LIVUE VIII. — LA JUSTICE, AUTRE DEVOIR DE LA ROYAUTÉ
lune dans le ciel'. » La justice se lève, comme un beau soleil , dans le règne d'un bon roj ; la paix la suit comme sa compagne inséparable. Le même David le déclare ainsi ^ : « Les montagnes recevront la paix pour tout le peuple , et les collines , seront remplies de la justice. » Elle tombera sur les montagnes et sur les collines , comme la pluie qui les arrose et qui les engraisse. Le trône du roi s'affermira , « et sera stable comme le soleil et comme la lune'-' : » ou comme dit un autre psaume*, « son trône demeurera comme le soleil, et comme la lune, qui est faite pour durer toujours, témoin fidèle dans le ciel , » par la régularité de son cours, de l'immutabilité des desseins de Dieu.
Si quelque empire doit s'étendre , c'est celui d'un prince juste. Tout le monde le désire pour maître. « Il dominera d'une mer à l'autre, et du fleuve (principal de son domaine) , jusqu'à l'extrémité du monde; les Elhiopieos se prosterneront devant lui ; ses ennemis lui baiseront les pieds. Les rois de Tharse, et des îles les plus éloignées, les rois de l'Arabie et de Saba lui offriront des présents. Tous les rois l'adoreront; toutes les nations prendront plaisir à le servir". »
C'est la description du règne de Jésus-Christ : et le règne d'un prince juste en est la figure, (c parce qu'il délivrera le faible et le pauvre de la main du puissant qui l'opprime*^. » Le pauvre demeurait sans assistance , mais il a trouvé dans le prince un secours assuré. C'est un second rédempteur du peuple, après Jésus-Christ; et l'amour qu'il a pour la justice a son effet.
IV= Proposition. Sous un Dieu juste , il n'y a point de pouvoir purement arbitraire.
Sous un Dieu juste, il n'y a point de puissance qui soit affranchie , par sa nature , de toute loi naturelle , divine ou humaine.
Il n'y a point au moins de puissance sur la terre qui ne soit sujette à la justice divine.
Tous les juges, et même les plus souverains, que Dieu pour cette raison appelle des dieux , sont examinés et corrigés par un plus grand juge. « Dieu est assis au milieu des dieux , et là il juge les dieux'', » comme il vient d'être dit.
Ainsi tous les jugements sont sujets à révision, devant un plus auguste tribunal. Dieu dit aussi par celte raison' : « Quand le temps en sera venu, je jugerai les justices. » Les jugements rendus par des justices humaines repasseront devant mes yeux.
Ainsi les jugements les plus souverains et les plus absolus sont, comme les autres, par rapport à Dieu , sujets à la correction , avec cette seule différence, qu'elle se fait d'une manière cachée.
Les juges de la terre sont peu attentifs à cette révision de leurs jugements ; parce qu'elle ne produit point d'effets sensibles, et qu'elle est réservée à une autre vie : mais elle n'en est que plus terrible, puisqu'elle est inévitable. Quand le temps de ces jugements divins sera venu, « vous n'aurez de secours ni du levant ni du couchant , ni des montagnes solitaires, » et des lieux retirés , d'où
I. Ps., Lxxi, 7. —2. Idem. 3. - 3. Ibid.. 5. 38. - 5. Ibid.. Lxxi, 8, U, 1», H. — 6. Uid. Lxxxi.l. —8. Ibid.. Lxxiv,3.
- 4. Ibid., Lxxxvm, 12, 13. — 7. Ibid..
il descend souvent des secours cachés ; « parce qu'alors Dieu est juge', » contre lequel il n'y a point de secours.
« Il a en main la coupe de sa vengeance, pleine d'un vin pur et brûlant^, » d'une justice qui ne sera tempérée par aucun mélange adoucissant. Au contraire, « il sera mêlé d'amertume, » de liqueurs nuisibles et empoisonnantes. C'est une seconde raison pour craindre cette terrible révision des jugements humains : elle se fera dans un siècle où la justice sera toute pure, et s'exercera dans sa pleine et inexorable rigueur. « Cette coupe est en la main du Seigneur ; et il l'épanché sur celui-ci et sur celui-là, » à qui il la présente à boire. Il la présente aux pécheurs endurcis et incorrigibles, et surtout aux juges injustes : «Il faudra l'avaler tout entière, et jusqu'à la lie. » Et il n'y aura plus pour eux de miséricorde : en sorte que cette vengeance sera éternelle.
ARTICLE IL
Du gouvernement que l'on nomme arbitraire.
Première Proposition. Il y a parmi les hommes une espèce de gouvernement, que l'on appelle arbitraire, mais qui ne se trouve point parmi nous, dans les Etats parfaitement policés.
Quatre conditions accompagnent ces sortes de gouvernement.
Premièrement, les peuples sujets sont nés esclaves , c'est-à-dire vraiment serfs , et parmi eux il n'y a point de personnes libres.
Secondement, on n'y possède rien en propriété : tout le fonds appartient au prince ; et il n'y a point de droit de succession , pas même de fils à père.
Troisièmement, le prince a droit de disposer à son gré non-seulement des biens , mais encore de la vie des sujets, comme on ferait des esclaves.
Et enfin en quatrième lieu , il n'y a de loi que sa volonté.
Voilà ce qu'on appelle puissance arbitraire. Je ne veux pas examiner si elle est licite ou iUicite. Il y a des peuples et de grands empires qui s'en contentent ; et nous n'avons point à les inquiéter sur la forme de leur gouvernement. Il nous suffît de dire que celle-ci est barbare et odieuse. Ces quatre conditions sont bien éloignées de nos mœurs ; et ainsi le gouvernement arbitraire n'y a point lieu.
C'est autre chose que le gouvernement soit absolu, autre chose qu'il soit arbitraire'. Il est absolu par rapport à la contrainte , n'y ayant aucune puissance capable de forcer le souverain , qui en ce sens est indépendant de toute autorité humaine. Mais il ne s'ensuit pas de là que le gouvernement soit arbitraire : parce qu'outre que tout est soumis au jugement de Dieu, ce qui convient aussi au gouvernement qu'on vient de nommer arbitraire , c'est qu'il y a des lois dans les empires , contre lesquelles tout ce qui se fait est nul de droit ; et il y a toujours ouverture à revenir contre, ou dans d'autres occasions , ou dans d'autres temps : de sorte que chacun demeure légitime possesseur de ses iDiens ; personne ne pouvant
1. Ps.,i.xxiv, 7. — 2. /(i«m, 9 . — 3. Ci-dessus , liv. 1\ , aii. i.
POLITIQUE DE L'ÉCRITURE SAINTE
croire qu'il puisse jamais rien posséder en sûreté au préjudice des lois, dont la vigilance et l'action contre les injustices et les violences est immortelle, ainsi que nous l'avons expliqué ailleurs plus amplement. El c'est là ce qui s'appelle le gouvernement légitime, opposé, par sa nature, au gouvernement arbitraire.
Nous ne toucherons ici que les deux premières conditions de cette puissance qu'on appelle arbitraire, que nous venons d'exposer. Car, pour les deux dernières, elles paraissent si contraires à l'humanité et à la société, qu'elles sont trop visiblement opposées au gouvernement légitime.
llo Proposition. Dans le gouvernement légitime, les personnes sont libres.
Il ne faut que rappeler les passages où nous avons établi que le gouvernement était paternel , et que les rois étaient des pères ' : « ce qui fait la dénomination des enfants, dont la différence d'avec les esclaves , c'est qu'ils naissent libres et ingénus.
Le gouvernement est établi pour affranchir tous les hommes de toute oppression et de toute violence, comme il a été souvent démontré-. Et c'est ce qui fait l'état de parfaite liberté ; n'y ayant dans le fond rien de moins libre que l'anarchie , qui ôte d'entre les hommes toute prétention légitime , et ne connaît d'autre droit que celui de la force.
Ill" Proposition. La propriété des biens est légitime et inviolable.
Nous avons vu sous Josué la distribution des terres, selon les ordres de Moïse ^
C'est le moyen de les faire cultiver : et l'expérience fait voir que ce qui est non-seulement en commun, mais encore sans propriété légitime et incommutable, est négligé et à l'abandon. C'est pourquoi il n'est pas permis de violer cet ordre , comme l'exemple suivant le fait voir d'une manière terrible.
IV° Proposition. On propose l'histoire d'Achab, roi d'Israël, de la reine Jézabel sa femme, et de Naboth.
« Naboth, habitant de Jezrahel.qui était la ville royale , y avait une vigne auprès du palais d'Achab , roi de Samarie. Le roi lui dit : Donnez-moi votre vigne pour faire un jardin potager, parce qu'elle est voisine et proche de ma maison , et je vous en donnerai une ailleurs ; ou s'il vous est plus commode, je vous en paierai le prix qu'elle vaut. A Dieu ne plaise! répondit Naboth, que je vous donne l'héritage de mes pères. Ce qui aussi était défendu par la loi de Dieu. Achab retourna à sa maison plein d'indignation et de fureur contre la réponse de Naboth; et se jetant sur son lit, il tourna le visage vers la muraille, et ne put manger.
» Jézabel, sa femme, le trouvant en cet état, lui dit : Quel est le sujet de votre affliction? et pourquoi ne mangez-vous pas? Il lui raconta la proposition qu'il avait faite à Naboth , avec sa réponse. Jézabel lui repartit : Vraiment , vous êtes un homme de grande autorité, et un digne roi d'Israël , qui savez bien commander 1 Levez-vous ,