II. — r. viij
donna ses ordres aux chefs , et leur dit : Traversez le camp , el commandez à tout le peuple qu'il se tienne prêt; nous allons passer le Jourdain. Il parla aussi à ceux de Ruben et de Gad , et à la demitribu de Manassé : Souvenez-vous des ordres que vous a donnés Mo'ise , et marchez avec vos armes devant vos frères , el combattez vaillamment'. »
Il n'hésite en rien , il parle ferme , et le peuple le demande ainsi pour sa propre sûreté. « Qui ne vous obéira pas , qu'il meure : seulement soyez ferme , el agissez en homme ^ »
Le moyen d'affermir le prince , c'est d'établir l'autorité , el qu'il voie que tout est en lui. Assuré de l'obéissance, il n'est en peine que de lui-même : en s'affermissanl il a tout fait , et tout suit : autrement il hésite, il tâtonne, el tout sejfait mollement. Le chef tremble quand il esl mal assuré de ses membres.
'Voilà comme Dieu installe les princes ; il affermit leur puissance , el leur ordonne d'en user avec fermeté.
David suit cet exemple , et parle ainsi à Salomon' : « Dieu soit avec vous , mon fils ; qu'il vous donne la prudence et le sens qu'il faut pour gouverner son peuple. Vous réussirez si vous gardez les préceptes que Dieu a donnés par Mo'ise. Soyez ferme , agissez en homme ; ne craignez point , ne tremblez point.
Il lui réitère en mourant la même chose : el voici les dernières paroles de ce grand roi â son fils* : « J'entre dans le chemin de toute la terre : soyez ferme , et agissez en homme , et gardez les commandements du Seigneur votre Dieu. » Toujours , la fermeté el le courage : rien n'est plus nécessaire pour soutenir l'autorité; mais toujours la loi de Dieu devant les yeux : on n'est ferme que quand on la suit.
Néhémias savait bien que la puissance pubhque devait être menée avec fermeté. « Tout le monde me voulait intimider, espérant que nous cesserions de travailler aux murailles de la ville : el moi je m'affermissais davantage. Séma'ias me disait : Enfermons-nous dans la maison de Dieu au milieu du peuple , car on viendra cette nuit pour vous tuer; et je répondis : Mes semblables ne fuient jamais. Je connus que ces faux prophètes n'étaient pas envoyés de Dieu, el qu'ils avaient été gagnés pour m'épouvanler, afin que je péchasse , et qu'ils eussent quelque reproche à me faire \ »
Ceux qui intimident le prince, et l'empêchent d'agir avec force , sont maudits de Dieu. « 0 Seigneur! souvenez-vous de moi , et faites à Tobie, à Sanaballal, el aux prophètes qui voulaient m'effrayer, faites-leur, Seigneur, selon leurs œuvres^. »
X= Proposition. Le prince doit être ferme contre son propre conseil et ses favoris, lorsqu'ils veulent le faire servira leurs intérêts particuliers.
Outre la fermeté contre les périls, il y a une autre sorte de fermeté , qui n'est pas moins nécessaire au prince : c'est la fermeté contre l'artifice de ses favoris , el contre l'ascendant qu'ils prennent sur lui.
La faiblesse d'Assuérus , roi de Perse , fait pitié.
i.Jos., 1,10-14. - *. ;/;. K«s.,ir, 2, 3.
2. Idem, 18. — 3. I. Par., xxii, U, 12. 13. — ■ 5. //. Esdr., VI, 9-13. — C. Idem , U.
POLITIQI^E DE L'ÉCRITURE SAINTE
dans le livre d'EsUier. Aman , irrité contre les Juifs par la querelle particulière qu'il avait avec Mardochée , entreprend do le perdre avec tout son peuple. Il veut faire du roi l'instrument de sa vengeance , et faisant le zélé pour le bien de l'Etat , il parle ainsi' ; « 11 y a un peuple dispersé par toutes les provinces de votre royaume, qui a des lois et des cérémonies particulières, et méprise les ordres du roi. Vous savez qu'il est dangereux à l'Etat qu'il ne devienne insolent par l'impunité ; ordonnez, s'il vous plaît, qu'il périsse, et je ferai entrer dix mille talents dans vos coffres. Le roi tira de sa main l'anneau dont il se servait, et le donnant à Aman : Cet argent, dit-il, est à vous; et pour le peuple, faites-en ce que vous voudrez. » Aussitôt les ordres sont expédiés , les courriers sont dépêchés par tout le royaume-, et la facilité du roi va faire périr cent millions d'hommes en un moment.
Que les princes doivent prendre garde à ne se pas rendre aisément! Aux autres la difficulté de l'exécution donne lieu à de meilleurs conseils ; dans le prince, à qui parler c'est faire, on ne peut comprendre combien la facilité est détestable.
11 n'en coûte que trois mots à Assuérus, et la peine de tirer son anneau de son doigt : par un si petit mouvement, cent millions d'innocents vont être égorgés , et leur ennemi va s'enrichir de leurs dépouilles.
Tenez-vous donc ferme , ô prince 1 Plus il vous est facile d'exécuter vos desseins , plus vous devez être difficile à vous laisser ébranler pour les prendre.
C'est à vous principalement que s'adresse cette parole du Sage^ : << Ne tournez pas à tout vent, et n'entrez pas en toutes voies. » Le prince aisé à mener, et prompt à%e résoudre , perd tout.
Assuérus fut trop heureux de s'être ravisé , et d'avoir pu révoquer ses ordres avant leur exécution. Elle est ordinairement trop prompte, et ne vous laisse que le repentir d'avoir fait un mal irréparable.
XI» Proposition. Il ne faut pas aisément clianger d'avis après une mûre délibération.
Mais autant qu'il faut être lent à se résoudre, autant faut-il être ferme quand on s'est déterminé avec connaissance. « N'entrez point en toutes voies, » vous a dit le Sage*; et il ajoute : « C'est ainsi que va le pécheur, dont la langue est double. » C'est-à-dire qu'il dit, et se dédit, sans jamais s'arrêter à rien, il poursuit : « Soyez fermes dans la vérité de votre sens, et que votre discours soit un : » qu'il ne change pas aisément, selon le grec.
ARTICLE II
De la mollesse, de l'irrésolution et de la fausse fermeté.
Phemiére Proposition'. La mollesse est l'ennemie du gouvernement : caractère du paresseu.t et de l'esprit indécis.
'< La main des forts dominera ; la main nonchalante paiera tribut". » Un grand roi le dit : c'est Salomon. Au lieu des forts, l'hébreu porte : de ceux qui sont appliqués et attentifs. L'attention est la force de l'âme.
1. Esth., m, R-H. - 2. Idem, 12, etc. — 3. Eccli., v, H. — t. Idem, V, il, 1-2.— .'). Prov., xn, 24.
« Le paresseux veut , et ne veut pas : les hommes laborieux s'engraisseront'. » L'hébreu porte encore : les hommes attentifs et appliqués.
Celui qui veut mollement veut sans vouloir : il n'y a rien de moins propre à exercer le commandement , qui n'est qu'une volonté ferme et résolue.
Il ne veut rien ; il n'a que des désirs languissants. « Les désirs tuent le paresseux ; il ne veut point travailler : il ne fait que souhaiter tout le long du jour^. » Il voudrait toujours, il ne veut jamais.
Aussi rien ne lui réussit : il prend toutes les affaires. '( Qui est mou et languissant dans son ouvrage est frère du dissipateur ^ »
Nous avons dit que la crainte ne convient pas au commandement : le paresseux craint toujours, tout lui paraît impossible. « Le paresseux dit : Il y a un lion dans le chemin , je serai tué au milieu des rues*. » Et encore : « Le paresseux dit : Il y a un lion dans le chemin : une lionne attend sur le passage. Le paresseux se roule en son lit, comme une porte sur son gond. » Assez de mouvement, peu d'action. Et ensuite : << Le paresseux cache sa main sous ses bras , et ce lui est un travail de la porter à sa bouche". »
Comment aidera les autres celui qui ne sait pas s'aider lui-même ? « La crainte abat le paresseux : les efféminés manqueront de tout''. »
La négligence abat les toits ; les mains languissantes font entrer la pluie de tous côtés dans les maisons''.
Tout est faible sous un paresseux. « Soyez prompts dans tous vos ouvrages, et la faiblesse ne viendra jamais au-devant de vous pour traverser vos desseins*. »
Les affaires , en effet , sont difficiles : on n'en surmonte la difficulté que par une activité infatigable. On manque tous les jours tant d'entreprises, que ce n'est qu'à force d'agir sans cesse qu'on assure le succès de ses desseins. « Semez donc le matin ; ne cessez pas le soir : vous ne savez lequel des deux profitera ; et si c'est tous les deux , tant mieux pour vous". »
n<= Proposition. Il y a une fausse fermeté.
L'opiniâtreté invincible de Pharaon le fait voir. C'était endurcissement, et non fermeté. Cette dureté est fatale à lui et à son royaume. L'Ecriture en fait foi dans tout le livre de VExode.
La force du commandement poussée trop loin ; jamais plier, jamais condescendre et jamais se relâcher, s'acharner à vouloir être obéi à quelque prix que ce soit; c'est un terrible fléau de Dieu sur les rois et sur les peuples.
Celui qui a dit : « Ne tournez pas à tout vent'". » avait dit un peu auparavant : « Ne forcez point le cours d'un fleuve". » Il y a une légèreté, et aussi une raideur excessive.
Une fausse fermeté conseillée à Roboam, par des jeunes gens sans expérience , lui fit perdre dix tribus. Le peuple demandait d'être un peu soulagé des impôts très-grands que Salomon exigeait : soit qu'ils se plaignissent sans raison d'un prince qui avait rendu l'or et l'argent communs
1. Prov., XIII, i. —2. Idem, xxi, 25. - 3. Ibid., xviii, ?. —4. Ibid., .\xii, 13. — 5. Ibid., XXVI, 13-13. — 6. Ibid., xviii, 8. — 1. Ibid., X. 18. — 8. Ibid., .\xxi, 27. — il. Ibid.. XI, 8. — 10. Eccli., v, 11. — H. Idem, iv, 32.