‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 390 sur 609 · LIVRE VII. — DES DEVOIRS PARTICULIERS DE LA ROYAUTE · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — DES DEVOIRS PARTICULIERS DE LA ROYAUTE

<■ Que votre Dieu, en qui vous mettez votre confiance, ne vous trompe pas. Les dieux des autres nations les ont-ils sauvés? Où est le roi d'Emath , et le roi d'Arphad, et les rois de tant d'autres peuples vaincus , » qui ont invoqué leurs dieux inutilement contre moi? « Voici , dit Ezéchias, un jour d'affliction, un jour de menace, un jour de blasphème. » Mais, ô Seigneur! nous ne pouvons rien. Tout ce peuple fait des efforts inutiles, « semblables à ceux d'une femme dont l'enfant est prêt à sortir, et qui n'a pas assez de force pour accoucher. Mais peut-être que Dieu écoutera les blasphèmes de ses ennemis , » qui le comparent aux idoles des Gentils*. « Et Ezéchias f)rit les lettres de la main des ambassadeurs, et il alla dans le temple, et il les étendit toutes ouvertes devant le Seigneur. » Il n'eut point de plus fortes armes. Et les blasphèmes de ce prince impie le firent périr lui et son armée , et il y eut, en une nuit, cent quatre-vingt-cinq mille hommes égorgés de la main d'un ange -.

Quoique Dieu ne fasse pas toujours des exécutions si éclatantes, il sait venger les blasphèmes par des voies aussi efficaces, quoique plus cachées. Celui qui avait envoyé son ange contre Sennachérib , inspira contre Nicanor un invincible courage à Judas le Machabée et à ses soldats. L'impie périt avec son armée immense qui menaçait le ciel. « La main qu'il avait levée contre le temple y fut attachée ; sa tète fut exposée au haut d'une tour. Et sa langue , dont il avait dit : Y a-t-il un Dieu puissant dans le ciel ? et moi je suis puissant sur la terre, fut donnée en proie aux oiseaux du ciel. Et tous les cieux bénirent le Seigneur, en disant : Béni soit Dieu qui a conservé son temple'. »

XVI [" Proposition. Le prince est religieux observateur de son serment.

-Nous avons vu les qualités du serment marquées par saint PauP; et premièrement « qu'on jure par plus grand que soi^ »

Cela regarde les rois d'une manière toute spéciale. On jure par plus grand que soi : c'est-àdire, on jure par son souverain, par son juge. Dieu est le souverain des rois et des puissances suprêmes ; il est leur juge spécial , parce que lui seul les peut juger, et qu'il faudrait qu'il les jugeât quand il ne jugerait pas le reste des hommes.

" On jure, ajoute l'Apôtre", par quelque chose d'immuable. » Ce qu'il explique en disant « qu'on jure par quelque chose qui ne peut mentir, ni tromper personne. » Et c'est ce qui devrait être principalement ordonné à l'égard des rois, parce que tout le monde était si porté à les flatter et à les tromper, il fallait prendre contre eux, pour témoin et pour juge , celui qui seul ne les flatte pas.

Le prince jure à Dieu, dans son sacre, comme nous allons le voir plus au long, de maintenir les privilèges des églises, de conserver la foi catholique qu'il a reçue de ses pères, d'empêcher les violences , et de rendre justice à tous ses sujets. Ce serment est le fondement du repos public, et Dieu

). / fiej., XIX, 3, 4. — 2. Idan, U, 15, 35. —3. II. Mach.. xv, *, 5, 32, 33. 3i. — i. Ci-dessus, 1. VU, art. ii, m' piop. — 5. Hebr., vi,16. — 0. /(iem, 18.

est d'autant plus obligé par sa propre vérité à se le faire tenir, qu'il en est le seul vengeur.

Il y a une autre sorte de serment que les puissances souveraines font à leurs égales , de garder la foi des traités. Car, comme dans tout traité on se soumet pour l'exécution à quelque juge, ceux qui n'ont pour juge que Dieu, ont recours à lui dans leur traité , comme au dernier appui de la paix publique.

De tout cela il résulte que les princes qui manquent à leurs serments (ce qu'à Dieu ne plaise qu'il leur arrive jamais) ! autant qu'il est en eux, rendent vain ce qu'il y a de plus ferme parmi les hommes ; et en même temps rendent impossibles la société et le repos du genre humain. Par où ils font Dieu et les hommes leurs justes et irréconciliables ennemis, puisque, pour les concilier, il ne reste plus rien au-dessus de ce qu'ils ont rendu nul.

Qui ne sent pas combien cela est terrible n'a plus rien qu'il puisse sentir que l'enfer même et la vengeance de Dieu manifestement et impitoyablement déclarée.

XVIIIi Proposition. Où l'on expose le serment du sacre des rois de France.

L'archevêque consacrant, ou les évèques, parlent en ces ternies au roi , dès le commencement de son sacre , au nom de toutes les églises qui Jui sont sujettes' : « Nous vous supplions d'accorder, à nous et à son église , que vous conserverez et défendrez le privilège canonique, avec la loi et la justice qui leur est due : « ce qui comprend les immunités ecclésiastiques , également établies par les canons et par les lois. Et le roi répond : Je vous promets de conserver à vous, et à vos églises, le privilège canonique, avec la loi, et la justice qui leur est due : et je leur promets de leur accorder la défense de ces choses, ainsi qu'un roi la doit accorder par droit , dans son royaume , à un évèque , et à l'église qui lui est commise. »

Puis on chante le Te Detmi. El le roi, debout, fait les promesses suivantes : <( Je promets , au nom de Jésus-Christ, ces trois choses au peuple chrétien qui m'est sujet. Premièrement, que tout le peuple chrétien de l'Eglise de Dieu conserve en tout temps, sous nos ordres, la paix véritable. En second lieu, que j'interdise toute rapacité et iniquité. En troisième lieu, qu'en tout jugement j'ordonne l'équité et la miséricorde. »

Après qu'on a dit les litanies , le prince prosterné se relève, et est interrogé en cette sorte, par le seigneur métropolitain- : « Voulez-vous tenir la sainte foi qui vous a été laissée par des hommes catholiques, et l'observer par des bonnes œuvres? Et le roi répond : Je le veux. Le métropolitain continue : Voulez-vous être le tuteur et le défenseur des églises, et des ministres des églises? Et le roi répond : Je le veux. Le métropolitain demande encore : Voulez-vous gouverner et défendre votre royaume qui vous a été accordé de Dieu, selon la justice de vos pères? Et le roi répond : Je le veux ; et autant qu'il me sera possible , avec la grâce de Dieu , en consolation à tout le monde. Ainsi je promets de le faire fidèlement, en tout et partout, n

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