Ici., V
111» Proposition. On doit le tribut au prince.
Si , comme nous avons vu , on doit exposer sa vie pour sa patrie et pour son prince , à plus forte raison doit-on donner une partie de son bien pour soutenir les charges publiques. Et c'est ce qu'on appelle ici le tribut.
Saint Jean-Baptiste l'enseigne'. « Les publicains (c'étaient eux qui recevaient les impôts et les revenus publics) vinrent à lui pour être baptisés, et lui demandaient : Maître , que ferons-nous pour être sauvés?» U ne leur dit pas : Quittez vos emplois , car ils sont mauvais et contre la conscience ; mais il leur dit : N'exigez pas plus qu'il ne vous est ordonné^. »
Notre Seigneurie décide. Les pharisiens croyaient que le tribut qu'on payait par tète à César, dans la Judée , ne lui était pas dû. Ils se fondaient sur un prétexte de religion, disant que le peuple de Dieu ne devait point payer de tribut à un prince infidèle. Ils voulurent voir ce que dirait iNotre Seigneur sur ce sujet : parce que, s'il parlait pour César, ce leur était un moyen de le décrier parmi le peuple ; et s'il parlait contre César, ils le déféreraient aux Romains. Ainsi ils lui envoyèrent leurs disciples qui lui demandèrent^ : « Est-il permis de payer le tribut qu'on exige par tête pour César? Jésus connaissant leur malice, leur dit : Hypocrites, pourquoi tâchez-vous de me surprendre? Montrez-moi une pièce de monnaie. Ils lui donnèrent un denier. Et Jésus leur dit : De qui est cette image et cette inscription? De César, lui dirent-ils. Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Comme s'il eût dit : Ne vous servez plus du prétexte de la religion pour ne point payer le tribut : Dieu a ses droits, séparés de ceux du prince. Vous obéissez à César; la monnaie dont vous vous servez dans votre commerce, c'est César qui la fait battre : s'il est votre souverain , reconnaissez sa souveraineté en lui payant le tribut qu'il impose.
Ainsi les tributs qu'on paie au prince sont une reconnaissance de l'autorité suprême; et on ne les peut refuser sans rébellion.
Saint Paul l'enseigne expressément'. Le prince est ministre de Dieu, vengeur des mauvaises actions. Soyez-lui donc soumis par nécessité, nonseulement par crainte de la colère du prince, mais encore par l'obligation de votre conscience. C'est pourquoi vous lui payez tribut; car ils sont ministres de Dieu, servant pour cela. Rendez donc à chacun ce que vous lui devez : le tribut , à qui est dû le tribut; la taille, à qui elle est due; la crainte, à qui elle est due ; et l'honneur à qui est dû l'honneur. »
On voit , par ces panoles de l'Apôtre , qu'on doit payer le tribut au prince religieusement et en conscience , comme on lui doit rendre l'honneur et la sujétion qui est due à son ministère.
Et la raison fait voir que tout l'Etat doit contribuer aux nécessités publiques auxquelles le prince doit pourvoir.
Sans cela il ne peut ni soutenir ni défendre les particuliers, ni l'Etat même. Le royaume sera en
1. i«c.,m, 12. — 2. /rfem,13. — 3. Ma((/i., xxii, 17, 18, 19, 20, 21. — 4. Ji(j)n.,xiii, -t, 5, 6, 7.