‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 345 sur 609 · Avt., X, 38. — i. Luc. VII, - G. Ibtd.,\\m · texte numérisé non relu

Avt., X, 38. — i. Luc. VII, - G. Ibtd.,\\m

de la terre exigent le tribut : est-ce de leurs enfants ou des étrangers? Pierre répondit : Des étrangers. Jésus lui dit : Les enfants sont donc francs; et toutefois, pour ne causer point de désordre et pour ne les pas scandaliser, allez, et payez pour moi et pour vous'. » Il fait payer un tribut qu'il ne devait pas, comme fils, de peur d'apporter le moindre trouble à l'ordre public.

Aussi , dans le désir qu'avaient les pharisiens de le trouver contraire à la loi , ils ne purent jamais lui reprocher que des choses de néant ou les miracles qu'il faisait le jour du sabbat^ ; comme si le sabbat devait faire cesser les œuvres de Dieu aussi bien que celles des hommes.

« Il était soumis en tout à l'ordre public , faisant rendre à César ce qui était à César, et à Dieu ce qui est à Dieu^ »

Jamais il n'entreprit rien sur l'autorité des magistrats. « Un de la troupe lui dit : Maître, commandez à mon frère qu'il fasse partage avec moi. Homme, lui répondit-il, qui m'a établi pour être votre juge et pour faire vos partages'? »

Au reste , la toute-puissance qu'il avait en main ne l'empêcha pas de se laisser prendre sans résistance. Il reprit saint Pierre qui avait donné un coup d'épée, et rétablit le mal que cet apôtre avait fait°.

Il comparaît devant les pontifes , devant Pilate et devant Hérode, répondant précisément sur Itj fait dont il s'agissait à ceux qui avaient droit de l'interroger. « Le souverain pontife lui dit : Je vous commande de la part de Dieu, de me dire si vous êtes le Christ Fils de Dieu : et il répondit : Je le suis^ Il satisfit Pilate sur sa royauté qui faisait tout son crime , et l'assura en même temps « qu'elle n'était pas de ce monde'. » 11 ne dit mot à Hérode qui n'avait rien à commander dans Jérusalem , à qui aussi on le renvoyait seulement par cérémonie, et qui ne le voulait voir que par pure curiosité , après avoir satisfait à l'interrogatoire légitime. Au surplus, il ne condamna que par son silence la procédure manifestement inique dont on usait contre lui , ?ans se plaindre, sans murmurer, se livrant, comme dit saint Pierre', à celui qui le jugeait injustement. »

Ainsi il fut fidèle et affectionné, jusqu'à la fin, à sa patrie quoique ingrate, et à ses cruels citoyens qui ne songeaient qu'à se rassasier de son sang avec une si aveugle fareur, qu'ils lui préférèrent un séditieux et un meurtrier.

Il savait que sa mort devait être le salut de ses ingrats citoyens , s'ils eussent fait pénitence, c'est pourquoi il pria pour eux en particulier ; jusque sur la croix où ils l'avaient attaché.

Caiphe ayant prononcé qu'il fallait que Jésus mourût, « pour empêcher toute la nation de périr ; » l'évangéliste remarque ° « qu'il ne dit pas cela de lui-même ; mais qu'étant le pontife de cette année , il prophétisa que Jésus devait mourir pour sa nation ; et non-seulement pour sa nation , mais encore pour ramasser en un les enfants de Dieu dispersés. »

Ainsi il versa son sang avec un regard particu-

l. mtih., XVII, 2i, 25, 26.-2. Luc., xiii, 14; Joan., v, 9, 12; ix. 14, 15. — 3. Jl/a(f)i., XXII, 21. — 4. Luc, xii, 13, 14. — 5. Idem., xxni.

50, 51; Joan, xviii, H. — 6. Matth., xxvi. 63, 64; Luc. xxii , 70. — 7. Joan., xviii , 36, 37. — 8. /. Petr., ii, 23. — 9. Joan., xi, 50,

POLITIQUE DE L'ÉCRITURE SAINTE

lier pour sa nation ; et en offrant ce grand sacrifice, qui devait faire l'expiation de tout l'univers, il voulut que l'amour de la patrie y trouvât sa place.

111^ Proposition. Les apôtres et les premiers fidèles ont toujours été de bons citoyens.

Leur maître leur avait inspiré ce sentiment. Il les avait avertis qu'ils seraient persécutés par toute la terre, et leur avait dit en même temps " qu'il les envoyait comme des agneaux au milieu des loups ^ ; » c'est-à-dire qu'ils n'avaient qu'à souffrir sans murmure, et sans résistance.

Pendant que les Juifs persécutaient saint Paul avec une haine implacable, ce grand homme prend Jésus-Christ, qui est la vérité même, et sa conscience à témoin , que , touché d'une extrême et continuelle douleur pour l'aveuglement de ses frères, «il souhaite d'être anathème pour eux. Je vous dis la vérité, je ne mens pas : ma conscience éclairée par le Saint-Esprit m'en rend témoignage ^ etc. »

Dans une famine extrême, il fit une quête pour ceux de sa nation, et apporta lui-même à Jéi'usalem les aumônes qu'il avait ramassées pour eux dans toute la Grèce. « Je suis venu, dit-il *, pour faire des aumônes à ma nation. »

Ni lui ni ses compagnons n'ont jamais excité de sédition, ni assemblé tumultuairement le peuple °.

Contraint par la violence de ses citoyens d'appeler à l'empereur, il assemble les Juifs de Rome, pour leur déclarer « que c'est malgré lui qu'il a été obligé d'appeler à César ; mais qu'au reste il n'a aucune accusation ni aucune plainte à faire contre ceux de sa nation ^ » Il ne les accuse pas ; mais il les plaint et ne parle jamais qu'avec compassion de leur endurcissement. En effet , accusé devant Félix, président de Judée', il se défendit simplement contre les Juifs , sans faire aucun reproche à de si violents persécuteurs.

Durant trois cents ans de persécution impjloyable, les chrétiens ont toujours suivi la même conduite.

Il n'y eut jamais de meilleurs citoyens, ni qui fussent plus utiles à leur pays , ni qui servissent plus volontiers dans les armées , pourvu qu'on ne voulût pas les y obliger à l'idolâtrie. Ecoutons le témoignage de TertuUien. « Vous dites que les chrétiens sont inutiles : nous naviguons avec vous, nous portons les armes avec vous, nous cultivons la terre, nous exerçons la marchandise', » c'est-àdire nous vivons comme les autres dans tout ce qui regarde la société.

L'empire n'avait point de meilleurs soldats : outre qu'ils combattaient vaillamment, ils obtenaient par leurs prières ce qu'ils ne pouvaient faire par les armes. Témoin la pluie obtenue par la légion fulminante, et le miracle attesté par les lettres de Marc-Aurèle.

Il leur était défendu de causer du trouble, de renverser les idoles, de faire aucune violence : les règles de l'Eglise ne leur permettaient que d'attendre le coup en patience.

L'Eglise ne tenait pas pour martyrs ceux qui

i. mm., X, 16. — 2. nom., ix, l, 2, 3. — 3. Act., XXIV, il ; nom., XV, 25, 20. — i. Idem, xxiv, 12, 18, — 5. Ibid., xxvui, 19. — G, IHd., XXIV, 10, etc. — 7. Tert., Apol, a. K.

s'attiraient la mort par quelque violence semblable, et par un faux zèle. Il pouvait y avoir quelquefois des inspirations extraordinaires ; mais ces exemples n'étaient pas suivis, comme étant au-dessus de l'ordre.

Nous voyons même, dans les actes de quelques martyrs, qu'ils faisaient scrupule de maudire les dieux; ils devaient reprendre l'erreur sans aucune parole emportée. Saint Paul et ses compagnons en avaient ainsi usé ; et c'est ce qui faisait dire au secrétaire de la communauté d'Ephèse' : « Messieurs , il ne faut pas ainsi vous émouvoir. Vous avez ici amené ces hommes, qui n'ont commis aucun sacrilège, et qui n'ont point blasphémé votre déesse. » Ils ne faisaient point de scandale, et prêchaient la vérité sans altérer le repos public, autant qu'il était en eux.

Combien soumis et paisibles étaient les chrétiens persécutés , ces paroles de TertuUien l'expliquent admirablement^ : « Outre les ordres publics par lesquels nous sommes poursuivis, comlaien de fois le peuple nous attaque-t-il à coups de pierres, et met-il le feu dans nos maisons , dans la fureur des bacchanales! On n'épargne pas les chrétiens même après leur mort : on les arrache du repos de la sépulture et comme de l'asile de la mort. Et cependant, quelle vengeance recevez-vous de gens si cruellement traités? ne pourrions-nous pas avec peu de flambeaux, mettre le feu dans la ville, si parmi nous il était permis de faire le mal pour le mal! et quand nous voudrions agir en ennemis déclarés, manquerions-nous de troupes et d'armées? Les Maures, ou les Marcomans, et les Parthes mêmes , qui sont renfermés dans leurs limites , se trouveront-ils en plus grand nombre que nous, qui remplissons toute la terre? Il n'y a que peu de temps que nous paraissons dans le monde , et déjà nous remplissons vos villes , vos îles , vos châteaux, vos assemblées, vos camps, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le barreau, la place publique. Nous ne vous laissons que les temples seuls. A quelle guerre ne serions-nous pas disposés, quand nous serions en nombre inégal an vôtre, nous qui endurons résolument la mort, n'était que notre doctrine nous prescrit plutôt d'être tués que de tuer? Nous pourrions même, sans prendre les armes et sans rébellion, vous punir en vous abandonnant; votre solitude et le silence du monde vous ferait horreur, les villes vous paraîtraient mortes ; et vous seriez réduits au milieu de votre empire , à chercher à qui commander. Il vous demeurerait plus d'ennemis que de citoyens , car vous avez maintenant moins d'ennemis, à cause de la multitude prodigieuse des chrétiens. »

« Vous perdez, dit-il encore ^ en nous perdant. Vous avez par notre moyen un nombre infini de gens, je ne dis pas qui prient pour vous, car vous ne le croyez pas , mais dont vous n'avez rien à craindre. »

Il se glorifie avec raison que parmi tant d'attentats contre la personne sacrée des empereurs, il ne s'est jamais trouvé un seul chrétien, malgré l'inhumanité dont on usait sur eux tous. « Et en vérité, dit-il*, nous n'avons garde de rien entreprendre

1. Alt., XIX , 37. — 2. TerluU., .ipol., n. 37.-3. Idem , n. 43. — 4. Ibid., a. 30.

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