‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 394 sur 609 · LIVRE VIL — DES DEVOIRS PARTICULIERS DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE VIL — DES DEVOIRS PARTICULIERS DE LA ROYAUTÉ

Il est vrai qu'une partie de ce royaume, comme l'Eglise de Lyon et les voisines , ont reçu la foi d'une mission qui leur venait d'Orient; et parle ministère de saiut Polycarpe , disciple de l'apôtre saint Jean. Mais comme l'Eglise est une par tout l'univers, cette mission orientale n'a pas été moins favorable à l'autorité du Saint-Siège, que celle qui en est venue directement. Ce qui paraît par la doctrine de saint I renée , évêque de Lyon', qui, dès le second siècle , a célébré si hautement la nécessité de s'unir à l'Eglise romaine , « comme à la principale Eglise de l'univers, fondée par les deux principaux apôtres, saint Pierre et saint Paul.

L'Eglise gallicane a été fondée par le sang d'une infinité de martyrs. Et je ne veux ici nommer qu'un seul Pothin, un saint Irénée, les saints martyrs de Lyon et de Vienne, et saint Denis avec ses saints compagnons.

L'Eglise gallicane a porté des évêques des plus doctes, des plus saints, des plus célèbres qui aient jamais été : et je ne ferai mention que de saint Hilaire et de saint Martin.

Quand le temps fut arrivé que l'empire romain devait tomber en Occident, Dieu qui livra aux Barbares une si belle partie de cet empire, et celle où était Rome, devenue le chef de la religion, il destina à la France des rois qui devaient être les défenseurs de l'Eglise. Pour les convertir à la foi . avec toute la belliqueuse nation des Francs, il suscita un saint Rémi, homme apostolique, par lequel il renouvela tous les miracles qu'on avait vus éclater dans la fondation des plus célèbres Eglises , comme le remarque saint Rémi lui-même dans son testament^.

Ce grand saint et ce nouveau Samuel , appelé pour sacrer les rois, sacra aussi ceux de France, en la personne de Clovis, comme il dit lui-même-', « pour être les perpétuels défenseurs de l'Eglise et des pauvres, « qui est le plus digne objet de la royauté. Il les bénit et leurs successeurs, qu'il ap- [leile toujours ses enfants ; et priait Dieu , nuit et jour, qu'ils persévérassent dans la foi. Prière exaucée de Dieu avec une prérogative bien particulière , puisque la France est le seul royaume de la chrétienté qui n'a jamais vu sur le trône que des rois enfants de l'Eglise.

Tous les saints qui étaient alors furent réjouis du baptême de Clovis, et dans le déclin de l'empire romain , ils crurent voir, dans les rois de France, « une nouvelle lumière pour tout l'Occident, et pour toute l'Eglise*. »

Le pape Anastase II crut aussi voir dans le royaume de France , nouvellement converti , « une colonne de fer, que Dieu élevait pour le soutien de sa sainte Eglise , pendant que la charité se refroidissait partout ailleurs % » et même que les empereurs avaient abandonné la foi.

Pelage II, se promet des descendants de Clovis, comme des voisins charitables de l'Italie et de Rome, la même protection pour le Saint-Siège^, qu'il avait reçue des empereurs. Saint Grégoire le Grand enchérit sur ses saints prédécesseurs,

1. Iren., lib. III, adv. Hœres.. cap. m, p. 175.— 2. Test. S. Remig., ttjmd FM., lili. 1 , cap. 18 ; Bibl. Patr. — 3. Idem. — 4. Epist. Avit. Vienu. ad. Clodov., lom. I. Conc. Gall., p. 15i. — 5. .^nasl. Il Ep. M, ud Clod., lom. IV, Conc, col. 1282. — G. Pelag. II. Ep. ad .4knach., lom. 1. Conc. Gaii., pag. 37ti.

lorsque, touché de la foi et du zèle de ses rois, il les met « autant au-dessus des autres souverains , que les souverains sont au-dessus des particuliers'. »

Les enfants de Clovis n'ayant pas marché dans les voies que saint Rémi leur avait prescrites , Dieu suscita une autre race pour régner en France. Les papes et toute l'Eglise la bénirent en la personne de Pépin, qui en fut le chef-. L'empire y fut établi , en la personne de Charlemagne et de ses successeurs. Aucune famille royale n'a jamais été si bienfaisante envers l'Eglise romaine ; elle en tient toute sa grandeur temporelle : et jamais l'empire ne fut mieux uni au sacerdoce , ni plus respectueux envers les papes , que lorsqu'il fut entre les mains des rois de France.

Après ces bienheureux jours, Rome eut des maîtres fâcheux : et les Papes eurent tout à craindre, tant des empereurs, que d'un peuple séditieux. Mais ils trouvèrent toujours en nos rois ces charitables voisins que le pape Pelage II avait espérés. La France, plus favorable à leur puissance sacrée, que l'Italie, et que Rome même, leur devint comme un second siège, où ils tenaient leurs conciles, et d'où ils faisaient entendre leurs oracles à toute l'Eglise : comme il paraît parles conciles deTroyes, de Clermont, de Toulouse, de Tours, et de Reims.

Une troisième race était montée sur le trône; race, s'il se peut, plus pieuse que les deux autres; sous laquelle la France est déclarée, par les papes, « un royaume chéri et béni de Dieu, dont l'exaltation est inséparable de celle du Saint-Siège ^ » Race aussi qui se voit seule, dans tout l'univers, toujours couronnée et toujours régnante , depuis sept cents ans entiers sans interruption : et ce qui lui est encore plus glorieux, toujours catholique; Dieu, par son infinie miséricorde, n'ayant même pas permis quiun prince , qui était monté sur le trône dans l'hérésie, y persévérât.

Puisqu'il paraît, par cet abrégé de notre histoire, que la plus grande gloire des rois de France leur vient de leur foi, et de la protection constante qu'ils ont donnée à l'Eglise, ils ne laisseront pas affaiblir cette gloire : et k race régnante la fera passer à la postérité, jusqu'à la fin des siècles.

Elle a produit saint Louis, le plus saint roi qu'on ait vu parmi les chrétiens. Tout ce qui reste aujourd'hui de princes de France est sorti de lui; et comme Jésus-Christ disait aux Juifs'' : « Si vous êtes enfants d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham ; » il ne me reste qu'à dire à nos princes : Si vous êtes enfants de saint Louis, faites les œuvres de saint Louis ^.

1. Greg. Mag., Ep., lih. IV, Ep. vi, lom. Il, col. 795.— 2. Paul. I, Ep. X ad Franc, lom. n. Conc Gall.. p. 59. — 3. .iiex. III. Ep. XXX, lom. X. Conc, col. 1212; Greg. IX, lom. XI, Conc, c. 367. — 4. Joan., vni, 39.

5. Nous insérons ici un fragment des Mémoires de Louis XIV, qui a un rapporl particulier aux matières traitées dans ce livre VII. On y remarquera que les inslruclions du përe à son fils s'accordent parfaitement avec les leçons de l'instituteur à son élève; et on verra en même temps quelle importance ce grand roi mettait à inspirer au Dauphin, en toute occasion, les sentiments de religion dont il était lui-même pénétré.

Après «voir parlé des mesures qu'il prit pour la répression du duel , il continue ainsi :

« Je rétablis, par une nouvelle ordonnance, la rigueur des anciens édits contre les jurements, dont je fis bientôt après quelques exemples ; et pour autoriser toutes ces actions extérieures par une marque de piété personnelle , j'allai publiiîuement à pied, avec tous mes domestiques, aux stations du jubilé , voulant que tout le monde conçût, par le profond respect que je rendais à Uicu, que c'était de sa grâce et de sa protection, plutôt que de ma propre con-

POLITIQUE DE L'ÉCRITURE SAINTE

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