Pro».,xxix,20. — 14. Idem, xv, 1. — 15. Ibid
Voulez-vous gagner quelqu'un qui soit mécontent? la parole vous y sert plus que les dons. )> La rosée rafraîchit l'ardeur; et une parole vaut mieux qu'un présent'. »
Il faut donc être maître de sa langue. « Le cœur du sage instruit sa bouche , » comme nous venons de voir. Et encore : k Le cœur dos fous est en la puissance de leur bouche ; et la bouche des sages est en la puissance de leur cœur ^ » La démangeaison de parler emporte l'un ; la circonspection mesure toutes les paroles de l'autre ; l'un s'é- ! chauffe en discourant, et s'engage; l'autre pèse , tout dans une balance juste, et ne dit que ce qu'il ■ veut.
XVIo Proposition. Le prince doit savoir se taire : le secret est i'àme des conseils.
« Il est bon de cacher le secret du roi^ »
Le secret des conseils est une imitation de la ' sagesse profonde et impénétrable de Dieu. « On ne peut connaître la hauteur des cieux , ni la profondeur de la terre, ni le cœur des rois*. »
Il n'y a point de force où il n'y a point de secret. » Celui qui ne peut retenir sa langue est une ville ouverte et sans muraille\ » On l'attaque, on l'enfonce de toutes parts.
Si trop parler est un caractère de folie, savoir se taire est un caractère de sagesse. " Le fou même, s'il sait se taire, passera pour sage^ »
Le sage interroge plus qu'il ne parle : « Faites semblant de ne pas savoir beaucoup de choses , et écoutez en vous taisant et en interrogeant '. »
Ainsi , sans vous découvrir , vous découvrirez les autres. Le désir de montrer qu'on sait, empêche de pénétrer et de savoir beaucoup de choses.
11 faut donc parler avec mesure. « L'insensé dit d'abord tout ce qu'il a dans l'esprit : le sage réserve toujours quelque chose pour l'avenir*. »
Il ne se tait pas toujours, « mais il se tait jusqu'au temps propre : l'insolent et l'imprudent ne connaissent pas le temps'. »
« Il y en a qui se taisent parce qu'ils ne savent pas parler ; et il y en a qui se taisent , parce qu'ils connaissent le temps'". »
Tant de grands rois, à qui des paroles témérairement échappées ont causé tant d'inquiétude, justifient celte parole du Sage : Qui garde sa bouche et sa langue , garde son âme de grands embarras et de grands chagrins ". »
« Qui miîttra un sceau sur mes lèvres, et une : garde autour de ma bouche, afin que ma langue I ne me perde point'-? »
XVII" Proposition. Le prince doit prévoir.
Ce n'est pas assez au prince de voir, il faut qu'il prévoie. « L'habile homme a vu le mal qui le menaçait , et s'est mis à couvert : le malhabile a passé outre, et a fait une grande perte '^ »
« Jouissez des biens dans les temps heureux ; mais donnez-vous garde du temps fâcheux : car le Seigneur a fait l'un et l'autre '*. »
Une faut point avoir une prévoyance pleine di'
1. EccU., XVIII, 16. — 2. Jdem, xxi, 29. — 3. Tob.. xiii, 7. — 4. Prov.. XXV, 3. — 5. Idem. 28. — 6. Ibid-.am. 28.-7. EccU., xxxn, 12. — H. Prov., XXIX, 11. — 9. EccU . xx, 7. — 10. Idem . 6. — 11. Prov.. XXI, 23. — 12. EccU., xxii , 33. — 13. Prov., xxii,3. — 14. Eccles,, \» , 15.
LIVHE V.
DE L'AUTORITE ROYALE
souci et d'inquiétude , qui vous trouble dans la bonne fortune : mais il faut avoir une prévoyance pleine de précaution , qui cmpêclie que la mauvaise fortune ne nous prenne au dépourvu.
« Dans l'abondance , souvenez-vous de la famine : pensez à la pauvreté et au besoin parmi les richesses : le temps change du matin au soir'. »
Nous avons vu David , pour avoir prévu l'avenir, ruiner le parti d'Absalou , et étouffer la rébellion de Séba dans sa naissance ^
Roboam , Amasias , et les autres dont nous avons vu les égarements , n'ont rien prévu , et sont tombés. Les exemples de l'un et l'autre événement sont innombrables.
Il n'y a guère d'homme qui ne soit touché d'un grand mal présent , et ne fasse des efforts pour s'en tirer ; ainsi toute la sagesse est à prévoir.
L'homme prévoyant prend garde aux petites 'choses, parce qu'il voit que de celles-là dépendent les grandes. « Qui méprise les petites choses , tombera peu à peu^ »
Dans la plupart des affaires, ce n'est pas tant la chose que la conséquence qui est à craindre : qui n'entend pas cela n'entend rien.
La santé dépend plus des précautions que des remèdes. « Apprenez , avant que de parler; prenez le remède avant la maladie*. »
Que les particuliers aient des vues courtes cela peut être supportable. Le prince doit toujours regarder au loin , et ne se pas renfermer dans son siècle. « La vie de l'homme a des jours comptés; mais les jours d'Israël sont innombrables °. »
0 prince ! regardez donc la postérité. Vous mourrez , mais votre Etat doit être immortel.
XVIII<: Proposition. Le prince doit être capable d'instruire ses ministres.
C'est-à-dire que la raison doit être dans la tête. Le prince habile fait les ministres habiles , et les forme sur ses maximes.
C'est ce que voulait dire l'Ecclésiaste : « Le sage juge, c'est-à-dire le sage prince , instruira son peuple : et le gouvernement de l'homme sensé sera durable'^. » Et encore : « L'homme sage instruit son peuple , et les fruits de la sagesse ne sont pas trompeurs''. »
L'exemple de Josaphat, également sage, vaillant et pieux, nous apprendra ce qu'il faut faire.
Dans la troisième année de son règne , il envoya cinq des seigneurs de la cour pour « instruire le peuple dans les villes de Juda, et avec eux huit lévites et deux prêtres. Ils enseignaient le peuple de Juda , ayant en main le livre de la loi du Seigneur ; et ils parcouraient toutes les villes de Juda , et ils instruisaient le peuple'. »
Ptemarquez toujours que la loi du Seigneur était la loi du royaume dont le peuple doit être instruit ; et le roi prend soin de l'en faire instruire. Comme cette loi contenait ensemble les choses religieuses et politiques , aussi , pour enseigner le peuple il envoya des prêtres avec des seigneurs. Mais voyons la suite.
" 11 établit des juges par toutes les villes fortes
i. £:cdi.,xvni, 25. 50. — 2. IT. Iteg., xv, xx. —3.EccH., xix, 1. — 4. Idem, XMii, 19. 20. —5. Ibid., xxxvii.28. — 6. Ibid., x, 1. — 7. ma., xxxvii, 2G. — 8. /;. Parai., xvii, 7, 8, 9.
de Juda , leur disant : Prenez garde à ce que vous avez à faire , car ce n'est pas le jugement des hommes que vous exercez, mais le jugement du Seigneur : et tout ce que vous jugerez retombera sur vous. Que la crainte du Seigneur soit donc avec vous : et faites tout avec soin , car il n'y a point d'iniquité dans le Seigneur votre Dieu , ni d'acception de personnes , ni de désir d'avoir des présents'. »
Outre ces tribunaux érigés dans les villes de Juda, il érigea un tribunal plus auguste dans la capitale du royaume. « Il établit dans Jérusalem des lévites et des prêtres , et les chefs de famille , pour juger le jugement du Seigneur, et terminer toutes les causes en son nom. Et il leur dit : Vous ferez ainsi, et ainsi, dans la crainte du Seigneur, avec fidélité , et d'un cœur parfait. Dans toute cause de vos frères qui viendra à vous , où il sera question de la loi, des commandements, des ordonnances et de la justice, apprenez-leur à ne point offenser Dieu , de peur que la colère de Dieu ne vienne sur vous et sur eux ; en faisant ainsi vous ne pécherez pas^. »
Un prince habile donne ordre que le peuple soi bien instruit des lois ; et lui-même il instruit ses ministres, afin qu'ils agissent selon la règle.
ARTICLE II
Moyens à un prince d'acquérir les connaissances nécessaires.
Premizbe Proposition. Premier moyen : Aimer la vérité, et déclarer qu'on la veut savoir.
Nous avons montré au prince , par la parole de Dieu , combien il doit être instruit , et de combien de choses : donnons-lui'les moyens d'acquérir les connaissances nécessaires , en suivant toujours cette divine parole comme notre guide.
Le premier moyen qu'a le prince pour connaître la vérité est de l'aimer ardemment , et de témoigner qu'il l'aime : ainsi elle lui viendra de tous côtés , parce qu'on croira lui faire plaisir de la lui dire.
« Les oiseaux de même espèce s'assemblent'. » Les véritables cherchent les véritables ; la vérité vient aisément à un esprit disposé à la recevoir par l'amour qu'il a pour elle.
Au contraire, toute leur cour sera remplie d'erreur et de flatterie , s'ils sont de l'humeur de ceux qui disent « aux voyants : Ne voyez pas ; et à ceux qui regardent : Ne regardez pas pour nous ce qui est droit; dites-nous des choses agréables; voyez pour nous des illusions *. »
Peu disent cela de bouche ; beaucoup le disent de cœur. Le monde est rempli de ces insensés dont parle le Sage : « L'insensé n'écoute pas les discours prudents, ni ne prête l'oreille , si vous ne lui parlez selon ses pensées". »
11 ne suffit pas au prince de dire en général qu'il veut savoir la vérité , et de demander, comme fit Pilate à Notre Seigneur '^ : » Qu'est-ce que la vérité? » puis s'en aller tout à coup, sans attendre la réponse. Il faut et le dire , et le faire de bonne foi.
1. II. Par.. XXI, 5, 0,7. — 2. Idem, xx, 8 , 9, 10. — 3. Eccli., xxvTi, 10. — i. Is., XXX, 10. — 5. l'rov-, xMii, 2. — 6. Joan., xviii, 38.
POLITIQUE DE L'ECRITURE SAINTE
Les uns s'informent de la vérité par manière d'acquit , et en passant seulement , comme il semble que Pilate fit en ce lieu. Les autres, sans se soucier de la savoir, s'en informent par ostentation , et pour se faire honneur de cette recherche. Tel était Achab , roi d'Israël, dans lequel nous voyons tous les caractères de ce dernier genre d'hommes.
Au fond il n'aimait que la flatterie , et craignait la vérité. C'est pourquoi « il haïssait Michée , par cette seule raison, qu'il ne lui prophétisait que des malheurs '. »
Repris de cette aversion injuste par Josaphat roi de Juda, il n'ose lui refuser d'écouter ce prophète véritable : mais en l'envoyant quérir par un courtisan flatteur, il lui fit dire sous main , comme nous avons déjà vu : « Tous les prophètes annoncent uniquement au roi des succès heureux : tenezlui un même langage ^ »
Cependant, quand il paraît devant Josaphat, et devant le monde, il fait semblant de vouloir savoir la vérité. << Michée , dit Achab , entreprendronsnous cette guerre? Je vous demande, encore une fois , au nom de Dieu , de ne me dire que la vérité ^ »
Mais aussitôt que le saint prophète commence à la lui expliquer, il s'en fâche ; et à la fin de son discours , il le fait mettre en prison. « Ne vous avais-je pas bien dit qu'il ne vous prophétiserait que des malheurs * ? »
C'est ainsi qu'il parla à Josaphat , aussitôt presque que Michée eût ouvert la bouche. Et quand il eût tout dit, '1 le roi d'Israël donna cet ordre : Enlevez-moi Michée , et menez-le au gouverneur de la ville, et à Joas, fils d'Amélech, et dites-leur: Le roi commande qu'on mette cet homme en prison, et qu'on le nourrisse au pain et à l'eau en petite quantité, jusqu'à ce que je revienne en paix". »
Voilà à quoi aboutit ce beau semblant que fit Achab , de vouloir savoir la vérité. Aussi Michée, le jugeant indigne de la savoir, lui répondit d'abord d'un ton ironique : « Allez , tout vous réussira^. »
Enfin, pressé au nom de Dieu de dire la vérité, le prophète exposa devant tout le monde cette terrible vision' : « J'ai vu le Seigneur assis dans son trône ; et toute l'armée du ciel à droite et à gauche ; et le Seigneur dit : Qui trompera Achab , roi d'Israël, afin qu'il assiège Ramoth-Galaad, et qu'il y périsse? L'un disait d'une façon, et l'autre d'une autre. Un esprit s'avança au milieu de l'assemblée, et dit au Seigneur : Je le tromperai. En quoi le tromperas-tu , dit le Seigneur? Et il répondit : Je serai esprit menteur dans la bouche de tous les prophètes. Le Seigneur lui dit : Tu le tromperas et tu prévaudras ; va, et fais comme lu dis. -Maintenant donc, poursuivit Michée, le Seigneur a mis l'esprit de mensonge dans la bouche de tous vos prophètes, et il a résolu votre perte. »
Qui ne tremblera en voyant de si terribles jugements? mais qui n'en admirera la justice? Dieu punit par la flatterie les rois qui aiment la flatle-
i. m. neij.. XXII, 8; ;;. Par., xviii, 7. — 2. ///. Reg. xxii , 13-, II. Ileg., XV. .1. a. — 3. ///. Iteg. xxii, 15, 16; //. Parai., xviii, 14, 15. — i. ///. Iteg. xxii, 18; Parai., xviji , 17.— 5. ///. Reg., XXII, 20, 27; //. Parai., xvm, 25, a;. — G. III. Reg. xxii 15-//. Par., xviii, l-i ,— 7. ;//. Reg. xxii, l'J; II. rural., xvm, 18.
rie , et livre à l'esprit de mensonge , les rois qui cherchent le mensonge , et de fausses complaisances.
Achab fut tué ; et Dieu fit voir que qui cherche à être trompé trouve la tromperie pour sa perte.
« Vous êtes juste , ô Seigneur ! et tous vos jugements sont droits'. »
Ile Proposition. Deuxième moyen : Etre altentif et considéré.
On a beau avoir la vérité devant les yeux; qui ne les ouvre pas , ne la voit pas. Ouvrir les yeux à l'âme , c'est être attentif.
(' Les yeux du sage sont en sa tête ; le fou marche dans les ténèbres-. » On demande à l'imprudent et au téméraire : Insensé, à quoi pensiez-vous? où aviez-vous les yeux? Vous ne les aviez pas à la tète, ni devant vous ; vous ne voyiez pas devant vos pieds : c'est-à-dire, vous ne pensiez à rien; vous n'aviez aucune attention.
C'est comme si on n'avait point d'yeux ni d'oreilles. « Ce peuple ne voit pas de ses yeux, et n'écoute pas des oreilles ^ » Ou, comme traduit saint Paul '* : « Vous écouterez, et n'entendrez pas ; vous verrez, et ne concevrez pas. »
C'est pourquoi le sage nous dit qu'il y a un « œil qui voit , et une oreille qui écoute : et c'est , dit-il , le Seigneur qui fait l'un et l'autre'^. »
Ce don de Dieu n'est pas fait pour ceux qui dorment, et qui ne pensent à rien. Il faut s'exciter soimême et considérer. « Que vos yeux considèrent ce qui est droit , que vos paupières précèdent vos pas. Dressez-vous vous-même un chemin , et vos démarches seront fermes". » Regardez avant que de marcher : soyez attentif à ce que vous faites.
Il ne faut jamais rien précipiter. « Où il n'y a point d'intelligence , il n'y a point de bien : qui se précipitera choppera : la folie des hommes les fait tomber, et puis, ils s'en prennent à Dieu dans leur cœur. »
Soyez donc attentif et considéré en toutes choses. « Devant que de juger, ayez la justice devant les yeux; apprenez avant que de parler : prenez la médecine devant la maladie; examinez -vous vous-même, avant que de prononcer un jugement : et Dieu vous sera propice''. »
L'attention en tout, c'est ce qui nous sauve. (I Le conseil et l'attention vous garderont, la'prudence vous sauvera des mauvaises voies : vous serez délivré de l'homme qui parle malicieusement, qui laisse le droit chemin, et marche par des voies ténébreuses*. »
Au milieu des déguisements et des artifices qui régnent parmi les hommes, il n'y a que l'attention et la vigilance qui nous puissent sauver des surprises.
Qui considère les hommes attentivement, y est rarement trompé. Jacob connut au visage de Laban que les dispositions de son cœur étaient changées. 11 vit que le visage de Laban était autre qu'à l'accoutumée". Et sur cela il prit la résolution de se retirer.
Car, comme dit l'Ecclésiastique selon les Septante : « On connaît les desseins de vengeance
1. Ps.. oxviii, 137. — 2. Ecoles., il, U. — 3. Is., Vi, 10. — 4. Act.. xxviii. 20. — 5. Prov., XX, 12. — 0. Idem, iv, 25, 26. — 7. EccU., xvm, 19, 20. — 8. fiw., XX, 12. — y. Ce»., xxxi,2, 5.