LIVRE VII. — DES DEVOIRS PARTICULIERS DE LA ROYAUTÉ
d'Achaz , de Manassès , d'Amon , de Joachaz et de ses enfants , jusqu'au dernier roi, qui fut Sédécias , il ne faut que leur dire avec Moïse : « Interrogez votre père, demandez à vos ancêtres'. » Et sans recourir jusqu'à eux , et remonter jusqu'à l'origine des histoires oubliées, il n'y avait qu'à leur dire : Interrogez Josias , dont la mémoire est toute récente : interrogez Ezéchias : interrogez Manassès lui-même, dont les égarements ont été les plus extrêmes ; et souvenez-vous de la pénitence par laquelle Dieu l'a fait revenir au culte de son père Ezéchias. Au-dessus d'Ezéchias , et du temps d'Achaz , interrogez Ozias son père , son aïeul Joatham , et son bisaïeul Amasias ; interrogez Josaphat, interrogez Asa, voyez quelle religion ils ont suivie. Pour confondre Abiam, etsonpère Roboam, fils de Salomon , qui à la fin se sont égarés , obligez-les à interroger Salomon : s'ils vous objectent ses dernières actions , rappelez-leur les premières , lorsque la sagesse de Dieu était en lui si visiblement. Montrez-leur David et Samuel qui l'a oint , 't Héli, sous qui Samuel s'était formé; et de proche en proche , tous les juges jusqu'à Josué ; et immédiatement au-dessus de Josué, Moïse même. Mais Moïse vous renvoie à vos ancêtres , et il ne fait que vous montrer des patriarches, dont la mémoire était toute fraîche jusqu'à Abraham et le reste que nous avons dit.
Il est vrai que , dans cette suite , il y avait souvent eu de mauvais exemples : et c'est pourquoi il est dit de certains rois , qu'ils firent mal devant le Seigneur, comme de Joaliim et de ses successeurs : « Celui-ci fit mal devant le Seigneur, ainsi qu'avaient fait ses pères ^ » Et en général de tout le peuple : « Ils firent mal comme leurs pères, qui ne voulaient point obéir au Seigneur'. » Cependant , à travers la suite des mauvais exemples que souvent on recevait de ses derniers pères , il était toujours aisé de démêler ceux qui demeuraient dans la foi des anciens pères, et ceux qui l'abandonnaient : de sorte qu'on disait toujours : Interrogez vos ancêtres et le Dieu de vos pères.
III" Proposition. La suite du sacerdoce rend cette marque sensible.
La succession du sacerdoce marquait aussi la suite de la religion. Le sang de Lévi , une fois consacré à cet office , n'a jamais cessé de donner des ministres au temple et à l'autel : d'Aaron et de ses enfants, sortis de Lévi, sont toujours sortis des pontifes et des sacrificateurs , sans que jamais la succession du sacerdoce ait été interrompue pour peu que ce fût : et parmi ces sacrificateurs il y en a toujours eu qui conservaient le vrai culte, les vrais sacrifices, et toute la religion établie de Dieu par Moïse. Témoins » les sacrificateurs enfants de Sadoc , qui ont toujours conservé , dit le Seigneur, les cérémonies de mon sanctuaire , pendant que les enfants d'Israël, et même ceux de Lévi, s'égaraient*. »
Tout ce qu'on chantait dans le temple , les psaumes de David et des autres que tout le peuple savait par cœur, le temple même, l'autel même, la pàque , la circoncision , et tout le reste des obser-
». Deut., XXXII. 6, 7. — 2. /;'. Reg., xxiii, 3-2, 37. - 3. Idem, XVII, 14. — 4. Ezecli., XLVin, U.
vances légales, étaient en témoignage aux errants. Tout rappelait à David , à Moïse , à Abraham , à Dieu créateur de tout, et toujours de proche en proche : en sorte qu'il n'y avait qu'à ouvrir les yeux, pour reconnaître la suite de la religion toute manifeste par des faits constants, et sans aucun embarras, pourvu seulement qu'on voulût voir.
Le schisme de Jéroboam avait de pareilles marques d'innovation. Car la mémoire du temple bâti par Salomon était récente. Il n'était pas moins visible que Salomon n'avait fait que suivre les desseins de son père David, qui lui-même n'avait fait autres choses que de désigner, selon les préceptes tant de fois réitérés par Moïse , le lieu où le Seigneur voulait être servi.
Ainsi Jéroboam, et les schismatiques qui le suivaient, n'avaient qu'à interroger leurs pères, et même qu'à se souvenir, par ce qu'ils avaient vu de leurs yeux , sous Salomon et sous David , dans le temps où tout le peuple était réuni dans un même culte et où tout Israël était d'accord , que c'était en sa pureté le culte établi par Moïse , dont tous recevaient les oracles.
Il n'était pas moins évident que les schismatiques s'étaient retirés des lévites enfants do Lévi, et des sacrificateurs enfants d'Aaron, à qui toute la nation et les schismatiques eux-mêmes, ne pouvaient pas ignorer que Dieu n'eût donné le sacerdoce , et tout le ministère de la religion.
Jéroboam savait bien lui-même qu'Ahias prophète du Seigneur, qui lui avait prédit qu'il serait roi , servait le Dieu de ses pères , et détestait ses veaux d'or. Il continue dans son schisme à le consulter, et en reçoit de dures réponses suivies d'un prompt effet'. Il était notoire à tout le monde que les veaux d'or de Jéroboam n'avaient été érigés que par une pure politique , contre les maximes véritables de la religion , comme il a été expliqué ailleurs. Et enfin il n'y avait rien de plus évident que ce que disait Abia, fils de Roboam, aux schismatiques , pour les rappeler à l'unité de leurs frères- : << Dieu (qui a toujours été notre roi) possède encore le royaume par les enfants de David. Il est vrai que vous avez parmi vous un grand peuple , et les veaux d'or vos nouveaux dieux, que Jéroboam a fabriqués. » Mais vous avez rejeté les sacrificateurs du Seigneur, les enfants d'Aaron, et les lévites, <( que vous-mêmes vous reconnaissiez avec nous, et à qui vous savez bien que Dieu a donné le sacerdoce par Moïse : et vous vous êtes fait des sacrificateurs, comme les autres peuples du monde » (sans succession, sans ordre de Dieu) : « le premier venu est fait sacrificateur. Poumons notre Seigneur c'est Dieu même, que nous n'avons point abandonné : et nous persistons à reconnaître les sacrificateurs qu'il nous a donnés, qui sont les enfants d'Aaron et les lévites , chacuo-en son rang. Ainsi Dieu est dans notre armée avec ses sacrificateurs qu'il a établis. Enfants d'Israël , ne combattez point contre le Seigneur votre Dieu : car cela ne vous sera point utile. » C'était ouvertement combattre contre Dieu, que d'innover si manifestement dans la religion, et que d'en mépriser tous les monuments qui restaient encore.
i. III. Iteg., XIV, i, 2 et seq. — 2. //. Par., xiii, 8, 0, 10, 12.
POLITIQUE DE L'ÉCRITURE SAINTE
IV<^ PnoposmON. Cette marque d'innovation est ineffaçable.
Le long temps n'effaçait point cette tache. On se souvenait toujours de David et de Salomon sous qui toutes les tribus étaient unies. On ne se souvenait pas moins distinctement de Jéroboam, qui les avait séparées. Deux ou trois cents ans après le schisme, Ezéchias disait encore auxschismatiques' : « Enfants d'Israël , retournez au Seigneur Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob. » On leur parlait d'y retourner, comme à ceux qui s'en étaient séparés. « Ne soyez point, poursuivait-il-, comme vos pères et vos frères, qui se sont retirés du Dieu de leurs pères. » On leur apprenait à distinguer leurs derniers pères des premiers, dont on s'était séparé. « N'imitez pas vos pères, qui se sont retirés des leurs. Suivez le Dieu de vos pères, et remontez à la source. Venez à son sanctuaire qu'il a sanctifié pour toujours^ » Ce n'était pas pour un temps que David et Salomon avaient fait le temple en exécution de la loi de Moïse. « Servez donc le Dieu de vos pères ; » le Dieu de Salomon et de David , qui était sans contestation celui de Moïse et celui d'Abraham.
Le caractère du schisme était d'avoir rompu cet^e chaîne. Cette marque d'innovation suit les schismatiques de génération en génération ; et une tache de cette nature ne se peut jamais effacer.
V" Proposition. La même marque est donnée pour connaître les schismatiques séparés de l'Eglise chrétienne.
Ainsi en est-il arrivé à tous ceux qui ont fait de nouvelles sectes dans la religion , et autant parmi les chrétiens que parmi les Juifs. L'apôtre saint Jude leur a donné pour caractère « de se séparer eux-mêmes*. " Et il a expressément marqué que c'était là l'instruction commune que tous les apôtres avaient laissée aux Eglises. « Pour vous, ditiP, mes bien-aimés, souvenez-vous des paroles de la prédiction des apôtres : qu'il viendrait dans les derniers temps des trompeurs , qui marcheraient selon leurs désirs dans leurs impiétés. » Pour les connaître sans difficulté , voici leur marque : « Ce sont ceux, ajoute-t-il, qui se séparent eux-mêmes. » C'est une tache ineffaçable : et les apôtres , qui craignaient pour les fidèles la séduction de ces trompeurs , se sont accordés à en donner ce caractère sensible. Ils rompront avec tout le monde; ils renonceront à la religion qu'ils trouveront établie, et s'en sépareront. Ils ont toujours sur le front ce caractère d'innovation, selon la prédiction des apôtres.
Nulle hérésie ne s'en est sauvée quoi qu'elle ait pu faire. Ariens , macédoniens , nestoriens , pélagicns , eutychiens , tous les autres , dans quelques siècles qu'ils aient paru , loin ou proche de nous , portent dans leur nom , qui vient de celui de leur auteur, la marque de leur nouveauté. On nommera éternellement Jéroboam , qui s'est séparé , et qui a fait pécher Israël. Le schisme est toujours connu pur son auteur : la plaie ne se ferme pas par le temps; et pour peu qu'on y regarde de près, la rupture parait toujours fraîche et sanglante.
1. //. Par., XXX, U. — 2. Idem. 7.-3. Ibid., 8. — 4. Ep. Jui., l'J. — ô. Itlem. n-l'j.
VI" PnornsiTiON. Il no suffit pas de conserver la saine doctrine sur les fondements de la foi : il faut en tout et partout être uni à la vraie Eglise.
Les Samaritains adoraient le vrai Dieu, qui était le Dieu de Jacob ; et ils attendaient le Messie. La Samaritaine déclare l'un et l'autre , lorsqu'elle dit au Sauveur' : « Nos pères ont adoré dans cette montagne. » Et un peu après- : « Le Christ va venir, et nous apprendra toutes choses. » Doctrine qu'on sait d'ailleurs avoir été commune aux Samaritains avec le peuple de Dieu. Et néanmoins , parce qu'ils étaient séparés de Jérusalem et du temple , sans communiquer à la vraie Eglise et à la tige du peuple de Dieu, cette femme reçoit cette sentence de la bouche du Fils de Dieu'' : « Vous adorez ce que vous ne savez pas : pour nous (pour nous autres Juifs) , nous adorons ce que nous savons et le salut vient des Juifs. » C'est de nous que viendra le Christ; c'est parmi nous qu'il le faut chercher; et il n'y a de salut que parmi les Juifs.
Ainsi en est-il de tous les schismes, et c'est en vain qu'on s'y glorifie d'avoir conservé les fondements du salut.
VII« Proposition. U faut toujours revenir à l'origine.
Quelque temps qu'ait duré un schisme , il ne prescrira jamais contre la vérité. Le schisme de Samarie avait sa première origine dans celui de Jéroboam ; et il y avait près de mille ans qu'il subsistait quand le Fils de Dieu le réprouva par la sentence qu'on vient d'entendre.
Les Cuthéens , appelés depuis les Samaritains , avaient été introduits dans la terre des dix tribus séparées, que les Assyriens en avaient chassées*. Leur religion naturelle était le culte des idoles; mais instruits par un prêtre des Israélites, ils y joignirent quelque chose du culte do Dieu, suivant que le pratiquaient les schismatiques. Ils étaient donc à leur place, et leur succédèrent : mais quoiqu'ils se soient corrigés dans la suite , et du faux culte des Israélites , et de leurs idolâtries particulières , ne rendant plus d'adoration ni de culte qu'au vrai Dieu : tout cela , et le long temps de leur séparation fut inutile ; et Jésus-Christ a décidé qu'il n'y avait de salut pour eux qu'en revenant à la tige.
VIII'= Proposition. L'origine du schisme est aisée à trouver.
La connaissance de l'origine de celui des Samaritains dépendait de certains faits qui étaient notoires , tel qu'était l'histoire de Jéroboam , et de la première séparation des dix tribus après le règne de David et de Salomon, où tout le peuple était uni. Ce commencement ne s'oublie jamais : et on oublierait aussitôt son père et sa mère , que David ot Salomon et Jéroboam , dont le dernier avait séparé ce que les deux autres avaient conservé dans l'union qu'on avait toujours gardée avant eux.
Ce mal ne se répare point. Après cent générations , on trouve encore le commencement , c'està-dire la fausseté de sa religion. Ce qui rend ce commencement ot la date du schisme manifeste , dans toutes les sectes séparées qui sont ou qui
). Joan., IV, 20. — 2. Idem, 5. - 3. Ibid.. 22. — i. IV. fie,!?., xvn. 2i et scri-