‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 389 sur 609 · Heg.,%\it, lU-tS · texte numérisé non relu

Heg.,%\it, lU-tS

- 2. Idem, 15. — 3. Ibid., 16. — 4. l's.

— 6. ML, XII. l-l. — 7. Idem, 22, 23. - 8. Idem , 22, 23.

autant pour le bien de ce prince , que pour la conservation de leur droit, qui était comme on a dit celui de Dieu. Ils le firent avec vigueur : et se mettant devant le roi, avec leur pontife à leur tète, ils lui dirent : Ce n'est point votre office, Osias, de brûler l'encens devant le Seigneur; mais c'est celui des sacrificateurs et des enfants d'Aaron, que Dieu a députés à ce ministère. Sortez du sanctuaire; ne méprisez pas notre parole : car cette entreprise , par laquelle vous prétendez vous honorer, ne vous sera pas imputée à gloire par le Seigneur notre Dieu'. »

Au lieu de céder à ce discours et à l'autorité du pontife et de ses prêtres^, « Osias se mit en colère , menaçant les prêtres, persistant à tenir en main l'encensoir pour offrir l'encens. La terre tremblai La lèpre parut sur le front de ce prince, en présence des prêtres, qui (avertis parce miracle) furent contraints de le chasser du sanctuaire. Lui-même, effrayé d'un coup si soudain, sentit qu'il venait de la main de Dieu, et prit la fuite. La lèpre ne le quitta plus : il le fallut séparer, selon la loi. Et son fils Joathan prit l'administration du royaume, et le gouverna sous l'autorité du roi son père. »

Au contraire, le pieux roi Josaphat, loin de rien attenter sur les droits sacrés du sacerdoce, distingua exactement les fonctions , la sacerdotale et la royale, en donnant cette instruction « aux lévites , aux sacrificateurs , et aux chefs des familles d'Israël, qu'il envoya dans toutes les villes pour y régler les affaires : Amarias , sacrificateur, votre pontife , conduira ce qui regarde le service de Dieu, et Zabadias, fils d'Ismahel, qui est le chef de la maison de Juda , conduira celles qui appartiennent à la charge de roi ; et vous aurez les lévites pour maîtres et pour docteurs*. »

On voit avec quelle exactitude il distingue les affaires , et détermine à chacun de quoi il se doit mêler, ne permettant pas à ses ministres d'attenter sur les ministres des choses sacrées , ni réciproquement à ceux-ci d'entreprendre sur les droits royaux.

A la vérité , nous avons vu que les rois se sont mêlés des choses saintes : nous avons vu en même temps que c'était en exécution des anciens règlements , et des ordres déjà donnés de la part de Dieu ; et encore avec les pontifes , les sacrificateurs et les prophètes.

Les choses saintes , réservées à l'ordre sacerdotal , sont encore plus clairement distinguées, dans le Nouveau Testament , d'avec les choses civiles et temporelles, réservées aux princes. C'est pourquoi les rois chrétiens , dans les affaires de la religion , se sont soumis les premiers aux décisions ecclésiastiques. Cent exemples le feraient voir, si la chose était douteuse ; mais en voici un , entre les autres , qui regarde les rois de France.

XI" Proposition. Exemple des rois de France et du concile de Clialcédoine.

Les sectateurs d'Elipandus , archevêque de Tolède , et de Félix, évêque d'Urgel, qui renouvelaient en Espagne l'hérésie de Nestorius, prièrent

1. II. Par., XXVI, 16, 17, 18. — 2. Idem, 19, 20, 21. — 3. Amos.. I, 1 ; Zach., xiv, 5. — 4. //. Par., xix,8, 11.

r.IVRE VIL — DES DEVOIRS PARTICULIERS DE LA ROYAUTE.

Charlemagne de prendre connaissance de ce différend , avec promesse de s'en rapporter à sa décision. Ce prince les prit au mot , et accepta l'offre , dans le dessein de les ramener à l'unité de la foi , par l'engagement où ils étaient entrés. Mais il savait comme un prince peut être arbitre en ces matières. 11 consulta le Saint-Siège , et en même temps les autres évêques , qu'il trouva conformes à leur chef : et sans discuter davantage la matière dans sa lettre, qu'il écrit aux nouveaux docteurs', il leur « envoie les lettres, les décisions et les décrets formés par l'autorité ecclésiastique ; les exhortant à s'y soumettre avec lui , et à ne se croire pas plus savants que l'Eglise universelle : leur déclarant en même temps , qu'après ce concours de l'autorité du Siège apostolique , et de l'unanimité synodale , ni les novateurs ne pouvaient plus éviter d'être tenus pour hérétiques , ni lui-même et les autres fidèles n'osaient plus avoir de communion avec eux. » Voilà comme ce prince décida : et sa décision ne fut autre chose qu'une soumission absolue aux décisions de l'Eglise.

Voilà pour ce qui regarde la foi. Et pour la discipline ecclésiastique , il me suffit de rapporter ici l'ordonnance d'un empereur, roi de France : « Je veux, dit-il aux évêques ^ qu'appuyés de notre secours, et secondés de notre puissance, comme le bon ordre le prescrit, vous puissiez exécuter ce que votre autorité demande. » Partout ailleurs la puissance royale donne la loi , et marche la première en souveraine. Dans les affaires ecclésiastiques elle ne fait que seconder et servir : famukmte, ut di'cet, potestate nostra : ce sont les propres termes de ce prince. Dans les affaires non-seulement de la foi , mais encore de la discipline ecclésiastique , à l'Eglise, la décision; au prince la protection, la défense, l'exécution des canons et des règles ecclésiastiques.

C'est l'esprit du christianisme , que l'Eglise soit gouvernée par les canons. Au concile de Chalcédoine , l'empereur Marcien, souhaitant qu'on établît dans l'Eglise certaines règles de discipline , lui-même en personne les proposa au concile, pour être établies par l'autorité de celte sainte assemblée ^ Et dans le même concile, s'étant émue sur le droit d'une métropole une question où les lois de l'empereur semblaient ne s'accorder pas avec les canons ; les juges préposés par l'empereur pour maintenir le bon ordre d'un concile si nombreux , où il y avait six cent trente évêques, firent remarquer cette contrariété aux Pères , et leur demandèrent ce qu'ils pensaient de cette affaire. Aussitôt «le saint concile s'écria d'une commune voix : Que les canons l'emportent; qu'on obéisse aux canons* : >) montrant par cette réponse, que si, par condescendance et pour le bien de la paix, elle cède en certaines choses qui regardent son gouvernement à l'autorité séculière ; son esprit , quand elle agit librement (ce que les princes pieux lui défèrent toujours très-volontiers), est d'agir par ses propres règles , et que ses décrets prévalent partout.

1. Epist. Car. Mag. ad Elipand., Tom. Conc. Call. — 2. Lui. Pu Capit. II. Tit. IV, tom. II. Concil. Call. — 3. Concil. Chalc, ici. vi , tom. IV. Concil., c. 575 et seq. — i. Idem, act. xiii , col. 716.

XIIi! Propositiok. Le sacerdoce et l'empire sont deux puissances indépendantes, mais unies.

Le sacerdoce dans le spirituel , et l'empire dans le temporel, ne relèvent que de Dieu. Mais l'ordre ecclésiastique reconnaît l'empire dans le temporel; comme les rois, dans le spirituel, se reconnaissent humbles enfants de l'Eglise. Tout l'état du monde roule sur ces deux puissances. C'est pourquoi elles se doivent l'une à l'autre un secours mutuel. « Zorobabel (qui représentait la puissance temporelle) sera revêtu de gloire ; et il sera assis, et dominera sur son trône : et le pontife ou le sacrificateur sera sur le sien, et il y aura un conseil de paix (c'està-dire un parfait concours) entre ces deux'. »

XIIIc Proposition. En quels périls sont les rois qui choisissent de mauvais pasteurs.

Ceci se dit à l'occasion des rois qui ont reçu de l'Eglise, sous quelque forme que ce soit, le droit de nommer ou de présenter aux évêchés et aux autres prélatures : principalement à l'occasion des rois de France, qni ont ce droit par un concordat perpétuel. Je ne craindrai point de dire que c'est la partie la plus importante de leurs soins, et aussi la plus dangereuse, et dont ils rendront à Dieu un plus grand compte.

Toute l'instruction du peuple dépend de là. « Les lèvres du sacrificateur gardent la science, et le peuple recherche la loi dans sa bouche'. Le roi même la reçoit de sa main. C'est^ l'ange (c'est l'envoyé, c'est l'ambassadeur) du Seigneur des armées*. Nous sommes ambassadeurs pour Jésus- Christ, dit saint PauP, et Dieu exhorte par nous.

L'expérience ne fait que trop voir que l'ignorance ou les désordres des pasteurs ont causé presque tous les maux de l'Eglise, et des scandales à faire tomber en erreur, s'il se pouvait jusqu'aux élus.

Si donc les pasteurs ne sont, comme dit saint Paul*^, des ouvriers irréprochables, qui sachent traiter droitement la parole de vérité, c'est la plus grande tentation du peuple fidèle.

Jésus-Christ « a établi ses apôtres pour être la lumière du monde , et les a mis sur le chandelier pour éclairer la maison de Dieu'', » plus encore par leur bonne vie que par leur doctrine. « Mais si la lumière qui est en nous n'est que ténèbres, que seront les ténèbres mêmes"? »

Vous donc , qui regardez plus ou la brigue ou la faveur que le mérite, en mettant des sujets indignes ou par l'ignorance ou par la vie, avez-vous entrepris de rendre le sacerdoce et l'Eglise même méprisables"? Ecoutez ce que dit un prophète à de tels pasteurs ' : « Vous vous êtes détournés de la voie, et vous avez scandalisé le peuple de Dieu, en n'observant pas la loi (que vous prêchiez) : je vous ai livrés au mépris des peuples (vous tomberez dans le décri) : vous serez vils à leurs yeux. »

Car que fera-t-on d'un « sel insipide et affadi ? Il n'est plus bon, dit le Fils de Dieu'", que pour être foulé aux pieds. »

Il est écrit de « Simon , fils d'Onias, souverain

1. Zach., VI, 13. — 2. Malacli., ii. 7. —3. Dcul., xvii, 18. — 4. Mal., II, 7.-5. //. Cor., v, 20. — 6. //. Tinr.. n. 15. - 7. Hlallli.. v, li, •15. — 8. Idem, vi, 23. — 9. Malach., u , 8, «. — 10. Malth., v, 13.

pontife', qu'en montant au saint autel il honorait et ornait le saint habit qu'il portait. »

Par une raison contraire , les pontifes qui ne sont pas saints , en montant à l'autel , déshonorent le saint habit qui les fait regarder avec tant de respect, et ternissent l'éclat de l'Eglise et de la religion.

Que ferez-vous donc, ô prince! pour éviter le malheur de donner à l'Eglise de mauvais pasteurs? Faites ce que dit saint PauP : « Qu'ils soient éprouvés, et puis qu'ils servent. » S'il parle ainsi des diacres, que dirait-il des évêques? Le clergé est une milice : ne mettez pas à la tète celui qui n'a jamais eu de commandement. Consultez la voix publique. « 11 faut, dit saint PauP, que celui qu'on veut faire évèque ait bon témoignage , même de ceux de dehors , » même s'il se peut des hérétiques et des infidèles; à plus forte raison des fidèles : « de peur qu'il ne tombe dans le mépris. »

Toutes les fois qu'il faut nommer un évêque , le prince doit croire que Jésus-Christ même lui parle en cette sorte : 0 prince ! qui me nommez des ministres , je veux que vous me les donniez dignes de moi. Je vous ai fait roi, faites-moi régner, don nez-moi des ministres qui puissent me faire obéir. Qui m'obéit vous obéit : votre peuple est le peuple que j'ai mis en votre garde. Mon Eglise est entre vos mains. Ce choix n'était pas naturellement de votre office : vous avez voulu vous en charger; prenez garde à votre péril, et à mon service.

Les rois ne doivent pas croire, sous prétexte qu'ils ont le choix des pasteurs , qu'il leiir soit libre de les choisir à leur gré : ils sont obligés de les choisir tels que l'Eglise veut qu'on les choisisse. Car l'Eglise , leur en laissant la nomination ou le choix , n'a pas prétendu exempter ses ministres de sa discipline.

L'abrégé de toutes les lois de l'Eglise est celleci , du concile de Trente*. En choisissant les évêques , on est obligé de « choisir ceux qu'on jugera en conscience les plus dignes et les plus utiles à l'Eglise, à peine de péché mortel. » Décret qu'on ne peut trop lire, et trop souvent inculquer aux princes. " Telle est la ville, quel est son conducteur, » dit le Saint-Esprit". Ainsi, « tout l'état et tout l'ordre de la famille de Jésus-Christ est en péril , si ce qu'on veut trouver dans le corps ne se trouve auparavant dans le chef, » dit le concile de Trente ^ Il en est de même, à proportion , de tous les prélats et de tous les ministres de l'Eglise.

Le prince, par un mauvais choix des prélats , se charge devant Dieu et son Eglise du plus terrible de tous CCS comptes; et non-seulement de tout le mal qui se fait par les indignes prélats , mais encore de l'omission de tout le bien qui se ferait , s'ils étaient meilleurs.

.\IV« Proposition. Le prince doit protéger la piété, et affeclionner les gens de bien.

Us sont le soutien de son Etat. « S'il se trouve cinquante justes dans cette ville abominable (qu'on ne nomme pas); s'il s'y en trouve quarante-cinq, s'il s'y en trouve quarante, ou trente, ou vingt,

1. Kccli., L, 1, 12. — 2, /. Ttm.. m, 10. — 3. Idem. 7. — i. Conc. TrU.. scss. XXIV, de Refor\n., c. 1. — 5. Eccli-, x, 2. — fi. Scss. XXIV, /oc. rit.

s'il s'y en trouve jusqu'à dix, je ne perdrai pas la ville pour l'amour de ces dix justes, » dit le Seigneur à Abraham ' .

.XV" Proposition. Le prince ne souffre pas les impies, les blasphémateurs, les jureurs, les parjures ni les devins.

<( Le roi sage dissipe les impies , et courbe des voûtes sur eux^ » Il les enferme dans des cachots, d'où personne ne les peut tirer. Ou comme d'autres traduisent sur l'original : « Il tourne des roues sur eux. » 11 les brise, il les met en poudre, en faisant rouler sur eux des chariots armés de fer : comme fit Gédéon à ceux de Soccoth^ et David aux enfants d'Ammon'.

Le Seigneur dit à Moïse ^ : « Menez le blasphémateur hors du camp » (il ne faut point qu'on y respire le même air que lui ; et son dernier soupir exhalé dedans l'infecterait) : « et que ceux qui l'ont ouï mettent la main sur sa tête (en témoignage), et que tout le peuple le lapide. Et tu diras, ajoutet-il, à tout Israël : Celui qui maudit son Dieu portera son péché, que celui qui blasphème le nom du Seigneur meure de mort. Toute la multitude l'accablera de pierres, soit qu'il soit citoyen ou étranger. » Chacun se doit purger de la part qu'on pourrait avoir à un crime si abominable.

Nabuchodonosor, un prince infidèle, étonné des merveilles de Dieu , qui avait délivré des flammes ces trois jeunes hommes si célèbres dans l'histoire sainte, fit cette ordonnance'^ : « C'est de moi, ditil , qu'est parti ce décret royal : Quiconque blasphémera contre le Dieu de Sidrach , Misach et Abdénago, qu'il périsse, et que sa maison soit renversée; car il n'y a pas un autre Dieu qui puisse sauver comme celui-là. »

Le parjure est un impie et un blasphémateur, « qui prend le nom de Dieu en vain' ; » qui par là traite Dieu de chose vaine; qui' ne croit pas que Dieu soit juste, ni puissant, ni véritable; qui le défie de lui faire du mal, et ne craint non plus sa justice, qu'il invoque contre soi-même, que si au lieu de Dieu il nommait une idole vaine et muette.

Le jurement fréquent tient du blasphème , et expose au parjure. « Le discours mêlé de beaucoup do serments fait dresser les cheveux , et l'irrévérence du nom de Dieu pris en vain fait boucher les oreilles '. L'homme qui jure beaucoup sera rempli d'iniquité , et la plaie ne sortira point de sa maison".

C'est par la même raison que le prince doit exterminer de dessus la terre les devins et les magiciens, qui s'attribuent à eux-mêmes, ou qui attribuent aux démons, la puissance divine. Et on sait ce qui arriva à Saiil pour avoir lui-même violé l'ordonnance qu'il avait faite contre cette impiété '".

XVI" Proposition. Les blasphèmes font périr les rois et les armées.

Sennachérib, roi d'Assyrie, après avoir fait à Ezéchias et à son peuple des menaces pleines de blasphèmes , et leur avoir envoyé des ambassadeurs avec une lettre oii étaient ces paroles":

1. Gènes., xviii, 26 et seq. — 2. Prov., xx , 26. — 3. Jud., viii, 'i6. —4. //. fiei;., xii, 31; /. />or.,xx, 3. — i.Lev., xxiv, 13 cl seq. — 6. Dan., m, 96. — 7. Exnd., xx , 7. — 8. Eccli., xxvii, 15. — i). /dem, xxiii , 12. — 10. l.lteg., xxviii, ci dessus, liv. V, arl. 3, I" iiropo.«it. — 11. IV. lieg., xix. 10, 11. 12, 13.

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