‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 355 sur 609 · LIVRE IV. — DE L'AUTORITÉ ROYALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — DE L'AUTORITÉ ROYALE

XV" Phoposition. Le prince doit se garder des paroles rudes et moqueuses.

Nous avons vu que le prince doit tenir ses mains nettes de sang et de violence , mais il doit aussi retenir sa langue , dont les blessures souvent ne sont pas moins dangereuses ; selon cette parole de David : « Leur langue est une épée affilée *. » Et encore : « Ils ont aiguisé leurs langues comme des langues de serpent. Leur morsure est venimeuse et mortelle-. »

La colère du prince, déclarée par ses paroles, cause des meurtres , et vérifie ce que dit le Sage ^ : (( L'indignation du roi annonce la mort. »

Son discours , loin d'être emporté et violent , ne doit pas même être rude. De tels discours aliènent tous les esprits. « Une douce parole abat la colère, un discours rude met en fureur*. »

Surtout un discours moqueur est insupportable en sa bouche. « N'offensez point votre serviteur qui travaille de bonne foi, et qui vous donne sa vie". 11 Et encore : « Ne vous moquez pas de l'affligé, car il y a un Dieu qui voit tout, qui élève, et qui abaisse'. »

Ne vous fiez donc pas à votre puissance et qu'elle ne vous emporte pas à des moqueries insolentes. Il n'y a rien de plus odieux. Que peut-on attendre d'un prince dont on ne reçoit pas même d'honnêtes paroles?

Au contraire, il est de la bonté du prince de réprimer les médisances et les railleries outrageuses. Le moyen en est aisé : un regard sévère suffit. <' Le vent de bise dissipe la pluie ; et un visage triste arrête une langue médisante". »

La médisance n'est jamais plus insolente , que lorsqu'elle a osé paraître devant la face du prince; c'est là par conséquent qu'elle doit être le plus réprimée.

Page 1