‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 372 sur 609 · LIVRE V. — DE L'AUTORITE ROYALE · texte numérisé non relu

LIVRE V. — DE L'AUTORITE ROYALE

aux superbes. Il faut donc la lui demander humhlement.

C'est ce que nous enseigne l'Ecclésiastique, lorsqu'après nous avoir prescrit, dans le chapitre xxxvii tant de fois cité, tout ce que peut faire la prudence, il conclut ainsi ' : « Mais , par-dessus tout , priez le Seigneur, afin qu'il dirige vos pas à la vérité. » Lui seul la connaît à fond ; c'est à lui seul qu'il en faut demander l'intelligence.

Mais qui demande de Dieu la sagesse, doit faire de son côté tout ce qu'il peut. C'est à cette condition qu'il permet de prendre confiance à sa puissance et à sa bonté. Autrement, c'est tenter Dieu, et s'imaginer vainement qu'il enverra ses anges pour pour nous soutenir, quand nous serons précipités nous-mêmes, ainsi que Satan osait le conseiller à Jésus-Christ^.

ARTICLE IV

Conséquences de la doctrine précédente : de la majesté, et de ses uccompaijnements.

Première Proposition. Ce que c'est que la majesté.

Je n'appelle pas majesté cette pompe qui environne les rois, ou cet éclat extérieur qui éblouit le vulgaire. C'est le rejaillissement de la majesté , et non pas de la majesté elle-même.

La majesté est l'image de la grandeur de Dieu dans le prince.

Dieu est infini, Dieu est tout. Le prince, en tant que prince, n'est pas regardé comme un homme particulier : c'est un personnage public, tout l'Etat est en lui ; la volonté de tout le peuple est renfermée dans la sienne. Comme en Dieu est réunie toute perfection et toute vertu , ainsi la puissance des particuliers est réunie en la personne du prince.

t Quelle grandeur qu'un seul homme en contienne tant!

La puissance de Dieu se fait sentir en un instant de l'extrémité du monde à l'autre : la puissance royale agit en même temps dans tout le royaume. Elle tient tout le royaume en état , comme Dieu y tient tout le monde.

Que Dieu retire sa main, le monde retombera dans le néant : que l'autorité cesse dans le royaume, tout sera en confusion.

Considérez le prince dans son cabinet. De là partent les ordres qui font aller de concert les magistrats et les capitaines, les citoyens et les soldats, les provinces et les armées par mer et par terre. C'est l'image de Dieu qui, assis dans son trône au plus haut des cieux, fait aller toute la nature.

« Quel mouvement se fait, dit saint .\ugustin\ au seul commandement de l'empereur! il ne fait que remuer les lèvres, il n'y a point de plus léger mouvement, et tout l'empire se remue. C'est, ditil, l'image de Dieu, qui fait tout par sa parole. Il a dit, et les choses ont été faites; il a commandé, et elles ont été créées. »

On admire ses œuvres; la nature est une matière de discourir aux curieux. « Dieu leur donne le monde à méditer; mais Us no découvriront jamais le secret de son ouvrage depuis le commencement jusqu'à la fin '. » On en voit quelque parcelle ; mais

1. Ercli., xxxvii. 19. — 2. Mallh., cxLvui, num. 2. — i. Ecoles., m, H.

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