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le fond est impénétrable, .\insi est le secret du prince.
Les desseins du prince ne sont bien connus que par l'exécution. Ainsi se manifestent les conseils de Dieu : jusque-là , personne n'y entre que ceux que Dieu y admet.
Si la puissance de Dieu s'étend partout , la magnificence l'accompagne. Il n'y a endroit de l'univers où il ne paraisse des marques éclatantes de sa bonté. Voyez l'ordre, voyez la justice, voyez la tranquillité dans tout le royaume : c'est l'efîet naturel de l'autorité du prince.
Il n'y a rien de plus majestueux que la bonté répandue , et il n'y a point de plus grand avilissement de la majesté , que la misère du peuple causée par le prince.
Les méchants ont beau se cacher, la lumière de Dieu les suit partout ; son bras va les atteindre jusqu'au haut des cieux , et jusqu'au fond des abîmes. « Où irai-je devant votre esprit , et où fuiraijc devant votre face ? Si je monte au ciel , vous y êtes ; si je me jette au fond des enfers , je vous y trouve; si je me lève le matin, et que j'aille me retirer sur les mers les plus éloignées , c'est votre main qui me mène là , et votre main droite me tient. Et j'ai dit : Peut-être que les ténèbres me couvriront : mais la nuit a été un jour autour de moi. Devant vous les ténèbres ne sont pas ténèbres, la nuit est éclairée comme le jour ; l'obscurité et la lumière ne sont qu'une même chose'. » Les méchants trouvent Dieu partout , en haut et en bas , nuit et jour ; quelque matin qu'ils se lèvent, il les prévient ; quelque loin qu'ils s'écartent , sa main est sur eux.
Ainsi Dieu donne au prince de découvrir les trames les plus secrètes. Il a des yeux et des mains partout. Nous avons vu que les oiseaux du ciel lui rapportent ce qui se passe. Il a même reçu de Dieu , par l'usage des affaires , une certaine pénétration qui fait penser qu'il devine. A-t-il pénétré l'intrigue, ses longs loras vont prendre ses ennemis aux extrémités du monde : ils vont les déterrer au fond des abîmes. Il n'y a point d'asile assuré contre une telle puissance.
Enfin ramassez ensemble les choses si grandes et si augustes que nous avons dites , sur l'autorité royale. Voyez un peuple immense réuni en une seule personne : voyez cette puissance sacrée , paternelle et absolue : voyez la raison secrète qui gouverne tout le corps de l'Etat, renfermée dans une seule tête ; vous voyez l'image de Dieu dans les rois , et vous avez l'idée de la majesté royale.
Dieu est la sainteté même, la bonté même, la puissance même , la raison même. En ces choses est la majesté de Dieu. En l'image de ces choses est la majesté du prince.
Elle est si grande, cette majesté , qu'elle ne peut être dans le prince comme dans sa source ; elle est empruntée de Dieu qui la lui donne pour le bien des peuples , à qui il est bon d'être contenus par une force supérieure.
Je ne sais quoi de divin s'attache au prince , et inspire la crainte aux peuples. Que le roi ne s'oublie pas pour cela lui-même. « Je l'ai dit, c'est Dieu qui parle ; je l'ai dit : Vous êtes des dieux ; et vous
i. l's., cxxxvm,"-9, etc.
êtes tous enfants du Très-Haut; mais vous mourrez comme les hommes , et vous tomberez comme les grands '. » Je l'ai dit : Vous êtes des dieux ; c'està-dire : Vous avez dans votre autorité , vous portez sur votre front un caractère divin. Vous êtes les enfants du Très-Haut : c'est lui qui a établi votre puissance pour le bien du genre humain. Mais, ô dieux de chair et de sang, ô dieux de boue et de poussière, vous mourrez comme des hommes, vous tomberez comme les grands ! La grandeur sépare les hommes pour un peu de temps ; une chute commune à la fin les égale tous.
0 rois ! exercez donc hardiment votre puissance, car elle est divine et salutaire au genre humain ; mais exercez-la avec humilité. Elle vous est appliquée pour le dehors. Au fond, elle vous laisse faibles ; elle vous laisse mortels ; elle vous laisse pécheurs, et vous charge devant Dieu d'un plus grand compte.
Il» Proposition. La magnanimité, la magnificence, et toutes les grandes vertus conviennent à la majesté.
A la grandeur conviennent les choses grandes à la grandeur la plus éminente, les choses les plus grandes, c'est-à-dire les grandes vertus.
Le prince doit penser de gran(3es choses.
« Le prince pensera des choses dignes d'un prince ^. »
Les pensées vulgaires déshonorent la majesté. Saûl est élu roi ; en même temps Dieu qui l'a élu, « lui change le cœur, et il devient un autre homme '. »
Taisez-vous , pensées vulgaires : cédez aux pensées royales.
Les pensées royales sont celles qui regardent le bien général ; les grands hommes ne sont pas nés pour eux-mêmes : les grandes puissances que tout le monde regarde , sont faites pour le bien de tout le monde.
Le prince est , par sa charge , entre tous les hommes, le plus au-dessus des petits intérêts, le plus intéressé au bien public : son vrai intérêt est celui de l'Etat. Il ne peut donc pas prendre des desseins trop nobles, ni trop au-dessus des petites vues et des pensées particulières.
Ce Saiil changé en un autre homme , dans le temps qu'il fut fidèle à la grâce de son ministère, était au-dessus de tout.
Au-dessus de la royauté , dont il appréhende le fardeau, et dont il méprise le faste *. Nous l'avons déjà vu.
Au-dessus des sentiments de vengeance. A un jour de victoire, où tout le peuple lui veut immoler ses ennemis, il offre à Dieu un sacrific.e de clémence ^.
Au-dessus de lui-même, et de tous les sentiments que le sang inspire : prêt à dévouer pour le peuple sa propre personne et celle de Jonathas son fils bien-aimé'^.
Que dirons-nous de David , à qui on donne cette belle et juste louange' : « Le roi, mon seigneur, ressemble à un ange de Dieu : il n'est ému ni du bien ni du mal qu'on dit de lui? » Il va toujours
1. l's., Lxxxi, 6, 1. — 2. Is., xxxu, 8. — 3. L l\eg.. x, (î, 9. — 4. Idem, x, .\i. — 5. Ibid., xi, 12, 13.— 6. Ibid., xiv, il. —7, //. /tej.,
XIV, n.
au public; soit que les hommes ingrats blâment sa conduite, soit qu'elle trouve les louanges dont elle est digne.
Voilà la véritable magnanimité que les louanges n'enflent point, que le blâme n'abat point, que la seule vérité touche.
On abandonne avec joie toute sa fortune à la conduite d'un tel prince : « Vous êtes comme un ange de Dieu; faites de moi tout ce qu'il vous plaira, » lui dit Miphiboseth', petit-fils de Saiil, trahi par Siba , son serviteur.
En effet, David n'était plein que de grandes choses, de Dieu et du bien public.
Nous avons vu que malgré les rébellions et l'ingratitude de son peuple , il se dévoue pour lui à la vengeance divine , comme étant le seul coupable : « Frappez, Seigneur, frappez ce coupable, et épargnez le peuple innocent^. »
Combien sincèrement avoue-t-il sa faute , chose si rare à un roi I Avec quel zèle la répare-t-il ! « J'ai péché, dit-iP, d'avoir fait le dénombrement du peuple. 0 Seigneur! pardonnez-moi, car j'ai agi trop follement. »
Nous lui avons vu mépriser sa vie en cent combats ; et après, nous l'avons vu se mettre au-dessus de la gloire de combattre , en se conservant pour son Etat.
Mais combien est-il au-dessus du ressentiment et des injures? Nous avons admiré sa joie, quand Abigaïl l'empêcha de se venger de sa propre main. Nous l'avons vu épargner, et défendre contre les siens, Saiil son persécuteur, quoiqu'il sût qu'en se vengeant il s'assurait la couronne, dont la succession lui appartenait. Quelle hauteur de courage , de se mettre si aisément au-dessus de la douceur de régner et de celle de la vengeance?
Quand Saiil et Jonathas furent tués, David les pleure tous deux; David chante leur louange. Ce n'est pas seulement Jonathas, son intime ami , dont il déplore la perte : il pleure son persécuteur. « Saiil et Jonathas , tous deux aimables et couverts de gloire , toujours unis dans leur vie , n'ont pas été séparés à la mort. Filles d'Israël, pleurez Saiil qui vous habillait de pourpre, par qui vous aviez des parures d'or; » et le reste*.
11 ne tait point les vertus d'un prédécesseur injuste, qui a fait tout ce qu'il a pu pour le perdre : il les célèbre, il les immortalise par une poésie incomparable.
Il ne pleure pas seulement Saiil; il le venge, et punit de mort celui qui s'était vanté de l'avoir tué. «' Je l'ai percé de mon épée, disait ce traître", après lui avoir ôté le diadème de dessus la tête, et le bracelet qu'il avait au bras, pour vous apporter ces marques royales , à vous , mon seigneur. »
Ces riches présents ne sauvèrent pas ce parricide. (' Pourquoi n'as-tu pas craint de mettre la main sur l'oint du Seigneur''? »
Que ce soit , si vous voulez , l'intérêt de la royauté qui lui ait fait venger son prédécesseur : toujours est-ce un sentiment au-dessus des pensées vulgaires , que David banni, loin de témoigner de la joie d'une mort qui le délivrait d'un si puissant
1. //. neg-, XIX, 27. — 2. Idem, xxiv. 17. — 3. Ibid., xxiv, 17.— i. Ibid., 1, 17, 23, 2i, etc. - 5. Ibid., 10. — 6. ibid., i, U.