‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 374 sur 609 · LIVRE VI. -^DEVOIRS DES SUJETS ENVERS LE ROI · texte numérisé non relu

LIVRE VI. -^DEVOIRS DES SUJETS ENVERS LE ROI

ennemi et lui mettait le diadème sur la tête , la venge sur l'heure , et assure le repos public avec la vie des rois.

Il avait encore un redoutable ennemi ; c'était un fils de Saiil qui partagait le royaume : il semblait que la politique le pouvait porter à ménager davantage celui qui le défit de Saiil ; mais ce grand courage ne veut point être délivré de ses ennemis par des attentats et par des crimes.

En effet, quelque temps après, des méchants lui apportèrent la tête de ce second ennemi. « Voilà, lui dirent-ils', la tète d'Isboseth, fils de Saiil, qui en voulait à votre vie ; mais le Seigneur vous en a vengé. David dit : Vive le Seigneur qui m'a délivré de tout péril! j'ai fait mourir celui qui croyait m'apporter une nouvelle agréable en m'annonçant la mort de Saiil ; il trouva la mort lui-même au lieu de la récompense qu'il espérait : combien plus vous dois-je ôler de la terre, vous qui avez tué dans son lit un homme innocent! »

Il les fit mourir aussitôt , et fit arracher en lieu public leurs mains sanguinaires et leurs pieds qui avaient couru au meurtre , afin que tout Israël connût qu'il ne voulait point de tels services.

Et ce qui montre qu'il agit en tout par les motifs les plus nobles, c'est le soin qu'il prend des restes de la maison de SaiiP : « Resle-t-il encore quelqu'un de la maison de Saiil , afin que je lui fasse du bien pour l'amour de Jonathas? Il trouva Miphiboseth, fils de Jonathas, à qui il donna sa table, après lui avoir rendu toutes les terres de sa maison.

Au lieu que les rois d'une nouvelle famille ne songent qu'à alTaiblir et à détruire les restes des maisons qui ont été sur le trône devant eux , David soutient et relève la maison de Saiil et de Jonathas.

En un mot toutes les actions et toutes les paroles de David respirent je ne sais quoi de si grand, et par conséquent de si royal, qu'il ne faut que lire sa vie et écouter ses discours pour prendre l'idée de la magnanimité.

A la magnanimité répond la magnificence qui joint les grandes dépenses aux grands desseins.

David nous en est encore un beau modèle. Ses victoires étaient marquées par les dons magnifiques qu'il faisait au sanctuaire, qu'il enrichissait des dépouilles des royaumes subjugués'.

La belle chose de voir ce grand homme, après avoir achevé glorieusement tant de guerres , passer sa vieillesse à faire les préparatifs et les desseins de ce magnifique temple que son fils bàtil après sa mort!

Il assembla à grands frais tout ce qu'il y avait de plus excellents ouvriers : il amassa des poids immenses de fer et d'airain : les cèdres qu'il fit venir n'avaient point de prix : il consacra à ce grand ouvrage cent mille talents d'or, et dix millions de talents d'argent; le reste était innombrable. Salomon mon fils est jeune , et la maison , disait-il, que je veux bâtir, doit être renommée par tout l'univers : ainsi je lui en veux préparer toute la dépense'. »

Après de si magnifiques préparatifs, il croyait

I. ir.Reg.. IV, 8,9. 10.11.12. — 2. Idem, ix, 1.7, 9. - 3. Ibid. VIII, 11; /. l'ai:, xvm, 11. —4. /. Par., xxii, 1-5, 1+.

n'avoir rien fait. « J'ai offert, dit-il', à Dieu toutes ces choses dans ma pauvreté. » Il trouve pauvre tout ce qu'il a préparé , parce que cette dépense royale n'égalait pas ses désirs ni ses idées , tant \\ les avait grandes.

On parlera plus commodément , en un autre endroit, des magnificences de Salomon, et des autres grands rois de Juda. Et pour définir en quoi consiste la magnificence , on verra qu'elle paraît dans les grands travaux consacrés à l'utilité publique , dans les ouvrages qui attirent de la gloire à la nation, qui impriment du respect aux sujets et aux étrangers, et rendent immortels les noms des princes.

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