LIVRE VII. — DES DEVOIRS PARTICULIERS DE LA ROYAUTE
supplice, Dieu leur fil faire amende honorable à son peuple , qu'ils avaient si longtemps tyrannisé.
XI<^ Proposition. Troisième espèce de fausse piété : la piété mal entendue, et établie où elle n'est pas.
« Va, et passe au fil de l'épée ce méchant peuple d'Amalec : et ne réserve rien de cette nation impie, que j'ai dévouée à la vengeance, dit le Seigneur à Saiil. Et ce prince sauva du butin les Isrebis et les bœufs, pour les immoler au Seigneur. Mais Samuel lui dit : Sont-ce des victimes ou des sacrifices que le Seigneur demande , et non pas qu'on obéisse à sa voix? L'obéissance vaut mieux que le sacrifice et il est meilleur d'obéir, que d'offrir la graisse des béliers : car désobéir, c'est comme qui consulterait les devins ; et ne se soumettre pas, c'est le crime d'idolâtrie'. »
La sentence partit d'en-haut. « Dieu t'a rejeté, dit Samuel ; et tu ne seras plus roi-. »
Hérode , qui fit mourir saint Jean- Baptiste , au milieu de ses plus grands crimes , n'était pas sans quelques sentiments de religion. Il mit en prison le saint précurseur qui le reprenait hautement de son inceste. Mais en même temps nous avons vu « qu'il le craignait, sachant que c'était un homme juste et saint ; qu'il le faisait venir souvent , et même suivait ses conseils^. » Il le livra néanmoins à la fin : et injustement scrupuleux , la religion du serment l'emporta à son crime. « Il fut fâché de s'être engagé ; mais à cause du serment qu'il avait fait , et de la compagnie , il passa outre'. » lien eut peur, après même qu'il l'eut fait mourir : « et entendant les miracles de Jésus, Jean , dit-il, que j'ai décollé, revit en lui, et c'est sa vertu qui opère". » Il méprisait la religion , la superstition le tyrannise. Il écoutait et considérait celui qu'il tenait dans les fers , un prisonnier qui avait du crédit à la cour ; l'intrépide censeur du prince , et l'ennemi déclaré de sa maîtresse , qui néanmoins se faisait écouter ; un homme qu'on faisait mourir, et qu'après cela on craignait encore. Tant de craintes qui se combattaient : celle de perdre un homme saint , celle d'ouïr de sa bouche des reproches trop libres , celle de troubler ses plaisirs , celle de paraître faible à la compagnie , celle de la justice divine qui ne cessait de revenir quoique si souvent repoussée ; tout cela faisait ici un étrange composé. On ne sait que croire d'un tel prince : on croit tantôt qu'il a quelque religion, et tantôt qu'il n'en a point du tout. C'est une énigme inexplicable, et la superstition n'a rien de suivi.
On multiplie ses prières , qu'on fait rouler sur les lèvres sans y avoir le cœur. Mais c'est imiter les Gentils, » qui s'imaginent, dit le Fils de Diou'^, être exaucés en multipliant leurs paroles. » El on entend de la bouche du Sauveur' : « Ce peuple m'honore des lèvres-, mais son cœur est loin de moi. »
On gâte de très-bonnes œu\Tes : on jeune et on garde avec soin les abstinences de l'Eglise ; il est juste : mais, comme dit le Fils de Dieu, << on laisse des choses de la loi plus importantes, la justice, la
t. /. lieg., XV, 18 et seq. — 2. Idem, 23. — 3. Marc, vi. 20. — i. Mallh.. x[v, 9; Marc; vi, 26. — 5. Jl/a(rt., xiv, 1 , 2. — 0. Idem, VI, 7. —7. md., XV, 8,/*., XXIX, 13.
miséricorde, la fidélité. Il fallait faire les unes et ne pas omettre les autres'. Savez-vous quel est le jeune que j'aime, dit le Seigneur? Délivrez ceux qui sont détenus dans les prisons : déchargez un peuple accablé d'un fardeau qu'il ne peut porter ; nourrissez le pauvre , habillez le nu : alors votre justice sera véritable, et resplendissante comme le soleil^. »
Vous bâtissez des temples magnifiques ; vous multipliez vos sacrifices, et vous faites dire des messes à tous les autels. Mais Jésus-Christ répond : « Allez apprendre ce que veut dire cette parole : J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice^ Le sacrifice agréable à Dieu, c'est un cœur contrit, et abaissé devant lui'. La vraie et pure religion, c'est de soulager les veuves et les oppressés , et de tenir son âme nette de la contagion de ce siècle'. »
Mettez donc chaque œuvre en son rang. Si en faisant les petites , vous croyez vous racheter de l'obligation de faire les grandes, vous serez de ceux dont il est écrit ^ : « Ils se fient dans des choses de néant. Ils ont tissu des toiles d'araignée. Leurs toiles ne seront pas capables de les habiller, et ils ne seront pas couverts de leurs œuvres : car leurs œuvres sont des œuvres inutiles, et leurs pensées sont des pensées vaines. »
ARTICLE V
Quel soin ont eu les grands rois du culte de Dieu.
Première Proposition. Les soins de Josué, de David et de Salomon pour établir l'arche d'alliance , et bâtir le temple de Dieu.
Josué n'eut pas plus tôt conquis et partagé la terre promise, que pour la mettre à jamais sous la protection de Dieu , qui l'avait donnée à son peuple , « il établit le siège de la religion à Silo , où il mit le tabernacle '. » Il fallait commencer par là, et mettre Dieu en possession de cette terre , et de tout le peuple , dont il était le vrai roi.
David trouva dans la suite un lieu plus digne à l'arche , et au tabernacle , et l'établit dans Sion , où il la fit transporter en grand triomphe* : et Dieu choisit Sion et Jérusalem, comme le lieu où il établissait son nom et son culte.
Il fil aussi , comme on a vu , les préparatifs du temple , où Dieu voulait être servi avec beaucoup de magnificence , y consacrant les dépouilles des nations vaincues".
Il en désigne le lieu , que Dieu même avait choisi et charge Salomon de le bâtir.
Saloinon fit ce grand ouvrage avec la magnificence qu'on a vue ailleurs. Car il le voulait proportionner autant qu'il pouvait à la grandeur, de celui qui voulait y être servi. « La maison, dit-il'", que je veux bâtir est grande, parce que notre Dieu est au-dessus de tous les dieux. Qui serait donc assez puissant pour lui bâtir une maison digne de lui?»
II" Proposition. Tout ce qu'on fait pour Dieu de plus magnifique est toujours au-dessous de sa grandeur.
Ce fut le sentiment de Salomon , après qu'il eut bâti un temple si riche, que rien n'égala jamais. « Qui pourrait croire, dit-il", que Dieu habite sur
1. Slatth., xxHi , 23. — 2. ts., lviii, 6, 7, 8. — 3. ilalth., ix , 13. — i. PS., i, 19, — 5. Jac, 1,27.-0. /5.,lix, 4-7.-7. yos., xviii, 1. — 8. If. Reg., \t, 12 et seq. — 9. Idem, vu, /. Par., xxii. — 10. //. Par., n, 5. — 11. Idem, vi, 18.
POLITIQUE DE L'ECRITURE SAINTE
la terre avec les hommes ; lui que les cieux , et les cicux des cieux ne peuvent renfermer? » Et David qui en avait fait les préparatifs, quoiqu'il n'eût rien épargné, et qu'il eût consacré à cet ouvrage (( cent mille talents d'or, un million de talents d'argent, avec du cuivre et du fer sans nombre, et les pierres avec tous les bois qu'il fallait pour un si grand édifice', » sans épargner le cèdre , qui est le plus précieux, il trouvait tout cela pauvre, à comparaison de son désir : '( J'ai , dit-il , offert tout cela dans ma pauvreté ^ »
nie Proposition. Les princes font sanctifier les fêtes.
Moïse fait mettre en prison , et ensuite il punit de mort, par ordre de Dieu, celui qui avait violé le sabbats La loi chrétienne est plus douce, et les chrétiens plus dociles n'ont pas besoin de telles rigueurs , mais aussi se faut-il garder de l'impunité.
Les ordonnances sont pleines de peines contre ceux qui violent les fêtes et surtout le saint dimanche. Et les rois doivent obliger les magistrats à tenir soigneusement la main à l'entière exécution de ces lois, contre lesquelles on manque beaucoup , sans qu'on y ait apporté tous les remèdes nécessaires.
C'est principalement de la sanctification des fêtes que dépend le culte de Dieu , dont le sentiment se dissiperait dans les occupations continuelles de la vie, si Dieu n'avait consacré des jours pour y penser plus sérieusement , et renouveler en soi-même l'esprit de la religion.
Les saints l'ois Ezéchias et Josias sont célèbres , dans l'histoire du peuple de Dieu , pour avoir fait solenniser la Pàque avec religion , et une magnificence extraordinaire. Tout le peuple fut rempli de joie : « on n'avait jamais rien vu de semblable depuis le temps de Salomon. » C'est ce qu'on dit de la Pàque d'Ezéchias*. Et on dit de celle de Josias : « qu'il ne s'en était point fait de semblable sous tous les rois précédents , ni depuis le temps de Samuel''. »
Les fêtes des chrétiens sont beaucoup plus simples , moins contraignantes ; et en même temps beaucoup plus saintes , et beaucoup plus consolantes que celles des Juifs , où il n'y avait que des ombres des vérités qui nous ont été révélées : et cependant on est bien plus lâche à les célébrer.
1\"^ Proposition. Les princes ont soin non-seulement des personnes consacrées à Dieu, mais encore des biens destinés à leur subsistance.
« Honorez le Seigneur de toute votre âme; honorez aussi ses ministres'"'. »
« Qui vous écoute, m'écoute; qui vous méprise, me méprise, » dit Jésus-Christ même à ses disciples'.
Il Prenez garde de n'abandonner jamais le lévite, tant que vous serez sur la terre'. » La terre vous avertit, en vous nourrissant, que vous pourvoyiez à la subsistance des ministres de Dieu qui la rend féconde.
Toute la loi est pleine de semblables préceptes.
Abraham en laissa l'exemple à toute sa postérité , en donnant la dîme de dépouilles remportées sur ses ennemis, à Melchisédech, le grand pontife du Dieu très-haut, qui le bénissait et offrait le sacrifice pour lui et pour tout le peuple '.
Abraham suivit on cela une coutume déjà établie. On la voit dans tous les peuples, dès la première antiquité. Et nous en avons un beau monument dans l'Egypte, sous Pharaon et Joseph. Tous les peuples vendirent leur terre au roi pour avoir du pain , « excepté les sacrificateurs , à qui le roi avait donné leur terre , qu'ils ne furent point obligés de vendre comme les autres; sans compter que leur nourriture leur était fournie des greniers publics, par ordre du roi^ »
Le peuple d'Israël ne se plaignait pas d'être chargé de la nourriture des lévites et de leurs familles , qui faisaient plus d'une douzième partie de la nation, étant une de ses tribus des plus abondantes. Au contraire , on les nourrissait avec joie. Il y avait, du temps de David, trente-huit mille lévites, à les compter depuis trente ans, sans y comprendre les sacrificateurs enfants d'Aai-on, divisés en deux familles principales par les deux fils d'Aaron, et subdivisés du temps de David en vingt-quatre familles très-nombreuses sorties de ces deux premières ^ Tout le peuple les entretenait de toutes choses très-abondamment, avec leurs familles : car les lévites n'avaient d'autres possessions ni partages parmi leurs frères, que les dîmes, les prémices, les oblations, et le reste que le peuple leur donnait. Et on mettait dans cet entretien un des principaux exercices de la religion, et le salut de tout le peuple.
V" Proposition. Les soins admirables de David.
Les grands rois de la maison de David ont rendu leur règne célèbre, par le grand soin qu'ils ont pris de maintenir l'ordre du ministère, et de toutes les fonctions des sacrificateurs et des lévites, selon la loi de Moïse.
David leur en avait donné l'exemple ; et il fit ce beau règlement qui fut suivi et exécuté par ses successeurs. Ce roi , aussi pieux et aussi sage que guerrier et victorieux, employa à cette grande aft'aire les dernières années de sa vie, pendant que tout le royaume était en paix : assisté des principaux du royaume et surtout du souverain Pontife, avec les chefs des familles lévitiques et sacerdotales , et des prophètes Cad et Nathan ' ; étant lui-même prophète, et rangé dans l'Ecriture au nombre des hommes inspirés de Dieu.
Avec ce conseil , et par une inspiration particulière , il régla les heures du service. « Il ordonna aux lévites de venir au temple le matin et le soir, pour y bénir Dieu, et pour y chanter ses louanges». »
Il établit la subordination nécessaire dans ce grand corps des ministres consacrés à Dieu, en ordonnant aux lévites de servir « chacun à leur rang , en gardant les rites sacrés et toutes les observances des enfants d'Aaron , qui présidaient à ■ ces fonctions par l'ordre de Dieu", » et selon la loi de Moïse.
1.7. Par., xxii, 14. — 2. Idem. — 3. Num.,w. 3-2 et seq. - 4. //. 1. Gènes., xiv, 18-20. - 2. Wem, xi.vii , 22. - 3. /. Para/., xxiii,
Par. XXX 2(i, —5. ;v. /îi.'!;., xxiLi , 22, 23; //. i'ar., XXXV, 18. — 3 et scii. — 4. /. Pora!., xxiii ,2 et seq.; xxiv. G; //. Par., xxix, 20. — G. Eccli.. vil, 33. — 7. Luc, x, 10. — 8. Deut., xii, 19. I 5. ;. Par., xxiii, 30. —6. Idem, 32; xxiv, 1».
IJVRE Vil.