‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 378 sur 609 · Par., xiii · texte numérisé non relu

Par., xiii

— i.Dan., u, 37.

■ 2. Jerem., Lam., n- . 20. — 3. /j..xlv, 1.

roLITIQUE DE L'ÉCRITURE SAINTE.

C'est pourquoi le peuple de Dieu priait pour la vie de Nabuciiodonosor, de Balthasar ' , et d'Assuérus -.

Achub et Jézabel avaient fait mourir tous les prophètes du Seigneur. Elie s'en plaint à Dieu' : mais il demeure toujours dans l'obéissance.

Les prophètes , durant ce temps , font des prodiges étonnants pour défendre le roi et le royaume*.

Elisée en fit autant sous Joram , fds d'Achab% aussi impie que son père.

Rien n'a jamais égalé l'impiété de Menasses qui pécha et fit pécher Juda contre Dieu , dont il tâcha d'abolir le culte , persécutant les fidèles serviteurs de Dieu , et faisant regorger Jérusalem de leur sang". Et cependant Isaie , et les saints prophètes qui le reprenaient de ses cfimes , jamais n'ont excité contre lui le moindre tumulte.

Cette doctrine s'est continuée dans la religion chrétienne.

C'était sous Tibère, non-seulement infidèle, mais encore méchant, que Notre Seigneur dit au.\ Juifs : << Rendez à César ce qui est à César''. »

Saint Paul appelle à César*, et reconnaît sa puissance.

Il fait prier pour les empereurs % quoique l'empereur qui régnait du temps de cette ordonnance fût Néron , le plus impie et le plus méchant de tous les hommes.

Il donne pour but à cette prière la tranquillité publique , parce qu'elle demande qu'on vive en paix, même sous les princes méchants et persécuteurs.

Saint Pierre et lui commandent aux fidèles d'être soumis aux puissances '". Nous avons vu leurs paroles ; et nous avons vu quelles étaient alors les puissances dans lesquelles ces deux saints apôtres faisaient respecter aux fidèles l'ordre de Dieu.

En conséquence de cette doctrine apostolique , les premiers chrétiens , quoique persécutés durant trois cents ans , n'ont jamais causé le moindre mouvement dans l'empire. Nous avons appris leurs sentiments par TertuUien, et nous les voyons dans toute la suite de l'histoire ecclésiastique.

Ils continuaient à prier pour les empereurs , même au milieu des supplices auxquels ils les condamnaient injustement. « Courage, dit Tertullien", arrachez, ô bons juges ! arrachez aux chrétiens une âme qui répand des vœux pour l'empereur. »

Constance , fils de Constantin le Grand , quoique protecteur des ariens , et persécuteur de la foi de Nicée, trouva dans l'Eglise une fidélité inviolable.

Julien l'Apostat, son successeur, qui rétablit le paganisme condamné par ses prédécesseurs , n'en trouva pas les chrétiens moins fidèles ni moins zélés pour son service : tant ils savaient distinguer l'impiété du prince d'avec le sacré caractère de la majesté souveraine.

Tant d'empereurs hérétiques qui vinrent depuis , un Valons , une Justine , un Zenon , un Basilisque, un Anastase, un lléraclius, un Cons-

1. narruch., i, H. — 2. Esdr.. vi.lO. — 3. II!. Reg., xix, 10, U. — 4. Iikm. XX. — 5. IV. lieg., m, vi, ii. — 6. Jdem, xxi , 2, 3,1G. — 7. ilallh., XXII, 21. — 8. Act., xxv, 10, U, clc. — 9. /. Tint., il,

12. — 10. nom., XIII, 5; l. Pet 12,11,17,18. —11. Terl.. .^iidog.,

tant: quoiqu'ils chassassent de leur siège les évoques orthodoxes , et même les Papes , et qu'ils remplissent l'Eglise de carnage et de sang, ne virent jamais leur autorité attaquée ou affaiblie par les catholiques.

Enfin, durant sept cents ans, on ne voit pas seulement un seul exemple où l'on ait désobéi aux empereurs sous prétexte de religion. Dans le huitième siècle , tout l'empire demeure fidèle à Léon Isaurien , chef des iconoclastes , et persécuteur des fidèles. Sous Constantin Copronyme, son fils , qui succéda à son hérésie et à ses violences aussi bien qu'à sa couronne , les fidèles d'Orient n'opposèrent que la patience à la persécution. Mais dans la chute de l'empire, lorsque les césars suffisaient à peine à défendre l'Orient où ils s'étaient renfermés, Rome, abandonnée près de deux cents ans à la fureur des Lombards , et contrainte d'implorer le secours des Français , fut obligée de s'éloigner des empereurs.

On pàtit longtemps avant que d'en venir à cette extrémité ; et on n'y vint enfin, que quand la capitale de l'empire fut regardée , par ses empereurs , comme un pays exposé en proie , et laissé à l'abandon.

VI" PaorosiTioN. Les sujets n'ont à opposer à la violence des princes que des remontrances respectueuses , sans mutinerie et sans murmure, et des prières pour leur conversion.

Quand Dieu voulut délivrer les Israélites de la tyrannie de Pharaon, il ne permit pas qu'ils procédassent par voie de fait contre un roi dont l'inhumanité envers eux était inouïe. Us demandèrent avec respect la liberté de sortir, et d'aller sacrifier à Dieu dans le désert.

Nous avons vu que les princes doivent écouler i même les particuliers, à plus forte raison doivenl- ! ils écouter le peuple qui leur porte avec respect ses justes plaintes par les voies permises. Pharaon, tout endurci et tout tyran qu'il était , ne laissait pas du moins d'écouler les Israélites. Il écoutait ■ Moïse et Aaron '. « Il reçut à son audience les ma- I gislrats du peuple d'Israël, qui vinrent se plaindre à lui avec de grands cris , et lui disaient : Pourquoi traitez-vous ainsi vos serviteurs^? »

Qu'il soit donc permis au peuple oppressé de recourir au prince par ses magistrats , et par les voies légitimes : mais que ce soit toujours avec respect.

Les remontrances pleines d'aigreur et de murmure sont un commencement de sédition, qui ne doit pas être souffert. Ainsi les Israélites murmuraient contre Moïse, et ne lui ont jamais fait une remontrance tranquille ^.

Moïse ne cessa jamais de les écouter, de les adoucir, de pi-ier pour eux , et donna un mémorable exemple de la bonté que les princes doivent à leur peuple ; mais Dieu , pour établir l'ordre , fit de grands châtiments de ces séditieux.

Quand je dis que ces remontrances doivent être respectueuses , j'entends qu'elles le soient effectivement , et non-seulement en apparence , comme celles de Jéroboam et des dix tribus, qui dirent à Roboam : « Votre père nous a imposé un joug in-

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