‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 344 sur 609 · LIVRE I. — DES PRINCIPES DE LA SOCIÉTÉ HUMAINE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — DES PRINCIPES DE LA SOCIÉTÉ HUMAINE

le plus beau de tous les exemples esl celui de Jésus-Christ même.

Ile Proposition. Jésus-Christ établit, par sa doctrine et par ses exemples, l'amour que les citoyens doivent avoir pour leur patrie.

Le Fils de Dieu fait homme a non-seulement accompli tous les devoirs qu'exige d'un homme la société humaine , charitable envers tous et sauveur de tous; et ceux d'un bon fils envers ses parents, à qui il était soumis' : mais encore ceux de bon citoyen, se reconnaissant » envoyé aux brebis perdues de la maison d'Israël'. » Il s'est renfermé dans la Judée, « qu'il parcourait tout en faisant du bien, et guérissant tous ceux que le démon tourmentait^. »

On le reconnaissait pour bon citoyen; et c'était une puissante recommandation auprès de lui, que d'aimer la nation judaïque. Les sénateurs du peuple juif, pour l'obliger à rendre « au centurion un serviteur malade qui lui était cher , priaient Jésus avec ardeur, et lui disaient : Il mérite que vous l'assistiez, car il aime notre nation, et nous a bâti une synagogue : et Jésus allait avec eux , et guérit ce serviteur*. »

Quand il songeait aux malheurs qui menaçaient de si près Jérusalem et le peuple juif, il ne pouvait retenir ses larmes. « En approchant de la ville et la regardant, il se mit à pleurer sur elle : Si tu connaissais , dit-il , dans ce temps qui t'est donné pour te repentir, ce qui pourrait t'apporter la paix! mais cela est caché à tes yeux°. » Il dit ces mots entrant dans Jérusalem au milieu des acclamations de tout le peuple.

Ce soin , qui le pressait dans son triomphe , ne le quitte pas dans sa passion. Comme on le menait au supplice, « une grande troupe de peuple et de femmes, qui le suivaient, frappaient leur poitrine et gémissaient ; mais Jésus se tournant à elles leur dit : << Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants, car bientôt vont venir les jours où il sera dit : Heureuses les stériles , heureuses les entrailles qui n'ont point porté de fruit, et les mamelles qui n'ont point nourri d'enfant". » Il ne se plaint pas des maux qu'on lui fait souffrir injustement, mais de ceux qu'un si inique procédé devait attirer à son peuple.

Il n'avait rien oublié pour les prévenir. « Jérusalem, qui tues les prophètes, et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu ramasser tes enfants, comme une poule ramasse ses petits sous ses ailes; et tu n'as pas voulu, et voilà que vos maisons vont bientôt être désolées" ! »

Il fut , et durant sa vie , et à sa mort , exact observateur des lois et des coutumes louables de son pays , même de celles dont il savait qu'il était le plus exempt.

On se plaignit à saint Pierre qu'il ne payait pas le tribut ordinaire du temple, et cet apôtre soutenait qu'en effet il ne devait rien. « Mais Jésus le prévient en lui disant : De qui est-ce que les rois

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