roi de Gastille, et d'Eléonore d'Aragon. Ce prince prépare la voie à son couronnement par ses victoires, et se fait reconnaître roi de Sicile.

La guerre civile à peine apaisée se rallume, par les querelles des maisons d'Orléans et do Bourgogne.

Jean XXIII est reçu à Rome par le secours de Louis d'Anjou (UII), qu'il soutient aussi contre Ladislas.

Ladislas est battu ; mais Paul Ursin, général des armées du Pape, no le veut pas ruiner pour se rendre toujours nécessaire entre le Pape et Louis. Ladislas prolite du temps, et se relève. Louis, d'une humeur tranquille , ne peut souffrir l'inconstance et les trahisons des Napolitains, et revient en France.

Les bouchers séditieux troublent Paris et favorisent le duc de Bourgogne.

Le pape Jean fait sa paix avec Ladislas (1412), qu'il reconnaît roi de Naples, à condition qu'il abandonne Grégoire , qui se retire à Rimini , chez Charles Malateste son ami.

Jean Hus profite de cette division et de la lâcheté de Venceslas , et déclame contre le Pape et contre l'Eglise. Il est chassé de Prague ; mais ses sectateurs troublent le royaume.

Jean-Marie , fils do Jean Galéas , aussi cruel et aussi impie que son père dans la haine universelle qu'il s'attire, a peine à garder Milan. Il est tué dans l'église par des conjurés qui crient liberté ; mais le peuple n'ose remuer, et Philippe, frère de Jean-Marie, venge sa mort.

Henri IV, roi d'Angleterre, meurt (1413). Son fils Henri V lui succède à l'âge de vingt-six ans.

Les Wiclélistes conjurent contre lui.

Ladislas est introduit dans Rome, et la pille. Le Pape et les cardinaux se sauvent à Bologne, qui appartenait à l'Eglise.

On convient enfin de tenir un concile, dont le Pape et l'empereur choisissent le lieu à Constance.

La Samogitie est convertie à la foi par Ladislas, ou Jagellon , roi de Pologne. La Lithuanie commence aussi à connaître Jésus-Christ.

Durant l'infâme vie de Venceslas, les Wicléfistes et Hussiles remplissent la Bohème. La querelle pour la communion sous les deux espèces s'émeut par les séditieuses prédications de Pierre d'Esdre et do Jacobel.

Ladislas pille toute l'Italie. Un Juif le fait mourir par le poison, avec sa fille, dont ce prince avait abusé. Jeanne II sa sœur, appelée Jeannette, veuve de Guillaume d'Autriche, lui succède, et é|>ouse Jacques, comte de la Marche, de la maison de Bourbon, qui, ingrat envers elle, l'arrête dans une prison avec Sforce son connétable. Ils sont délivrés, et il est lui-même arrêté. Jeanne se donne toute à son amant Caracciole.

Jean XXIII , défait de la crainte qu'il avait de Ladislas. vient à Constance au concile. Sigismond y est couronné roi des Romains par le Pape, et fait son entrée

solennelle à Constance la veille de Noël. Il chanle à la messe l'évangile Exiit iïdictum a C.esare Augusto.

Jean Hus \ient au concile comme triomphant avant que d'avoir la sauvegarde de l'empereur. Il la reçoit et ne laisse pas, au préjudice de la sauvegarde, de semer son hérésie. Il a peur et se sauve dans. un char de paille ; mais il est découxert et mis en prison.

Jean promet la cession par serment, si Grégoire et Benoit en font autant dans la deuxième session ; mais un peu après il se sauve déguisé à Schaffhouse , à quatre milles de Constance, où il demeure en la protection de Fridéric, duc d'Autriche.

Il s'assure la protection du duc de Bourgogne , et écrit contre le concile. L'université de Paris, dont l'autorité était respectée par tout le monde, le condamne. Le concile lui fait son procès , et l'oblige enfin à la cession. Les sujets de Fridéric sont condamnés par Sigismond et absous par le concile du serment de fidélité prêté à leur prince, ce qui donne occasion aux Suisses de se rendre maîtres de son pays, qu'ils refusent de rendre après la paix.

Jérôme de Prague, venu à Constance sur la foi publique, s'enfuit et est repris.

Le concile dépose Jean XXIII, livré à l'empereur par Fridéric. Grégoire cède , le concile envoie une légation pleine de menaces à Benoît.

Jean Hus est condamné et livré au bras séculier. On le fait brûler vif. Ses cendres sont ramassées et honorées par ses disciples.

La détestable doctrine de Jean le Petit est condamnée par le concile sans nommer l'auteur.

Sigismond part pour détourner Ferdinand, appelé le Juste , roi d'Aragon , du dessein de protéger Benoît. Benoit craint, et se retire dans l'île de Paniscole.

Jérôme de Prague se rétracte, s'enfuit, est repris près de la Bohême, et ramené.

Henri V, plus paisible en Angleterre que son père, commence à vouloir profiter de la faiblesse du roi de France et des divisions du royaume. Il fait des propositions insupportables, et aussitôt descend à Ilarlleur avec quinze cents vaisseaux. La peste se met dans son armée. En France on le croit perdu , et on refuse des propositions de paix avantageuses. Il est attaqué près d'Azincourt, sur le chemin de Calais, qu'il tâchait de gagner. Il profite de l'avantage du lieu , et bat les Français Les ducs d'Alençon , de Bar, de Brabant, le comte de Nexers, les deux derniers frères du duc de Bourgogne, le connétable, l'amiral, sont tués. Les ducs d'Orléans et de Bourbon, les comtes de Vendôme et d'Eu, sont pris, avec beaucoup d'autres. Les Anglais perdent aussi le duc d'Yorck , oncle du roi d'Angleterre, et le comte de Sulfolk.

Le dauphin Louis, gendre du duc de Bourgogne, meurt sans être regretté , à cause de son humeur sauvage et particulière.

Durant l'absence de Sigismond, et par la trahison de quelques seigneurs, les Turcs entreprennent sur la Hongrie, et y font trente mille prisonniers. Bajazet , fils de Mahomet, est empêché par la mort d'attaquer Constantinoplc, et transfère le siège de l'empire de Pruse à Andrinople, pour être plus près de l'Europe.

Les Portugais prennent Ceuta en Afrique sur les Maures, qu'ils défont plusieurs fois.

Ferdinand, roi d'Aragon (1 41 G), près de mourir, quitte Benoit. Son lils Alphonse le Magnanime hérite de ses vertus et de son royaume.

Le dauphin Jean meurt pour s'être trop échauffé à la paume. Le dauphin Charles son frère, le dernier des enfants mâles de Charles VI, âgé de quatorze ans, épouse la lillo de Louis, duc d'Anjou, roi de Sicile, ennemi du duc de Bourgogne.

Sigismond vient à Paris où on ne lui laisse faire aucune fonction. Il érige dans un village près de Lyon, le comté de Savoie en duché , parce qu'on ne voulut pas lui per-

QUINZIÈME SIÈCLE

mettre de faire cette fonction à Lyon. Amédée est le pfemier duc.

L'empereur passe en Angleterre pour traiter la pais entre les deux rois; mais il ne peut réussir, les Anglais vainqueurs étaient trop fiers.

Jérôme de Prague est brûlé , après s'être plusieurs fois rétracté, et être retombé dans ses erreurs.

Benoit est déposé dans le concile (1417;. Olhon Colonne , élu le jour de Saint-Martin , prend le nom de ISIarlin V.

Jean s'échappe des mains de ses gardes.

Les Bohémiens, assemblés en corps d'armée au nombre de trente raille, dressent trois cents tables en pleine campagne pour communier sous les deux espèces.

Venceslas. presque tué par ces séditieux, est sauvé par l'un de leurs prêtres, qui leur fait voir que ce prince leur est commode, parce qu'il est bon et lâche.

Les iles Fortunées sont découvertes par un gentilhomme normand, qui tâche vainement de s'en faire roi , et sont soumises à Jean II, roi de Castille, sous les ordres duquel ce gentilhomme, avait entrepris le voyage.

Les Canaries sont découvertes un peu après, et soumises au même prince.

Benoît s'obstine, et profite du mécontentement d'Alphonse V, appelé le Sage et le Magnanime, à qui Martin V avait refusé quelque grâce (1418).

Le concile de Constance finit, après avoir ordonné qu'on tiendrait de temps en temps des conciles généraux, pour réformer l'Eglise en son chef et en ses membres.

La guerre civile s'échauffe en France au milieu de la guerre étrangère. Le comte d'Armagnac défend le parti royal et la maison d'Orléans, contre Jean, duc de Bourgogne, qui entre dans Paris par intelligence, et fait un carnage horrible de ceux qu'on appelait Armagnacs. Le dauphin est sauvé par Tannegui du Châtel, gentilhomme breton.

Le roi est mené en cavalcade pour approuver tout ce que le duc a\ait fait.

Jean, fils de l'empereur Emmanuel (1419), épouse Sophie, sœur du marquis de Monferrat. Son père vivant , le fait couronner empereur, et partage son empire, déjà si faible, entre six enfants.

Bologne se révolte; Antoine Bentivole, chef de la sédition, se rend maitre. Le Pape s'en sauve à peine et vient à Florence. Jeanne II, reine de Xaples, tenait le voisinage de Rome, et Baccio de Pérouse, qui protégeait Jean XXllI , avait occupé presque tout le patrimome ecclésiastique. Il se rend maitre de Rome, d'oii il est chassé par Sforce, connétable de la reine Jeanne, son ennemi. Il se réconcilie avec le Pape par l'entremise dos Florentins, et en lui rendant quelques places il en retient d'autres comme \icaire.

Jeanne se soumet à Martin, et en obtient la couronne, à condition de mettre son mari hors de prison; mais il n'est pas plus tôt délivré qu'il fait la guerre à sa femme, et battu plusieurs fois il revient en France.

Jeanne adopte Louis III, fils de Louis II, duc d'Anjou, et lui donne un nouveau titre sur le rovaume de Naples. Il part pour se mettre en possession du'royaume, et pressant trop la reine de l'en revêtir, il l'oblige à appeler Alphonse V, roi d'Aragon, à son secours. Il vient, et la soutient, contre Louis et contre le Pape, qui le protégeait. Elle l'adopte en reconnaissance de ses services; mais Martin continue sa protection à Louis, et Alphonse, de son côté, protège Benoit, abandonné de tout le monde.

Jean, apostat de l'ordre des Prémontrés, aidé par Jean Zisca, c'est-à-dire Borgne, trouble la Bohême, Venceslas s'en mit dans une colère furieuse , qui lui causa l'apoplexie dont il mourut.

Zisca prend plusieurs villes. Sigismond, successeur de Venceslas , aime mieux , par un faux zèle , marcher

contre les Turcs, que de réduire les rebelles; ainsi il perd la Bohème, et ne sauve point la Hongrie.

Le dauphin, poussé par de mauvais conseillers qui abusaient de son bas âge, fait tuer le duc de Bourgogne à JIontereau-sur-Yonne, oii il était venu sur sa parole.

Philippe, fils du duc, entreprend la vengeance de ce meurtre, et s'accorde avec l'Angleterre.

Jean Zisca bâtit Tabor entre deux rivières , et fait lever le siège de Prague à Sigismond (1420).

Les orébites , auue secte de hussites , à l'exemple de Zisca, bâtissent, sous la conduite de Jean Roraee, une ville qu'ils nomment Oreb et le mont de Sien, D'autres sectes s'élèvent dans la Bohème, qui est troublée par ces fanatiques,

Sigismond fait une croisade contre les hussites, tente cinq fois d'entrer en Bohême; il est cinq fois battu, et quelquefois il se retire sans \oir l'ennemi.

Jean le Borgne, devenu aveuglp, n'en commande pas les armées avec moins de vigueur et de prudence, et prend un enfant pour guide.

Philippe de Bourgogne gagne la reine Isabeau, femme de Charles VI, oblige ce prince faible à déshériter son fils et à donner le royaume au roi d'Angleterre, en lui faisant épouser sa fille Catherine.

Le Pape reprend Bologne , et revient à Rome qu'il trou\e déserte. Il la rétablit, et soufl're beaucoup de Braccio de Pérouse , qui le menaçait de la réduire a ses messes; mais cet homme entreprenant périt tôt après dans un combat.

Sforce , piqué contre Caracciole , galant de la reine Jeanne , rappelle Louis III. Le Pape y consent ; mais Caracciole conseille à Jeanne d'adopter. \lphonse, roi d'Aragon, qui faisait la guerre en Corse contre les Génois, à qui il ôta cette ile, et les affaiblit tellement, qu'ils furent tôt après contraints de se soumettre à Philippe, duc de Milan.

L'ile de ^ladère, fameuse par son vin et son sucre, est découverte sous Jean, roi de Portugal, grand astronome.

Les hussites tiennent un synode à Prague, où ils se divisent (1421), les uns tenant toutes les erreurs de Jean Hus, et les autres se renfermant dans la seule nécessité de la coupe.

Le dauphin Charles prend la qualité de régent, fait un connétable de France, et remporte en Anjou un avantage considérable sur les Anglais.

La mer engloutit soixante gros bourgs entre Dordrecht et le mont Sainte-Gertrude. Dordrecht est en péril.

Amurat II. sultan des Turcs, assiège Constantinople en vain (1422); mais les Grecs sentent leur ruine.

Jagellon, ou Ladislas, roi de Pologne, et Vitonde, duc de Lilhuanie, ([uoique ennemis de Sigismond, refusent des hussites le royaume de Bohème.

Henri V, roi d'Angleterre, meurt au château de Vincennes à la fleur de son âge, et laisse son fils Henri VI âgé d'un an. Charles VI meurt un peu après, âgé de cinquante-deux ans, la quarante -troisième de son règne.

Charles VII , âgé de vingt ans , est couronné à Poitiers, parce que Reims était tenu par les Anglais , avec toutes les provinces de deçà la Loire.

Concile de Pavie, en exécution des décrets de Constance. La peste le fait transférer à Pise (1423). Il est rompu par le Pape, parce qu'.\lphonse, irrité contre Martin, qui protégeait contre lui Louis III, y voulait renouveler les prétentions de Benoit.

Jeanne abdique Alphonse qui la méprisait, et adopte de nouveau Louis III. Alphonse se retire en Aragon, et prend en passant ]\Iarseille, qu'il pille.

Sforce , tombé de cheval dans une rivière , se noie pendant qu'il tâche de faire lever le siège d'Aquila à Braccio (1424). Il laisse deux bâtards, François et Alexandre, dont l'aîné le venge, et tue Braccio, qui fuyait dans un combat.

SUITE DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE

Benoît XIII analhomaliso en mourant ses cardinaux, s'ils ne faisaient un aulro l'apo après sa mort. Ses deux cardinaux l'ont un Clément VIII , chanoine de Barcelonne, (]u'AI|)lionse l'ait couronner, malgré lui, et lui l'ait créer des cardinaux.

Jagellon aide, contre les Bohémiens rebelles, Sigismond, qui assiste au couronnement de sa femme, avec le roi do Suède et le roi do i\or\vègo.

Jean Zisca meurt de peste allant trouver Sigismond, qui lui faisait espérer l'administration, et même le titre du royaume de BohC'me. Il répond à ceux qui lui demandaient en quel lieu il voulait qu'on l'enterrât, qu'on donne son corps aux bêles et aux oiseaux , et qu'on fasse un tambour do sa peau pour épouvanter ses ennemis.

Les hussites taborites se di\isent après sa mort en deux factions, dont l'une, qui retient le nom de taborites, a pour chef Procope, appelé le Grand, et l'autre qui se nomme la faction des orphelins, obéit à Procope, nommé le Petit; les orébites choisissent aussi pour leur chef un prêtre marié : tous trois ennemis; mais unis contre les Allemands; qu'ils appellent les Philistins et les Iduméens, et appellent la Bohème la Palestine et la Terre-Sainte.

Jacques I, roi d'Ecosse, après dix-huit ans de prison en Angleterre, est délivré par une grosse rançon, et rétablit les affaires d'Ecosse.

L'empereur Manuel meurt (1423). Son fds Jean Paléologue est contraint par Amurat de ruiner une forteresse que son père avait bâtie a\ec grand soin, à la tète du Péioponèse.

Charles le Noble, roi do Navarre, meurt. Blanche, sa fille, et son héritière, épouse Jean, frère d'Alphonse, roi d'Aragon, qui est couronné avec elle à Pampelune.

Jean, roi de Chypre, est vaincu et pris par le Soudan d'Egypte; toutes les villes sont brûlées, excepté Famagouste, qui est défendue par les Génois, et se sauve par un tribut annuel (1426). Le secours d'Europe vint après la prise du roi, et se retira, de peur que le Soudan ne le tuât, comme il les en menaçait.

Le Pape condamne Alphonse, qui refuse deux légats, et, entre auti-es, Pierre, cardinal de Foix.

Le cardinal Henri, Anglais, légat du Pa|)e, venu en Bohème avec une ai'mée capable de subjuguer tout le royaume, prend la fuite sans voir l'ennemi fi 427).

La Castille est agitée de guerres civiles pendant la jeunesse emportée de Jean II, dont les sujets ne purent souH'rir la faveur d'Alvarez de Lune , neveu de Benoît

L'hiver, fécond en fleurs dans l'Italie, est suivi d'une peste horrible (1 428).

Bologne, rebelle contre le Pape, est interdite.

Sigismond , aussi peu heureux contre les Turcs que contre les Bohémiens, fait passer le Danube à une partie de SCS troupes, et les laisse tailler en pièces par l'ennemi.

Ce prince se reconnaissant peu propre ù la guerre donne le commandement de ses armées a Pipe, ou Philippe, Florentin, qui, en divers combats, tue quarante mille Turcs.

Alplionse, longtemps incertain, cède enfin aux fortes persuasions du cardinal de Foix, et fait cesser en Aragon les restes du schisme.

Le faux Clément VIII se dépose, et prie ses cardinaux d'élire un autre Pape. Ils élisent Othon Colonne, qui était Martin V, et se déposent.

La bataille des Harengs, où sont défaits les Français et les Ecossais leurs alliés, qui allaient au secours d'Orléans assiégée par les Anglais, nnluisit les affaires de Charles VII à la dernière extré'mité. Jeanne d'Arc, nommc'O la Pucelle d'Orh'ans , ])ai-ait, et se dit envoyée de pieu, pour faire lever le siège d'Orléans, conduire le roi à Reims pour y être sacré, et lui annoncer que les Anglais seraient ciuiss(''s du royaume. L'effet justifie ses

promesses; Orléans est secouru par la Pucelle, et le roi est sacré à Reims. Toutes les villes sur le chemin se rendent à lui.

Les hussites, partagés en trois armées, ravagent la Elongrie, la Pologne et l'Autriche. Sigismond, au lieu de les réprimer, s'amuse à semer des querelles entre Jagellon et Vitonde.

L'ordre de la Toison d'or est institué à Bruges (1430), a l'honneur de saint André, par Philippe le Bon, duc de Bourgogne.

La Pucelle d'Orléans est prise dans un combat par les Anglais, qui la font condamner au feu comme magicienne, et pour avoir porté l'habit d'homme.

Thessalonique, vendue aux Vénitiens par les Grecs (1431), qui désespéraient de la garder, est prise par les Turcs, et tous les citoyens égorgés. Les Vénitiens se sauvent dans leurs vaisseaux et battent les Turcs, mais ne les incommodent pas. .Amurat, victorieux, étend ses conquêtes [lar toute la Grèce.

Jean Castriot , roi d'Epire, pour avoir la paix et sa liberté, donne aux Turcs Croie, sa ville capitale, et Georges, son fils, appelé depuis Scanderberg, bien élevé par les Turcs.

Sigismond lève une grande armée contre les hussites, qui ravageaient la Silésie et l'Autriche.

Martin convoque contre eux, et pour la réformation, le concile à Bàle. Il envoie légat en Bohème le cardinal Julien, qu'il destinait pour ])résident du concile.

Il meurt, et Eugène IV, grand de corps et d'esprit, est élevé à la chaire de saint Pierre.

Fridéric, marquis de Brandebourg, marche contre les hussites avec quarante mille chevaux , et tout d'un coup prend la fuite pai' une terreur panique.

Albert, duc d'Autriche, contraint ceux qui étaient en son pays de se soumettre au futur concile et au cardinal Julien.

Le concile est ouvert à Bâle. Le Pape tâche de le dissoudre, et en convoque un à Avignon, où il invite Sigismond, qui va en Italie, et reçoit la couronne de fer à Milan.

Le jeune roi d'Angleterre, âgé de douze aus, est mené à Paris, où il est couronné à Notre-Dame.

Jean, roi de Castille, bat les Maures, et aurait pu prendre Grenade sans Alvarez de Lune, qu'ils avaient gagné.

Le concile donne un sauf-conduit aux Bohémiens (14.'H). Le Pape est obligé de le rcconnaitre, pressé par l'empereur Sigismond, et encore plus vivement par le cardinal Julien. L'empereur s'en déclare le protecteur.

Jean Caracciole, galant de la reine Jeanne, fait grand maréchal, la maltraite ; elle le fait tuer, et ne laisse pas de favoriser le roi d'Aragon, qu'il soutenait.

Les trois partis des hussites comparaissent au concile et y sont oui's (1433). Ils sont renvoyés avec des légats pour accommoder les affaires sur les lieux.

Sigismond vient à Rome, où il rend au Pape les mêmes devoirs que ses prédécesseurs, et y est couronné le jour de la Pentecôte. Il fait François de Gonzague marquis de ISIantoue.

Les légats du concile rapportent quatre articles des hussites, qui sont afnirouvés avec quelque léger changement. La communion sous les deux espèces leur est accordée, à condition de ne pas condamner ceux qui communiaient sous une seule, et de quitter leurs autres erreurs. Les taborites et les orphelins refusent l'accord et assii'gent Pilsen.

Le Pape et le concile commencent à se brouiller; mais Sigismond, qui assiste à la quatorzième session, joint aux autres rois, oblige le Pape à adhérer au concile dont il avait cassé les décrets.

Une paix perpétuelle, entre Sigismond et le Turc, est publiée dans la grande ^église de Bâle.

Les lettres et les légats du Pape sont reçus à Bâle (1434), et le décret de Constance pour la supériorité du

QUINZIÈME SIÈCLE

concile y est publié. Cependant le Pape, chassé par une sédition arrivée à Rome , s'était à peine sauve à Florence. François Sforce soutient le Pape, dont les afifaires se rétablissent par la mort de Nicolas Force-de-Lion ' , auteur de la sédition, qui est tué.

Les ambassadeurs grecs viennent au concile avec les lettres de Jean Paléoîogue, et de Joseph, patriarche.

Le siège de Pilsen levé par le secours du concile. Les taboriteset les orphelins sont tués en grand nombre, et le reste est brûlé dans les lieux où ils s'étaient renfermés.

Sigismond est publié roi de Bohême par les deux partis.

Amédée. premier duc de Savoie, homme vain et d'une extrême mollesse, quitte ses Etats, et se retire à Ripaille, où, sous l'habit d'ermite, il mène une vie magnifique et délicate.

Jagellon meurt à quatre-vingts ans , après en avoir régne qiiaranle-neuf : homme de grand mérite et de grande piété. Son fils Uladislas, encore enfant, lui succède.

Louis III , adopté par Jeanne, meurt à Cosence, de lassitude et de chaud.

Jeanne meurt elle-même (143.b), après avoir nommé par testament René d'Anjou, frère de Louis III, pour liérilier de son royaume, et laissé l'administration à seize seigneurs, en attendant sa venue.

lï était alors prisonnier de guerre entre les mains de Philippe, duc de Bourgogne; mais sa femme Isabelle mène avec elle ses deux fils Louis et Jean , et est reçue comme reine dans tout le royaume. Alphonse était en Sicile, qui songeait à faire \aloirson adoption cassée par tant d'actes. Il prend Capoue par intelligence, et tâche de surprendre Cajette. Il est battu et pris par les Génois avec son frère le roi de Navarre, et plusieurs seigneurs. Ils le mènent à Milan au duc Philippe, dont ils "étaient alors sujets. Alphonse est reçu comme victorieux, et renvoyé après un accord fait entre lui et Philippe, contre les Français.

Les Génois se révoltent sous la conduite de François, Spinola , et tuent leur gouverneur.

Cajette est surprise par Pierre, frère d'Alphonse. Le Pape est presque pris à Florence par la conspiration de ré\êque de Navarre, à qui il pardonne.

Traité d'Arras entre Charles VII et Philippe, duc de Bourgogne, par l'entremise du concile. *

Les Anglais refusent des conditions raisonnables.

Sigismond réforme l'empire.

Albert d'Autriche, son gendre, bat les Turcs. Un simple soldat retire les Hongrois de la fuite, en fendant^ les bataillons ennemis pour regagner les étendards. Il' est fait chevalier, et récompensé en toutes manières par Sigismond.

Dans la session vingt et unième du concile on travaille à la réforme du clergé, et on abolit les annales, ce que le Pape souffre peu volontiers.

Les Grecs, invités par le concile et le Pape, demandent une ville d'Italie où l'empereur et le patriarche pussent s'assembler avec le Pape, qui l'accorde, et on lait un fonds pour les frais du voyage.

Alphonse, roi d'Aragon (1436), exclu de Naples par Eugène, s'unit au concile qui, dans la session vingt-troisième, règle le Pape, surtout à l'égard de ses proches.

Rome, presque prise par Alphonse, roi d'.\ragon, est sauvée par' Jean '\'i tel , ou Vilelleschi, archevêque de Florence, et patriarche d'.\lexandrie.

Assemblée en Moravie , où Rochysana , avec quatre prêtres des hussites, se soumettent au Pape en présence de Sigismond et d'Albert d'Autriche.

Paris se rend à Charles VIL Catherine, sa sœur, veuve de Henri V, meurt après avoir eu deux enfants d'Ouin, son valet, bâtard d'un valet qu'elle épousa, pour légitimer ses enfants; mais le valet fut condamné par les sei-

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