LIVRE VII. — DES DEVOIRS PARTICULIERS DE LA lîOYAUTÉ
lurent jamais , c'est qu'il y a toujours un point où Ion demeure court, sans qu'on puisse remonter plus haut. Il n'en était pas ainsi du vrai peuple, à qui la succession de ses prêtres et de ses lévites rendait témoignage : tout parlait pour lui, le temiile même et la cité sainte , dont il était en posses- - on de tout temps. Mais au contraire, les schisliiatiques de Samarie ne pouvaient jamais établir leur succession, ni remonter jusqu'à la source, ni par conséquent effacer la marque de la rupture. i/est pourquoi le Fils de Dieu prononce contre ••ux la condamnation qu'on a ouïe.
Tous les schismes ont la même marque. Encore que le sacerdoce ou le ministère chrétien ne suive pas la trace du sang, comme celui de l'ancien peuple, la succession n'en est pas moins assurée. Les pontifes, ou les évêques du christianisme, se suivent les uns les autres , sans interruption ni dans les sièges ni dans la doctrine; mais le novateur, qui change la doctrine de son prédécesseur, il se fera remarquer par son innovation . Les catéchismes, l*s rituels, les livres de prières, les temples mêmes, i;t les autels, oii son prédécesseur et lui-même avant l'innovation ont ser\i Dieu, porteront témoignage contre lui. C'est ce qui faisait dire à Jésus-Christ ' : « Vous adorez ce que vous ne savez pas. » Vous ne savez pas l'origine, ni de la religion, ni de l'alliance. « Pour nous (pour les Juifs du nombre desquels je suis), nous adorons ce que nous savons. » Nous en connaissons l'origine, jusqu'à la source de .Moïse et d'Abraham; et le salut n'est que pour nous.
IVc Propositio.v. Le prince doit employer son autorité pour détruire dans son Etat les fausses religions.
Ainsi Asa, ainsi Ezéchias, ainsi Josias mirent en poudre les idoles que leurs peuples adoraient. Il ne leur ser\'it de rien d'avoir été érigées par les rois : ils en abattirent les temples et les autels : ils en brisèrent les vaisseaux qui servaient à l'idolâtrie : ils en brûlèrent les bois sacrés : ils en exterminèrent les sacrificateurs et les de\'ins : et ils purgèrent la terre de toutes ces impuretés^. Leur zèle n'épargna pas les personnes les plus augustes, ou qui leur étaient les plus proches : ni les choses les plus vénérables, dont le peuple abusait par un faux culte. Asa ôta à sa mère Maacha , fille d" Absaloo, la dignité qu'elle prétendait se donner en présidant au culte d'un dieu infâme; et pour la punir de son impiété, il fut contraint de la dépouiller de la marque de la royauté^. On gardait religieusement le serpent d'airain que .Moïse avait érigé dans le désert par ordre de Dieu. Ce serpent, qui était la figure de Jésus-Christ', et un monument des miracles que Dieu avait opérés par cette statue^, était précieux à tout le peuple. Mais Ezéchias ne laissa pas de le mettre en pièces*^, et lui donna un nom de mépris, parce que le peuple en fit une idole, et lui brûla de l'encens. Jéhu est loué de Dieu pour avoir fait mourir les faux prophètes de Baal, qui séduisaient le peuple, sans en laisser échapper un seul • : et en cela il ne faisait qu'imiter le zèle
i. Joan., IV, 2î. — 2. ///. Re^., xï, 11-13; r\'. Reg.. xviii, 4; xxiri, 5,6. Tetseq.; //. Par., xiv. 2, 3; xv, 8; xxxiv, 1 , 2, 3 et seq. — 3. lit. Reg.. XT, 2, 13; //. Par., xv. 1«. — i. Joan., m, li. — 5. Sum., XXI, 9. — C. IV. Reg.. xtiu, 4. — 7. Idem, x. 25, 20, 30.
d'Elie'. Nabuchodonosor fit publier par tout son empire un édit , où il reconnaît la gloire du Dieu d'Israël, et condamnait sans miséricorde à la mort ceux qui blasphémaient son nom^.
X« PBOPosmox. On peut employer la rigueur contre les observateurs des fausses religions; mais la douceur est préférable.
« Le prince est ministre de Dieu. Ce n'est pas en vain qu'il porte l'épée : quiconque fait mal le doit craindre comme le vengeur de son crime'. » I II est le protecteur du repos public qui est appuyé sur la religion; et il doit soutenir son trône, dont elle est le fondement, comme on a vu. Ceux qui ne veulent pas souffrir que le prince use de rigueur en matière de religion, parce que la religion i doit être libre, sont dans une erreur impie. Autrement il faudrait souffrir dans tous les sujets et dans tout l'Etat , l'idolâtrie , le mahométisme , le judaïsme, toute fausse religion; le blasphème, l'athéisme même , et les plus grands crimes seraient les plus impunis.
Ce n'est pourtant qu'à l'extrémité qu'il en faut venir aux rigueurs, surtout aux dernières. Âbia était armé contre les rebelles et les schismatiques d'Israël*; mais avant que de combattre, il fait précéder la charitable invitation que nous avons vue.
Ces schismatiques étaient abattus , etleur royaume détruit sous Ezéchias et sous Josias; et ces princes étaient très-puissants. Mais, sans employer la force, I Ezéchias envoya des ambassadeurs dans toute l'éj tendue de ce royaume « depuis Bersabée jusqu'à I Dan , pour les inviter en son nom , et au nom de I tout le peuple, àlapàque' » qu'il préparait avec I une magnificence royale. Tout respire la compassion et la douceur dans les lettres qu'il leur adresse. « Et quoique ceux de Manassé , d'Ephraïm et de Zabulon se moquassent avec insulte de cette invitation charitable , » il ne prit point de là occasion de les maltraiter, et il en eut pitié comme de malades.
I « Ne vous endurcissez pas, leur disait-il '^, contre le Dieu de vos pères : soumettez-vous au Seigneur, et venez à son sanctuaire qu'il a sanctifié pour toujours ; servez le Dieu de vos pères, et sa colère se détournera de dessus vous. Si vous retournez au Seigneur, vos frères et vos enfants, que les Assyriens tiennent captifs, trouveront miséricorde devant leurs maîtres , et ils reviendront en cette terre : car le Seigneur est bon , pitoyable , et clément , et il ne détournera pas sa face de vous , si vous retournez à lui. »
« Pour Josias, il se contenta de renverser l'autel ! de Béthel , que Jéroboam avait érigé contre l'autel de Dieu, et tous les autels érigés dans la vnlle de Samarie, et dans les tribus de Manassé, d'Ephraïm et de Siméon, jusqu'à Nephthali'. » Mais il n'eut que de la pitié pour les enfants d'Israël , et ne leur fit aucune violence, ne songeant qu'à les ramener doucement au Dieu de leurs pères , et faisant faire d'humbles prières pour les restes d'Israël et de Juda*.
1. ///. Bej.. xvin, 40. — 2. Dan., m. 96, 98; iv, ielseq.. 34. — 3. Rom. , XIII . 4. — 4. //. Par., xiii , 9 et seq. — 5. [dem , xxx . 5 et Beq. — 6. Ibid.. 8, 9.-7. [V. Reg., xxiii, 15, 19; //. Par., xxxiv, 6. — 8. //. Par., xxxiv, 21.
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POLITIQUE DE L'ÉCRITURE SAINTE
Les princes chrétiens ont imité ces exemples, mêlant, selon l'occurrence, la rigueur à la condescendance. Il y a de fausses religions qu'ils ont cru devoir bannir de leurs Etats sous peine de mort; mais je ne veux exposer ici que la conduite qu'ils ont tenue contre les schismes et les hérésies. Ils en ont ordinairement banni les auteurs. Pour leurs sectateurs , en les plaignant comme des malades, ils ont employé, avant toutes choses, pour les ramener, de douces invitations. L'empereur Constant , fils de Constantin , fit supporter aux donatistes des aumônes abondantes, sans y ajouter autre chose qu'une exhortation pour retourner à l'unité , dont ils s'étaient séparés par un heurtement et une insolence inouïe. Quand les empereurs virent que ces opiniâtres abusaient de leur bonté et s'endurcissaient dans l'erreur, ils firent des lois pénales qui consistaient principalement à des amendes considérables. Ils en vinrent jusqu'à leur ôter la disposition de leurs biens, et à les rendre intestables. L'Eglise les remerciait de ces lois; mais elle demandait toujours qu'on n'en vînt point au dernier supplice, que les princes aussi n'ordonnaient que dans les cas où la sédition et le sacrilège étaient unis à l'hérésie. Telle fut la conduite du quatrième siècle. En d'autres temps, on a usé de châtiments plus rigoureux; et c'est principalement envers les sectes qu'une haine envenimée contre l'Eglise, un aheurtement impie, un esprit de sédition et de révolte , portait à la fureur, à la violence et au sacrilège.
XIi^ Proposition. Le prince ne peut ri'^n faire de plus efficace, pour attirer les peuples à la religion, que de donner bon . exemple. [
«Tel qu'est le juge du peuple, tels sont ses , ministres; tel qu'est le souverain d'un Etat, tels [ en sont les citoyens'. »
(( Dès l'âge de huit ans , le roi Josias marcha dans les voies de son père David , sans se détour- i ner ni à droite ni à gauche. A seize ans , et dans la huitième année de son règne , pendant qu'il était encore enfant, il commença à rechercher, avec un soin particulier, le Dieu de son père David^. » A vingt ans, et à la douzième année de son règne, il renversa les idoles, non-seulement dans tout son royaume , mais encore dans tout le royaume d'Israël, qui était de l'ancien domaine de la maison de David , quoiqu'alors assujetti par les Assyriens.
» A la dix-huitième année de son règne , il renouvela l'alliance de tout le peuple avec Dieu, étant debout sur le degré du temple à la vue de tout le peuple qui jura solennellement après lui , de marcher dans toutes les voies du Seigneur ; et ' tout le monde acquiesça à ce pacte. 11 ôta donc de dessus la terre et de toutes les régions non-seulement de Juda, mais encore d'Israël toutes les abominations. Et il fit que tout ce qui restait d'Israël (el les dix tribus autant que les autres) servirent le Seigneur leur Dieu. Durant tous les jours de Josias, ils ne s'éloignèrent point du Seigneur Dieu de leurs pères'. » Tant a de force dans un roi l'exemple d'une vertu commencée dès l'enfance,
1. EccU., X , 2. — 2. IV. Reg., xxii ,1,2;//. Par., xxxiv, 1, 2, 3. ^ 3. IV. Reg., XXII , 3 ; xxiii ,2,3, etc. ; //. Par., xxxiv, 8 , 29, etc.
et continuée constamment durant tout le cours de la vie.
Xll» PnorosiTiON. Le prince doit étudier la loi de Dieu.
« Quand le roi sera assis sur le trône de son empire, il fera décrire en un volume la loi du Deutéronome (qui est l'abrégé de toute la loi de Moïse), dont il recevra un exemplaire des sacrificateurs de la race de Lévi ; et il l'aura avec lui , el il le lira tous les jours de sa vie , afin qu'il apprenne à craindre le Seigneur son Dieu, el à garder ses paroles' . » Il doit faire de la loi de Dieu la loi fondamentale de son royaume.
On voit ici deux grands préceptes pour les rois ; l'un, de recevoir la loi de Dieu des mains des lévites, afin que la copie qu'ils en auront soit sûre, sans altération, el conforme à celle qui se lisait dans le temple ; l'autre , de prendre son temps pour en lire ce qu'il pourra avec attention. Dieu ne lui ordonne pas d'en lire beaucoup à la fois, mais de se faire une habitude de la méditer, et de compter celte sainte lecture parmi ses affaires capitales. Heureux le prince qui lirait ainsi l'Evangile ; à la fin , il se trouverait bien récompensé de sa peine.
XIIl" Propositio.n . Le prince est exécuteur de la loi de Dieu.
C'est pourquoi l'une des principales cérémonies du sacre des rois de Juda était de lui mettre en main la loi de Dieu. « Ils prirent le fils du roi , el ils lui mirent le diadème sur le front , et la loi de Dieu à la main ; et le pontife Joïada l'oignit avec ses enfants, et ils crièrent : Vive le roi-! » Qu'il vive, en employant sa puissance pour faire servir Dieu qui la lui donne , et qu'il tienne la main à l'exéculioii de sa loi !
C'est ce que David lui prescrit par ces paroles : « Maintenant, ôrois! entendez : instruisez-vous, arbitres de la terre ! Servez le Seigneur en crainte^ » Servez-le comme tous les autres, car vous êtes avec tous les autres ses sujets ; mais servez-le comme roi , dit saint Augustin , en faisant servir à son culte votre puissance royale , et que vos lois soutiennent les siennes. De là vient que les lois des empereurs chrétiens, et en particulier celles de nos anciens rois, Clovis, Charlemagne, et ainsi des autres, sont pleines de sévères ordonnances contre ceux qui manquaient à la loi de Dieu ; el on les mettait à la tête pour servir de fondement aux lois politiques. De quoi nous verrons peut-être un plus grand détail.
XIV" Proposition. Le prince doit procurer que le peuple soit instruit de la loi de Dieu.
« A la troisième année de son règne, Josaphat envoya les grands du royaume , el avec eux plusieurs lévites el deux prêtres; et ils enseignaient le peuple, ayant on main la loi du Seigneur; et ils allaient par toutes les villes du royaume de Juda, et ils instruisaient le peuple*. »
Le prince ne doit régner que pour le bien du peuple, dont il est le père el le juge. El si Dieu a ordonné aussi expressément aux rois d'écrire eux-
1. Deul., XVII , 18 , 19. Voy. ci-dessus , liv . V, arl. 1 . ix* proposit. — 2. 7/. Par., xxiii, H.— 3. Ps., ii , 10. —4. //. Par., xvii , 7, 8, 9. Ci-dessus , liv. V, art. i , xviii* proposit.