XXIII
POLITIQUE DE L'ÉCRITURE SAINTE
et de vigilance ! Tout cela pour opprimer un sujet fidèle.
Voilà ce qui s'appelle des finesses pernicieuses. Mais nous allons voir en David une sagesse véritable.
Plus Saiil tâchait, en le flattant, de faire qu'il s'oubliât lui-même, et s'emportât à des paroles orgueilleuses , plus sa modestie naturelle lui en inspirait de respectueuses. « Qui suis-je, et de quelle importance est ma vie; quelle est ma parenté en Israël, afin que je puisse espérer d'être le gendre du roi'? » Et encore : « Vous semblet-il que ce soit peu de chose , que d'être le gendre du roi? Pour moi , je suis un homme pauvre, et ma fortune est basse'. »
Il ne se défendit jamais des malices de Saiil par aucune voie violente. Il ne se rendait redoutable que par sa prudence , qui lui faisait tout prévoir. « 11 agissait prudemment dans toutes ses voies, et le Seigneur était avec lui. Satil vit qu'il était prudent , et il le craignait^. »
Il avait des adresses innocentes, pour échapper des mains d'un ennemi si artificieux et si puissant. Il se faisait descendre secrètement par une fenêtre; et les satellites de Saiil ne trouvaient dans son lit, où ils le cherchaient , qu'une statue bien couverte, qui lui avait servi à dérober sa fuite à ses domestiques*.
S'il se servait de sa prudence pour se précautionner contre la jalousie du roi , il s'en servait encore plus contre les ennemis de l'Etat. « Quand les Philistins marchaient en campagne , David les observait mieux que tous les autres capitaines de Saiil; et son nom se rendait célèbre". »
Comme il était bon ami et reconnaissant, il se fit des amis fidèles qui ne le trompèrent jamais. Samuel lui donna retraite dans la maison des prophètes''. Achimélech, le grand-prêtre, ayant été tué pour avoir servi David innocemment, il sauva son fils Abialhar : « Demeurez avec moi, lui dit-il, j'aurai le même soin de votre vie que de la mienne, et nous nous sauverons tous deux ensemble'. » Abiathar, gagné par un traitement si honnête , ne manqua jamais à David.
Son habileté et sa vertu lui gagnèrent tellement Jonathas, fils de Saiil, que, loin de vouloir entrer dans les desseins sanguinaires du roi son père, il n'oublia jamais rien pour sauver David". En quoi il rendait service à Saûl même, qu'il empêchait de tremper ses mains dans le sang innocent.
Quoiqu'il sût que Jonathas ne le trompait pas, comme il connaissait mieux Saiil que lui , il ne se reposait pas tout à fait sur les assurances que lui donnait son ami. « Jonathas lui dit' : Vous ne mourrez point; mon père ne fera ni grande ni petite chose qu'il ne me la découvre : m'aurait-il caché ce seul dessein? cela ne sera pas. Mais David lui dit : Votre père sait que vous m'honorez de votre bienveillance , et il dit en lui-même : Je ne me découvrirai point à Jonathas, de peur de le contrister. Vive le Seigneur, et vive votre âme I il n'y a qu'un petit espace entre moi et la mort. »
Afin donc de ne se tromper point dans les des-
1. / )iP3., xvin,28. —2. ;rf.-m, 23. —3. Ihid.. H, i5. — i. nid.. xix, Il . di.etc. — 5. Ibiil., xviii, 3U. — 0. Jliul.. xix. 18, l'J, 20. — 1. Jbid., wii 23.-8. rti(/., .\ixelxx. — 9. Vdirf., XX, 2, 3.
seins de Saiil, il donna des moyens à Jonathas pour les découvrir; et ils convinrent entre eux d'un signal , que Jonathas donnerait à David dans le péril'.
Comme il vit qu'il n'y avait rien à espérer de Saiil , il pourvut à la sûreté de son père et de sa mère, qu'il mit entre les mains du roi de Moab : « jusqu'à ce que je sache , dit-il-, ce que Dieu aura ordonné de moi. » Voilà un homme qui pense à tout, et qui choisit bien ses protecteurs ; car le roi de Moab ne le trompa point. Par ce moyen , il n'eut plus à penser qu'à lui-même. Et il n'y a rien de plus industrieux ni de plus innocent que fut alors toute sa conduite.
Contraint de se réfugier dans les terres d'Achis, roi des Philistins, les satrapes vinrent dire au roi : « Voilà David, ce grand homme, qui a défait tant de Philistins ^ » David fit réflexion sur ces discours , et sut si bien faire l'insensé , qu'Achis , au lieu de le craindre et de l'arrêter, le fil chasser de sa présence , et lui donna moyen de se sauver.
Environné trois à quatre fois par toute l'armée de Saul, il trouve moyen de se dégager, et d'avoir deux fois Saûl entre ses mains*.
Alors se vérifia ce que David a lui-même si souvent chanté dans ses Psaumes'; << Le méchant est tombé dans la fosse qu'il a creusée : il a été pris dans les lacets qu'il a tendus. »
Quand ce fidèle sujet se vit maître de la vie de son roi , il n'en tira aucun avantage que celui de lui faire connaître combien profondément il le respectait , et de confondre les calomnies de ses ennemis. « Il lui cria de loin" : Mon seigneur et mon roi , pourquoi écoutez-vous les paroles des méchants qui vous disent : David attente contre votre vie? Ne voyez-vous pas vous-même que le Seigneur vous a mis entre mes mains? Et j'ai dit : A Dieu ne plaise, que j'étende ma main sur l'oint du Seigneur! Reconnaissez donc, ô mon roi! que je n'ai point de mauvais dessein, et que je n'ai manqué en rien à ce que je vous dois. C'est vous qui voulez me perdre. Que le Seigneur juge entre vous et moi , et qu'il me fasse justice quand il lui plaira. Mais à Dieu ne plaise que ma main attente sur votre personne! Contre qui vous acharnez-vous , roi d'Israël? contre qui vous acharnez-vous? contre un chien mort, contre uii ver de terre! Que le Seigneur soit juge entre vous et moi, et qu'il protège ma cause et me délivre de vos mains'. »
Par cette sage et irréprochable conduite , il contraignit son ennemi à reconnaître sa faute. « Vous êtes plus juste que moi , lui dit Saiil*. »
La colère de ce roi injuste ne s'apaisa pas pour cela. « David, toujours poursuivi, dit en luimême' : Je tomberai un jour entre les mains de Satil , il vaut mieux que je me sauve en la terre des Philistins ; et que Saûl , désespérant de me trouver dans le royaume d'Israël, se tienne en repos. »
Enfin il fil son traité avec Achis , roi de Geth ; et se ménagea tellement, que sans jamais rien faire contre son roi et contre son peuple , il s'entretint toujours dans les bonnes grâces d'Achis '".
i. I. RfAj., XX , 5, 6, 20 , 21 . 22. — 2. Idem, xxii, 3. I. — 3. Ibid., XXI, H, 12, elc. — 4. Ibld., xxit cl xxvi. — 5. l's., vu , 10 ; IX, 10, elc. — G. I. Retj., xxiv, 9, 10, 11, 12, 13, l.'i, 10. — 7. Idem, 9-10. 8. Ibid., 18. — 9. Ihiil., xxvn , 1 . — 10. liiid., xxvii el xxviii.
"LIVRE V. — DE L'AUTORITÉ ROYALE
Vous voyez Saiil et David tous deux avisés et iiabiles, mais d'une manière bien différente. D'un côté , une intention perverse : de l'autre , une intention droite. D'un côté, Saûl, un grand roi , qui, ne donnant nulles bornes à sa malice, emploie tout sans réserve pour perdre un bon serviteur dont il est jaloux : de l'autre côté , David , un particulier abandonné et trahi , se fait une nécessité de ne se défendre que par les moyens licites, sans manquer à ce qu'il doit à son prince et à son pays. Et cependant la sagesse véritable , renfermée dans des bornes si étroites , est supérieure à la fausse , qui n'oublie rien pour se satisfaire.
ARTICLE IIL
Des curiosités et connaissances dangereuses ; et de la confiance qu'on doit mettre en Dieu.
Phemière Proposition. Le prince doit éviter les consultations curieuses et superstitieuses.
Telles sont les consultations des devins et des astrologues : chose que l'ambition et la faiblesse des grands leur fait si souvent rechercher.
(c Qu'il ne se trouve personne parmi vous qui consulte les devins, ni qui croie aux songes et aux augures. Qu'il n'y ait ni enchanteur, ni devin , ni aucun qui se mêle d'évoquer les morts. Le Seigneur a toutes ces choses en exécration. Il a détruit, pour ces crimes, les peuples qu'il a livrés entre vos mains. Soyez parfaits et sans tache devant le Seigneur votre Dieu. Les nations que vous détruirez écoutent les devins et ceux qui tirent des augures. Mais pour vous, vous avez été instruits autrement par le Seigneur votre Dieu. Il veut que vous ne sachiez la vérité que par lui seul : et s'il ne veut pas vous la découvrir, il n'y a qu'à s'abandonner à sa providence'. »
Les astrologues sont compris dans ces malédictions de Dieu. Voici comme il parle aux Chaldéens , inventeurs de l'astrologie , en laquelle ils se glorifiaient^ : « Le glaive de Dieu sur les Chaldéens, dit le Seigneur, et sur les habitants de Babylone; sur leurs princes et sur leurs sages. Le giaive de Dieu sur leurs devins, qui deviendront fous : le glaive sur leurs braves, qui trembleront : le glaive sur leurs chevaux , sur leurs chariots , et sur tout le peuple : ils seront tous comme des femmes : le glaive sur leurs trésors , qui seront pillés. »
11 n'y a rien de plus faible ni de plus timide, que ceux qui se fient aux pronostics : trompés dans leurs vains présages , ils perdent cœur, et demeurent sans défense.
Ainsi périt Babylone, la mère des astrologues au milieu de ses réjouissances, et des triomphes que lui chantaient ses devins. Isaïe , prévoyant sa prise, lui parle en ces termes : » Viens, dit-iP, avec tes enchantements et tes maléfices, dans lesquels tu t'es exercée dès ta jeunesse, pour voir s'ils te serviront, ou te rendront plus puissante. Te voilà à bout de tous tes conseils, que tu fondais sur des pronostics. Appelle tous tes devins, qui observaient sans cesse le ciel , qui contemplaient les astres, qui comptaient les mois, et faisaient des
1. Deut., xviii, 10, 11, 12, 13, 14. — 2. Jer., L , 35 , 36, 37. — 3. Is.. xi.vii, 12, 13, 14.
supputations si exactes pour l'annoncer l'avenir. Qu'Us te sauvent des mains de tes ennemis? Ils sont comme de la paille que le feu dévore , ils ne peuvent te sauver de la flamme. »
Ceux qui se vantent de prédire les événements incertains, se font semblables à Dieu. Car écoutez comme il parle ' : « Qui est celui qui appelle , et qui compte au commencement toutes les races futures ? Moi le Seigneur, qui suis le premier et le dernier : qui suis devant et après. »
« Amenez-moi vos dieux , ô Gentils , dit le Seigneur, que je leur fasse leur procès. Parlez , si vous avez quelqu» chose à dire, dit le roi de Jacob; qu'ils viennent, et qu'ils vous annoncent l'avenir. Découvrez-nous des choses futures, et nous vous tiendrons pour des dieux-. »
Et encore^ : Ecoutez, maison d'Israël' voici ce que dit le Seigneur : Ne marchez point dans les voies des Gentils ; ne craignez point les signes du ciel , que les Gentils craignent : la loi de ces peuples est vaine. »
Les Gentils ignorants adoraient les planètes et les astres ; leur attribuaient des empires , des vertus , et des influences divines , par lesquelles ils dominaient sur le monde , et en réglaient les événements , leur assignaient des temps et des lieux, 011 ils exerçaient leur domination. L'astrologie judiciaire est un reste de cette doctrine , autant impie que fabuleuse. Ne craignez donc ni les éclipses, ni les comètes , ni les planètes, ni les constellations, que les hommes ont composées à leur fantaisie, ni ces conjonctions estimées fatales, ni les lignes formées sur les mains ou sur le visage , et les images nommées talismans, imprégnées des vertus célestes. Ne craignez ni les figures, ni les horoscopes, ni les présages qui en sont tirés. Toutes ces choses où l'on n'allègue pour toute raison que des paroles pompeuses , au fond sont des rêveries que les affronteurs vendent cher aux ignorants.
Ces sciences curieuses , qui servant de couverture aux sortilèges et aux maléfices , sont condamnées dans tous les Etats; et néanmoins souvent recherchées par les princes qui les défendent. Malheur à eux, malheur encore une fois! Ils veulent savoir l'avenir, c'est-à-dire pénétrer le secret de Dieu. Ils tomberont dans la malédiction de Saûl. Ce roi avait défendu les devins, et il les consulte. Une femme devineresse lui dit sans le connaître '* : « Vous savez que Saiil , a exterminé les devins , et vous venez me tenter pour me perdre? Vive le Seigneur! répondit Saiil, il ne vous arrivera aucun mal. La femme lui dit : Qui voulez-vous que je vous évoque? Evoquez-moi Samuel, répondit Saiil. La femme ayant vu Samuel , s'écria de toute sa force : Pourquoi m'avez- vous trompée? vous êtes Saiil. Saûl lui dit : Ne craignez rien, qu'avez-vous vu? Je vois quelque chose de divin qui s'élève de terre. Saûl répliqua : Quelle est sa figure? Un vieillard s'élève, dit-elle, revêtu d'un manteau. Il comprit que c'était Samuel, et se prosterna la face contre terre. Alors Samuel dit à Saiil : Pourquoi troublez-vous mon repos en m'évoquant? et que vous sert de m'interroger, après que le Seigneur s'est retiré de vous , pour aller à celui que vous
1. fs.. XLi, 4. —2. Idem, 24, 22, 23. — 3. Jerem., x, 1 , 2, 3. — 4. ;. Reg., xxvni, 9, 10, etc.
POLITIQUE DE L ÉCRITURE SAINTE
enviez? Le Soigneur fera suivant que je vous l'ai dit de sa pari; il vous ôlera votre royaume, et le donnera à David ; parce que vous n'avez pas obéi à la parole du Seigneur, et n'avez pas satisfait sa juste colère contre Amalec. C'est la cause de tous les maux qui vous arrivent aujourd'hui. Et le Seigneur livrera avec vous le peuple d'Israël aux Philistins : demain, vous et vos enfants serez avec moi. » C'est-à-dire , vous serez parmi les morts.
A cette terrible sentence , Salil tomba de frayeur, et il était hors de lui-même'. Et le lendemain la prédiction fut accomplie-.
Il n'était pas au pouvoir d'une enchanteresse d'évoquer une âme sainte ; ni au pouvoir du démon, qui a paru, selon quelques-uns, sous la forme do Samuel, de dire si précisément l'avenir. Dieu conduisait cet événement , et voulait nous apprendre que, quand il lui plaît, il permet qu'on trouve la vérité par des moyens illicites , pour la juste punition de ceux qui s'en servent.
Ne vous étonnez donc pas de voir arriver quelquefois ce qu'ont prédit les astrologues. Car , sans recourir au hasard, parce que ce qui est hasard à l'égard des hommes est dessein à l'égard de Dieu. Songez que, par un terrible jugement. Dieu mémo livre à la séduction ceux qui la cherchent. 11 abandonne le monde , c'est-à-dire , ceux qui aiment le monde , à des esprits séducteurs dont les hommes ambitieux et vainement curieux sont le jouet. Ces esprits trompeurs et malins amusent et déçoivent par mille illusions les âmes curieuses , et par là crédules. Un de leurs secrets est l'astrologie, et les autres genres de divinations, qui réussissent quelquefois, selon que Dieu trouve juste de livrer ou à l'erreur, ou à de juste supplices, une folio curiosité.
C'est ainsi que Salil trouva dans sa curiosité la sentence de sa mort. C'est ainsi que Dieu doubla son supplice , le punissant non-seulement par le mal même qui lui arriva , mais encore par la prévoyance. Si c'est un genre de punition, de livrer les hommes curieux à des terreurs furieuses , c'en est un autre de les livrer à de flatteuses espérances. Enfin leur crédulité, qui fait qu'ils se fient à d'autres qu'à Dieu, mérite d'être punie do plusieurs manières , c'est-à-dire , non-seulement par le mensonge, mais encore par la vérité; afin que leur téméraire curiosité leur tourne à mal en toutes façons.
C'est ce qu'enseigne saint Augustin , fondé sur les Ecritures , dans le deuxième livre de la Doctrine chrétienne , c. xx et suivants.
Gardez-vous bien , ô rois ! ô grands de la terre ! d'approcher de vous ces trompeurs et ces ignorants, que l'on appelle devins : « qui vous font des raisonnements , et vous donnent dcîs décisions do co qu'ils ignorent, » dit le plus sage des rois^.
Ne cherchez point parmi eux des inlorprètes de vos songes, comme s'ils étaient mystérieux. « Celui qui s'y fie est un insensé : une vaine espérance , et le mensonge est son partage. Celui qui s'arrête à ces trompeuses visions, ressemble à l'homme qui ombrasse une ombre, et qui court après le vent. Un homme croit voir un autre homme devant lui dans son sommeil , et prend pour
1 , r. Ileij-, xxviii, 20, -21 . 2. Idem, XNXr. — 3. l'rov., xxiii, 6.
vérité une creuse et vaine ressemblance. » ( Ce no sont que vapeurs impures , qui s'élèvent dans le cerveau, d'une nourriture mal digérée. ) « Espérez-vous épurer vos pensées par ce mélange confus d'imaginations , ou que le mensonge vous instruise de la vérité? La divination est une erreur, les augures une tromperie, et les songes un mensonge et une illusion. 11 n'appartient qu'au Très-Haut d'envoyer de véritables visions : et tout le reste ressemble aiLX fantaisies qu'une femme enceinte se met dans l'esprit. N'y mettez point votre cœur, si vous ne voulez être le jouet d'une honteuse faiblesse, d'une folle crédulité, et d'une espérance trompeuse'.
IIo Proposition. On ne doit pas présumer des conseils tiumains ni de leur sagesse.
« L'homme sait à peine les choses passées : qui lui découvrira les choses futures^ ? »
Ainsi « qui se fie en son cœur , est fou'. » Et encore : » Ne vous élevez pas dans votre cœur comme un taureau furieux, de peur que cette pensée ne vous dévore. Vos feuilles seront mangées , vos fruits tomberont ; vous demeurerez un bois sec : votre gloire et votre force s'évanouiront'. »
Les Egyptiens se piquaient d'une sagesse extraordinaire dans leurs conseils. Voici comme Dieu leur parle' : « Les princes de Tanis , sages conseillers de Pharaon , lui ont donné des conseils extravagants. Comment dites-vous à Pharaon : Je suis le fils des sages ; le fils de ces anciens rois renommés par leur prudence? Où sont maintenant vos sages? Qu'ils vous disent ce que le Dieu des armées a ordonné de l'Egypte. Les princes de Tanis ont perdu l'esprit : les princes de Memphis se sont trompés, et ils ont trompé l'Egypte, eux en qui elle se fiait comme en ses remparts. Le Seigneur a répandu au milieu d'eux l'esprit de vertige : la tête leur a tourné : et ils font errer d'Egypte, comme un ivrogne qui chancelle et tournoie en vomissant. L'Egvple ne fera plus rien : elle ne fera ni grandes ni petites choses. On la verra étonnée et tremblante comme une femme. Tous ceux qui la verront , trembleront à la vue des desseins que Dieu a sur elle. »
Quand on voit ses ennemis prendre de faibles conseils, il ne faut pas pour cela s'enorgueillir, mais songer que c'est le Seigneur qui leur envoie ces esprits d'égarement pour les punir, et craindre un semblable jugement.
S'il se retire, dit le saint prophète*^, « la sagesse des sages périt, et l'intelligence des prudents est obscurcie. »
(c C'est lui qui réduit à rien les conseils profonds, et qui rend inutiles les grands de la terre'. »
Tremblez donc devant lui , et gardez-vous de présumer de la sagesse humaine.
111= Proposition. Il faut consulter Dieu par la prière , et mettre en lui sa confiance, en faisant ce qu'on peut de son côté.
Nous avons vu que c'est Dieu qui donne la sagesse. Nous venons de voir que c'est Dieu qui l'ote
i. Ecc.n., xxxiv, 1, 2, 3, ^, 5, n, t. — 2. Eecle., x, U. — 3. l'roïK. xxvin, 2IÎ. — 4. Ectli., VI, 2. 3. secuiid. i.xx. — 3. /s., xix. 12, 13, etc. — C. litm, xsix, li. — 7. IbuL, xL, 23.