‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 395 sur 609 · LIVRE HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME

Suite des devoirs particuliers de la royauté.

De. la Justice.

ARTICLE PREMIER

Que la juslice est établie sur la religion.

Première Propositio.n. Dieu est le juge des juges, et préside aux jugements.

« Dieu a pris sa séance dans l'assemblée des dieux ; et assis aux milieu d'eux , il juge les dieux'. »

Ces dieux que Dieu juge, sont les rois, et les juges assemblés sous leur autorité , pour exercer leur justice , il les appelle des dieux , à cause que le nom de Dieu, dans la langue sainte, est un nom de juge; et qu'aussi l'autorité de juger est une participation de la justice souveraine de Dieu, dont il a revêtu les rois de la terre.

Ce qui leur mérite principalement le nom de dieux, c'est l'indépendance avec laquelle ils doivent juger, sans distinction de personnes, et sans craindre le grand nom plus que le petit ; « parce que c'est le jugement du Seigneur, » disait Moïse-, où l'on doit juger avec une indépendance semblable à celle de Dieu, sans craindre ni ménager personne.

Il est dit que Dieu juge ces dieux de la terre, parce qu'il se fait devant lui une perpétuelle révision de leurs jugements.

Le psaume continue, et fait parler Dieu en cette sorte ^ : « Jusques à quand jugerez-vous avec injustice, et que vous regarderez en jugeant (non le droit), mais les personnes des hommes? » Il tou-

duile, que je prétendais obtenir l'accomplissement de mes desseins et la félicité de mes peuples.

» Car vous devez savoir, avant toutes choses, mon fils, que nous ne saurions montrer trop de respect pour celui qui nous fait respecter de tant de milliers d'hommes.

« La première partie de la iiolitique est celle qui nous enseigne à le bien servir. La soumission que nous avons pour lui est la plus belle leçon que nous puissions donner de celle qui nous est due ; et nous péchons contre la prudence . aussi bien que contre la juslice , quand nous manquons de vénération pour celui dont nous ne sommes que les lieutenants. Ce que nous avons d'avanlages sur les autres bonimes-est pour nous un nouveau titre de sujétion ; et après ce qu'il a fait pour nous, notre dignité se relève par tous les devoirs que nous lui rendons. M;Us sachez que pour le servir selon ses désirs , il ne faut pas se contenter de lui rendre un culte extérieur comme font la plupart des autres hommes. Des obligations plus signalées veulent de nous des devoirs plus épurés ; et comme , en nous donnant le sceptre , il nous a donné ce qui parait de plus éclatant sur la terre, nous devons, en lui donnant notre cœur, lui donner ce qui est de plus agréable à ses yeux.

0 Quand nous aurons armé tous nos sujets j}our la défense de sa gloire; ([uand nous aurons relevé ses autels abattus ; quand nous aurons fait connaître son nom,aux climats les plus reculés de la terre, nous n'aurons fait que l'une des parties de notre devoir : et sans doute nous n'aurons pas fait celle qu'il désire le plus de nous, si nous ne nous sommes soumis nous-mêmes au joug de ses commandements. Les actions de bruit et d'éclat ne sont pas toujours celles qui le touchent davantage; et ce qui se passe dans le secret de notre cœur, est souvent ce qu'il observe avec plus d'attention.

» 11 est infiniment jaloux de sa gloire ; mais il sait mieux que nous discerner en quoi elle consiste. Il ne nous a jieut-ètre faits si grands, qu'afin que nos respects l'honorassent davantage; et si nous manquons de remjilir en cela ses desseins, peut-être qu'il nous laissera tomber dans la poussière de laquelle il nous a tirés.

» Plusieurs de mes ancêtres qui ont voulu donner à leurs successeurs de pareils enseignements,- ont attendu pour cela l'extrémité de leur vie; mais je ne suivrai pas en ce point leur exemple. Je vous en parle dès cette heure , mou fils, et vous en parlerai toutes les fois que j'en trouverai l'occasion. Car, outre que j'estime qu'on ne peut de trop bonne heure imprimer dans les jeunes esprits des pen.>ées de cette conséquence , je crois qu'il se peut faire que ce qu'ont dit ces princes , dans un état si pressant, ait quelquefois été attribué à la vue du péril où ils se trouvaient ; au lieu que, vous en parlant maintenant, je suis assuré que la vigueur de mon âge, la liberté de mon esprit et l'état florissant de mes affaires, ne vous pourront jamais laisser pour ce discours au<un soupçon de faiblesse, ou de déguisement. » (Voy. SIém. de Louis XIV, ann. tIJiU a 1GG6; fragments, !'• part., p. 33 et suiv. i [Ed Vers,]

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