‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 382 sur 609 · Rom., I, 20, etc. — 2. Act., xvii, 18. — 3. lilem · texte numérisé non relu

Rom., I, 20, etc. — 2. Act., xvii, 18. — 3. lilem

POLITIQUE DK L'ECRITURE SAINTE

Ainsi les fausses religions n'avaient rien qui se soutfnL Aussi ne consistaient-elles que dans un zèle aveugle, séditieux, turbulent, intéressé, plein d'ignorance, confus, et sans ordre ni raison: comme il parait dans l'assemblée confuse et tumultueuse des EpUésiens , et dans leurs clameurs in- j sensées en faveur de leur grande Diane ' : ce qui ^ est bien éloigné du bon ordre et de la stabilité raisonnable qui constitue les Etats : c'est cependant la suite inévitable de l'erreur. Il faut donc chercher le fondement solide des Etats dans la vérité , qui est la mère de la paix : et la vérité ne se trouve que dans la véritable religion.

ARTICLE III

Que la véritable religion se fait connaître par des marques sensibles.

Première Proposition. La vraie religion a pour marque manifeste son antiquité.

« Souvenez-vous des anciens jours : pensez à toutes les générations particulières : interrogez votre père , et il vous l'annoncera ; demandez à vos ancêtres, et ils vous le diront-. C'est le témoignage qu'en rendait Moïse à tout le peuple dans ce dernier cantique qu'il lui laissait comme l'abrégé et le mémorial éternel de son instruction. D'où il conclut^ : « N'est-ce pas Dieu qui est votre père, qui vous a possédés, qui vous a faits, qui vous a [ créés? » Voilà sur quoi il fonde la religion.

Salomon dit la même chose : « N'outre-passez point les bornes que vos pères ont établies*. » Ne changez rien, n'innovez rien.

Jérémie a encore donné ce grand caractère à la religion, pour détruire les nouveautés que le peuple y introduisait. « Tenez-vous , dit-il % sur les grands chemins , et informez-vous des voies anciennes , et quelle est la bonne voie , et niarchcz-y : et vous trouverez la consolation et le rafraîchissement de vos âmes. »

Tout cela veut dire qu'en quelque état qu'on regarde la religion, et en quelque temps qu'on se trouve, on verra toujours ses ancêtres, et même son père devant soi ; on trouvera toujours des bornes posées , qu'il n'est pas permis d'outre-passer, on verra toujours devant soi le chemin battu, dans lequel on ne s'égare jamais.

Les apôtres ont donné le même caractère à l'Eglise chrétienne. « 0 Timothée ! » ( ô homme -de Dieu! ô pasteur! ô prédicateur! qui que vous soyez, et en quelque temps que vous veniez) « gardez le dépôt qui vous a été confié : » (une chose qui vous a été laissée, que vous trouverez toujours tout établie dans l'Eglise) « évitant les profanes nouveautés dans les paroles. » Ce que l'Apôtre répète par deux fois".

Le moyen que les apôtres ont laissé à l'Eglise pour cela, est celui-ci , que saint Paul marque au

même Timothée''

Mon fils , fortifiez-vous dans

la grâce qui est en Jésus-Christ. Et ce que vous avez ouï de moi en présence de plusieurs témoins, laissez-le , et le confiez à des hommes fidèles qui soient capables d'en instruire d'autres. » Jésus-Christ avait proposé le même moyen et

1. Act., XIX. 21.28, 3i, etc. — 2. Deut., xxxii, 7. — 3. lilem, G. — t. Prov., XXII, 28. — 5. Jer., vi, 16. - G. /. Tim., vi, 20j /;. Tim., II, lu. — 7. Idcm,\, 2.

l'avait rendu éternel, en disant à ses apôtres, et en leurs personnes à leurs successeurs , selon le ministère qu'il leur a commis ' : Allez , enseignez , baptisez : et moi je suis avec vous tous les jours (sans interruption), jusqu'à la fin des siècles : » parce qu'il promet qu'il n'y aura jamais d'interruption dans cette suite du ministère extérieur. Ce qui se confirme encore par cette parole : « Tu es Pierre , et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise : et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle^ » D'où il s'ensuit, qu'en quelque temps et en quelque état qu'on soit , on trouvera toujours l'Eglise ferme, Jésus-Christ toujours avec ses pasteurs, la bonne doctrine par conséquent, toujours établie, et venue de main en main. Ce qui fera qu'on dira en tout temps : Je crois l'Eglise catholique. Et toujours avec saint Paul' : « Si quelqu'un vous annonce et vous donne pour évangile autre chose que ce que vous avez reçu , qu'il soit anathème. »

Sur ce fondement, en quelque état et en quelque temps qu'on se trouve après Jésus-Christ , on possédera toujours la vérité , en allant devant soi dans le chemin battu par nos pères, en révérant les bornes qu'ils ont posées , et en les interrogeant de ce qu'ils croyaient. Par ce moyen , de proche en proche, on trouvera Jésus-Christ; lorsqu'on y sera arrivé , on Interrogera encore ses pères , et on trouvera qu'ils croyaient le même Dieu , et attendaient le même Christ à venir, sans qu'il intervienne d'autre changement entre hier et aujourd'hui, sinon celui d'attendre hier celui qu'aujourd'hui on croit venu. Ce qui fait dire à l'Apôtre* : « Dieu que je sers selon la foi qui m'a été laissée par mes ancêtres. » El parlant à Timothée" : « Souvenezvous de la foi qui est en vous, sans fiction : et qui a premièrement habité (comme dans un lieu permanent et dans une demeure ordinaire) dans votre aïeule Loïde , et dans votre mère Eunice. » Et encore plus généralement : « Jésus-Christ était hier et aujourd'hui , et il est aux siècles des siècles. » D'où le même apôtre conclut : « Ne vous laissez point emporter à des doctrines variables et étrangères". »

Par ce moyen , après la succession de l'Eglise , qui a son commencement dans les apôtres et en Jésus-Christ, vous venez à celle de la loi et de ses pontifes , qui ont leur commencement dans Moïse et dans Aaron. C'est là que Moïse nous apprend à interroger encore nos pères : et on trouve qu'ils adoraient le Dieu d'Abraham , d'Isaac et do Jacob , qui adoraient celui doiMelchisédech, qui adorait celui de Sem et de .\oé, qui adoraient celui d'Adam, dont la mémoire était récente , la tradition toute fraîche , le culte très-bien établi et très-reconnu. De sorte qu'en quelque temps donné que ce puisse être , montant de proche en proche , on vient li Adam, et au commencement de l'univers, par un enchaînement manifeste.

II" Proposition. Toutes les fausses religions ont pour marque manifeste leur innovation.

Pour confondre les idolâtries des rois deJuda, même dans les temps les plus ténébreux, celle

1. Jt/dWi., XXVIII , 19, 20. — 2. Idem, xiv, 18. — 3. Gal.,i, 0. — ' 4. //. Tim., I, 3. — 5. Idem, 5. — 6. Ileb-, xiii, 8, 9.

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