LIVRE IV. — DE J;AUT0RITE ROYALE
iiieurlic. Filate leur parla encore, pensant délivrer .Jésus; et ils crièrent de nouveau : Crucifiez-le, crucifiez-le ! Et il leur dit pour la troisième fois : Mais quel mal a-t-il fait"? pour moi , je ne le trouve pas digne de mort; je le chàtirai, et le renverrai. Et ils faisaient des efforts horribles , criant qu'on le crucifiât; et leurs cris s'augmentaient toujours. Enfin Pilate leur accorda leur demande. Il délivra le meurtrier et le séditieux, et abandonna Jésus à leur volonté. »
Pourquoi tant contester pour enfin abandonner la justice? toutes ses excuses le condamnent. « Prçnez-le vous-mêmes, leur dit-il', et jugez-le selon votre loi. » El encore : Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le. Comme si un magistrat était innocent , de laisser faire un crime qu'il peut empêcher !
On lui allègue la raison d'Etal : « Si vous le renvoyez, vous ofTenserez César. Qui se fait roi, est son ennemi-. » Mais il savait bien, et Jésus le lui avait déclaré , que son royaume n'était point de ce monde'. Il craignit les mouvements du peuple , el les menaces qu'ils lui faisaient , de se plaindre de lui à César. Il ne devait craindre que de mal faire.
C'est en vain qu'il « lave ses mains devant tout le peuple , en disant : Je suis innocent du sang de cet homme juste, c'est à vous à y aviser*. » L'Ecclésiastique le condamne : « Ne soyez point juge, si vous ne pouvez enfoncer par force l'iniquité : autrement vous craindrez la face du puissant , et votre justice trébuchera'^. »
Celte faiblesse des juges est déplorée par le Prophète. « Le grand sollicite , el le juge ne peut rien refuser^. »
Que si le prince lui-même, qui est le juge des juges, craint les grands, qu'y aura-t-il de ferme dans l'Etat? Il faut donc que l'autorité soit invincible , et que rien ne puisse forcer le rempart à l'abri duquel le repos public el le salut des particuliers est à couvert.
IX«Propositio.n. La fermeté est un caractère essentiel à la royauté.
Quand Dieu établit Josué pour être prince et capitaine général, il dit à Moïse'' : « Donne les ordres à Josué, el l'affermis, et le fortifie : car il conduira le peuple , el lui partagera la terre que tu ne feras seulement que voir. »
Quand il eût été désigné successeur de Mo'i'se qui allait mourir, « Dieu lui dit lui-même : Sois ferme el fort : car tu introduiras mon peuple dans la terre que je lui ai promise, et je serai avec loi*. »
Quand , après la mort de Mo'ïse , il se met à la tête du peuple. Dieu lui dit encore' : « Mo'ise mon serviteur est mort : lève-toi et passe le Jourdain : Sois ferme el fort , el garde la loi que Moïse mon serviteur t'a donnée. » El encore : Je te le commande, sois ferme el fort; ne crains point, ne tremble point : je suis avec toi. » De même que s'il lui disait : Si tu trembles, tout tremble avec loi. Quand la tête est ébranlée, tout le corps chancelle : le princa doit être fort; car il est le fondement du repos public dans la paix el dans la guerre.
Aussitôt Josué commande avec fermeté. « Il
1. Joan., xTOi. 31 ; xix, 6. — 2. Idem, xix, 12. — 3. Ibid., x\m, .36. — *. milh., XXVII, 21. — 5. Eccli., vu, 6. — C. Midi., vu 3, — 1. Deut., 111,28. —8. Wcm, xxxi, 23. —9. Jos., 1,2,6, 1,'J.